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Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, , M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)
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Quatrième partie
Chapitre II
Description de la Guyane Française.
La Guyane française, telle qu’elle a été délimitée par l’article 107 du traité de Vienne (9 juin 1815) et par une convention provisoire passée à Paris, le 28 août 1817, comprend une immense étendue de pays qui s’étend entre le Maroni et l’Oyapock. Ces deux fleuves décrivent autour de la colonie un grand arc de Cercle dont la corde, d’une embouchure à l’autre, mesure environ 300 kilomètres.
Les limites de la Guyane française sont : au nord, l’océan atlantique; au nord-ouest, le Maroni, qui la sépare de la Guyane hollandaise; à l’ouest, les régions intérieures, encore peu connues, situées au delà du Rio-Branco; au sud, enfin, le territoire que nous conteste l’empire du Brésil, et qui s’étend de l’Oyapock à la rivière Vincent-Pinçon; (Traité d’Utrecht du 11 avril 1713.) Le Brésil a successivement proposé de reconnaitre pour limites la rive droite de l’Oyapock, la rive gauche du Cassipoure, le Conani, et enfin le Calsoène, par 2° 30′ environ.
La France rejette encore aujourd’hui ces propositions et offre comme gage de ses intentions conciliantes d’adopter pour limites la branche nord de l’Arouari ou, si cette rivière est obstruée, le cours d’eau le plus voisin en remontant vers le nord. (Revue coloniale, t. XIX, 2e série, p.1396.)
Ce territoire, qui ajoute à la Guyane française 200 kilomètres de cotes, en porte le développement total à 500 kilomètres sur une profondeur de 1200, ce qui donne une superficie triangulaire de plus de 18,000 lieues carrées. La seule partie comprise entre le Maroni et l’Oyapock est évaluée a environ 1,310,000 hectares, dont 5,480 sont aujourd’hui en culture; le reste est savanes, montagnes ou forêts.
Les savanes couvrent les terres basses et comprennent les immenses terrains découverts qui s’entendent du littoral jusqu’aux premiers sauts des rivières. Leur base est le roc ou le granit: elles forment une chaîne d’ondulations plus ou moins longues recouvertes d’une couche de terre végétale, détritus de plantes qui, entrainés par les pluies, se sont solidifiés; fixés au continent et graduellement élevés au-dessus des eaux ; les dépôts résultant des marées et dans lesquels ont poussé les graines de palétuviers qu’elles y ont apportées ont aussi contribué: à l’exhaussement du sol. Ces terres basses sont éminemment fertiles et propres a recevoir toute espèce de cultures cependant, à peine une partie en est elle cultivée, une autre est en savanes sèches ou noyées le reste est, couvert d’épaisses forêts de mangliers et de palétuviers. Les savanes qu’on nommé, tremblantesprésentent une couche de terreau d’environ deux pieds d’épaisseur, reposant sur une vase molle, épaisse de cinq à six pieds et recouverte de touffes d’herbes aquatiques très verdoyantes. Dans les terres basses se trouvent aussi de vastes marais qui prennent le nom de pripris, quand ils sont inondés, ou de pinotières quand, desséchés par diverses circonstances, ils ont formé d’immenses prairies où les palmiers pinots ont a la longue remplacé les mangliers. Que de riches pâturages pourraient être créés dans ces pinotières, complètement desséchées, soit par le temps, soit par la main des hommes.
Au delà des premiers sauts, s’étendent les terres hautes s’élevant progressivement du nord au sud, coupées d’une chaîne de montagnes granitiques, de 5 à 600 mètres de hauteur, à peu près parallèles entre elles courant de l’est à l’ouest et se dirigeant vers la chaîne principale, des monts Tumuc-Humac qui occupent toute la partie sud de la Guyane française, sur une largeur de 10 a 12 kilomètres, et dont les pitons les plus élevés atteignent une hauteur de 1000 à l200 mètres.
Les forêts commencent à quinze ou vingt lieues des côtes et se prolongent à l’intérieur jusqu’à des profondeurs inconnues. Elles contiennent, toutes les espèces de bois, non pas groupées par familles, mais disséminées soit sur des terrains marécageux, soit le long des fleuves ou sur les montagnes : ici des arbres gigantesques propres aux constructions civiles ou navales, s’élevant au milieu de cette nature vierge et sauvage qui offre l’image du globe après la création ; là, une multitude prodigieuse d’arbres ou d’arbustes de moindre dimension qui produisent des résines, les baumes, les gommes et les huiles ; enfin, une troisième, végétation, plus humble, pressée dans les parties, humides en touffes impénétrables : au milieu de ces trois végétations distinctes, des lianes d’une prodigieuse grandeur s’attachent aux arbres, dépassent souvent les cimes de ceux de la plus grande espèce, arrivent à ceux de moyenne grandeur, redescendent à terre, y prennent de nouveau racine et donnent à certaines parties de ces forêts l’aspect de grands navires avec leurs mâts et leurs cordages. On respire, en parcourant ces bois, soues une ombreépaisse où les rayons du soleil n’ont jamais pénétré, un air embaumé qui révèle, l’existence de plantes aromatiques, partout même où elles ne sont pas apparentes.
Dans les vastes solitudes de ces forêts, de ces savanes, de ces marais, bruissent et voltigent une variété infinie d’oiseaux aux couleurs métalliques étincelantes, de papillons aux formes et aux nuances les plus variées : on y voit errer une multitude d’animaux, ramper de monstrueux reptiles; dans les terrains bas et boisés fourmillent des myriades d’insectes et d’innombrables légions ailées de maringouins et de moustiques.
La Guyane est arrosée par vingt-deux fleuves ou rivières qui débouchent dans la mer, et dont les nombreux affluents traversent le pays dans toutes les directions les principaux coulent du nord au sud perpendiculairement aux chaînes de montagnes où elles prennent leur source. Leur embouchure, d’une étendue considérable, est obstruée de bancs de vase ou de sable qui en rendent l’accès difficile : à vingt lieues, elles cessent d’être navigables ; là, de nombreuses cataractes en barrent le cours ; quelques-uns de ces sauts ont une grande hauteur et se prolongent sur une longueur de plusieurs centaines de mètres quelquefois même de plusieurs lieues. Leur cours a peu de pente, peu de rapidité, et leurs rives, bordées d’un rideau d’arbres toujours verts qui jettent des racines du bout de leurs branches à terre pour former d’autres arbres sans se séparer de la souche n’ont presque pas d’élévation, surtout près de leur embouchure : la mer y remonte jusqu’à quinze ou vingt lieues. Les eaux baissent tellement dans la saison sèche que l’émersion des bancs et des roches permet parfois de les passer à gué dans les parties supérieure et moyenne de leur cours ; mais, dans la saison des pluies, les eaux grossies s’élèvent a une telle hauteur quelles débordent et inondent la contrée. Alors, les embarcations, pour se rendre aux habitations, peuvent naviguer à travers les bois et presque sur leurs cimes.
Les fleuves de la Guyane française sont le Maroni et l’Oyapock, dont il y a lieu de croire que les sources sont très rapprochées. Les principaux cours d’eau, sont : la Mana, l’Organabo, l’Iracoubo, le Conamama, le Sinnamary, le Kourou, le Macouria, les rivières de Cayenne, de Montsinéry et de Kaw, le Mahury, l’ Approuague et le Ouanari.
Dans ces fleuves et rivières viennent se déverser de petits embranchements creusés par les pluies torrentielles dans les parties les plus déclives du terrain, alimentés par les eaux de la marée haute, à sec à marée basse, et devenus célèbres par leurs gisements aurifères qu’on exploite en détournant leur cours. Toutes ces rivières et leurs affluents, toutes ces criques et leurs ramifications établissent de nombreuses communications entre toutes les parties de la colonie. Aussi, le transport des denrées se fait-il presque exclusivement par eau.
A ces communications dues à la nature, il faut ajouter les canaux creusés par la main de l’homme ; les principaux sont:
– La Crique-Fouillée de 8,000 mètres de longueur et de 12 mètre de largeur en moyenne, qui sépare le quartier de 1’Ile-de-Cayenne de celui du Tour-de-l’Ile, et établit une communication entre la rade de Cayenne et le Mahury.
– Le canal Torcy, creusé dans les savanes de la rivé droite du Mahury, de 6,600 mètres de longueur sur une largeur moyenne de 14 mètres ; un canal d’embranchement tracé parallèlement au canal Torcy et désigné́ sous le nom de l’ingénieur Soleau, protège contre les eaux des savanes les cultures comprises entre ces deux canaux, et, par une écluse, déverse son trop-plein dans le Mahury.
– Le canal Laussat, qui borde la ville de Cayennè du coté́ du sud et aboutit à la mer par ses deux extrémités il a 13 mètres de largeur moyenne dans le lit du canal et 26 entre ses digues ; comme le canal Torcy, il sert, à marée basse, à l’écoulement des eaux des terres voisines et, à marée haute, à la navigation.
Quant aux routes terrestres, il n’y en a que deux :
– L’une qui traverse l’Ile-de-Cayenne dans la direction du sud-est, aboutit par deux embranchements au dégrad des Cannes, par le Mahury.
– L’autre, qui part de la pointe de Macouria, traverse les quartiers de Macouria, de Kourou, de Sinnamary, d’Iracoubo et d’Organabo, et aboutit à Mana ; la plupart des autres chemins ne sont que de simples tracés pratiqués à travers les bois et les savanes, et que peuvent seuls parcourir les piétons et les bêtes de somme.
Il existe, à la Guyane, une dizaine de lacs dont les plus étendus sont :
– Le Mépécucu.
– Le Macari.
– Le Mapa.
Mais ils sont situés tous trois dans le voisinage du cap nord, et compris, par conséquent, dans la partie du territoire contesté.
On compte seize ponts et ponceaux dans la colonie:
– Un sur la rivière de Macouria
– Trois sur le canal Laussat
– Un sur la Crique-Fouilléé
– Et onze autres sur diverses routes ou criques.
Si, de l’intérieur des terres, on reporte ses regards vers les côtes, partout on voit des terres plates formant des glacis de terre molle. Dans la seule partie de l’Ile-de-Cayenne, qu’on nommela Côte, les terres sont élevées sur une longueur, d’environ 24 kilomètres.
Deux des saillants de ces côtes sont remarquables : le cap d’Orange et le cap Cachipour, qui servent de points de reconnaissance aux bâtiments qui viennent a Cayenne.
Le long de ces côtes sont situées plusieurs îles qui paraissent avoir fait autrefois partie du continent: sous le vent, à 7 milles de la côte de Kourou et à 27 milles au N.-N.-O de Cayenne, les îles du Salut qui comprennent :
– 1° L’ile Royale a 875 mètres dans sa plus grande longueur sur une largeur qui varie entre 200 et 475 mètres ; sa superficie est d’environ 30 hectares, où vont mouiller les bâtiments qui calent plus de 15 pieds d’eau.
– 2° l’île de Saint-Joseph n’a que 575 mètres dans sa plus grande longueur sur une largeur de 100 à 450 mètres ; sa superficie n’est que de 15 hectares.
– et 3° l’île du Diable a 880 mètres dans sa longueur maximum ; sa largeur est comprise entre 75 et 280 mètres, et sa superficie est de 15 hectares environ.
Ce groupe d’îles, autrefois boisées, sert de dépôt aux convois, de transportés arrivant d’Europe : un chenal étroit les sépare. Au vent, au nord de l’embouchure de l’Approuague, à 8 kilomètres en mer, se trouvent deux rochers arides nommés le grand et le petit Connétable asile des oiseaux de mer, peut-être couvert de guano déposé́ depuis des siècles ; sur la côte de Rémire, l’ilet le Père, où se trouve la station des pilotes ; l’îlet la Mère, aujourd’hui affecté aux convalescents des établissements pénitentiaires ; les deux Mamelles et le Malingre, masses rocheuses, où il n’est possible de former aucun établissement ; enfin, l’Enfant-Perdu où est établi un phare, à environ 6 milles marins de Cayenne[1].
L’aspect de cette partie des côtes de la Guyane est admirable. Du haut des montagnes enlevées qui les bordent et les dominent, on aperçoit les îlets semés ça et là comme des bouquet de verdure, et la mer qui déploie au loin sa magnifique étendue.
La Guyane française est divisée en quatorze communes, dont treize rurales désignées sous le nom de quartiers et la quatorzième formée par la ville de Cayenne.
Voici les noms de ces différents quartiers en prenant pour pointde départ celui de Mana, le plus étendu de la colonie, jusqu’à celui d’Oyapock, qui a pour limite au sud le vaste territoire en litige entre la France et l’empire du Brésil : Mana, Iracoubo, Sinnamary, Kourou, Macouria, Montsinéry, ville de Cayenne, Ile-de-Cayenne, Tour-de-Ile, Tonnégrande, Roura, Kaw, Approuague, Oyapock.
Mana : Le quartier de Mana est borné au N-O, par le Maroni, au S-E par l’Organabo, au N-E part la mer et au S-O par les grands bois.
Il mesure une superficie de 387100 hectares et présente une étendue de côtes de 79 km.
Ce n’est pas le Maroni, le plus grand fleuve de la Guyane, qui a donné son nom au plus vaste quartier de la colonie : c’est la rivière de Mana, qui, traversant du Sud au Nord sur une étendue de près de 300 km, va se jeter dans la baie du Maroni. Obstruée par des vases et des sables durs, l’entrée de la Mana offre des difficultés, mais à peine a-t-on franchi ces bancs que l’on trouve une profondeur de 4 à 5 mètres.
Ses principaux affluents sont : sur la rive gauche, la rivière de l’Acarouani, où se trouvait une léproserie qui vient d’être transférée à la Montagne d’Argent, et les criques Portal et Araouni ; sur la rive droite, les criques Laussat, Alimichiri et Trompeuse. Les premiers sauts commencent un peu en amont des criques Laussat et Portal.
Le chef-lieu du quartier de Mana est situé sur, la rive gauche de la rivière, a 4 km de son embouchure.
Nous ne parlerons pas du Maroni, que l’analyse d’un intéressant rapport de M Vidal nous fera connaître plus tard, quand nous traiterons des voyages exécutés dans l’intérieur.
Un îlet du Maroni, désigné sous le nom d’îlet Portal, a été concédé à un habitant qui y a créé des plantations de cafiers.
Le Sol du quartier de Mana, depuis la mer jusqu’à l’Acarouani, est plat et formé d’alluvions, de bancs de sables boisés et de savanes noyées ; c’est à l’Acarouani seulement que commencent les grands bois qui s’étendent dans l’intérieur.
Iracoubo : Le quartier d’Iracoubo s’étend depuis la rivière Organabo jusqu’à la crique Corossony.
Il mesure une superficie de 62000 hectares et son étendue du N-O au S-E est de 55 km.
Un chemin frayé plutôt qu’une route suit le littoral jusqu’à Organabo et aboutit à un sentier qui conduit à Mana.
Trois petites rivières arrosent ce quartier : l’Iracoubo, qui parcourt de l’O au N sans aucune, ramification un espace de 30 kilomètres ; l’Organabo et le Conamama qui , à 6 kilomètres de son embouchure, se divise en deux branches : l’une, prenant la direction du Sud, nommée Jony, l’autre, se dirigeant à l’Ouest, appelée Branche du Maroni.
Le territoire de ce quartier est plat et sablonneux.
Le bourg d’Iracoubo, situé a l’embouchure de la rivière du même nom, est la résidence du commissaire-commandant, du secrétaire de mairie, des agents ruraux, d’une brigade de gendarmerie, ainsi que du curé chargé de desservir la paroisse.
Sinnamary : Le quartier de Sinnamary, compris entre la crique Corossony et la rivière Malmanoury, peut être parcouru dans toutes sa longueur qui est de 33500 mètres et de 20500 mètres de profondeur, sur un chemin bien entretenu. Il mesure une superficie de 68675 hectares de terres de toute nature et est traversé du N. au S par la rivière qui lui donne son nom et qui navigable seulement pendant l’espace de 52 km, pour des embarcations de 40 tonneaux fournit un parcours de 176 km. Les affluents les plus remarquables de la rivière de Sinnamary sont :
1° La rivière de Couroïbo ou Couriège.
2° La rivière du Péril, à 30 km d’une branche di Galibi.
3° La rivière Rubis.
4° Et le Comonabo.
Un grand nombre de criques plus ou moins importantes se jettent dans ces affluents ou leurs ramification.
Au-dessus de sa partie navigable, la rivière est encombrée de sauts et de rapides qui en rendent la navigation lente et difficile.
A cette distance les montagnes sont très nombreuses. La plus remarquable, nommé Amaïbo, s’aperçoit de fort loin en mer et sert de point de reconnaissance aux caboteurs qui longent la côte.
A 2 kilomètres de la côte, entre les rivières de Sinnamary et de Malmanoury, est située l’île verte, inhabitée et sans culture.
Le bourg de Sinnamary, placé à 7 km de l’embouchure de la rivière, est la résidence du commissaire-commandant remplissant les fonctions de juge de paix, du curé, d’une brigade de gendarmerie et de divers s agents ruraux : on y compte environ 40 maisons. Il y existe une école laïque, où les enfants de la localité reçoivent l’instruction primaire.
Le sol de Sinnamary est en tout semblable à celui du quartier d’Iracoubo.
Kourou : Le quartier de Kourou, auquel la malheureuse expédition de 1763 a tait une réputation si fatale, est borné au N.-E par la mer, au S.-E. par le quartier de Macouria, au N.-O par la rivière de Malmanoury, et au S.-O par les grands bois.
Il présenté une superficie de 80000 hectares.
Il est arrosé :
1° parla rivière de Kourou, qui est navigable sur un parcours de 30 kilomètres pour des embarcations de 40 à 50 tonneaux, et à laquelle trois affluents viennent apporter le tribut de leurs eaux ; 1a crique Passoura, ou l’administration pénitentiaire a créé́ une ménagerie qui prend une grande extension, la rivière des Pères et la crique Coupii.
2° par la grande crique Karouabo, dont le cours du S.-O au N est de 20 kilomètres et sur laquelle existe un pont qui facilité des communications entre les deux rives.
A 2 kilomètres de l’embouchure du Kourou sur la rive gauche, s’élève un bourg possédant une jolie église, un presbytère et une écolè primaire. Il y existait un pénitencier qui a été transporté depuis 1862 à l’embouchure du fleuve ; mais un chantier d’exploitation de bois a été en même temps créé à 50 kilomètres du littoral, et ses produits sont d’une grande utilité pour les besoins de la transportation.
Ce quartier n’est pas aussi insalubre qu’on l’a cru longtemps ; il faut dire, toutefois, que de ses savanes sèches ou noyées et du rideau épais de palétuviers qui longe toute la côte se dégagent des miasmes délétères que les brises du large n’emportent pas toujours avec elles. En arrière de ce rideau de palétuviers, sur toute la longueur du quartier se trouve un banc de terre sablonneuse très fertile ; viennent ensuitë les savanes où sont établies des ménageries importantes; au delà, sont les grands bois.
A 7 milles en mer, à la hauteur de l’embouchure du Kourou, se trouvent les îles du Salut, dont nous avons déjà parlé.
Macouria : Le quartier de Macouria est borné au N;-E par la mer, au S.-E; par le quartier de Montsinéry, au S.-O par les savanes naturelles et les grands bois, et au N.-O par le quartier de Kourou. Sa longueur, du N.-O au S.-E, est de 32 kilomètres et sa contenance de 42310 hectares.
Les terres de ce quartier sont plates et peuvent être divisées en quatre espèces :
1° Les terres alluvionnaires qui bordent la mer ayant une étendue moyenne, en longueur et en largeur, de 3 kilomètres environ les meilleures de la Colonie pour la culture du cotonnier.
2° Un banc de sable très fertile, ayant la même longueur que les alluvions, sur une largeur moyenne de 2 kilomètres.
3° Les savanes sèches, formées d’une terre argilo-siliceuse, n’ayant aucune fertilité, et qui occupent une zone longitudinale aussi étendue que le quartier lui-même et large de 3 kilomètres environ.
4° Les grands bois situés au S.-O de ces savanes.
A 5,500 mètres au S.-O du littoral se trouvent deux petites montagnes qu’on appelle les Mornes.
Le quartier n’est arrosé que par une grande crique qui porte le nom de rivière de Macouria : sur cette crique est construit un pont en bois à 2500 mètres de son embouchure ; à partir de ce pont, s’étend un chemin carrossable, qui conduit de Cayenne à Mana.
Un commissaire-commandant est chargé de l’administration de ce quartier qui possède un bourg où sont édifiés une église et un presbytère, et où réside une brigade de gendarmerie.
Montsinéry : Le quartier de Montsinéry est borné au N E par la pointe dite Palicour, située au confluent des rivières de Cayenne et de Montsinéry, au S-E par la rivière de Cayenne et le quartier de Tonnégrande, au S-O par les grands bois et au N-O par le quartier de Macouria.
Sa contenance est de 214700 hectares.
Ses terres d’une qualité inférieure se composent
1° De terres alluvionnaires qui bordent la rivière et ses affluents.
2°. De terrains élevés qui ne deviennent fertiles que quelques années après leur défrichement.
3° De terrains marécageux dans lesquels certaines cultures réussissent parfaitement.
4° De savanes naturelles d’un sol argilo-siliceux, comme celles de Macouria.
La rivière de Montsinéry parcourt ce quartier du S- O au N.-E sur une étendue de 26 kilomètres elle n’est navigable que jusqu’aux, premiers sauts pour les grandes embarcations ; au delà de ce point, elle ne forme plus qu’un ruisseaü. Ses affluents sont le grand et le petit Mapéribo, le Thimoutou et la crique Coco; dans laquelle se jette celle dite Sibre.
Toutes ces rivières et criques sont très poissonneuses : on y trouve des huîtres estimées.
Le quartier possède un bourg non loin duquel est une habitation dont deux bâtiments, convenablement disposés, servent d’église et de presbytère.
Ville de Cayenne : Sur la rive droite de la rivière de Cayenne, à l’extrémité́ occidentale de l’île de Cayenne, par 4° 56′ de latitude N et 54° 35′ de longitude O, se trouve le chef-lieu, le siège du gouvernement, Cayenne, qui, avec sa banlieue, forme une commune d’environ 8000 habitants, d’une superficie de 234 hectares, et qui, placée dans la position la plus favorable pour communiquer, soit par terre, soit par eau, avec toutes les parties de la Colonie, présente un des points de vue les plus pittoresques et les plus variés.
Sa rade, située à l’embouchure de la rivière de Cayenne, entre la partie ouest de la ville et la côte de Macouria, offre elle-même l’aspect le plus agréable ; elle peut recevoir des navires de 500 tonneaux d’un tirant d’eau de 4 à 5 mètres. Le mont Cépérou, de 35 mètres d’élévation, où se trouvent le fort Saint- Michel, le phare, le sémaphore et la caserne d’infanterie de la marine, domine d’un côté la rade, qui a 4 milles de tour, et la ville, dont la partie construite et habitée présente une superficie d’environ 70 hectares. Une jetée, située au pied du fort, rend le débarquement facile à toute époque de l’année. Un vaste quai, le long duquel se prolongent le Magasin general et les bâtiments de la douane, d’un côté, la direction du port, de l’autre, se termine à la Place du marché appelée Dégrad ; une rue étroite, qui est le centre du haut commerce, traverse l’ancienne ville et vient déboucher sur la Place d’Armes, plantée de manguiers, où sont situés l’hôtel du Gouvernement, la Direction de l’intérieur et celles de l’artillerie et des pénitenciers. Plus loin, se trouve la Place de l’Esplanade, plantée de belles avenues de palmiers au tronc élancé́ et disposé par assises comme une colonne ; sur cette place se trouvent les hôtels du commandant militaire et du chef du service judiciaire ainsi que l’hôpital et la gendarmerie.
La ville s’étend de l’est à l’ouest : elle est percée de rues perpendiculaires, larges, droites, alignées, qui aboutissent, les unes à la mer et à la crique Laussat, les autres à la rade et aux routes qui conduisent dans l’intérieur. De chaque côté de ces rues sont ménagés pour l’écoulement des eaux, des fossés bien entretenus au bord desquels croit l’herbe, symétriquement coupée.
Dans la partie qu’occupait l’ancienne ville se trouvent l’intendance, le contrôle, le trésor, la banque, l’imprimerie ; au centre de la nouvelle, appelée la Savanel’église, entourée de palmiers ; le palais de justice, la mairie, l’hôtel du préfet apostolique, le collège et l’établissement des sœurs de Saint-Joseph ; dans les principales rues, des maisons en pierre, le plus ordinairement en bois, d’une construction élégante et commode, avec de vastes galeries a travers lesquelles entre et circule l’air par des fenêtres à jalousie, derrière presque toutes les maisons, des cours, des jardins, où se mêlent le citronnier, l’oranger, le goyavier, le manguier, le bananier et autres arbres ou arbustes des tropiques, que dominent ça et la quelques bouquets de palmiers et de cocotiers ; à l’extrémité́ de la ville se prolonge, du nord au sud, un boulevard planté de manguiers, qui sépare Cayenne de sa banlieue et aboutit à l’anse Nadau et au jardin militaire, vaste enclos qui réunit l’utile a l’agréable, des fruits, des légumes et des fleurs, et dont, tout récemment, une construction de style mauresque et un jet d’eau ont complété ou complèteront l’embellissement.
Dans la banlieue se trouvent l’hospice civil du camp Saint-Denis et quelques maisons éparses avec des jardins potagers dont les produits viennent alimenter le marché de la ville.
Ile-de-Cayenne : Le quartier de l’Ile-de-Cayenne est borné à l’O par la crique Montabo, au N par la mer jusqu’à la rivière Mahury, qu’il traverse pour comprendre dans sa circonscription toute la rive droite de ce fleuve, dont il remonte le cours jusqu’à la Montagne-Anglaise, située à 15 kilomètres de son embouchure. Il est borné au S par la Crique-Fouillée, qui le sépare du quartier du Tour-de-l’Ile, en établissant la communication dont nous avons déjà̀ parlé entre la rade de Cayenne et le Mahury.
Ce quartier mesure une superficie de 42400 hectares.
Le sol formé d’une terre légèrement argileuse, facilement pénétrée par les eaux pluviales, présente une grande fertilité́.
Un lac d’une certaine étendue alimente en toute saison un grand nombre de ruisseaux qui vont arroser les habitations situées sur les versants nord et sud de la chaîne de collines désignée autrefois sous le nom de Table-de-Rémire.Un de ces ruisseaux, le Rorota, détourné de son cours, va bientôt, par des conduits souterrains placés sur la route rectifiée de la côte, conduire ses eaux salubres dans toutes les parties de la ville et dans les vastes réservoirs du mont Cépérou, d’où elles descendront pour jaillir, en jet d’eau dans un bassin creusé sur la place du Gouvernement.
Dans la partie S.-O du quartier, au pied de la montagne de Rémire, le terrain est fort accidenté. Il forme en grande partie, jusqu’à la Criqué-Fouillée, une plaine entrecoupée de marécages et de terres enlevées qui présentent un sol argilo-siliceux d’une, fertilité inférieure à celle de la côte de Rémire.
Dans la partie du quartier de l’Ile-de-Cayenne qui vient d’être décrite, existe une route que de grands travaux récemment entrepris vont rendre aussi belle que les routes impériales de France. Elle part de la banlieue Est de la ville et se divise, ainsi que nous l’avons déjà̀ dit, en deux embranchements: l’un traverse le canal Laussat et conduit sur l’habitation domaniale de Baduel, où a été créée une ferme pépinière destinée à fournir des plants aux établissements agricoles de la colonie.De ce point, cette route continue jusqu’à sa jonction avec l’autre embranchement et aboutit, après avoir parcouru un espace de 14 kilomètres, au dégrad des Cannes, où est établi un agent chargé de l’entretien du bac de passage entre cette partie, du quartier et le canal Torcy, situé sur la rive droite du Mahury.
Une église et un presbytère ont été établis sur cette route, à l’endroit appelé́ Rémire. Avant d’y arriver, on rencontre l’établissement agricole de Montjoly, converti, en 1858, en lieu d’internement pour les libérés astreints a la résidence et pour ceux qui attendent leur repatriement, mais qui vient d’être abandonné depuis peu.
Au-delà̀ de ce dernier point, à l’extrémité́ d’un nouvel embranchement de la même route, appelé́ chemin de la Côté, on trouve, à l’embouchure du Mahury, le fort du Diamant ; destiné à défendre l’entrée du fleuve. Ce chemin contourne ce point et se prolonge, en remontant le bord du Mahury, jusqu’à sa jonction avec la route du dégrad des Cannes, à 1500 mètres environ de cet endroit.
Une deuxième route, destinée à mettre la ville en communication avec le quartier du Tour-de-l’Ile, se dirige vers le S, de l’Ile-de-Cayenne jusqu’à la Crique-Fouillée, qu’elle traverse pour se continuer sur la commune voisine.
Si, maintenant, on traverse le Mahury pour se rendre dans la partie dépendant de l’Ile-de-Cayenne, on se trouve dans une zone entièrement différente. La rivière du Mahury arrose, en effet, sur sa rive droite, depuis son embouchure jusqu’à la montagne Anglaise, la vaste plaine de terres alluvionnaires qui s’entendejusqu’à la rivière de Kaw. Le canal Torcy pénétrait autrefois à 4 kilomètres dans l’intérieur de cette vaste plaine de terres noyées et en facilitait le dessèchement. De grandes habitations avaient été créées sur cette rive du fleuve et ont été, pendant, longtemps, très prospères. Plusieurs d’entre elles sont aujourd’hui couvertes par la mer les autres ne font plus que des vivres ; le Pactole, la Marie et le Quartier-Général sont les seules qui produisent encore du sucre.
Le commissaire-commandant de l’Ile-de-Cayenne, le secrétaire de mairie et les agents ruraux résident à Montjoly, le lieutenant commissaire commandant sur l’habitation la Marie, au canal Torcy, où une église a été édifiée non loin de son embouchure, et la brigade de gendarmerie est établie au Diamant.
Tour-de-l’Ile : Le quartier du Tour-de-l’Ile est borné au N-E par la Crique-Fouillée, au S.-O par la rivière du Tour-de-l’Ile, au N.-O par la rivière de Cayenne, et au S.-E par celle du Mahury.
Il présente une superficie de 28300 hectares.
Cette localité́ ne possède pas de bourg, mais, il y a deux ans, elle a été dotée d’une église.
Le sol y est varié et présente différentes natures de terrains d’une qualité inferieure. Ils peuvent se diviser en quatre espèces :
1° Les terres alluvionnaires, sur les bords du Mahury et de la rivière de Cayenne, propres à la culture du cotonnier ;
2° Les terres hautes boisées, qui longent la rivière de Cayenne jusqu’à son confluent avec celle du Tour-de-l’Ile ;
3° Les savanes sèches argilo-siliceuses, au centre du quartier, qui ne sont propres à aucun genre de culture ;
4° Les savanes noyées.
Le commissaire-commandant réside à l’habitation Tigamy avec les agents placés sous ses ordres.
Tonnégrande : Le quartier de Tonnégrande est borné au N.-E par la rivière du Tour-de-l’Ile, au S.O par les grands bois, au N.-O par le quartier de Montsinéry, et au S.-E par la crique Cayenne ou rivière du Galion, qui le sépare du quartier de Roura.
Sa contenance est de 42000 hectares qui se divisent en terres hautes, en terres basses, généralement de mauvaise qualité, et en grands bois.
Ce quartier est arrosé :
1° Par la rivière de Cayenne ;
2° Par celle de Tonnégrande qui n’est que la continuation de la précédente ;
3° Par la rivière des Cascades ;
4° Par la rivière du Tour-de-l’Ile.
On y trouve plusieurs criques importantes, parmi lesquelles on cite les criques Saint-Pierre et Cavalet.
Les rivières de Tonnégrande et des Cascades sont barrées, à une distance de 15 kilomètres environ de leur point de jonction, par un banc de roches granitiques qui en interrompt la navigation.
Quelques chantiers d’exploitations de bois assez importantes y sont établis.
Roura : Le quartier de Roura, de la contenance de 90400 hectares, est borné au N.-O par la rivière du Tour-de-l’Ile, au N.-E par la crique Racamont et les savanes dites de kaw, au S.-E par le quartier de Kaw et ses grands bois, et au S.-O par la rivière du Galion et le quartier de Tonnégrande.
Les rivières qui l’arrosent sont la Counana, l’Orapu, la Comté, qui, à leur point de jonction, prennent le nom de rivière d’Oyac pour le perdre un peu plus loin et prendre celui de Mahury, après avoir reçu la rivière du Tour-de-l’Ile. Le Counana, l’Orapu et la Comté son navigables, sur un parcours de 20 à 30 kilomètres, pour des embarcations d’un très fort tirant d’eau dans beaucoup d’endroits. L’Oyac est toujours navigable pour des bâtiments tirant jusqu’à 4 mètres d’eau.
Il existe dans ce quartier plusieurs chaînes de collines d’une élévation de 200 mètres environ, qui suivent le cours des rivières. On a constaté, dans toutes les criques qui, descendent de ces montagnes, l’existence de gisements d’or et de fer. Les premiers sont en ce moment en exploitation et donnent des résultats très satisfaisants : on y compte 22 placers.
Le bourg de Roura, où résident 1es autorités le curé et une brigade de gendarmerie, possède une église et un presbytère.
C’est dans ce quartier que se trouve l’habitation domaniale la Gabrielle, où l’Administration a placé des travailleurs immigrants et des condamnés disciplinaires, qui y entretiennent de belles plantations de cafiers et de girofliers. Cette habitation, qui employait autrefois 200 noirs et rapportait de 15 à 18000 francs était tombée après l’émancipation comme toutes les habitations de la colonie. En 1848, elle a pu déjà équilibrer sesrecettes et ses dépenses : l’année qui vient de se clore laissera un excédant de bénéfice.
Kaw : Le quartier de Kaw est borné au N.-E et à l’E par la mer, S.-E par le quartier d’Approuague, au S.-O par celui de Roura, et au N_O par la crique Angélique.
Son étendue, du S.-E au N.-O. , est de 13 kilomètres, et sa contenance de 58900 hectares.
La rivière de Kaw est navigables, pour de petites embarcation, sur une étendues de 35 km ; elle prend sa source sur versant S.-O des montagnes de Roura. Un canal de 8 km de longueur à été ouvert sur la rive droite de cette rivière, à 10 kilomètres de son embouchure, pour communiquer avec la rivière d’Approuague.
Les terres élevées des versants des montagnes de Roura sont très fertiles.
Cette localité possède un petit-bourg avec une église.
Approuague : Le quartier d’Approuague est borné au N.-E. par la mer au S.-E par les grands bois, au N,-O par le quartier de Kaw, et au S.-O par une ligne imaginaire courant S. 24° O, qui le sépare de celui d’Oyapock. Il est arrosé par la rivière d’Approuague, qui coule du S.-O au N dans un parcours de 190 km environ. Sa largeur, jusqu’à 20 km de son embouchure, est de 4 km. On rencontre dans cette partie de nombreuses îles boisées qui conviendraient a la culture du cotonnier.
L’Approuague reçoit un grand nombre d’affluents: à droite, la rivière de Courouaïe, les crique Mataroni, Aïcoupaïe, Ekéni et Koura ; à Gauche, les criques Inéry, Counamaré, Ipoucin et Arataïe. L’Approuague prend sa sourcë sur le versant oriental d’une chaine de montagnes dont le versant occidental donne à peu près au même endroit, naissance à la Mana.
A 18 km de son embouchure est bâti Guizambourg, résidence des autorités de commune.
La contenance de ce quartier est de 262200 hectares. La compagnie aurifère et agricole de l’Approuague, dont nous parlerons plus tard en détail, a obtenu la concession de 200000 hectares par le décret impérial du 20 mai 1857.
Oyapock : Le quartier d’Oyapock est ainsi désigné du nom du fleuve où s’arrête l’étendue de notre territoire actuel. Il est borné au N.-E et à l’E par la mer, au S.-E par le fleuve Oyapock, au N.-O par le quartier de l’Approuague, et au S.-O par les grands bois.
Il présente une superficie de 163,330 hectares.
Le fleuve Oyapock prend sa source dans la chainé des montagnes Tumuc-Humac et coule, du S.-O au N., dans un parcours de 320 kilomètres environ, pour venir se jeter dans le milieu d’une baie, de 16 kilomètres de largeur, qui reçoit également les eaux de l’Ouassa du côté de l’E et de l’Ouanari du côte de l’O. La pointe que forme l’entrée de la baie à l’E s’appelle le cap d’Orange.
Cette baie est reconnaissable par une chainé de montagnes qui s’enlèvent dans un terrain plat et noyé́ et qui s’avancent vers la mer sur la côte O. On nomme ces montagnes le petit et le grand Coumarouma et la Montagne-d’Argent. On avait créé sur cette dernière un établissement pénitentiaire qu’on abandonné aujourd’hui, on n’y laisse qu’une soixantaine de condamnés pour se livrer à la culture du cafier. C’est sur ce point que vient d’être transférée la léproserie de l’Acarouani.
La rivière Ouanari est au S. de ces montagnes et n’est séparée de l’Oyapock que par une langue de terre dont la pointe N s’élève en forme de colline ; on a donné à cette colline, que l’on aperçoit de loin en mer, le nom de Montagne-Lucas. Les terres des deux bords de cette rivière sont basses; et fertiles et l’on y trouve, non loin de son embouchure, une belle sucrerie, la seule qui existe dans le quartier d’Oyapock.
Les principaux affluents de l’Oyapock sont : sur la rive gauche, le Gabaret, sur lequel se trouvait le pénitencier abandonné de Saint-Georges les criques Armontabo, Sancacangue, Carari, Tamari et Sickny, la rivière Camopi, qui donne souvent passage aux nègres Bonis et aux indiens Roucouyennes pour descendre dans le bas Oyapock; sur la rive droite, les petites rivières Prétanary, Kérikourt, Anotaye, Yare et Samacoo la grande rivière Miripi, et un grand nombre de criques.
Le cours de l’Oyapock est fréquemment interrompu par des sauts très élevés et des rapides très dangereux.
Un commissaire-commandant est chargé de l’administration de cette localité et y remplit les fonctions de juge de paix. Nous avons terminé la description topographique des quatorze communes dans lesquelles la France a divisé la vaste portion de l’Amérique méridionale qu’elle possède entre l’Oyapock et le Maroni, et dans une superficie de 1,310,000:hectares, nous n’avons rencontré qu’une seule ville, Cayenne!
Les autres localités méritent à peine le nom de bourgs, Récapitulons, cependant, ces centres de population, si faibles qu’ils soient aujourd’hui ; qui sait si dans cent ans ils ne seront pas des villes populeuses et florissantes.
Sur la rive droite de l’Approuague est bâti Guisambourg, du nom de l’ingénieur Guisan, qui fut amené dans la colonie en 1777 par le commissaire ordonnateur Malouet; le bourg de Kaw se, compose de quelques cases et, d’une église; le bourg de Roura, qui possède une église et un presbytère, parait destiné a prendre de l’extension en raison des nombreuses exploitations aurifères qui ont été fondées depuis quelques années dans les rivières de l’Orapu et de la Comté; le bourg de Tonnégrande, récemment créé, n’a que quelques cases et une église; viennent enfin le petit bourg de Montsinéry, non loin duquel se trouve une habitation ou sont établis une église et un presbytère ; le bourg de Kourou, dont l’importance est augmentée par le voisinage du pénitencier qui y a été fondé tout nouvellement ; le bourg d’Iracoubo, et le bourg de Mana, sur un banc de sable que l’on croit être la continuation du banc des bourgs de Kourou et de Sinnamary.
Nous croyons utile, pour terminer ce chapitre, de donner ici le relevé exact des distances de Cayenne aux principaux points habités de la colonie :
De Cayenne à Tonnégrande, par eau: 20
De Tonnégrande à Roura, par eau: 26
De Cayenne a Roura par terre: 28
De Roura à Saint-Augustin, par terre: 34
Retour de Saint-Augustin à Cayenne par terre: 62
De Cayenne à Bourda, par terre: 3
De Bourda à Montjoly, par terre: 4
De Montjoly au Diamant, par terre: 7
De Cayenne à la pointe Macouria, par eau: 4
De la pointe Macouria au bourg du même nom, par terre: 19
De Macouria à, Kourou, par terre: 29
De Kourou à Malmanoury, par terre: 30
De Malmanoury à Sinnamary, par terre: 21
De Cayenne à Sinnamary par terre: 103
De Sinnamary à Iracoubo, par terre: 34
D’Iracoubo à Organabo, par terre: 37
D’Organabo à Mana, par terre : 32
De Mana à l’embouchure du Maroni (Pointe-Française), par mer : 19
De l’embouchure du Maroni au pénitencier Saint-Laurent, par eau: 25
De Saint-Laurent à Saint-Louis par eau: 4
De Cayenne aux îles du Salut, par mer: 46
Des Iles du salut à Kourou, par mer: 15
De Cayenne à Kaw, par eau ou par terre: 79
De Cayenne à Guizambourg (Approuague) en passant par Kaw, par terre: 108
De Guizambourg à l’Arataye, par eau: 115
De Guizambourg au placer d’Aïcoupaïe, par eau : 97
De Guizambourg placer Counamaré, par eau : 52
De Guizambourg au placer Saint-Rémy, par eau: 40
De Cayenne à l’ilet la Mère, par mer : 26
De Cayenne à la Montagne-d’Argent, par mer: 121
De Cayenne à Saint-Georges (Oyapock) par mer: 191
Fin chapitre II
[1]Tous les documents que j’ai consultés portent que la distance de Cayenne à l’Enfant-Perdu est de 8 km. Je dois à l’obligeance de M le capitaine de frégate Bréart, commandant supérieur de la marine à Cayenne, la rectification de cette mesure un peu trop approximative.
La lieue terrestre de 25 degré vaut en mesures métriques 4,44 km ; la lieue marine de 20 degré vaut 5,555 km. La lieue marine vaut 3 milles ; donc 1 mille = 5,555 :3 = 1,850 km environ. La distance marine du fort Cépérou à l’Enfant-Perdu, donnée par la carte hydrographique levée dans la campagne de la Bayadère, M le capitaine de vaisseau baron Roussin, étant de 6 milles 4 dixièmes, la distance en mètres est égale à 1850×6,4= 11,840 km.
