
Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, , M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)
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Quatrième partie
Chapitre II
Description de la Guyane Française.
La Guyane française, telle qu’elle a été délimitée par l’article 107 du traité de Vienne (9 juin 1815) et par une convention provisoire passée à Paris, le 28 août 1817, comprend une immense étendue de pays qui s’étend entre le Maroni et l’Oyapock. Ces deux fleuves décrivent autour de la colonie un grand arc de Cercle dont la corde, d’une embouchure à l’autre, mesure environ 300 kilomètres.
Les limites de la Guyane française sont : au nord, l’océan atlantique; au nord-ouest, le Maroni, qui la sépare de la Guyane hollandaise; à l’ouest, les régions intérieures, encore peu connues, situées au delà du Rio-Branco; au sud, enfin, le territoire que nous conteste l’empire du Brésil, et qui s’étend de l’Oyapock à la rivière Vincent-Pinçon; (Traité d’Utrecht du 11 avril 1713.) Le Brésil a successivement proposé de reconnaitre pour limites la rive droite de l’Oyapock, la rive gauche du Cassipoure, le Conani, et enfin le Calsoène, par 2° 30′ environ.
La France rejette encore aujourd’hui ces propositions et offre comme gage de ses intentions conciliantes d’adopter pour limites la branche nord de l’Arouari ou, si cette rivière est obstruée, le cours d’eau le plus voisin en remontant vers le nord. (Revue coloniale, t. XIX, 2e série, p.1396.)
Ce territoire, qui ajoute à la Guyane française 200 kilomètres de cotes, en porte le développement total à 500 kilomètres sur une profondeur de 1200, ce qui donne une superficie triangulaire de plus de 18,000 lieues carrées. La seule partie comprise entre le Maroni et l’Oyapock est évaluée a environ 1,310,000 hectares, dont 5,480 sont aujourd’hui en culture; le reste est savanes, montagnes ou forêts.
Les savanes couvrent les terres basses et comprennent les immenses terrains découverts qui s’entendent du littoral jusqu’aux premiers sauts des rivières. Leur base est le roc ou le granit: elles forment une chaîne d’ondulations plus ou moins longues recouvertes d’une couche de terre végétale, détritus de plantes qui, entrainés par les pluies, se sont solidifiés; fixés au continent et graduellement élevés au-dessus des eaux ; les dépôts résultant des marées et dans lesquels ont poussé les graines de palétuviers qu’elles y ont apportées ont aussi contribué: à l’exhaussement du sol. Ces terres basses sont éminemment fertiles et propres a recevoir toute espèce de cultures cependant, à peine une partie en est elle cultivée, une autre est en savanes sèches ou noyées le reste est, couvert d’épaisses forêts de mangliers et de palétuviers. Les savanes qu’on nommé, tremblantesprésentent une couche de terreau d’environ deux pieds d’épaisseur, reposant sur une vase molle, épaisse de cinq à six pieds et recouverte de touffes d’herbes aquatiques très verdoyantes. Dans les terres basses se trouvent aussi de vastes marais qui prennent le nom de pripris, quand ils sont inondés, ou de pinotières quand, desséchés par diverses circonstances, ils ont formé d’immenses prairies où les palmiers pinots ont a la longue remplacé les mangliers. Que de riches pâturages pourraient être créés dans ces pinotières, complètement desséchées, soit par le temps, soit par la main des hommes.
Au delà des premiers sauts, s’étendent les terres hautes s’élevant progressivement du nord au sud, coupées d’une chaîne de montagnes granitiques, de 5 à 600 mètres de hauteur, à peu près parallèles entre elles courant de l’est à l’ouest et se dirigeant vers la chaîne principale, des monts Tumuc-Humac qui occupent toute la partie sud de la Guyane française, sur une largeur de 10 a 12 kilomètres, et dont les pitons les plus élevés atteignent une hauteur de 1000 à l200 mètres.
Les forêts commencent à quinze ou vingt lieues des côtes et se prolongent à l’intérieur jusqu’à des profondeurs inconnues. Elles contiennent, toutes les espèces de bois, non pas groupées par familles, mais disséminées soit sur des terrains marécageux, soit le long des fleuves ou sur les montagnes : ici des arbres gigantesques propres aux constructions civiles ou navales, s’élevant au milieu de cette nature vierge et sauvage qui offre l’image du globe après la création ; là, une multitude prodigieuse d’arbres ou d’arbustes de moindre dimension qui produisent des résines, les baumes, les gommes et les huiles ; enfin, une troisième, végétation, plus humble, pressée dans les parties, humides en touffes impénétrables : au milieu de ces trois végétations distinctes, des lianes d’une prodigieuse grandeur s’attachent aux arbres, dépassent souvent les cimes de ceux de la plus grande espèce, arrivent à ceux de moyenne grandeur, redescendent à terre, y prennent de nouveau racine et donnent à certaines parties de ces forêts l’aspect de grands navires avec leurs mâts et leurs cordages. On respire, en parcourant ces bois, soues une ombreépaisse où les rayons du soleil n’ont jamais pénétré, un air embaumé qui révèle, l’existence de plantes aromatiques, partout même où elles ne sont pas apparentes.
Dans les vastes solitudes de ces forêts, de ces savanes, de ces marais, bruissent et voltigent une variété infinie d’oiseaux aux couleurs métalliques étincelantes, de papillons aux formes et aux nuances les plus variées : on y voit errer une multitude d’animaux, ramper de monstrueux reptiles; dans les terrains bas et boisés fourmillent des myriades d’insectes et d’innombrables légions ailées de maringouins et de moustiques.