Malheur à Counamama (1798)
Source: La Semaine Guyanaise (LSG) n°461 du 22 Octobre 1992, page 38.
Auteur: Rodolphe Robo, Conférencier agréé par le ministère du Tourisme, Ancien directeur du Service Culturel Départemental de la Guyane.
Reproduction interdite, voir M Alain Chaumet pour demande.
Début de l’article:
Le gouvernement Jeannet-Oudin, quand il s’était agi de fixer le lieu de déportation des proscrits de Fructidor, avait contrevenu aux décisions du Directoire, désignant Counamama à cet effet. Jeannet-Oudin prit sur lui de choisir Sinnamary. Mais la déportation n’était pas terminée.
Aussi, lorsque le bateau « La Décade » arriva avec un nouveau contingent de déportés confirmant comme lieu de déportation Counamama, il fallut bien se soumettre et le lieutenant Prévost fut envoyé en ce lieu, avec mission de construire des habitations pour les déportés.
On ne comptait, à l’époque, qu’un colon dans la région et il ne fut pas facile de trouver des nègres pour y travailler, tant les lieux étaient inhospitaliers.
L’édification des carbets fut rapide: quelques pieux enfoncés dans la terre garnis d’une charpente légère couverte de feuilles; quelques logements plus confortables pour le directeur, le corps de garde; le four pour le boulanger, l’hôpital, la prison, etc.
Quand son habitation personnelle fut prête, Prévost fit savoir a Jeannet-Oudin que les lieux étaient opérationnels et qu’il convenait d’y fixer les déportés.
Freytag, commandant des postes de Sinnamary et de Counamama, fut invité à faire embarquer les hommes pour cette destination.
L’opération fut effectuée dans des conditions difficiles compte tenu de l’état de santé des déportés.
Peu après leur arrivée à Counamama, la situation se présenta catastrophique; la mauvaise qualité des vivres avariés dans le magasin, l’eau saumâtreet l’alimentation toute de salaison amenèrent des maladies, de sorte que les carbets, l’hôpital furent pleins et se trouvèrent avec de nombreux malades exploités par les personnels qui leur faisaient payer très cher le poisson et le poulet.
Les malades étaient dévorés par les chiques et s’ils voulaient s’en débarrasser avec efficacité, ils devaient payer cher les nègres pour ce faire.
