Histoire de D’Chimbo le Rongou. (Version Robo)

Source: La Semaine Guyanaise (LSG) n°468 du 10 décembre 1992, page 36.
Auteur : Rodolphe Robo, Conférencier agréé par le ministère du Tourisme, Ancien directeur du Service Culturel Départemental de la Guyane
Reproduction interdite, voir M Alain Chaumet pour demande.

Avertissement : Je propose, 2 versions de l’Histoire de D’Chimbo Le Rongou.
Une émanant de Frédéric Bouyer et l’autre de Rodolphe Robo qui a été publié dans La Semaine Guyanaise, qui est présenté sous un autre article du site : https://guyanelacolonie.fr

Liens : Version Frédéric Bouyer.

Histoire de D’Chimbo le Rongou. (Version Robo)

Début de l’article :

En 1855, l’Indien du Brésil Paolino découvre l’or dans l’Arataye, affluent de l’Approuague.

Cette découverte détermine la constitution de la Société Aurifère et Agricole de l’Approuaguepour l’exploitation du métal.

Dans le but de pourvoir en main-d’œuvre l’entreprise, l’on fait appel à des immigrants d’Afrique et de l’Inde. Parmi les immigrants d’Afrique arrive donc en Guyane en 1858 un homme d’une trentaine d’années du nom de D’Chimbo. D’Chimbo appartient à la tribu des Rongous, du Congo français.
Trapu, les dents de devant limées en pointe, tatoué sur la poitrine, il a le corps marqué de nombreuses cicatrices provenant de coups de sabre et de fusil.
Dès les premiers contacts, D’Chimbo inspire la frayeur.
Peu après son arrivée, cette frayeur devait être en quelque sorte justifiée.
Il manifeste sa brutalité par des coups et blessures et autres délits.

Il est déféré alors devant le Tribunal de Cayenne qui le condamne à trois mois de prison pour coups et blessures, vol et vagabondage.
Incarcéré à la geôle de Cayenne, il s’en évade le 28 janvier 1860, grâce à sa force herculéenne, mais aussi, dit-on, grâce à ses connaissances magiques.

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 1er)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, , M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
Je propose une diffusion régulière et séquentielle aux lecteurs.
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Troisième partie

Chapitre Premier

ESSAI HISTORIQUE SUR LA COLONISATION DE LA GUYANE FRANÇAISE.

La partie de l’Amérique méridionale comprise entre l’Amazone et l’Orénoque fut reconnue par Christophe Colomb en 1498;  Alphonse d’Ojéda, Jean de la Costa et Améric Vespuce la visitèrent aussi en 1499. Vincent Pinçon est le premier qui ait parcouru ces côtes dans toute leur étendue : il a laissé son nom à la rivière dont la position a donné naissance au débat encore pendant sur les vraies limites des Guyanes française et brésilienne.

Il paraît établi que des navigateurs normands et bretons avaient fréquenté la côte de l’Amérique du Sud bien avant Christophe Colomb, et des auteurs espagnols, notamment Gomara (histoire des Indes, tome 1er, page 10), ont dit que l’existence du Nouveau-Monde fut révélée par un pilote français à ce grand navigateur.

Washington Irving affirme qu’à son troisième voyage en Amérique, en 1498, Colomb visita toute cette partie du nouveau continent, descendit plusieurs fois à terre et échangea avec ses habitants des jouets d’Europe contre des perles fines, et son bonnet de velours cramoisi contre une couronne d’or massif.

Les Français tentèrent, dès le commencement du XVIe siècle, de fonder plusieurs établissements au Brésil. Chassés du Sud, on les voit s’élever successivement vers le Nord. Sous la conduite deVillegagnon, chevalier de Malte et vice-amiral de Bretagne, ils construisent d’abord, en mai 1555, dans la baie de Rio-Janeiro, un petit fort, qui est détruit en 1560par les Portugais. Ils essaient d’en fonder un autre à Parahiba ; ils en sont également expulsés. Sur la fin du règne de Henri IV, Jean Riffaut tente en vain de s’établir dans l’ile de Maragnan ; la discorde s’étant mise parmi ses compagnons, il est forcé d’abandonner son entreprise ; MM de Revardière et de Razilly la reprennent année suivante et voulant s’assurer la possession du pays, font choix, pour y bâtir un fort; d’un rocher escarpé où ils montent vingt pièces de canon : ils en sont encore chassés par des Portugais. À cette époque, un prisonnier français fait par les indiens Tapouyes parla d’une province de Ouyana (d’où est venu le nom de Guyane) comme d’un pays très riche ;  le bruit se répandit en même temps qu’il existait au centre de la Guyane et sur les bords du lac Parima une ville du nom de Manoad’Eldorado, dans laquelle s’étaient réfugiés les débris de la famille des Incas, et dont les mûrs et les toits étaient couverts de plaques d’or. Ces récits enflammèrent toutes les têtes ; l’esprit aventureux des Français se mit enquêté de ce pays, les Anglais le cherchèrent également: l’Eldorado demeura introuvable. Toutefois, les voyages de sir Walter Raleigh en1595 et 1617,  ceux de Laurent Keymis et de Borrie 1596, et de Charles Leigh en 1604, de Robert Harcourt été 1608, eurent pour résultat, mon de découvrir la ville fabuleuse mais de faire mieux connaître la Guyane et ses  véritables richesses. Cependant, sir Robert Dudley, qui avait exploré en 1595le pays situé entre l’Orénoque et la rivière de Mana, assura dans la relation de son, voyage que quatorze marins de son équipage qu’il avait envoyés à la découverte avaient trouvé un pays où l’or et l’argent se trouvaient en abondance.

Le premier établissement permanent fut formé par des marchands de Rouen, qui avaient obtenu le privilège du commerce et de la navigation des pays situés entre l’Amazone et l’Orénoque ils envoyèrent; en 1626,une colonie de vingt-six agriculteurs français, qui vint se fixer, sous les ordres des sieurs de Chantail et Chambaut, son lieutenant, sur les bords de la rivière de Sinnamary. En 1630 et 1633, cent trente nouveaux colons sous la conduite des capitaines Haulépine, Legrand et Grégoire, s’établirent sur la rivière de Conamama,d’où ils passèrent, en1634, sur la côte de Rémire, qu’ils commencèrent à cultiver; après avoir construit à trois lieues de ce point, à l’extrémité occidentale de l’île de Cayenne, un fort sur un monticule qu’ils appelèrent Cépérou, du nom d’un fameux chef indien, et un village qu’ils nommèrent Cayenne.

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La Guyane Française en 1865 ( Table des matières)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre du livre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, M Léon RIVIÈRE,  précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

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Organisation de la diffusion : La table des matières est mise au début afin que les lecteurs puissent prendre connaissance de l’ensemble de l’œuvre.
Si tout fonctionne bien, il y a, également, un lien sur chaque diffusion qui vous emmènera au bon endroit.   
Première partie : La table des matières.
Deuxième partie : La préface.
Troisième Partie: Essai historique sur la colonisation de la Guyane française.

La Table des Matières

Préface.

Chapitre Ier. — Essai historique sur la colonisation de la Guyane française.

Chapitre II. — Description de la Guyane française.

Chapitre III. — Climat de la Guyane; Fertilité de son sol.

Chapitre IV. — Géologie ; Règne minéral : Exploitation de l’or, Compagnie de l’Approuague.

Chapitre V. — Règne animal.

  • 1er. — Mammifères.
  • 2. — Oiseaux.
  • 3.— Reptiles.
  • 4. — Insectes.
  • 5. — Poissons.

Chapitre VI. — Règne végétal : Productions naturelles.

  • 1er. — Aspect général de la végétation.
  • 2. — Arbres, arbustes et plantes utiles.

Chapitre VII. — Circonscriptions territoriales :

Habitations existantes, leurs cultures; Bestiaux.

Comparaison de la situation agricole entre les années 1836 et 1865.

Chapitre VIII. — Population : Mœurs, Caractère, Usage des différentes classes.

Chapitre IX. — Tribus indigènes: Voyages dans l’intérieur   .

Chapitre X. — Immigration.

Chapitre XI. — Transportation.

Chapitre XII. — Forces militaires.

Chapitre XIII. — Finances.

Chapitre XIV. — Industrie.

Industrie sucrière.

Industrie forestière.

Substances exploitables du pays :

Textiles.

Matières tinctoriales et colorantes.

Baumes, gommes et résines.

Matières oléagineuses et savonneuses.

Matières médicinales.

Farines et fécules.

Alcools, liqueurs et conserves de fruits.

Épices, condiments et aromates, tabac.

Plantes et graines diverses.

Comité de l’exposition.

Apiculture.

Industrie séricicole.

Briqueteries, tanneries et chaufourneries.

Pêche maritime.

Fleurs en plumes d’oiseaux.

Industrie aurifère.

Chapitre XV. — Commerce et navigation.

Tableau des importations et exportations de 1790 à 1865.

Importations en 1865.

Exportations en 1865.

Entrepôt.

Navigation.

Service postal.

Chapitre XVI. — Monnaies ; Poids et mesures.

Chapitre XVII. —Banque locale; Du crédit a la Guyane.

Historique.

Capital et actions.

Fonds de réserve.

Jurisprudence générale des Banques   coloniales.

Opération de la Banque en 1865.

Tableau des importations et exportations, au point de vue de la balance commerciale, entre la colonie et la Métropole.

Du crédit à la Guyane.

Chapitre XVIII. — Établissements publics :

Culte, Congrégations religieuses, Instruction publique, Hôpitaux.

Chapitre XIX. — Pouvoir législatif.

Législation générale.

Gouvernement et administration.

Administration de la justice et organisation judiciaire.

Chapitre XX. — Plans de colonisation.

Conclusion.

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La Guyane Française en 1865 (Préface)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre du livre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, M Léon RIVIÈRE,  précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
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Lien de retour à la table des matières.

La  Préface:

Notre établissement à la Guyane française date de plus de trois siècles, et c’est se tromper que de croire que tout y est encore à créer. Les germes de prospérité qu’elle renferme dans son sein ont été déjà fécondés, et, en 1836, les cultures de la colonie avaient atteint un très grand développement. À partir de cette époque, il est vrai, la cessation de la traite des noirs, l’avilissement du prix des denrées ont amené une crise qu’a précipitée, en 1848, l’émancipation générale des esclaves.
Cependant,
– l’établissement de la transportation.
– l’introduction d’immigrants indiens et chinois. (Compléments d’information suite à d’autres recherches : Les premiers ce sont les Madériens, puis les Africains, les indiens, chinois, cochinchinois ; un travail sur cette immigration, je l’ai fait, il sera publié ultérieurement. Par la suite pour l’or, Sainte Lucien (anglais), Antillais (Martinique, Guadeloupe), des Martiniquais de la Montagne Pelée en 1902).
– l’institution d’une banque locale.
– la fondation de la compagnie agricole et aurifère des mines d’or de l’Approuague.
– et de nombreuses entreprises aurifères particulières.
– l’exploitation de vastes chantiers de bois, soit par des particuliers, soit par le service pénitentiaire, ont rendu à la colonie une partie de l’activité qu’elle avait avant 1848, et lui ont donné une impulsion qui, dirigée avec énergie et persévérance, la conduira, sans incertitude, au but que s’est assigné le Gouvernement.
Notre aptitude à coloniser est vivement contestée. Pour être vrai, on doit dire que l’exécution n’a pas toujours répondu à la pensée. La France a fondé Saint-Domingue, la Louisiane, le Canada, des établissements dans l’Inde ; bien qu’elle ait perdu la plupart de ces possessions, elle n’en a pas moins réussi dans son œuvre de colonisation : ce sont des preuves indiscutables. Elle a fait, il est vrai, d’infructueux tâtonnements à la Guyane, elle y a essuyé des échecs, éprouvé des désastres : mais la malheureuse expédition, tentée en 1763, ne doit être considérée que comme un accident ; la fatale issue en pouvait être prévue.
– Que devait-on attendre d’une immigration qui, avant d’aller au bal ou à la comédie , se promenait sur la plage de Kourou, comme aux Tuileries, en grande toilette et l’épée, au côté?
– Que devait-on espérer de la déportation de thermidor et de fructidor, qui périt, en grande partie, de chagrin, de dénuement et de maladie, dans les déserts de Sinnamary et de Counamama.
– Quelques-uns survécurent et revinrent dans leur patrie : mais leurs sombres récits ne firent que confirmer d’opinion fâcheuse qu’avait déjà établie l’expédition de Kourou. Le nom de Cayenne, sous lequel on désignait alors généralement l’ancienne France équinoxiale, Cayenne, une des localités les plus saines de la colonie, devint, sous leur plume le synonyme d’exil, d’insalubrité et de mort.
Cayenne a tué la Guyane française.

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Quelques mots sur l’affaire Dreyfus.

Source: La Semaine Guyanaise (LSG) n°462 du 29 Octobre 1992, page 36 et 37 ; n°463 du 05 novembre 1992 page 34 et 35.
Auteur : Rodolphe Robo, Conférencier agréé par le ministère du Tourisme, Ancien directeur du Service Culturel Départemental de la Guyane
Reproduction interdite, voir M Alain Chaumet pour demande.

Début de l’article:

Alfred Dreyfus, d’origine juive alsacienne, était capitaine d’artillerie attaché au 2ebureau de l’Etat-Major de l’armée, au ministère de la Guerre, lorsqu’éclata en 1894, ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Dreyfus.

De quoi s’agissait-il ?

En 1894, l’on découvrit un bordereauadressé au major Scharzkoppen, attaché militaire allemand à Paris, qui promettait de fournir divers secrets militaires. L’écriture figurant sur le bordereau ressemblait fortement a celle du capitaine Dreyfus. On procéda à son arrestation le 15 octobre 1894, et il fut traduit devant le conseil de guerre.

Dreyfus fut condamné à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée.

Personne, à l’époque, ne mit en doute la culpabilité de Dreyfus, en dehors de sa famille. Pourtant, dès son arrestation, Dreyfus ne cessa d’affirmer son innocence… en vain.

Quoi qu’il en soit, on envoya Dreyfus en déportation en Guyane. La traversée sur « Le Saint-Nazaire » fut pénible ; la cellule, fermée par un grillage, était située sous le pont, à avant ; le sommeil dans un hamac était difficile ; la nourriture distribuée dans de vieilles boîtes de conserve. Le déporté n’avait droit qu’à une heure par jour sur le pont et sous la garde de deux surveillants.

Arrivé en Guyane, il fut mis à l’Ile du Diable, dans une petite case construite à la hâte. Par la suite, on devait lui construire une nouvelle case, quelque peu plus confortable. Quant à son emploi du temps, invariable : lever au petit matin ; sortie et marche quand celles-ci étaient autorisées ; petit déjeuner ; entretien de sa case ; déjeuner préparé par lui-même à partir de 10 heures ; lecture (de livres, pas de journaux) ; préparation du dîner à partir de 16 heures ; sommeil à partir de 18 heures 30.

Entre temps, il rédigeait de la correspondance, répondait aux lettres qu’il recevait par l’intermédiaire du commandant supérieur du pénitencier, après contrôle minutieux. Bref, une vie pénible et monotone !

Mais la famille Dreyfus qui croyait à l’innocence de celui-ci se mit, en métropole, en quête d’appuis politiques dans le but d’obtenir la révision du procès.

Parallèlement, elle rechercha l’appui de journalistes et finit par obtenir celui de Bernard Lazare ; ce dernier, à la suite d’une enquête minutieuse, acquit la certitude que des irrégularités avaient été commises dans le jugement, que le conseil de guerre n’avait pas suivi toutes les prescriptions légales, qu’une des pièces les plus importantes du dossier soumis aux juges n’avait pas été communiquée ni à l’accusé ni à son défenseur.

En 1896, le journal « Le Matin » publia le fac-similé du bordereau des pièces livrées par « un » traître à une puissance étrangère, bordereau attribué à Dreyfus par les juges qui l’avaient condamné.

Bernard Lazare, s’appuyant sur les témoignages des plus grands experts européens, exposa que ce fameux bordereau n’était pas de Dreyfus.

Cette prise de position de Lazare devait marquer le début de la campagne prescrivant la révision du procès. Cette campagne s’amplifia au fur et à mesure.

En 1897, Scheurer-Kestner, vice-président du sénat, convaincu de l’innocence du déporté de l’Ile du diable, entra en campagne pour la révision du procès.

En même temps, le « Figaro » publia un dossier constitué par Scheurer-Kestner, qui révélait le nom d’Esterhazy et produisait en fac-similé des lettres de cet officier.

On ne s’en arrêta pas là, l’écrivain Emile Zola, des hommes politiques comme Jaurès, Clémenceau, Yves Guyot et de nombreux intellectuels prirent position pour Dreyfus.

Les passions des antisémites se mobilisèrent ; les défenseurs de la justice se dressèrent et la France se trouva partagée entre partisans et adversaires de Dreyfus. Le doute gagna nombre de français, car les informations sur le sujet fusaient de toutes parts et se contredisaient. Il était difficile de ne pas croire ces officiers qui affirmaient que Dreyfus était coupable.

Par contre, comment ne pas ajouter foi aux prises de position d’hommes comme Scheurer-Kestner, Zola, Clémenceau ? D’où la nécessité d’un arbitre absolument impartial.

Cependant qui pouvait jouet ce rôle alors qu’on apprenait que Cavaignac, après avoir produit à la tribune de la chambre une pièce prouvant la culpabilité de Dreyfus, reconnaissait par la suite l’auteur de ce faux, un colonel d’Eta Major, le colonel Henry, s’était suicidé ?

Dès lors, il fallait trancher, l’opinion publique ne supportant plus d’être écartée de la connaissance en détail de l’affaire.

Pendant ce temps Dreyfus était à l’Ile du Diable. Et que pensait-on de cela en Guyane ? Quand Dreyfus arriva en Guyane, il inspira immédiatement de l’horreur. C’était un traître ! Cependant, lorsque son affaire se compliqua aux yeux des Guyanais d’une question de race, lorsqu’on apprit les irrégularités du procès, lorsqu’on lut les protestations des amis du déporté, on souhaita comme en France la révision du procès. Le journal local Le combatse fit l’écho des réactions guyanaises en publiant notamment le 28 octobre 1897 un article intitulé : « Correspondance à propos de Dreyfus ».

En voici des extraits :

Le courrier Anglais du 24 octobre a adressé une lettre au directeur du journal. Cette lettre porte le timbre de la rue d’Amsterdam, avec la date du 1eroctobre 1897.

La première enveloppe ouverte, nous trouvons une seconde enveloppe dont la souscription est cachée par un morceau de papier blanc traversé sur ses deux faces par un filet noir. C’est toujours la même écriture, qui paraît être celle d’une femme, et la même adresse. Dans cette dernière enveloppe se trouve la lettre suivante : Paris 28 septembre 1897Monsieur,

J’ai lu avec le plus grand intérêt les articles de votre journal au sujet de visites importantes qui ont été faites à l’ile du Diable par le Gouverneur de la Guyane. Je me suis donc rappelé certains faits qui doivent être inconnus de vous et que je crois bien faire de vous indiquer.

1) Au mois d’octobre 1894, le chef du bureau des renseignements au ministère de la Guerre était le lieutenant-colonel Sandherr, né à Mulhouse (comme le capitaine Dreyfus) et de famille ultra-cléricale.

2) Au mois d’avril 1895, il quitta le ministère avec le grade de colonel, pour commander un régiment à Montauban, qu’il ne rejoignit jamais sous prétexte de folie ! Soit trois mois après la dégradation du capitaine Dreyfus.

3) Au mois de mai 1897, une mission de la police allemande arrive à

4) Paris, et, une semaine après, le colonel Sandherr est mis à la retraite quoique noyant pas l’âge, toujours avec le prétexte de folie, et, une semaine après

5) on annonce sa mort. Cet événement mystérieux pourra vous faire comprendre bien des choses sur cette affaire, si vous vous rappelez les protestations du capitaine Dreyfus, et si

6) vous apprenez qu’un nommé Perceval, cause de toute cette affaire, a été transporté au Congo.

7) J’ajoute aussi que deux officiers mêlés à cette affaire de Dreyfus ont dit : il est victime d’une méchanceté,

8) et qu’il existe une pièce officielle contenant un renseignement faux qui n’a pu être que nuisible au capitaine Dreyfus, et voilà pourquoi, il ne sait même pas pour quel motif, il a été condamné.

Suite à la publication de cette note du journal cayennais Le combat, le gouverneur avait exigé la lettre, au moyen d’une réquisition.

Cette attitude du Gouverneur déclencha une réaction du journal qui, le 25 novembre 1897, se mit à réclamer la révision du procès de la façon suivante :

« Il faut que la lumière soit faite.

La France ne doit pas oublier qu’il y a plus de trente-deux mois que Dreyfus est à l’Ile du Diable, qu’il s’y trouve dans les conditions les plus misérables, ne communiquant avec aucun être humain, ne pouvant même pas converser avec ses gardiens qui ont pour consigne de ne pas fui répondre.

La France ne doit pas ignorer non plus qu’on refuse au déporté le droit de se procurer d’autres aliments que des conserves, et que, contrairement à toutes les lois existantes, on l’a souvent, et pendant de longs mois, tenu enfermé dans sa chambre et aux fers par les quatre membres.

La France doit savoir ou apprendre que Dreyfus, dans les rares circonstances où on lui permet de respirer librement, est toujours suivi à deux pas par un gardien qui a pour ordre de lui brûler la cervelle à la moindre alerte…

Chacun sait en Guyane que malgré le cercle policier qui l’étreint, Dreyfus a pu longtemps correspondre avec les siens à l’insu de l’Administration et que si ses parents et amis ou lui-même l’avaient voulu, rien n’eut été plus facile pour lui de se faire enlever, et pourtant, aucune tentative n’a été faite dans ce but.

Chacun sait encore que malgré un redoublement de vigilance, il y a dans Cayenne même des hommes qui se portent fort de rompre ses chaînes pour la curiosité du fait. Mais Dreyfus ne l’a pas voulu.

Il est évident, que ces articles du journal le Combatde Cayenne qui parvenaient en métropole, s’ajoutant à ceux publiés dans la presse métropolitaine, ne contribuaient pas à l’étouffement de l’affaire Dreyfus.

On peut donc conclure que la Guyane a apporté sa pierre à l’éclaircissement de cette affaire qui connut son dénouement judiciaire en 1906.

On en fut très satisfait en Guyane, pas moins qu’en métropole, sans doute.

Qu’on n’oublie pas en effet que l’abolition de l’esclavage n’était pas si éloignée dans le temps. Par conséquent, la population se trouvait encore très sensibilisée à toute cette affaire comportant des aspects racistes.

Fin de l’article.

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