La Guyane Française en 1865 (chapitre 8)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de FranceTitre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La   Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

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Dixième partie

                               Chapitre VIII

– Population
– Mœurs, caractère, usage des différentes classes.

Je regarde comme une impiété l’opinion qui refuse à la race née en Afrique la qualité d’hommes perfectibles.

Les hommes, quelle que soit leur couleur, naissent, croissent et meurent dans un temps donné. La nature a doué les différentes races des mêmes organes, elle les a assujetties aux mêmes besoins; leur mode de reproduction est le même. Leur santé prospère ou dépérit par les mêmes causes: la faim, la soif,  la privation de l’air respirable produisent sur toutes les mêmes effets. Le brasier qui a consumé la main de Mucius Scœvola eût brûlé celle de Toussaint Louverture. Tous les hommes sont également sortis des mains de la nature ; tous sont donc les enfants de Dieu, comme les flots des rivages les plus opposés sont tous les fils de l’océan.

D’où vient l’homme ?

La science n’a pas encore trouvé et ne trouvera jamais d’autres titres de famille pour le genre humain que ceux qui sont écrits dans les livres sacrés.

Quelle est la race primitive?

Buffondit que le genre humain ne comprend qu’une seule espèce : il pense que la race caucasique est la souche dont toutes les autres sont dérivées, et que les hommesolivâtres, cuivrés, noirs ou basanés ne sont que des blancs dégénérés.

Suivant Cuvier, l’homme ne forme qu’un genre, et ce genre est unique dans son ordre. Suivant lui encore, quoique l’espèce humaine paraisse unique, puisque tous les individus peuvent se mêler indistinctement et produire des individus féconds, on y remarque certaines conformations héréditaires qui constituent des races. Trois d’entre elles surtout lui paraissent éminemment distinctes : la blanche ou caucasique, la jaune ou mongolique, la noire ou éthiopique. Il distingue ces races en différentes branches, et n’exprime que des doutes sur tout le reste. (Règne animal, de l’homme.)

Le paragraphe suivant est à analyser

Boryde Saint-Vincent (Dictionnaire d’histoire naturelle)divise le genre humain en quinze espèces (15 espèces) : il n’admet point qu’il n’existe qu’une espèce primitive qui se serait divisée en plusieurs variétés. Il pense, au contraire que  les divisions qu’on a considérées comme de simples variétés forment autant d’espèces primitives.

A ne considérer la question qu’au point de vue philosophique, chaque race peut, avec autant de raison, regarder les autres comme des variétés de la sienne. « Les peuples qui ont la peau blanche, dit Alexandre de Humboldt, commencent leur cosmogoniepar des hommes blancs. Selon eux, tous les peuples basanés ont été noircis ou brunis par l’ardeur excessive du soleil. Mais, si l’histoire avait été écrite par des hommes noirs, ils auraient soutenu ce que, récemment, des Européens même ont avancé, que l’homme est originairement noir, qu’il a  blanchi dans quelques races par l’effet de la civilisation et d’un affaiblissement progressif, de même que les animaux, dans l’état de domesticité passent d’une teinte obscure a une teinte plus clair . » (Voyage aux régions équinoxiales, livre III, chapitre IX, page 367 et 369)

Je n’étonnerai personne en rappelant ici que celle dernière opinion a été professé par Richard et Lacépède.

Toutes les divergences d’idées sur cette matière  ne font que prouver, à mon sens, les bornes de notre intelligence et le peu de certitude de nos connaissances. Aucun raisonnement ne saurait nous expliquer des faits que la nature nous a cachés.

Le seul fait qui paraît avoir un  certain  degré de certitude,  c’est que les individus qui ne mêlent pas leur race en transmettent à leurs descendants les caractères distinctifs, et qu’aucune espèce ne dévie des traits qui la distinguent.

Une autre question très controversée partage encore le monde savant.

Nous avons exposé chapitre III, et nous pensons avoir réfuté l’opinion émise par Chardin et Montesquieu, au sujet de l’influence qu’exerce le climat sur la constitution physique et sur l’intelligence des diverses espèces d’hommes ; mais  ils ont , en outre, attribué au climat une influence immense sur les lois, les mœurs et les religions des peuples. Une réfutation complète de cette opinion excéderait de beaucoup les limites que je me suis prescrites dans ce travail. Il est impossible, cependant, de  n’en pas dire quelques mots dans un chapitre qui traite des mœurs de  la population de la Guyane française.

Malte-Brun, le premier, s’est aperçu de l’erreur dans laquelle est tombé le grand écrivain, et l’a relevée dans son Précis de géographie universelle (tome III, liv.46, p 19 et 22).

Voici, sur les effets du climat, les idées de Montesquieu réduite au plus petit nombre de termes possible.

«  Les peuples des pays chauds sont timides, très sensibles aux plaisirs de l’amour et enclins aux passions qui engendrent les crimes ; les peuples du nord sont courageux, sincères, francs, peu sensibles aux plaisirs et à la douleur. Il faut écorcher un moscovite pour lui donner du sentiments. (Liv XIV, chap. II p 79.) »

« L’ivrognerie se trouve établie par toute la terre, dans la proportion de la froideur et de l’l’humidité du climat. Qu’on passe de l’équateur au pôle, on y verre l’ivrognerie augmenter avec les degrés de latitude ; qu’on passe du même équateur au pôle opposé, on y verre l’ivrognerie aller vers  le Midi, comme de celui-ci elle était allée vers le Nord. (Liv. XIV, chap. X) »

« Le climat produit les vices moraux, porte les Anglais au suicide et inspire les mœurs atroces des Japonais. (Chap. XI, XII et XV.) »

Un grand nombre d’écrivains ont complètement adopté l’opinion de Montesquieu.

Raynal, entre autres, a dit (Histoire philosophique des deux Indes, tome I, livre I, page 88): « A mesure que les sociétés s’accroissent et durent, la corruption s’étend ; les délits, surtout ceux qui naissent de la nature du climat dont l’influence ne cesse point, se multiple, et les châtiments tombes en désuétude, à moins que le Code ne soit mis sous la sanction des dieux. »

D’autres écrivains ne se  sont pas arrêtés là : ils ont attribué l’esprit révolutionnaire  des peuples à la charge électrique de l’atmosphère, et la réformation morale à l’usage du café.

Voici comment un abbé physicien, Giraud Soulavie, explique les révolutions qui, à des époques diverses, se sont opérées parmi les hommes : « Les basaltes et les amygdâloïdes augmentent la charge électrique de  l’atmosphère, et influent sur le moral des habitants, en les rendant léger, révolutionnaires et enclins à abandonner la religion de leurs pères, »

(Citation d’Alexandre de Humboldt, Essai politique sur la nouvelle-Espagne, tome II, livre s V, chapitre XII, page 496).

On trouve dans Robin ( Voyage dans la Louisiane,tome I, chapitre VIII, page 137) : «  Je pourrais coter les atrocités qui ont souillé la révolution française et fait croire que Paris n’était pas cebon peuple tant vanté ; ces atrocités n’ont été exercées que par des malheureux étrangers à l’usage du café. »

Ces assertions irréfléchies que n’appuie aucune observation bien faite et que démentent des faits sans nombre, répugnent à la raison.

Montesquieu, qui s’est placé au rang de nos premiers écrivains, et qui rivalise avec Tacite pour la précision et l’élévation de la pensée, ne peut être accusé, d’avoir légèrement admis l’opinion de Chardin ; mais, y en affirmant que les peuples des climats froids ont plus de vertus et moins de vices que les peuples des climats chauds, et qu’en s’approchant des pays du Midi on croit s’éloigner de la morale même ( Livre XIV, Chapitre III, page 80), il a eu le tort, de déduire ces faits, non de l’examen des mœurs de chaque peuple, mais de la faiblesse intellectuelle et physique produit, suivant lui, par la chaleur sur la constitution de l’homme,  or, nous croyons avoir suffisamment démontré  dans nôtre chapitre III que les peuples placés sous des climats chaud sont pas inférieurs aux peuples, de même espèce placés sous les climats les plus froids ; on pourrait donc prendre le contre-pied du système de Montesquieu, et dire que des vices sont réservés aux climats froids et les vertus aux climats chauds.

Cette opinion me semblerait se rapprocher beaucoup plus de la vérité que l’opinion contraire. S’il est en Europe des nations qui aient surpassé les autres en vices et en crimes, ce sont celles qui en occupent la partie la plus septentrionale.

En recherchant comment la civilisation s’est répandue sur la surface du globe (Chapitre III), nous avons constaté qu’elle est d’abord développée entre les tropiques ou dans les pays qui en sont le plus rapprochés et que de là elle s’est étendue vers des zones tempérées. On peut ajouter que l’homme n e vit que par la chaleur: les aliments dont il se nourrit ne croissent et ne  multiplient que par la chaleur ;  à mesure qu’on s’élève vers les climats froids, les espèces de végétaux qui sont propres à sa subsistance diminuent. Or, il n’est pas besoin de longs raisonnements pour prouver que moins la terre produit de subsistances propres à l’homme, et moins un peuple peut se développer. Mais bien qu’il soit prouvé par des faits nombreux et incontestables qu’à mesure qu’on avance des pôles vers l’équateur on trouve les peuples généralement plus éclairés, plus actifs, plus industrieux et plus moraux, il ne faut pas se hâter de conclure que l’effet immédiat d’une grande chaleur est de rendre les hommes intelligents et vertueux ; un tel raisonnement ne serait pas plus juste quecelui que nous avons combattu , puisqu’il, tendrait à ériger en loi que l’intelligence, et les vertus d’un peuple sont en raison directe du degré de température sous lequel il se trouve placé : ce qui serait tout simplement absurde.

Je ne pense pas, en résumé, que le climat exerce de l’influence sur les facultés intellectuelles et morales  des populations, qu’elles soient placées près des pôles ou voisines de l’équateur; On trouvera chez les unes chez les autres les mêmes calamités, les mêmes vices. « Le ciel de la Grèce, n’a pas changé, dit M Villemain, Eloge de Montesquieu, et esclavage rampe sur cette terre de la liberté. Il n’y a plus de Romains dans l’Italie[1] : ce n’est pas le ciel qui manque, ce sont les lois et les mœurs. »

Dans l’observation des faits, toutes différences d’espèces ou de race disparaissent : les  Mongoles au teint jaune, les Malais basanés, les Américains couleur de cuivre, les Noirs à la peau d’ébène et les Caucasiens a la peau blanche, portent tous la même physionomie morale, toutes les fois qu’il se trouvent dans des circonstances analogues, et, tandis que leurs caractères physique restent invariables dans toutes les positions et sous toutes  les latitudes, leurs mœurs portent l’empreinte des milieux dans lesquels ils se meuvent et des lois qui les régissent.

Çe  n’est pas la couleur de la peau, qui forme la différence entre les races ; les vertus et les vices, la position sociale et le degré d’intelligence peuvent seuls désormais établir des distinctions entre elles. Trois grandes révolutions, dont la dernière a porté providentiellement sur le plus beau trône de l’univers le représentant des grandes idées modernes, n’auront pas passé leur niveau sur la nation française pour qu’on vienne, en plein dix-neuvième siècle, se fonder sur de simples différences physiques, comme sur des signes certains, pour distribuer l’estime ou le mépris.

Honorer ou flétrir les individus selon la caste, dans laquelle Dieu les à fait naître c’est placer l’une à un point d’élévation indépendant de toute qualité personnelle, c’est condamner l’autre à un avilissement perpétuel. Dans ce système, il n’y a pas de vicesqui puissent faire descendre les premiers, pas de vertus  qui puissent élever les seconds : ceux-ci ne pourraient déchoir de leur rang par aucun genre d’incapacité ceux-là ne pourraient sortir de 1eur abaissement par l’acquisition d’aucune qualité morale. La distinction entre les races n’a plus sa raison d’être l’aristocratie de la couleur est aujourd’hui une inanité : « que le préjugé, dit M Jules Duval, page 194 de son excellente étude sur les colonies, ne s’oppose pas aux alliances entre races diverses et une race mixte se formera plus vigoureuse et mieux trempée pour le travail.

Ce vœu de M. Jules Duval est en voie d’accomplissement et de même que l’aristocratie métropolitaine se renouvelle en admettant dans son sein des individus sortis du peuple de même les classes blanches et de couleur tendent à se confondre à la Guyane dans la vie privée. Depuis de longues années, les relations de famille ont confondu souvent les deux races et, chez les descendants de ces alliances, les signes apparents de la mixtion ont presque complètement disparu en ne laissant subsister qu’une nouvelle variété de race forte et intelligente, accueillie sans arrière pensée par la classe blanche.

La Guyane française est une coloniedans la pure acceptation du mot, c’est-à-dire qu’elle comprend une population métropolitaine devenue propriétaire du sol, l’exploitant pour en envoyer les produits dans la mère-patrie et demandant à celle-ci ses moyens de consommation en articles industriel ou manufacturés. Cet élément de population métropolitaine est rare : celui d’origine africaine est lui-même en faible quantité, et c’est leur fusion qui a produit le reste de la population permanente guyanaise. Nous considérons la race indigène, celle des anciens indiens, comme une portion tout à fait            distincte et séparée de la population sédentaire de la colonie : elle n’apparaîtra dans le tableau de la population, que nous donnerons à la fin de ce chapitre, que dans une proportion à peu près insignifiante, et nous lui consacrerons un article spécial, moins en raison de son importance qu’eu égard au parti que, selon nous, on en pourrait tirer.

Nous laisserons aussi de côté, quant à présent, deux autres sources de la population coloniale, l’immigration et la transportation, dont nous traiterons séparément en temps et lieu.

Avant de parler de la  population permanente et sédentaire disons un mot de la population européenne flottante, qui se composeen majeur partie d’officiers des différents corps de la marine en passage à la Guyane.

Ces fonctionnaires se comportent, en général, dans le pays, comme des étrangers sur une terre étrangère. La Guyane à leurs yeux n’est qu’une étape à traverser pour passer, dans une autre colonie. A peine arrivés ils songent an retour et n’entretiennent leurs hôtes que de leur désir de les quitter le plus tôt possible. On les entend, tous les jours, en tous lieux, répéter qu’ils partent l’année prochaine, et cette idée leur devient tellement familière qu’elle dégénère, chez quelques-uns, en manie et qu’ils en arrivent à se refuser le confortable et tous ces riens commodes qui donnent du charme à l’existence.

Quant à la population créole, ceux qui pensent que le climat exerce, de l’influence sur la constitution physique de l’homme pourraient bâtir un système et dire que cette influence est analogue à  celle qui paraît être exercée sur le règne végétal à la Guyane, et que, de même que la végétation y est vigoureuse et va s’affaiblissant à mesure qu’on avance vers les pôles, de même la race créole doit y être plus grande et plus forte que dans les régions du Nord. Mais ce serait encore un système et un système que viendraient démentir les faits. Car on trouvé, entre les grands et vigoureux caraïbe du nord de l’équateur et la forte race des patagons du sud, des peuples intermédiaires dont la taille est,  en général, au-dessous de la moyenne.

Quant aux créoles de la Guyane, ceux de race blanche sont généralement petits , ceux de la classe dite de couleur sont d’une taille élevée. Les trait des deux classes sont réguliers mais leur teint est privé dé ce coloris dont la nature l’embellit dans les régions froides ou tempérées.

Leur regard est expressif et annonce même une sorte de fierté qui pourrait élever contre eux des préventions défavorables, si cette fierté n’était mitigée par une affabilité naturelle.

Le climat n’influe pas sur leurs facultés intellectuelles et morales que sur leur organisation physique. les créoles qui sont doués d’une énergie native, n’ont jamais perdu leur puissance de travail, et ils ne sont pas plus vicieux que les hommes de nos grandes ville d’Europe.

Leurs qualités, ils ne les doivent qu’à eux-mêmes. Leurs défauts proviennent surtout des vices de leur éducation première. Nés à une époque où ils étaient  encore entourés des soins les plus serviles, enfants, on a flatté leurs caprices, excusé leurs bizarreries, satisfait et même inspiré leurs fantaisies ; devenus hommes, ils se sont livrés à leurs passions dans un milieu où les mœurs ne sont rien moins que propres à les maîtriser.

On peut dire que la population créole ne possède que les qualités et les défauts, de la population métropolitaine. Parmi les créoles, les uns sont sérieux actifs, continents ; d’autres sont légers, paresseux, dissolus. Il  y en a un grand nombre qui se distinguent par la vie la plus régulière, la plus honorable, et par les qualités les plus solides.

Les créoles de la Guyane sont gais, pleins de vivacité, doués enfin du caractère et de l’esprit le plus éminemment français. Comme leurs frères de la Métropole, ils sont affables, généreux, peut-être avec ostentation, braves jusqu’à la témérité ; mais plus qu’eux ils sont dévoués dans leurs amitiés et tenaces dans leurs haines.

L’hospitalité n’est plus l’apanage des créoles, ruinés depuis l’émancipation. Elle a encore, toutefois, sur leurs habitations, dans les quartiers, un caractère de générosité qui honore d’autant plus ceux qui l’exercent qu’ils ont moins à donner.

Les dames créoles réunissent, en général, à la délicatesse des traits une taille élégante et une démarche pleine de distinction. Leur figure n’a pas l’exactitude rigoureuse du type grec, mais elle offre presque toujours cette combinaison plus séduisante qui constitue la physionomie. Elles savent employer, avec un goût exquis, les ressources que la toilette peut offrir et rehausser ainsi les grâces que la nature leur a départies.

La danse a tant d’attraits pour elles qu’elles s’y livrent sans réserve malgré la chaleur du climat. Cet exercice semble ranimer la langueur habituelle de leurs mouvements, et elles savent si bien les charmes qu’il donne à leur figure expressive et à leur taille gracieuse qu’elles le recherchent avec ardeur. Mais, depuis l’émancipation, les dames créoles ne trouvent plus guère à satisfaire leur passion pour la danse que dans de rares, réunions officielles.

Elles aiment le chant : beaucoup d’entre • elles sont très bonnes musiciennes. Leur voix agréable et facile  ne se prête qu’aux modulations des airs légers ou tendres. Quelques-unes cependant parviennent à triompher, sans efforts, des difficultés de la grande musique.

On ne les rencontre jamais dans les promenades : elles ne sortent que pour se rendre visite ou aller à l’église. Elles-aiment à rester chez elles ; leurs demeures, toujours ouvertes, à jour pour ainsi dire, réalisent l’idée de la maison de verre qu’Épictète rêvait pour le philosophe : elles y vivent dans une sphère où la malignité et la calomnie ne sauraient jamais atteindre.

Leur esprit est, en général-cultivé, et leur conversation pleine de grâce et d’agrément. On est parfois étonné de trouver en elles un sens juste,  une entente des affaires que quelques détracteurs refusent à leur sexe. Pour moi, je pense que leurs maris gagneraient souvent beaucoup a se laisser guider par elles : leur tact vaut mieux que les prétendus principes des maîtres de leurs droits et actions; leur esprit naturel, mûri par leur vie sédentaire, ne se dépense pas en paroles inutiles, et la solitude où elles se plaisent à vivre donne à leur âme une trempe forte qui imprime à leurs résolutions un caractère de stabilité dont celles de leurs, maris, dans certaines circonstances, sont totalement dépourvues.

Les dames créoles sont très sobres : l’eau pure est leur boisson ordinaire et leur goût est tellement exclusif à cet égard qu’elle ne consentent à l’usage du vin que lorsque le médecin le prescrit. Leur santé est souvent détruite par l’usage trop exclusif des mets du pays et du poisson qu’elles préfèrent à tous les autres aliments plus substantiels.

Aussi, cette nourriture des siestes prolongées, des écarts de régime l’inaction dans laquelle elles vivent, sont des causes qui flétrissent quelquefois, avant le temps, les charmes de bien des dames créoles : brillantes comme les fleurs, elles n’en ont souvent aussi que la durée.

L’habitude pernicieuse de les marier avant que la nature ait achevé de développer leur constitution physique, est une autre cause de la ruine de leur santé ; on en a vu quelques-unes, mères avant l’âge, ne donner la vie qu’en abrégeant la leur; on a vu des familles où la mort a fait payer le berceau de l’enfant du cercueil d’une mère à peine nubile.

Il nous reste à parler de la classe noire venue d’Afrique ou née dans la colonie. On ne saurait nier les progrès que cette classe a faits dans la voie de la moralité et de la civilisation. Le nombre des mariages et, par suite, des légitimations s’est accru depuis quelques années, et la tendance à une vie régulière se manifeste d’une manière de plus en plus sensible. Toutefois, la facilité des mœurs, résultat de l’ancien état de choses, fait encore sentir aujourd’hui ses funestes effets.

Ce serait une question bien digne d’attirer l’attention du penseur que celle d’examiner si l’autorité publique peut intervenir pour chercher à ramener à la règle commune les individus qui tendentà s’en écarter. Je crois qu’en principe, elle a non seulement le droit, mais encore le devoir de les contraindre à faire ce que fait la majorité de la population. Plusieurs peuples ont tenté de combattre le dérèglement des mœurs par la force de l’autorité publique. La censure, chez les; Romains n’avait pas d’autre objet. « Un censeur dit Plutarque (Vie de Caton, traduction d’Amyot), a loi d’enquérir sur la vie et de réformer les mœurs d’un chacun. »

On peut objecter que les tentatives faites à Rome et chez les peuples modernes, pour réformer les mœurs par l’action directe; de d’autorité publique, ont été vaines, et qu’en dépit de ses censeurs, il n’a jamais existé une nation plus vicieuse que les Romains. Cela est exact mais si, comme on l’a dit, la vie intérieure est murée, la vie extérieure ne l’est pas et appartient à l’autorité. Il est malheureusement des actions blâmables qu’elle ne peut pas atteindre, comme il est des actions bienfaisantes qu’elle ne peut pas commander.

« La population  dit M Villemain (Éloge de Montesquieu),décroît et s’augmente dans un rapport intime et nécessaire avec les mœurs. Le mariage est le fondement de la société, l’immoralité est destructive comme la guerre, la .religion est la protectrice des bonnes mœurs.»

Les sœurs de Saint-Joseph de Cluny, dans les réunions d’adultes qu’elles forment aux pratiques et aux actes de la vie chrétienne, les membres de la congrégation du Saint-Esprit et de l’immaculé cœur de Marie, les RR. PP. Jésuites et le, clergé de Cayenne, dans leurs instructions dans les églises, ne négligent rien pour inciter la classe la plus nombreuse de la colonie au mariage, et exercent, sous ce rapport, l’influence la plus utile sur la population de Cayenne et des quartiers.

Un grand nombre de  personnes appartenant à cette classe sont douées d’excellentes qualités. Elles ont même un tact qui confond et réprime souvent l’orgueil de certains hommes qui par des airs dédaigneux forcent l’amour propre blessé à rechercher leur origine.

Un noir honnête homme a le droit de faire sentir à un blanc dégradé la distance qui les sépare.

Quelques-uns ont le goût des arts. L’instruction de la majorité d’entre eux peut être considéré comme  a peu près  nulle. Cependant, on remarque chez eux une tendance assez générale à profiter des ressources que leur offrent les cours d’adultes récemment créés par l’Administration. Quelques-uns devenus propriétaires, entrepreneurs, marchands, régisseurs, maîtres ouvriers charpentiers ou menuisiers, envoient leurs enfants aux écoles publiques ; mais la plupart, il faut le dire, les laissent trop libres de contracter ces funestes habitudes de fainéantise et de vagabondage qui les conduisent, quelques années plus tard, sur les bancs de la police correctionnelle.

Le noir aime le jeu, mais ce ne sont pas les jeux de combinaison qui l’attirent, ce sont les jeux de hasard.

La justesse de l’oreille des noirs leur donne la première qualité du musicien ; aussi en voit-on un assez, grand nombre qui exécutent fort bien des airs sur le flageolet et la flûte. Quelques uns ont étudié et connaissent les principes de la musique, mais la plupart ne jouent évidemment de ces instruments que par routine. C’est-à-dire qu’ils apprennent d’eux-mêmes en imitant les sons d’un air, ou bien d’un  camarade formé de la même manière et qui ne leur indique que la position des doigts  sans qu’il soit question de notes.

Le noir siffle à merveille et reproduit avec une facilité presque inexplicable les airs les plus compliqués c’est même entre eux une manière de se parler et de se prévenir au besoin.

Ce qui le ravit le plus, soit qu’il ait reçu le jour en Afrique, soit que la Guyane ait été son berceau, c’est la danse. Il n’est point d’obstacles qu’il ne surmonte pour aller, quelquefois même pendant la nuit, se livrer à ce plaisir : ni la fatigue  de la veille, ni le travail du lendemain, ni la distance, ni les rivières débordées ne l’arrêtent ; il court, il vole pour aller danser ou frapper du poignet et des doigts sur un tambour couvert d’une peau de biche.

Il y a des  danses où les femmes seules sont admises : ce sont les yambels.Chaque compagnie ou convoia un nom: Impériales, Empire, Poignets dorés, Grenats, Amirales, Mines d’or,etc. La reine, ou toute autre de la compagnie, chante un couplet que le chœurs répète pendant que quatre d’entre elles dansent. Ces couplets sont en général des satires adressées de convoi à convoi.

Une manie générale dans la classe noire, c’est d’aimer à se droguer : un médecin est sans talent s’il ne donne beaucoup de remèdes. Aussi les malades en reçoivent ils de toutes mains ainsi que des aliments : ils mangent dans leurs plus graves maladies ; selon eux, la médecine des blancs fait périr le plus grand nombre des malades par la diète.

Le noir est  en général très sobre et n’a d’autre règle pour manger que son appétit. Comme les créoles des autres classes, il aime à réunir plusieurs mets dans le même plat et même dans chaque bouchée ; ses doigts lui servent de couteau, de cuiller et de fourchette. Un grand plaisir pour lui, c’est de causer en mangeant et s’ils se trouvent plusieurs ensembles, ils aiguisent le repas par des saillies et des épigrammes, car le noir est naturellement railleur.

Je ne saurais donner assez  de louanges aux sentiments que  l’amour maternel a placés-dans le cœur des femmes de la classe noire : c’est un être bien respectable qu’une mère qui, après le travail de la journée, sait donner à son enfants les soins les plus assidus. Elle le nourrit de son lait le plus longtemps possible et même, si on ne lui imposait l’obligation du sevrage, elle prolongerait encore ce terme. Il y a d’autant plus de mérite dans celte durée de l’allaitement que les mères-nourrices passent pour être très exactes à éviter alors tout commerce suspect, excepté avec le père de l’enfant qu’un’ préjuge universel dit qu’on peut ne pas comprendre dans l’exclusion générale.

On dit que le respect des hommes et des femmes  de cette classe pour leur marraine et leur parrain l’emporte sur celui qu’ils ont pour leur père et pour leur mère. Injurier leur parrain ou leur marraine, c’est leur faire l’outrage le plus sanglant. J’ai entendu une jeune  femme noire s’écrier dans  un véritable transport de fureur : « il a juré mon parrain ». On ajoute même que jamais aucune d’entre elle n’a de relations avec son parrain et que jamais non plus un noir n’oserait convoiter sa marraine.

Un des caractères les plus saillants des femmes de cette classe est la propreté. Elles recherchent l’eau sans cesse, et cette habitude si heureuse dans un climat chaud contribue encore à augmenter la fraîcheur de leur peau qu’on sait  être comparativement plus grande que celle des femmes des climats froids.

On aurait peine à croire jusqu’à  quel point leurs dépenses peuvent aller : elles mettent toute leur gloire et leurs plus douces jouissances à avoir beaucoup de linge. Jamais elles ne se trouvent assez de mouchoirs et de camisas, et une manie qu’elles ont presque toutes, c’est de se les emprunter réciproquement aussi bien que leurs bijoux.

Un grand plaisir pour elles, c’est de s’habiller plusieurs d’une manière absolument uniforme, à certaines fêtes solennelles, pour aller danser ou se promener.

Elles se prodiguent entre elles de grandes marques d’attachement et s’appellent sœurs.

Quand le jour de la haine est arrivé,il n’est pas d’injures qu’elles ne se disent, point de turpitudes qu’elles ne révèlent ou qu’elles n’inventent, et des paroles, elles en viennent presque toujours aux mains.

Dans la partie inférieure de cette population, hommes ou femmes, il y a au moins un millier de personnes dont les bras inutiles ne servent pas à faire pousser un épi de maïs et qui vivent dans un état de paresse et de libertinage qui ont souvent appelé sur elles toutes les sévérités de justice.

L’oisiveté doit être poursuivie : c’est la mère de tous les vices. Nulle part il ne peut exister de richesse sans travail, et quand une classe de la population refuse de travailler, c’est qu’elle mendie qu’elle vole ou vit de prostitution.

Les hommes de cette classe inférieure ne travaillent que lorsque le besoin est devenu impérieux ; puis ils retombent dans l’oisiveté jusqu’à ce que la même cause ramène le même effet.

Les femmes portent jupe et chemise plissée et se chargent de bracelets, de collier à grains d’or, de bagues, de pendants d’oreilles. D’où leur vient ce luxe ? Elles ne travaillent pas ; le problème n’est pas insoluble.

Ces femmes ont à peine su ce que c’est que l’enfance, leur précocité trouble l’ordre physiqueet pervertit l’ordre moral en amenant les maternités hâtives ou les abus qui retardent l’époque de la maternité, quand ils n’en tarissent pas les sources. Je craindrais d’affliger, sans cesser d’être vrai, en ajoutant que cette fatale anticipation est quelquefois le résultat d’un calcul, dont le profit est pour les mères.

Ces milles individus des deux sexes, s’ils étaient répartis sur des habitations rurales, pourraient cultiver 2 000 hectares de terres.

L’alimentation à Cayenne diffère selon les classes.

Les Européens vivent autant que possible, à la manière européenne.

Les créoles, même riches, font, en général, usage de la cassave : c’est le pain de la colonie. La pimentade, espèce de court-Bouillon, est leur plat de prédilection ; la viande de boucherie, la volaille, le gibier, les variétés de poisson de mer et d’eau douce, les légumes que fournissent les rares jardins de la banlieue, les fruits et à défaut de ces aliments, les légumes secs ainsi que les salaisons et les conserves, forment la base de la nourriture à Cayenne.

L’alimentation des noirs consiste surtout en morue sèche, petit salé, poisson, gibier, ignames, patates, cassave et couac : àces ressources ils ajoutent souvent la volaille et le porc ; les viandes délicates et la cuisine raffinée des Européens n’a aucun attrait pour eux.

Il nous, reste a parler de l’idiome créole c‘est-à-dire de la variété de langage particulière à la Guyane française.

Je ne crois pas qu’on puisse dire que le créole soit une langues : c’est plutôt un patois, qui s’est formé à l’inverse de la langue française.

C’est, en effet, du mélange des patois normands, wallons et picards que notre belle langue est sortie; c’est de la corruption de notre français, si clair, si correct et si pur, qu’est venu le patois créole guyanais.

On a donné droit de cité à une foule de mots portugais, à des termes de marine et cette admission n’a pas peu contribué à prêter à cet idiome une certaine énergie et une désinvoture assez leste. Rude et presque inintelligible dans la bouche d’un vieil africain, le langage créole devient agréable, mignard même, dans la bouche d’une femme. Aussi, peut-on dire avec justesse, je crois, que l’inflexion de la voix fait la plus grande partie de l’expression.

Le patois créole n’a pas de grammaire écrite, mais il a des règles fixes, invariables ; il a son génie particulier. Ses proverbes, ses sentences, ses paraboles, comprises sous le nom générique de dolos, sont intraduisibles, et un Européen, quelque longue qu’ait été sa résidence à Cayenne, quelque habitude qu’il ait du langage créole, n’arrive jamais à en possédé toutes les finesses. J’ai souvent remarqué certaines expressions qui paraissent être une critique des nôtres, et je crois qu’un observateur habile trouverait dans ce simple langage plus de curiosités et de richesses que dans la plupart des patois des provinces de la France.

Il n’est pas sans intérêt maintenant de comparer la population de la Guyane aux deux époques si différentes de 1836 et de 1865, c’est-à-dire la période où régnait encore l’esclavage avec celle dans laquelle le travail libre s’est définitivement  organisé dans la colonie.

Au 1erjanvier 1836, la population totale de la Guyane française était de 23361 individus. Dans ce chiffre ce trouvait comprise la population flottante de la colonie, celle qui se renouvelle par les arrivées et les départs, pour un chiffre de 1000 individus, y compris le personnel civil et militaire, qui s’élevait à 896 personnes.

Au1er  janvier 1866, ,1e nombre d’individus composant la population de la Guyane française était de 24432, y compris la population flottante.

Elle se divisait comme suit :

Enfant  au-dessous de 14 ans.

– Sexe masculin :         2472

– Sexe féminin :           2322

– Total :                         4794

Célibataires au dessus de 14 ans.

– Sexe masculin :         3874

– Sexe féminin :           3968

– Total :                         7842

Hommes mariés :               2168

Femmes mariées :              2181

Veufs :                                   344

Veuves :                                 816

Total général :                   18145

A ce chiffre de 18145 il faut ajouter :

1° Les tribus d’indiens aborigènes (hommes, femmes, enfants) :    1800

2° Réfugiés brésiliens :    300

3° Militaires de toutes armes :    1129

4° Dame de Saint-Joseph de Cluny et de Saint Paul de Chartres :  78

5° Les frères de Ploërmel :      17

6° Personnel du service médical, d’administration et des agents divers :  166

7° Immigrant africains :
Au dessous de 14 ans :
– Sexe masculin :         34
– Sexe féminin :           28
– Total :                         62

Au dessus de 14 ans :
– Sexe masculin :         748
– Sexe féminin :           153
– Total :                         901

Total général :            963

8° Immigrant indiens :
Au dessous de 14 ans :
– Sexe masculin :         73
– Sexe féminin :           69
– Total :                       142

Au dessus de 14 ans :
– Sexe masculin :         1056
– Sexe féminin :            292
– Total :                       1348

Total général :           1490

9° Chinois : Hommes au-dessus de 14 ans : 70

10° Transportés hors Pénitenciers :              274

Total général de l’ensemble :                        24432

En comparant la population des deux époques, on reconnaît qu’elle n’a augmenté que de 1071 individus, dans une période de trente années. Nous, n’avons pas, compris dans ce chiffre la transportation qui se composait, au 1er  janvier 1866, de 7638 individus.

Mais en, ajoutant même à ce chiffre celui de la transportation, on arrive encore qu’à un total de 32170 habitants, population peu en rapport avec un immense territoire de, 18000 lieues carrées, pas même deux habitants par lieue carrée, tandis que la France compte 1250 habitants par lieue carrée.

La population de la Guyane n’a pas précisément; diminué maisaugmenter dans une si faible proportion en trente années, c’est décroître.

On assigne généralement pour causes à la diminution des populations, soit la décroissance de la production, soit la multitude d’accidents, de maladies, de crimes, et enfin la corruption qui règne dans les grandes agglomérations d’hommes. Le peu d’accroissement de la population à la Guyane tient à d’autres causes à ce que d’abord, la population africaine, ainsi que nous l’avons déjà fait observer dans le chapitre précédent, n’a pas été renouvelée ; que les naissances n’ont pas compensé les décès, et qu’ensuite les contingents des nouveaux immigrants n’ont pas comblé le vide ; à la translation, avant l’émancipation de 1848, de certain ateliers qu’on fit passer de la culture des terres hautes à celle des terres basses ; à d’assez nombreux accidents de navigation ; au trouble apporté, depuis cette époque, dans les soins et par suite dans la conservation des enfants, et aussi, à de plus nombreux décès dans la classe affranchie qui, ayant déserté les grandes habitations, n’a plus reçu les secours que réclamaient des maladies graves que le défaut de soins médicaux rendait mortelles. Il tient encore aux nombreuses migrations de familles entières qui ont quitté la Guyane sans esprit de retour.

Les deux épidémies de fièvre jaune qui ont frappé si cruellement la colonie en 1850-1851 et en 1855-1856, n’ont pas eu toute l’influence qu’on pourrait leur supposer sur la population de la Guyane.

On serait tenté de croire que, dans les années qui ont suivi ces épidémies, quand chaque famille était plongée dans la tristesse et avait des pertes a déplorer, il a dû y avoir moins de mariages et conséquemment moins de naissances : on se tromperait.

Pendant l’année 1850, qui a précédé la première apparition du fléau destructeur, il y avait eu 34 mariages et 168 naissances. Dans les six années qui ont suivi cette épidémie, il y a eu, en moyenne par année, 60 mariages et 170 naissances.

Les relevés statistiques prouvent que de nos jours la population de toutes les nations s’est augmentée d’une manière notable ; la Guyane française seule est restée stationnaire. D’après des données certaines, l’accroissement annuel est en France de 0,80 %, en Angleterre de 1,58 %, et aux États-Unis de 3,50 % ; à la Guyane, la population en trente années ne s’est accrue, avec quelques alternatives d’augmentation et de diminution, que de 35 personnes par an, c’est-à-dire 0,16 %, tandisque les deux colonies étrangères voisines voient tous les trois ans leur population augmenter de près de 10000 individus. « L’exploitation des régions intertropicales du continent américain, dit Victor de Nouvion (Introduction, p 25), est avant tout une question population ».

Le Gouvernement à toujours provoqué, stimulé et favorisé les entreprises à la Guyane ; la France n’a jamais répondu qu’en exhumant les funèbres souvenirs de l’expédition de Kourou et de la déportation de l’an V. Il est temps de dégager la Guyane française de la responsabilité des drames terribles auxquels elle n’a fait que servir de théâtre. Il faut enfin qu’on ajoute créance aux paroles des hommes de bonne foi qui l’ont habitée dix, vingt, trente-ans, et qui viennent protester contre la réputation imméritée qu’on lui a faite; il faut qu’on rejette dans le domaine de l’imagination toutes les fantastiques horreurs dont des récits exagérés ont peuplé ses rivages, Toutes des émigrations soigneusement préparées, conduites d’après les enseignements du passé exécutées avec ordre et prudence, pourront réussir à la Guyane. Sans l’immigration, sans la transportation, qui est aussi une immigration; la Guyane est perdue ! La Guyane est morte ! La mort; mot terrible pour l’homme, mais bien autrement lugubre pour un pays.

Fin du chapitre VIII

[1]C’est la pensée affaiblie de Casimir Delavigne dans les Messéniennes :
J’ai vu Rome et pas un Romain Sur les débris du Capitole.
Vraie peut être à l’époque où écrivaient les deux auteurs, elle ne l’est plus aujourd’hui. Sébastopol, Magenta et Solferino ont relevé l’Italie du poétique anathème prononcé contre elle.

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 7)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.

Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)
Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
Je propose une diffusion régulière et séquentielle aux lecteurs.
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Neuvième partie

                                          Chapitre VII

– Circonscriptions Territoriales.
– Habitations existantes, leurs cultures ; bestiaux.
– Comparaison de la situation agricole entre 1836 et 1865.

Nous avons a considérer maintenant les quatorze quartiers de la colonie au point de vue agricole, et à comparer leur état actuel avec leur situation en 1836.
Nous avons choisi cette dernière année, comme terme de comparaison, parce qu’elle clôt la période du développement qu’avait pris la Guyane française en 1817, sous le double rapport, de l’agriculture et du commerce.
Nous allons jeter, d’abord, un coup d’œil rétrospectif sur la production du pays, et retracer les phases diverses par lesquelles elle a passé depuis l’origine de la colonie jusqu’à ce jour.
Nous passerons ensuite en revue les différentes cultures aux- quelles se livrent les habitants.
Nous indiquerons, en troisième lieu, les denrées qui sont cultivées et réussissent le mieux dans chaque quartier.
Nous comparerons alors la situation agricole de la colonie, pendant les deux années 1836 et 1865.
Enfin, nous chercherons à déterminer les causes qui ont amené́ la diminution sensible qui s’est produite, en général, dans la quantité́ et la valeur des diverses denrées du cru de la colonie.
Nous avons dit, dans le chapitre III, que la fertilité des terres cultivées à la Guyane n’est pas en rapport avec la vigueur prodigieuse de sa végétation forestière, et que leur faculté productrice s’épuise rapidement.
Ce fait est incontestable.
Dans les terres hautes de montagne, qui ne sont propres qu’à certains produits, l’humus, entrainé par les pluies, ne laisse souvent à la surface que la roche entièrement dénudée.
Les terres hautes de plaine et les terres basses d’alluvion se trouvent dans d’autres conditions.
Les terres hautes de plaine ont une épaisseur de terreau et d’humus telle que leur fécondité s’épuise, mais seulement après un certain nombre d’années.
Quant aux terres basses, placées au-dessous du niveau des hautes marées et exigeant des travaux dispendieux de canalisation, de fossés, de digues et de coffres a écluse, leur fertilité́ diminue plus rapidement, et n’acquiert un nouveau degré d’énergie, qu’après qu’on les a submergées pendant un certain temps sous l’eau salée, en ouvrant les digues d’entourage.
On voit par ce qui précède, qu’il était tout naturel d’essayer, d’abord, la culture des terres hautes. Les premières cultures de la colonie furent toutes entreprises, en effet, dans les terres hautes de plaine et de montagne, qui constituent une grande partie du sol de l’Ile-de-Cayenne. C’est ainsi que furent successivement naturalisées, à la Guyane les diverses cultures du roucou, du coton, de l’indigo, de la canne à sucre, du café, du cacao et de toutes les épices.
Tant que la culture se borna aux terres hautes, les progrès de la colonie furent très lents, mais sûrs ; en 1775, la valeur totale des denrées exportées pour la France, s’élevait à 488,598 livres tournois (environ 610.000 francs).
En 1777, Malouetenseigna aux habitants l’exploitation des terres basses, tourna toutes leurs vues de ce côte, et créa, par les soins de l’ingénieur suisse Guizan, dans les terres basses d’Approuague, l’habitation le Collège, sur le modèle de celles des Hollandais, dont cet habile administrateur avait étudié le système d’agriculture.
Je suis loin de vouloir faire la critique du nouveau système introduit par Malouet, mais je ne puis m’empêcher de faire remarquer que, par suite d’évènements qu’il ne pouvait, d’ailleurs, prévoir, ce système a été plus nuisible qu’utile à la colonie. Cette modification s’accordait, en effet, parfaitement avec la composition et la manière de travailler des ateliers de son époque ;  mais il faut reconnaître que depuis la cessation de l’immigration africaine les conditions du travail ayant changé, il a été à peu près impossible d’augmenter les nouveaux dessèchements en terres basses. On peut donc regretter, en fait, que la culture des terres basse. On peut donc regretter, en fait, que la culture des terres hautes ait été négligée au profit de celle des basses, qui rendent davantage, il est vrai, mais qui n’ont pu, depuis 1848, être cultivée par les travailleurs moins robustes que l’Inde nous envoie. Les chinois, plus forts que les Indiens, ou des cultivateurs blancs bien choisis auraient pu, peut être, remplacer les Africains ; mais on ne songea pas, d’abord, à la premièrede ces deux immigrations, et la réputation imméritée d’insalubrité́ faite a la Guyane en éloignait la seconde.
Après le départ pour la France de l’Ordonnateur Malouet, ses vues continuèrent à être appliquées. Mais bientôt on les abandonna et l’on ne s’occupa plus qu’à multiplier les arbres à épices dont, quelques années auparavant, Poivre, de concert avec Provost, Trémigon et d’Etchevery, avait doté la Guyane française.(Revue coloniale, août 1855, Jules Duval,Colonies el politique coloniale de la France, page 208.)
Depuis cette époque, toutes les cultures prirent un grand essor. Elles faisaient concevoir les plus belles espérances, lorsque éclata la révolution de 1789, qui vint les renverser.
Il résulte, en effet, de documents officiels, qu’en 1790 les denrées et marchandises exportées de la colonie ne s’enlèvent qu’à 531,853 francs.
La culture de la canne à sucre souffrit surtout des troubles qui suivirent, en 1794, la proclamation à la Guyane de l’affranchissement des noirs. Après le rétablissement de l’ordre, le canal Torcy fut ouvert dans le but de livrer à la culture la plaine alluvionnairé de Kaw, mais l’occupation de la colonie par les Portugais, de 1809 à 1817, vint encore retarder l’accomplissement de ces vues.
Après la reprise de possession, l’industrie agricole prit un grand développement et demeura, jusqu’en 1837, une source féconde de richesses pour la colonie. Le Gouvernement, considérant la partie des terres basses, situées entre la rivière d’Approuague et celle du Mahury, comme le point vers lequel devaient se diriger tous les efforts des planteurs de sucre, y voulut attirer le plus grand nombre possible d’établissements agricoles. C’est dans ce but qu’il leur avait fait, en 1829, des avances sur les fonds de la caisse coloniale, pour l’achat de moulins à vapeurs propres à la fabrication de cette denrée. «Ces avances, m’a dit un habitant notable de la colonie, n’ont été remboursées que par quelques-uns d’entre nous.» On doit avouer que ce n’est pas la le moyen d’engager un gouvernement à en faire de nouvelles.
Déjà, en 1822, deux machines à vapeur, les premières montées dans le pays, avaient été accordées dans les mêmes conditions à deux habitants du quartier de l’Ile-de-Cayenne.
A partir de 1837, la production décroît d’une manièré sensible. L’émancipation de 1848 l’arrête brusquement, et condamne toutes les grandes habitations rurales de la colonie à la stérilité́. Quelques sucreries échappent seules au naufrage.
Le Gouvernement s’est efforcé vainement d’arrêter les progrès de cette ruine générale ; de sages mesures, successivement prises, ont ravivé le crédit et ont pu rendre au pays une partie de son activité, mais ce n’est qu’une activité galvanique, qui renaît ou s’éteint selon que le Gouvernement avance ou retire la main, qui seule soutient encore la colonie.
Nous allons faire maintenant l’énumération rapide des principales denrées du pays en renvoyant, pour les détails, à toutes les notices que l’on a écrites sur la Guyane, et, en particulier, à la notice statistique de M. Jules Itier et à la brochure, si pratique, de M. Chaton. Nous ne donnerons ici que les renseignements qu’on ne trouverait pas dans ces ouvrages et que nous avons puisés à des sources officielles, entre autres, dans la Revue maritime et coloniale.Nous continuerons à compléter ces renseignements par nos informations orales, qui ont toujours un certain caractère de certitude, parce qu’elles ont pour base le témoignage des hommes les plus compétents.
La culture de la canne à sucre (saccharum officinarum) remonte aux premiers temps de la colonie. En 1725, il existait déjà 17 sucreries. En 1836 on comptait 51 ; aujourd’hui il y en a 12.
On ne cultive plus que deux espèces de cannes: la canne jaune et la canne de Taïti.
La canne violette de Batavia vient bien à la Guyane ; on en voit quelques groupes sur les habitations, mais la grande culture ne l’emploie pas.
Le produit moyen annuel d’un hectare planté en cannes dans la colonie est de 3,250 kilogrammes de sucre.

  1. Jules Itier, page 59, cite plusieurs exemples de rendement extraordinaire : quatre hectares de cannes vierges auraient produit 29,500 kilogrammes de sucre, ce qui fait :7,380 kilogrammes par hectare. En 1827, un champ de cannes vierges a produit 9,000 kilogrammes de sucre par hectare. Cette production exceptionnelle est due, sans doute, à un heureux concours de circonstances qu’on n’est pas maître de reproduire à volonté.

La fève du cafier (coffea arabica) a été introduite par des déserteurs de Surinam, à la Guyane française, qui est la première de nos colonies qui se soit adonnée a celle culture.

On ne cultive à la Guyane qu’une seule espèces de cafier, celle de Moka : le cafier nain n’est planté qu’autour des établissements et n’est pas cultivé sur une grande échelle.

Nous verrons tout à l’heure que la production de cette denrée est supérieureen 1865; en quantité et en valeur, à la production de 1836. Cet accroissement ne peut que se fortifier de la primes de 10 centimes par pied de cafier planté, que, depuis 1860, l’administration locale a accordée à cette culture, à titre d’encouragement.

Le café de la Guyane est très recherché sur les marchés métropolitains : le café de montagne surtout réunit les qualités diverses des cafés de la Martinique, de la Réunion et de Moka, c’est-a-dire, la force, la couleur et l’arôme.

Le produit moyen annuel par hectare est de 200 kilogrammes.

La culture du cotonnier (gossypium arboreum) a été longtemps florissante à la Guyane. La moyenne annuelle de la production de 1832 à 1836 a été de 219,607 kilogrammes. En 1836, la colonie a exporté 280,000 kilogrammes de coton pour une valeur de 730,911 francs.

L’année suivante, la récolte était réduite de 100,000 kilogrammes. Quelques années plus tard, cette culture était complètement abandonnée, et de 1848 à 1864, il ne s’est plus exporté une seule balle de coton de la colonie. Le cotonnier ne peut-il donc plus réussir à la Guyane comme il réussit aux Antilles ?  Tout le monde sait qu’il vient bien en terres basses, également bien dans les terres hautes exposées à l’air salin, mais que dans ces dernières la récolte est peu abondante. Quelle est donc la cause de la décadence de cette denrée ? La vilité de son prix sur les marchés métropolitains, depuis le jour où les États-Unis les ont inondés de leur courte-soie à bon marché, et les difficultés de sa culture en terres basses après 1848, par suite du manque de bras.

Une situation aussi regrettable ne pouvait manquer d’attirer l’attention du Département de la marine. Par une dépêche, en date du 17 octobre 1856, S. Exc. le Ministre Invita l’administration de la colonie à prendre les mesures propres à favoriser le rétablissement de la culture du cotonnier à la Guyane, et l’engagea, dans ce but, à acquérir a des prix suffisamment rémunérateurs les cotons de provenance indigène. L’arrêté du 27 décembre l857 réalisa les intentions du Ministre et fixa le prix des cotons en raison de leur qualité.

Un arrêté du 10 février 1863 créa, à Cayenne, une usine centrale pour l’égrainage,  le nettoyage et la mise en balle du coton produit par la colonie. Un second arrêté du 9 janvier 1864 régla l’organisation de l’usine, les conditions d’admission des cotons, de leur remise aux propriétaires après séparation1ou de leur envoi en France, à l’effet d’être vendus, par les soins de l’Administration, pour compte des propriétaire. Dans ce cas, la Direction de l’intérieur se concerte avec la banque locale pour que les producteurs puissent emprunter sur le récépissé à eux délivré par l’Administration, et se livrer ainsi immédiatement à de nouvelles cultures, pendant que la réalisation de leurs produits suit son cours dans la Métropole. Plusieurs de ces lots ont été ainsi vendus et ont laissé un bénéfice notable aux propriétaires,  indépendamment de la prime de 5 centimes qui leur avait été payée par pied de cotonnier planté. Tous les cotons, expédiés sans frais par les soins de la Direction de l’intérieur et promptement réalisés en France, ont été reconnus de bonne qualité, ont soutenu la concurrence des meilleures sortes sur le marché du Havre et ont été, depuis ce temps, l’objet de nouvelles et nombreuses demandes.

  1. Favard, ancien Directeur de l’intérieur, avait compris toute l’importance de cette culture. Il avait fait de l’emploi des diverses races de coton une étude approfondie, et avait planté lui-même, sur son habitation la Caroline, une  espèces herbacée, provenant de la pépinière d ’Alger, connue dans le commerce sous de nom de coton-jumel.Après moins de six mois de culture, il recueillit soixante-trois plombs ou capsules en moyenne, sur une centaine de plants cultivés à quatre-vingts centimètres les uns des autres, dans des conditions atmosphériques très défavorables. Le coton en était très beau malgré les pluies abondantes qui étaient tombées à cette époque.
  2. Favard était convaincu que le coton longue-soie Géorgie dit sea-island(gossypium tricuspidatum) pourrait réussir à la Guyane. Cependant, les essais de plantation de cette espèce faits, sur une grande échelle à Macouria, sous son administration même, ont complètement échoué́. Diverses tentatives faites, depuis cette époque, sur différents points du littoral du même quartier, ont donné, toutefois, quelques résultats avantageux.

Les encouragements qui continuent à être donnés, par l’Administration, à cette culture, permettent d’espérer qu’elle se relèvera et  reprendra un jour le rang qu’elle occupait autrefois parmi les éléments de la richesse coloniale.

Le rendement du cotonnier est de 125 kilogrammes à l’hectare en terres hautes, et de 175 kilogrammes en terres basses.

La culture du roucou (bixa orellana), arbuste indigène, est la plus ancienne de la colonie. Elle s’étendait autrefois sur tout le territoire humide et marécageux compris entre Oyapock et Kourou. Elle peut utiliser tous les bras : ceux des hommes valides comme ceux des enfants et des femmes. Moins exposée que toutes les autres cultures aux ravages des insectes et aux accidents résultant des variations de température, c’est, cependant, la denrée dont le prix éprouve le plus d’alternatives de hausse et de baisse, sur les marchés, métropolitains. Aussi a-t-elle été successivement abandonnée et reprise : on a vu en peu d’années le prix du Kilogramme tomber, à Cayenne, de 2 francs à 30 centimes ; aujourd’hui il est à 2 francs le kilogramme et se place en France à 4 francs, et même à 4 fr. 50cent.

Le roucou contient une matière colorante sui generis, rouge carmin, qui ne se trouve qu’à la surface, de la graine. L’amande contient une partie grasse huileuse, qui se mêle à la pâte du roucou dans la fabrication.

Le producteur de roucou doit s’attacher spécialement a ne pas faire entrer, dans la composition de la pâte, la graine même du roucou, qui ne contient aucune partie colorante. Il doit arrêter sa fabrication aussitôt qu’il reconnait que la graine, n’offre plus que des parties inertes qui; en augmentant la quantité, nuiraient considérablement à la qualité du produit. Cette partie  inepte, connue sous le nom de balle,  doit être impitoyablement rejetée si l’on veut avoir des roucous bien fabriqués.

On a cherché à remédier à la fétidité de ce produit en substituant à la pâte molle et infecte qu’on exporte une pâte dure, qui est l’extrait pur de la matière colorante et qui a reçu les noms de bixine et de demi-bixine. M Chevreul a constaté́, par des expériences, que le pouvoir tinctorial du roucou étant 1, celui de la bixine est de 5,81 (Revue coloniale, novembre 1856, page 503.)

Mais cette innovation n’a pu détrôner l’ancienne pâte de roucou, qui, est restée seule en possession du marché: ce qui donne à penser que la bixine n’est pas le seul élément constitutif du mordant que l’on recherche dans cette matière colorante, mais que la partie huileuse de l’amande y joue un grand rôle et est l’un des principes actifs de ce mordant pour la fixité et la solidité des teintures.

Le produit annule d’un hectare planté en roucouyers est, terme moyen, d’environ 400 kg. Dans le quartier de Kaw, ce produit monte jusqu’à 1,000 et  même 1,500 kilogrammes. De jeunes plantations ont donné, par exception, sur l’habitation le Bon-Père  3,500 kilogrammes à l’hectare.

Dans la moyenne du rendement, il y a,  en général à tenir compte que les vieux roucouyers donnent moins.

Le roucouyer  se sème sur place et quelquefois en pépinière,  pour être replanté au bout de quatre à cinq mois; mais le premier mode de semis est préférable : en général, les roucous provenant de pépinière viennent moins bien.

Le roucouyer commence à produire au bout de quinze à dix huit mois, et est en grand rapport à trois ans. Il donne deux fortes récoltes par an et dure, dans les quartiers de Kaw et d’Approuague, de douze à quinze ans, souvent dix-huit ; partout ailleurs, quatre ou cinq ans.

Le cacaoyer (theobroma cacao) croît spontanément dans les forêts du pays, notamment dans les terres élevées de l’Oyapock et du Camopi. C’est vers l’année 1728 que les habitants commencèrent à le cultiver, principalement dans les terres hautes de l’Ile-de-Cayenne.

Le cacao de la Guyane, séché́ au soleil, présente, par son onctuosité́, des qualités qui le font rechercher dans le but de le mélanger avec les variétés parfumées mais trop sèches de Caracas. Les grandes pluies, à l’époque de la récolte, obligent souvent a le sécher à l’étuve, ce qui lui donne le goût de fumée et le fait repousser des marchés d’Europe ; il n’est alors acheté que par le commerce américain, qui le paye de 70 à 80 centimes le kilogramme.

Le cacaoyer porte ses premières gousses à quatre ans, est en plein rapporta sept ans, et vit cinquante ans au moins.
Son feuillage épais abrite le sol de telle sorte que les herbes y poussent peu  aussi sa culture exige-t-elle moins de soins et de bras que les autres.
Un hectare planté en cacaoyers produit en moyenne 300 kg.
L’Administration accorde une prime de 15 centimes par pied de cacaoyer planté.
Le giroflier (caryophyllus aromaticus) a été apporté de l’Inde à Cayenne en 1779. Les premières plantations eurent lieu sur: l’habitation la Gabrielle.
Depuis ce temps, le giroflier a toujours été cultive avec succès dans le quartier de Roura ; plus abondant dans les terres hautes de plaine, plus aromatique en terres hautes de montagne, il a réussi autrefois dans les terres basses parfaitement desséchées: aujourd’hui il n’en existe plus en terres basses.
La Gabrielle qui avant 1789, avait été la propriété́ du marquis de Lafayette, avec d’autres terrains du même quartier, dans lesquels se trouvaient compris ceux de la Caroline, produisit, en 1821, 50,000 kg de girofle, qui furent vendus 5 francs le kilogramme, soit 250,000 francs.
En 1836, la production totale de la colonie, soit en girofle,  soit en griffes de girofle,  s’élève à 100,321 kilogrammes, pour une valeur de 148,503 francs : on voit qu’en quinze ans le prix de cette denrée avait considérablement baissé.
Depuis 1836, la production va toujours en diminuant. La concurrence de similaires étrangers sur le marché métropolitain fait tomber le prix du girofle à 60 centimes.  Après 1848, cette culture est tout a fait négligée, le prix de ses produits n’étant plus rémunérateur. La Gabrielle  elle-même grève le budget  d’une dépense annuelle, qui varie de 5,000 à 15,000 francs. La mortalité attribuée à la vieillesse des plants, a une maladie appelée coup de soleil, dont l’effet est de sécher subitement l’arbre sur pied, l’invasion des fourmis manioc qui, en une seule nuit, dépouillent un gros giroflier de ses feuilles, la difficulté, avec les nouveaux ateliers, de débarrasser les arbres des branches mortes, avaient anéanti tout espoir de récoltes, lorsqu’en 1864 La Gabrielles’est relevée, par suite des efforts de l’Administration locale, et est parvenue à équilibrer ses dépenses avec ses recettes. L’année 1865 a laissé un excédant de bénéfices d’environ 3,000 francs.
Le rendement du giroflier à l’hectare est de 110 kilogrammes en moyenne.
Les autres arbres à épices sembleraient devoir se plaire dans la colonie, et cependant toutes les tentatives faites, pour les y naturaliser, ont échoué sans qu’on soit parvenu a se rendre compte des causes d’insuccès. Tel plant de poivrier donne 15 kilogrammes de poivre auprès d’un autre qui sèche et laisse tomber ses fruits avant maturité. Le cannellier (laurus cinnamomum) laisse évidemment beaucoup a désirer pour sa culture et dans sa préparation. Il vient cependant partout, sur la cime des montagnes, sur le bord des ruisseaux qui baignent ses pieds, dans les terres d’alluvion bien ou mal desséchées. Le muscadier (myristica aromatica), est devenu presque aussi rare aujourd’hui qu’en 1774, au temps où Noyer, médecin en chef de l’hôpital de Cayenne, grand-père de notre Ordonnateur, faisait garder par un factionnaire les premiers plants introduits dans da colonie.

La vanille (vanilla aromatica), fruit d’une liane grimpante indigène, pourrait, si elle était cultivée sur une  grande échelle, offrir des bénéfices considérables.
La culture du tabac (nicotiana) a presque entièrement disparu. Il suffiraitpeut-être pour la faire renaître d’un encouragement égal à celui que l’Administration accorde à l’industrie  cotonnière, au cafier et au cacaoyer, et de la création  d’une usine centrale pour la préparation des feuille.
Cette plante indigène, qui se reproduit spontanément, est devenue la production du jardinage et de la petite ; propriété; on la rencontre partout : sur les habitations, le long des chemins et jusque dans les rue de Cayenne. Quelques plantations tout récemment faites à Mana, à Approuague et sur les établissements agricoles du Maroni ont donné des résultats satisfaisants.
L’indigofère (indofera tinctoria) existe partout à la Guyane à l’état sauvage. Cette légumineuse qui provient de l’Inde et est propre à la teinture, pourrait être cultivée avec succès à la Guyane. Les hommes les plus compétents pensent que cette contrée est au point de vue du climat dans les conditions les plus favorables à cette culture. Quant à là manipulation des feuilles de cette plante et à la fabrication même de l’indigo, les essais faits jusqu’à ce jour ont été infructueux. Pour produire de l’indigo, au prix auquel l’Inde le livre, il faudrait à la Guyane la population surabondante de cette partie du continent asiatique.
Après les denrées de luxe et les cultures secondaires qui alimentent l’exportation, vient la petite culture qui produit les vivres, les fruits et des légumes. Cette dernière,  destinée à satisfaire aux premiers besoins de la vie,  doit avoir le pas sur la grande culture, source de la richesse coloniale, et la précéder et non la suivre.
C’est un axiome en économie politique que lors  que les petits propriétaires contigus sont intelligents et actifs ils peuvent produire un capital aussi considérable que la grande propriété. La petite propriété est donc  nécessaire et doit subsister simultanément avec la grande, mais le  travail est sa loi et elle ne doit pas, pour s’y soustraire, se livrer à l’oisiveté, au vice, au vagabondage, déguisé sous l’apparence du travail. La petite propriété ne peut être utile qu’autant qu’elle produit, et prête, au besoin, son concours aux grands propriétaires qui l’avoisinent.

Les principales denrées alimentaires du pays sont : le manioc (janipha manihot), fournissant 1e couac en grosse farine, et la cassave en galette, qui tiennent lieu de pain; le maïs (zea maïs) ; le millet (holcus spicatus), ce dernier cultivé en très petite quantité, le riz (oryza sativa), dont les deux espèces blanche et rouge viennent très bien à la Guyane, les ignames, le blanc et le rosé (dioscorea bulbifera) ; l’igname indien (dioscorea sativa); l’igname pays nègre (dioscorea alata) ; la patate douce (hypomea batatos)  ainsi, que la grosse patate introduite de la Barbade ; le calalou, gombo des Antilles, fruit del’hibiscus esculentus ;l’alamant (solanum nigrum) ; les épinards rouges (baselle rubra) ; l’aubergine ou marie-jeanne (solanum melungena) ; le concombre (cucumis) ; la citrouille (cucurbita) ; le giraumon (cucurbita pepe) ; le melon (cucumis pepe); le melon d’eau, pastèque de la Guyane, (cucurbita citrillus), etc., etc.
Tous ces vivres se cultivent également bien en terres hautes et en terres basses.

Les fruits de la Guyane sont, en général; plus savoureux et d’un goût aussi fin, aussi  exquis que les meilleurs fruits de France. La plupart on un goût aromatique assez prononcé auquel on s’habitue. Les arbres qui les produisent se trouvent sur presque toutes les habitations et à Cayenne même, depuis le bananier auquel on a donné le nom: d’arbre du paradis (musa paradisiaca), jusqu’à l’ananas (bromelia ananas), que sa  grosseur a fait surnommer ananas maïpouri, et que Pelleprat appelle le roi des fruits, parce qu’il porte un panache en forme de couronne. Nous ne pouvons citer ici que les principaux fruits tant indigènes que  cultivés,  avec la désignation scientifique de l’arbre qui les produit:  la sapotille (achras sapota) ; la barbadine (passiflora alata); l’orange (citrus aurentium) ; la pomme cannelle (annona squamosa) ; la mangue (mangifera therebinthe) ; la goyave (psidium grandiflorum) ; l’avocat (laurus persea) ;  le balata (achras balata); l’abribas (annona); le coco (cocos nucifera) ; la grenade (punica granatum Linné) ; l’abricot (mammea americana) ; le paripou (gulielma speciosa) ; la papaye ( carica spinosa); la caïmite (chrysophyllum macoucou, Aublet) ; la marie-tambour (passiflora laurifolia ?),etc., etc.

Telles sont, avec un grand nombre de matières oléagineuses et savonneuses, et de textiles de toutes sortes, dont nous parlerons au chapitre de l’industrie,  les principales productions de la Guyane française, qui forment  la partie complémentaire de notre chapitre VI. Nous avons signalé la plupart d’entré elles plutôt comme des souvenirs et des espérances, selon l’heureuse expression de M. Jules Duval, que comme une source actuelle de revenus sérieux. Le reste des forces disponibles du pays en fait d’alimentation, s’applique au bétail.

Le bétail que possède la colonie a toujours été et est encore loin de pouvoir suffire à l’alimentation de la population : aussi toute exportation de bestiaux a-t-elle été interdite, par un arrêté du 30 décembre 1837, qui a en même temps alloué des primes pour favoriser l’importation du bétail de race et des bœufs d’abatage. Un décret colonial du 19 juillet 1836, sanctionné le 21 octobre 1837 et publié en février 1838, a fondé des récompenses en faveur des propriétaires présentant chaque année, à un concours public, les plus beaux animaux ou ayant introduit des  améliorations dans le régime de leurs ménageries.

Bien qu’aucun arrêté ne détermine la quantité de bétail à abattre, bien que l’arrêté du 30 décembre 1836, omis dans le Bulletin officiel de 1837, f° 14, donne la liberté à tout particulier  d’exercer la profession de boucher, bien que depuis cette époque  la boucherie soit libre en principe, l’Administration a été obligée de restreindre l’abatage des bœufs à une ou deux têtes au plus par jour; autrement les ménageries auraient été dépeuplées en quelques années.

On fait un reproche à l’Administration d’avoir interdit rigoureusement l’exportation du bétail, et l’on pense que la faculté de l’exporter serait un encouragement efficace pour sa multiplication. Je crois qu’avant de songer a approvisionner les autres, il faut d’abord pouvoir s’approvisionner soi-même. L’Administration qui ne peut trouver, dans la colonie, les bestiaux nécessaires à la consommation des troupes et des établissements pénitentiaires, est forcené de passer avec des négociants des marchés pour la fourniture des bœufs, qu’on va chercher à l’Orénoque et au Brésil. Ce qu’on peut raisonnablement demander, c’est que les particuliers, qui se livrent a l’élève du bétail, soignent davantage leurs ménageries, leur donnent du développement, imitent l’Administration qui, en les créant sur tous les pénitenciers, a surtout le soin d’y cultiver l’herbe de Guinée et  du Para, qui fournissent un excellent  fourrage, pouvant être consommé à l’étable, a l’époque de l’année où les pâturages viennent à manquer. Ce serait là le moyen, d’abord, de soustraire la colonie à l’obligation de s’approvisionner au dehors et de la mettre en mesure de se livrer, dans l’avenir, à l’exportation du bétail.

Ce qu’il conviendrait de faire avant tout, à mon sens, ce serait d’améliorer les prairies naturelles qui servent de pâturages aux bestiaux. On trouve ces prairies dans les quartiers sous le vent, entre Kourou et Organabo, ou au vent dans les immenses plaines d’Ouassa; quelquefois séparées de la mer par une zone de terres cultivées,  qui s’étendent jusqu’à douze et quinze kilomètres dans l’intérieur des terres, elles se divisent en pâturages salés et ensavanes proprement dites. Les premières forment une  ligne étroite le long des anses des quartiers de Macouria, de Kourou, de Sinnamary et d’Iracoubo, et se divisent en parties élevées et en parties basses et noyées. Les savanes comprennent les immenses terrains découverts, entrecoupés de rivières et de criques, qu’on trouve dans le centre des mêmes quartiers et qui  s’entendent jusqu’à Organabo. C’est dans ces savanes que se trouvent les ménageries actuellement existantes dans la colonie. Il y a là quelques milliers de têtes de bétail; mais ces ménageries sont-elles dirigées avec ordre et méthode? En général, non. Le  bétail est laissé en plein air, sans un hangar pour l’abriter abandonné à une surveillance très problématique, exposé aux vents, à la pluie, aux piqûres des insectes et à la voracité́ des jaguars qui lui font la guerre. Si les savanes sont noyées par les pluies, plus de fourrages; plus de fourrages, si elles sont desséchées par le soleil.

II serait évidemment préférable d’avoir des bestiaux du pays qui,  bien nourris, fourniraient une alimentation substantielle plutôt que de faire venir des bœufs étrangers qui après une longue traversée, arrivent échauffés, malades, et dont quelques-uns, refusés par l’Administration, restent destinés à la consommation publique et sont souvent abattus, pour éviter une perte totale, sans que le repos ait amené une amélioration dans leur état.

Nous allons énumérer maintenant les cultures qui sont pratiquées dans chaque quartier et indiquer, en même temps, celles auxquelles on pourrait se livrer.

On cultive dans le quartier de Mana la canne à sucre, le cafier, le riz et le manioc.

On pourrait y introduire la culture du cotonnier qui réussirait sur le littoral.

L’exploitation des bois de construction et d’ébénisterie s’y fait sur une grande échelle depuis la création des grands établissements pénitentiaires du Maroni.

On pourrait également y exploiter la gomme de balata, les graines oléagineuses, beaucoup d’autres productions naturelles, et l’or même qu’on vient de découvrir dans ses criques.

Il existe deux ménageries en bon état dans les vastes savanes de ce quartier. Celle de la Pointe-Française, dépendant des établissements agricoles du Maroni, prend un grand développement. Nous en parlerons avec plus de détail dans le chapitre des la transportation.

Les sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont à Mana une succursale de l’école primaire de Cayenne ; en dehors des heurs consacrée à l’étude, les jeunes gens se livrent à la cultures de la canne à sucre, du café et des vivres. On fait sur l’établissement un rhum très estimé, l’on commence à fabriquer du sucre.

Outre les ménageries dont nous avons parlé plus haut, on compte encore dans le quartier de Mana, un chantier d’exploitation de bois, indépendamment des chantiers du Maroni, dont nous nous occupons plus spécialement dans  les chapitres consacrés  à la transportation et à l’industrie.

Le quartier d’Iracoubo renferme de vastes prairies naturelles, qui le rendent très propre à l’élève du bétail. C’est, d’ailleurs, la principale industrie de ses habitants. L’administration pénitentiaire avait créé, sur la rive droite de la rivière Organabo, une ménagerie qui a été récemment réunie à ce de la Pointe-Française.

On trouverait en abondance, dans les grands bois qui commencent à quarante kilomètres du bord de la mer, des graines oléagineuses, de la vanille, de la gomme de balata, analogue et supérieure, à la gutta-percha de l’Inde, et d’autres productions naturelles.

Les terrains d’alluvions, qui forment tout le littoral, seraient d’une exploitation facile pour la culture du cotonnier.

Les cultures actuelles du quartier d’Iracoubo sont le roucou, le café et les vivres.

Le quartier de Sinnamary ne possède  que quelques plantations de café et les vivres.

Il vient de s’y fonder une exploitation aurifère après des prospections pleine de promesses.

La cultures de l’indigo, de la sésame, des arachides et surtout du cotonnier pourrait s’y pratiquer avec avantages.

Quelques chantiers d’exploitation de bois expédient au chef-lieu des planches  et des madriers.

Les produits naturels sont les graines de carapa, de ouabé et, en général, toutes les graines oléagineuses, les gommes de balata, de courbaril, de mani, et enfin l’or qui s’y trouve comme sur presque tous les points du territoire de la Guyane française.

Les denrées cultivées dans le quartier de Kourou sont le coton, le roucou et les vivres.

Ses  produits naturels consistent en bois de construction et d’ébénisterie, planches, madrier, piquets de ouapa, graines oléagineuses.

La culture de l’indigo, du cotonnier, de la sésame et des arachides conviennent parfaitement à cette localité. L’établissement pénitentiaire de Kourou se livre à la culture du coton sur une assez grande échelle.

Les produits cultivés dans le quartier de Macouria sont la canne à sucre, le café, le coton, le cacao, le roucou, les vivres et les arbres fruitiers qui y sont en abondance.

Les productions naturelles y sont à peu près nulles, sauf la vanille, qui est cultivée sur toutes les habitations du quartier, mais en plants très peu nombreux.

Les produits exploités du quartier de Montsinéry sont le café, le roucou,  le girofle et les vivres.

Ceux du quartier de l’Ile-de-Cayenne sont la canne à sucre, le roucou, le cacao et le café. Les produits dont la consommation est destinée à la ville de Cayenne sont les vivres, les fruits, les herbes pour les animaux, les légumes et le charbon de bois.

Le cotonnier réussirait sur le littoral, dont les terres salées sont très propres à la culture de cet arbuste.

Les cultures du quartier du Tour-de-l’Ile sont la canne, le café et le roucou.

Les terres alluviales des bords du Mahury et de la rivière de Cayenne sont aussi très favorables à la culture du cotonnier, qui y a été autrefois très florissante.

Le quartier de Tonnégrande produit du café, du cacao, du girofle, du roucou et des vivres. On y fabrique du charbon de bois.

Les productions naturelles sont les bois de construction et d’ébénisterie, les graines oléagineuses, la gomme de balata et d’autres résines.

Il y avait autrefois trois grandes sucreries qui sot aujourd’hui abandonnées.

Les produits du quartier de Roura sont le girofle, le café, le cacao, le roucou, les vivres et l’or natif.

Ses productions naturelles exploitables sont : les bois de construction et d’ébénisterie, la gomme de balata la vanille, les graine oléagineuses et l’or.

Les denrées cultivées, dans le quartier d’Oyapock consistent en canne, café, cacao, roucou et vivres.

On pourrait y exploiter avec avantage les bois de construction et d’ébénisterie, les oléagineux de toutes espèces, le baume de copahu, la salsepareille, le caoutchouc et beaucoup d’autres produits intéressants.

Nous allons comparer maintenant la situation de la colonie en 1836 et 1865 ; le tableau suivant nous fournira tous les éléments de cette comparaison : il indique le nombre d’hectares en cultures, par nature de denrées, dars ces deux années que sépare plus d’un quart de siècle :
Suit le tableau :

tableau

Indépendamment des 1,268 propriétés agricoles, mentionnées dans ce tableau, on compte 202 hattes ou ménageries : il n’y en avait que 104 en 1836. Je présume, toutefois, que les produits, obtenus a cette dernière époque, étaient plus considérables en raison de la plus grande importance de chaque établissement. Les 2 briqueteries qui existaient a cette époque existent encore je ne fais pas état des briqueteries établies sur les habitations pour leur usage, non plus que de celles que la transportation a construites partout où on a fondé des pénitenciers. Il y avait, en outre, en 1836, 13 exploitations de bois: il y en a aujourd’hui 26, y compris celles qu’a créées la colonie pénale enfin, il faut ajouter 26 exploitations aurifères, dont 22 a Roura, 3 à Approuague et 1 à Sinnamary.

En comparant, d’abord, le nombre des habitations qui existaient en 1836 dans les différentes circonscriptions territoriales, soi t 620, avec le nombre de celles qui y existent en 1865, c’est-à-dire 1,268, on serait disposé à conclure que le nombre de ces propriétés ayant plus que doublé, l’agriculture a fait des progrès a la Guyane. Cette conclusion serait loin d’être exacte. La plupart des grandes habitations, qui faisaient du sucre, du girofle et du coton, ont disparu ; elles ont  été morcelées et ont donné naissance à un grand nombre de petites propriétés qui se sont livrées a des cultures qui exigent peu de bras et de capitaux, en d’autres termes, la petite culture s’est développée au détriment de la grande ; de la diminution presque générale dans tous les produits.

Les différences suivantes, entre les chiffres de 1836 et de 1865, accusent vivement la défaillance de la colonie :
Diminution dans le nombre d’hectares cultivés : 6,346 hectares
Diminution dans la quantité de sucre brut produit : 1,967,146 kilo
Diminution dans la quantité de tafia, de sirop de mélasse : 619868 litres.
Diminution dans la production de coton : 275,629 kg.
Diminution dans la production du girofle : 60,502
Diminution dans les épices : 25,225
Diminution dans la production des vivres : 2,012,250

Enfin, pour la valeur brute de la production totale, la différence, entre les deux années, est de 3,339,438 francs, c’est-à-dire une diminution de près des deux tiers.

Hâtons-nous de dire, pour atténuer, autant que possible, l’effet de ces tristes aveux que nous arrache la brutalité des chiffres, que le capital affecté aux cultures, en 1836, était de 36 millions,  et que le capital aujourd’hui employé est à peine de 9 millions, c’est-à-dire le quart du capital de 1836. Le chiffre des esclaves cultivateurs était de près de 14,000 ; aujourd’hui le nombre des travailleurs immigrants ou engagés, en y comprenant les transportés hors pénitenciers, est d’à peu près 6,000 ! Deux de ces natures de produits sont d’ailleurs en progrès: la production du café a augmenté de 27,100 kilogrammes, et celle du cacao de 14,550 kilogrammes, Il y a lieu de noter également que la quantité́ de roucou produite en 1865 est supérieure à la production de 1836 de 23,100 kilogrammes. S’il y a une différence en moins dans la valeur, c’est qu’en 1836 le roucou s’est vendu 2 fr. 75 cent, le kilogramme, tandis que, l’année dernière, son prix moyen n’a pas dépassé́ 1 fr. 70 cent.

Toutes les cultures, dont nous venons de constater la décroissance, peuvent avec, des bras et des capitaux, donner des produits considérables ; d’autres qui  ont été abandonnées ou seulement négligées, n’attendent que la volonté et le travail de l’homme pour se développer.

Il n’échappera d’ailleurs à personne, que l’Administration et les habitants actuels de la colonie sont complètement estrangers à l’écart considérable qui existe entre les chiffres de 1836 et de 1865. Loin de moi la pensée de rejeter sur l’Administration ou sur la population de la Guyane la faute de cette affligeante situation. Le Gouvernement a fait, en faveur de la colonie, tout ce qu’il entait possible de faire pour la relever. Il lui a successivement donné l’indemnité, la banque, la transportation, la compagnie agricole et aurifère de l’Approuague. Une partie de la population actuelle a déployé un courage et une persévérance que l’absence des capitaux, la disette des bras et l’impossibilité de se procurer ces deux éléments de travail, ont pu seuls paralyser. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les statistiques trimestrielles, publiées, depuis 1848, par le Département de la marine dans la Revue coloniale, pour reconnaitre les généreux efforts qui ont été faits de part et d’autre ; on peut y suivre, depuis cette époque, la progression constante de la production. La génération actuelle a donc hérité d’une situation désespérée qu’elle n’a pas faite ; elle a plié sous le poids des fautes de la génération qui l’a précédée et sous le coup d’évènements que cette génération seule aurait pu prévoir et peut-être conjurer.

Bien avant l’émancipation, en effet, des germes dé dissolution reposaient au sein de la société coloniale.

La cessation complète de la traite des noirs, dont l’abolition était, d’ailleurs, à point de vue général, l’un des heureux effets du progrès des  idées modernes, avait porté, en 1830, le coup le plus terrible aux colons en ne leur permettant plus d’alimenter et de renouveler leurs ateliers, diminué par la mortalités que ne compensaient pas les naissances.

Leur luxe exagéré à l’époque même de la suppression de la traite, leurs dépenses folles au moment de l’abandon des grandes cultures, avaient créé cette dette hypothécaire, nombreuses, compliquée, qui grevait la propriété coloniale, et n’a pu être qu’en partie liquidée par l’indemnité que la loi du 30 avril 1849 a allouée à la Guyane.

Le défaut d’unité, de solidarité, se révélait à toute occasion dans les éléments trop diverses de la population. L’intérêt personnel parlait plus haut que l’intérêt général ; lu n’y avait pas alors, comme il n’ a pas encore aujourd’hui, d’esprit public à la Guyane.

La population permanente a quitté le sol aussitôt qu’elle a vu la possibilité d’en sortir. La population commerçante et industrielle n’a jamais été guidée, en général, par l’idée de former, dans le pays, les bases d’un domicile définitif, et de s’y créer une famille légitime. Elle n’a considéré l’exploitation rurale que comme une industrie n’emportant avec elle aucune idée de fixité, et n’a jamais formée qu’un vœu, n’a eu qu’un désir, celui d’aller jouir ailleurs de la fortune qu’elle avait acquise à la Guyane.

Tel a été l’état des choses de 1830 jusqu’à la fin de 1847. L’habitant assistait avec apathie, presque avec indifférence, au spectacle de sa ruine prochaine. Le nuage avançait sombre, silencieux, menaçant : quand le colon, enveloppé dans l’ombre, l’aperçut enfin, il n’était plus temps, le tonnerre avait frappé.

Ce coup de foudre, c’est 1848. Alors, à quelques exceptions près, les habitants, au lieu de se porter sur leurs habitations, de chercher par des concessions à y retenir les nouveaux libres qui manifestaient de l’éloignement pour les travaux de la culture, perdirent tout courage et abandonnèrent à la nature qui reprit ses droits, des terrains qui se couvrirent bientôt d’une végétation sauvage et luxuriante là où croissaient autrefois, comme à l’envie toutes les denrées tropicales.

Tells sont les causes qui me paraissent avoir amené la ruine de la propriété guyanaise. Mais il en est une, qui me semble dominer toutes les autres, qui s’est opposées à toutes les époques et qui s’oppose encore au développement général de la colonie : cette cause, tout le monde la connaît et la signale ; c’est la dissémination, l’éparpillement des habitations rurales sur une surface hors de toute proportion avec la faible population qui l’occupe. Il y a très peu d’habitations contiguës à la Guyane. Chaque colon, dans le principe, s’est établi, à sa guise, au gré de son caprice, à vingt, trente, quarante lieues des centres de population, dans de vastes concessions où il croyait étouffer s’il n’avait pas autour de quelques  hectares incultivables avec ses faibles ressources. Chaque point est dans l’isolement. Chaque colon a travaillé pour soi sans songer qu’un voisin eut pu  lui être utile ; il n’a pas même consulté ses véritables intérêts, car indépendamment du secours qu’il aurait pu attendre de ce voisin, appuyé sur lui, il aurait été évidemment dispensé de bien des travaux d’endiguement  sur ses côtes et sur les derrières de son habitation, réduite à des proportion plus restreintes. Ce n’est pas ainsi qu’ont procédé les Hollandais. On voit partout chez eux l’ordre et l’esprit d’association : chez nous, le défaut d’ensemble a amené  le désordre et une sorte de dislocation. Les établissements agricoles de Surinam se touchent et forment une chaîne continue : les nôtres sont posés par intervalles, de loin  en loin,  comme des jalons. De belles routes bien entretenues conduisent aux habitations hollandaises : nos routes, à quelques exceptions près, sont des chemins où peuvent à peine passer des bêtes de somme. Mais pourquoi l’Administration française n’en a-t-elle pas fait ? Faire une route de vingt, trente, quarante lieues, dépenser deux, trois, quatre millions, pourquoi ? Pour arriver à des habitations isolée et comme perdues au fond d’un quartier éloigné. L’Administration fait des routes dans un intérêt général et non dans un intérêt particulier ; elle ouvrira, à n’en pas douter, une grande voie de communication entre la Pointe-Macouria, où se formera plus tôt peut-être qu’on ne pense un centre de   population, et les établissements pénitentiaires du Maroni , pour faire arriver à Cayenne les denrées et le bétail des concessionnaires de Saint-Laurent et de la pointe-Française, aussi bien que les produits des établissements libres intermédiaires.

Il ne serait peut-être  pas impossible de rectifier cette occupation exagérée, cette appropriation déréglée du sol, de remplir les vides, de relier entre eux les établissement en conservant ce qui est, en créant ce qui n’est pas . Le droit de propriété des concessions primitifs, consacré par le temps, peut paraître à l’abri de toute atteinte, si ce n’est dans les cas prévues parla loi du 5 mai 1841 sur l’exploitation pour cause d’utilité publique.

Or, cette loi fournirait peut être le moyen de forcer les propriétaires actuels à céder, sauf indemnité, les terres vierges et d’une fécondité remarquable qu’ils ne peuvent mettre en culture. Ils devraient se montrer d’autant plus accommodants, je crois, que le Gouvernement a conservé le  droit imprescriptible, consigne dans tous les actes de concession, lois et édits de l’époque , de réunir au domaine les terres non mises en cultures l’expiration de cinq années.

C’est précisément, 1a mon avis parce qu’une vigueur et un luxe incomparables de végétation semblent n’avoir mis aucunes limite à la grandeur des entreprises agricoles à la Guyane, qu’il serait utile de les restreindre dans un rayon déterminé. La  question ne saurait être douteuse, si une nouvelle immigration européenne  venait a se former. Rien ne me paraitrait s’opposer a ce que le Gouvernement lui imposât l’obligation de se grouper dans certains quartiers et lui interdit de s’établir en dehors de leurs limites. L’Administration s’est, je crois, montrée trop libérale, dans le principe, pour les exploitations agricoles, en concédant de si vastes espaces et en laissant les intérêts privés libres de s’y développer à leurs risques et périls, elle est tombée, à cet égard, dans tous les excès de la prodigalité. Un arrêté  récent de 1865 a mis, toutefois, de l’ordre dans les concessions de terre à cultiver : on paye aujourd’hui 10 francs par hectares, et  la concession doit être juxtaposée à une autre concession à un autre établissement, et non pas isolée au milieu des vastes terrains domaniaux. Il est juste d’ajouter aussi que: depuis quelque temps les concessions aurifères, qui, dans l’origine, étaient accordées sans règle et sans mesure, ont été un peu réduites. C’est à l’Administration qu’il appartient d’étudier les moyens d’utiliser ces exploitations au point de vue colonial, d’examiner la question de savoir si elle ne pourrait pas obliger les exploiteurs d’or natif à construire une maison à étage sur leurs concessions, à y fonder une ménagerie, à cultiver un certain nombre d’hectares en vivres et à planter  un hectare par an en denrées d’exportation. Ce serait peut-être un moyen de remédier aux inconvénients que  nous avons signalés à la fin de notre chapitre IV.

Ainsi, c’est a la prise de possession primitive du sol que nous croyons devoir surtout attribuer le peu de progrès qu’a faits la colonie, et non à sa population actuelle. Cette population était a peine adulte que la ruine était déjà consommée. Quelques habitants, nous l’avons dit, ont déployé une rare énergie, et si la masse de la population les eût imités, je ne fais aucun doute que la colonie n’eût reprit son ancienne importance. Mais une  partie de cette population, bonne et résignée d’ailleurs, n’a su que se plaindre et s’épuiser en vains, regrets d’une splendeur qu’elle n’a pas connue ; une autre partie s’est montrée ennemie du travail qui lui rappelait son origine. La colonie, privée des bras des nouveaux libres qui répugnent aux travaux de la culture, manquant de l’instrument nécessaire de la production, c’est-à-dire le capital, est donc impuissante à réparer sa fortune presque entièrement détruite. En outre, ce ne sont pas seulement les bras qui manquent à la Guyane, ce sont les têtes. La plupart des habitations sont tombées et ne peuvent se relever faute de régisseurs. La Garonnea cessé de donner des revenus du moment qu’un des copropriétaires, aussi habile que sage, a cessé de la gérer.Si la Marie et le Bon-Pèreont pu traverser toutes les crises par lesquelles a passé la Guyane, c’est que les hommes énergiques et intelligents qui les dirigent, ont toujours plus pensé à l’avenir qu’au présent.

Dans une telle situation, la colonie ne peut sortir de sa longue défaillance que si le Gouvernement veut bien consentir à faire encore quelques sacrifices en sa faveur, et venir à son aide en y jetant toutes les forces qu’il pourra se procurer au dehors ; d’abord, par continuation, les immigrations indienne et chinoise, qui ont soutenu sinon relevé un certain nombre d’habitations ; ensuite la transportation qu’il faut utiliser à tout prix ; enfin une nouvelle immigration européenne, entreprise sur une grande échelle, si les injustes préventions qu’on a conçues contre le climat de la Guyane peuvent tomber devant l’évidence des faits.

Nous avons dit déjà que nous entendions former la nouvelle immigration européenne dont nous venons de parler, d’éléments pris,,-non pas dans les villes populeuses de la France, mais dans les campagnes. Cette forte immigration réaliserait à la Guyane, avec ordre et méthode, ce qui s’est fait spontanément et comme au hasard au début de toutes les colonies européennes en Amérique.  Elle serait évidemment supérieure à toutes les autres, supérieure même à l’immigration africaine si regrettée, supérieure par ses habitudes de civilisation et surtout par la qualité et peut-être même par la quantité de travail qu’elle pourrait fournir.

Il s’agirait de réaliser tout simplement le plan imaginé par M le baron gouverneur de Laussat et par lui appliqué, sans les précautions nécessaires, à Laussadelphie avec 32 cultivateurs chinois et malais et 20 setlers américains, choisis parmi ces gens robustes et intrépides qui passent leur vie à abattre défricher les forêts vierges. Ce plan était fortement conçu : « Ne transporter que des laboureurs endurcis ou de gros, ouvriers ;  les amener par familles; soigner leur traversée et surtout leur installation ; pourvoir avec régularité́ à leurs premiers besoins mesurer leur tâche et ne les pas faire travailler de 10 heures du matin à 2 heures de l’après-midi ; les accoutumer à un régime sobre en même temps que substantiel. »

M de Laussat terminait l’exposition de ses vues par ces mots pleins de profondeur: « Il s’agit d’atteindre un but inappréciable ; ne reculons pas devant quelques dangers et quelques pertes. »

C’est ainsi que des hommes d’Etat doivent envisager les choses.

On pourrait n’exiger des nouveaux immigrants que six heures de travail, de 5 heures à 9 heures le matin, et de 4 heures à 6 heures le soir ; on  les astreindrait, en outre, à une sorte de discipline militaire, en les soumettant a toutes les précautions et au régime hygiénique que nous avons indiqués dans notre chapitre III.

Avec  50 Indiens, chinois ou engagés du pays, travaillant neuf heures par jour, on pourrait abattre, bruler,  chapuiseren un mois 8 hectares de  terre basses. Avec 75 Européens, travaillant six par jour, on obtiendra évidemment le même résultat : c’est mathématique.

Il restera trois heures de travail à ces hommes robustes et vaillants, trois heures qui pourraient entré utilisées à des travaux à couvert, comme il s’en trouve toujours à faire sur des exploitation rurales.

Comme le Gouverneur ne semble ne réserver, pour l’application de ses vastes desseins sur la transportation, que les terrains qui s’étendent entre Kourou et le Maroni, et que les établissements pénitentiaires au vent de Cayenne ont été retiré, la nouvelle immigration  trouverait ouverte toute la partie de la Guyane qui s’étend entre l’ Oyapock et le Mahury. Cette partie comprend, tout le monde le sait, les meilleures terres de la colonie. Il n’y a pas une rivière entre ces deux points qui n’offre à la culture un développement de 16 kilomètres au moins en profondeur à travers les alluvions. Rien ne s’opposerait donc à ce que les deux immigrations libre et pénale se développassent simultanément,  sans avoir ensemble d’autres points de contact que ceux qu’amèneraient, dans l’avenir les relations industrielles et commerciales. Il est superflu de faire ressortir qu’une réussite complète et  durable ne doit être attendue que si l’on a soin d’introduire dans la nouvelle immigration, l’élément le plus indispensable du succès, la femme, destinées à devenir épouse et mère.

On dirigerait, d’abord, l’activité de ces immigrants vers la culture des vivres et l’élève du bétail. On assurerait ainsi à la nouvelle colonie une alimentation salutaire et  les engrais qui manquent à la Guyane. Il faudrait , nous le répétons , commencer par améliorer  les pâturages naturels, ce qui devrait toujours être pratiquer avant de songer  à placer une seule tête de bétail dans une localité , de manière à se procurer ainsi des fourrages secs destinées  à être consommés à l’étable.

Je laisse à penser quels avantages retirerait une exploitation quelconque d’un semblable personnel bien dirigé. La vente des denrées d’exportation procurerait au propriétaire les moyens d’assurer à ses ouvriers un salaire très élevé et de recueillir lui même de très grands bénéfices de son exploitation. La colonie, au bout d’un certain nombre d’années, n’aurait presque plus besoin de s’approvisionner au dehors. La population s’accroitrait d’un nouvel élément et, en outre, de toutes les naissances qu’amèneraient les mariages. La consommation locale augmenterait également, ce qui est toujours aussi profitable au commerce qu’au budget de la colonie.

Le grand propriétaire nr pourrait-il pas, d’ailleurs, appeler la mécanique au secours de l’industrie agricole ? Ne pourrait-il pas faire venir des Etats-Unis la fameuse machine à vapeur dite Grubber, qui saisit, arrache, abat les plus grands arbres et facilite ainsi les défrichements ? Ne pourrait-il pas demander à Demerara la machine excavatorque j’y ai vue, machine puissante qui fait le travail des tranchées et creuse des fosses de dessèchement.

L’Administration pénitentiaire trouverait peut-être dans l’ensemble de ces deux machines une aide efficace pour le développement de ses établissements agricole du Maroni.

L’émigration européenne nous paraît très praticable dans ces conditions.

Nous croyons  avoir suffisamment démontré, dans notre chapitre III, que l’Européen peut vivre  et travailler à la Guyane. S’il reste encore quelque doute à ceux qui en contestaient la possibilité, nous livrons à leur méditation ces  belles paroles du grand naturaliste Linné, exprimée dans un latin admirable de concision et d’énergie :

« Homo habitat inter tropicos, vescitur palmis ; hospitatur extrà tropicos sub novercante cerere . »

« L’espèce humaine a son habitation naturelle entre les tropiques, où les palmiers lui fournissent une nourriture substantielle ; en dehors des tropiques, l’homme ne reçoit qu’une sorte d’hospitalité, arrachant avec peine à une nature marâtre les céréales nécessaires à son alimentation. »

Fin du chapitre VII

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 6)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

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Huitième partie

                Chapitre VI

Règne végétal

 Productions naturelles.

Je n’ai pas l’intention de décrire tous les végétaux de la Guyane française dans leurs feuilles, leurs fleurs et leurs fruits. Ces détails, qui sont d’une nécessité́ absolue pour distinguer les familles, les genres et les espèces, ne seraient à leur place que dans un ouvrage spécial. La vie d’un homme suffirait à peine, d’ailleurs, à en dresser un catalogue à peu près complet. Je me bornerai donc à décrire, dans la première partie de ce chapitre, l’aspect général sous lequel se présente la végétation à la Guyane. Fidèle au plan que je me suis tracé au début de ce travail, je dresserai, dans la seconde partie, la liste des productions spontanées du sol, pouvant être, utilisées dans le commerce ou dans l’industrie et qu’il serait facile d’exploiter. Je ne citerai que pour mémoire les denrées alimentaires, les productions si précieuses et si variées obtenues par la culture et livrées à l’exportation, en réservant, a cet égard, tous détails pour le chapitre relatif aux circonscriptions territoriales et à leurs cultures.

Les sources auxquelles j’ai puisé sont : l’Histoire des plantes de la Guyane française de Fusée-Aublet, la notice publiée en 1827 sous le titre de Forêts vierges de la Guyane, par Noyer, l’Histoire de la Guyane anglaise de Dalton, et un manuscrit encore inédit sur la cryptogamie vasculaire, qu’a bien voulu me confier M. Leprieur, chevalier de la Légion d’honneur, pharmacien de la marine en retraite. Je n’ai pas manqué de consulter aussi le catalogue si exact des produits des colonies françaises envoyés à l’exposition universelle de Londres en 1862.

  • 1er. — Aspect général de la végétation.

L’observation qui a formé la base, les archives et, pour ainsi dire, les annales des sciences naturelles a prouvé que la plupart des végétaux sont les mêmes dans les terres situées sous les mêmesclimats et à  des élévations égales. Il y a donc lieu de penser que toutes les plantes qui  se trouvent sur les terrains  analogues des autres parties du continent et des îles de l’Amérique situées entre les tropiques , existent et seront un jour découvertes dans l’intérieur de la Guyane française.

On peut affirmer que nous connaissons à peine, aujourd’hui, le tiers des plantes qui composent la flore de cette vaste partie du continent américain, et qu’aucune contrée du monde n’approche de la richesse de sa végétation, à l’exception des bords de l’Amazone et des forêts de l’archipel de la Sonde.

Celte végétation n’offre rien de remarquable sur les bords de  la mer. On n’y voit que les deux espèces de palétuviers : les palétuviers rouges (rizophora mangle), les palétuviers blancs  (avicennia nitida et tomentosa) et le lagunculariade Jaquin qui  y forment des forêts épaisses au-delà desquelles on trouve les savanes noyées et les terres basses; des caladium arboreum   en grand nombre et des palmiers pinots (euterpe oleracea et euterpe edulis), qui ont fait donner aux savanes noyées et aux terres humides, dans, lesquelles ils vivent, le nom de pinotières.

Dans ces vastes savanes paludéennes, qui se prolongent toujours parallèlement au rivage de la mer, on rencontre  avec diverses espèces de nymphœacées (nuphar), des pontédéries à  épis élégants, de la famille des narcissées, et le ceratopteris parkerii, genre de fougères remarquables qui se cultiveraient facilement dans les aquariums des serres d’Europe, des salvinies  et des azolles, de la famille des marsiléacées, qui se balancent : dans l’air avec leurs fleurs aux teintes brillantes et aux formes  étranges, ou se trouvent flottantes sur toutes les eaux dormantes, répandant au loin leur parfum et formant un tapis épais qui dérobe complétement la vue de l’eau. C’est dans les lacs de cette zone que-doit exister, de l’Oyapock à Kaw, la victoria regina de Lindley, la plus belle des plantes de la flore des Indes occidentales. Là vivent  aussi quelques-uns des grands végétaux qui fournissent des aliments à l’homme et qui peuvent être arrosées soit avec de l’eau douce, soit avec de l’eau de mer:1ecocotier (cocos nucifera), le bananier (musa paradisiaca) et l’avocatier (persea gratissima). Non loin de cette zone, et  les pieds encore dans l’eau, vivent en forêt épaisse tous les individus du bache (mauritia vinifera Martius), palmier morichede Humboldt, mirici des bords de l’Amazone, dont les graines servent à la nourriture des indiens.

Dès que l’on a quitté les bords de ma mer, la végétation change : les arbres sont doués d’une constitution plus robuste ; ils sont élevés, droits,  d’un bois dur, compact, odorant. Aux bords des fleuves, des rivières et des criques, on trouve les deux espèces de cacao sauvage (carolinea de Linné), des oréodaphnées, des ocotées de la famille des laurinées, des combrétacées, genre d’arbrisseaux grimpants, aussi intéressants par leur port élégant que par la beauté des fleurs des espèces qui le composent, ainsi que plusieurs espèces d’échites, genre d’apocynées, arbustes volubiles, et de liserons (convolvulus), dont les fleurs de différentes couleurs simulent des guirlandes ou dessinent des portiques.

Mais c’est au sein des forêts vierges de la Guyane que la nature étale, aux yeux surpris du voyageur, tous les trésors de sa magnificence. On trouve, dans certaines parties de ces forêts, les trois végétations dont nous avons déjà parlé dans notre Chapitre IIe, végétations bien distinctes, superposées, s’étageant l’une sur l’autre et vivant ensemble sans se gêner ni se nuire.

La première se compose de ces arbres gigantesques de trente à quarante mètres de hauteur, qui forment un dôme épais impénétrable aux rayons du soleil,  ne vivant pas par famille et par grandes associations, comme dans les forêts de l’ancien continent, mais disséminés, mêlés avec les essences les plus dissemblables: les nombreuses espèces d’eugenia et de myrcia, les quatre espèces de quatélé (lecythus grandiflora, amar, lutea et zabucajo), de la famille des myrtacéés, les espèces de saouari (caryocar tomentosum et saouri glabra d’Aublet), les cèdres (icica), de la famille des térébinthacées, les espèces d’ébènes, les tecoma et les jacaranda, de la famille des bignoniacées, les grignons (bucida buceras), les moras (mora excelsa), dont le cœur vaut le chêne pour la tannerie, les courbarils (hymenœa courbaril), couverts dans la saison d’été de longs épis de fleurs violettes, rouges, blanches, selon les diverses espèces les astrocaryums, genre de palmiers, quelquefois sans tige apparente, la plupart en ayant une, grêle et élancée, à épis de fruits, de trois à quatre mètres de  longueur,  protégée par des épines noires de quatre à six pouces, plates et affectant la forme de poignards ;  les espèces beaucoup plus petites du genre geonoma, les quatre du genre attalea, et surtout les trois belles espèces de palmiers œnocarpus batawa, regius et bacaba.

La seconde végétation comprend des arbres de dimensions plus modestes, mais qui ont encore de dix à quinze mètres de hauteur quatorze espèces de laurinées dont les plus remarquables sont : l’acrodiclidium guyanense et kunthianum, le  nectandra cinnamomoïdes,dont l’écorce est astringente et aromatique, le laurus pulchéri,qui produit les noix de sassafras, le nectandra puchuri majoret la varié minor, qui donnent les fruits qu’on nomme pichurim,l’ajovea guyanensisd’Aublet (laurus hexandra de Swartz), les oreodaphne divaricata, martiniana et commutata, l’ocotea guyanensis et le licaria guyanensis,tous deux d’Aublet , divers genres de mélastomes et un grand nombre d’espèces de la famille des légumineuses.

Vient enfin la troisième végétation, composée d’arbustes plus humbles, de mélastomes de petite taille, d’un aspect élégant, à feuilles opposées, aux fleurs tantôt nues, tantôt accompagnées de bractées, feuilles florales en formé d’écailles ; ici, l’on voit des rubiacées, les genrescoffea cephalisde la famille des violacées, les tapogomées dont il y a huit espèces a la Guyane; là, sur les pentes sèches, on trouve en grande quantité́ les palmiers conana (astrocaryum acaule) et les diverses espèces de bactris à épines noires et à épines blanches, les uns à tige unique, les autres pressés en touffes impénétrables ; là encore, sur les pentes humides, la famille nombreuse des palmiers dioïques dont le vent charrie à travers les airs la poussière fécondante des mâles pour la porter sur les femelles; tels que les maricoupi (attalea compta) et les maritonton (attalea acaule), dont les feuilles servent à couvrir les cases, carbets et ajoupas ; dans les bas-fonds, des aroïdes mêlées à des fougères arborescentes et acaules, à de charmantes espèces de palmiers geonoma qui toutes sont sans épines. La plus jolie de ces espèces, le geonoma stricta n’est que de la grosseur d’une plume d’oie ; on rencontré, enfin, sur le bord des ruisseaux, le tourlouri des indiens (manicaria saccifera de Marius), à feuilles sans fissures, de près d’un mètre de largeur sur trois ou quatre de longueur, à épi compact et rameux couvert de fruits tuberculeux.

Le sol de certaines parties des forêts de la Guyane française est couvert de plantes herbacées et parasites: les caladium, genre de la famille des aroïdes, à feuilles diversement nuancées de rouge, de rose, de blanc et de vert, et de nombreuse  espèces de maranta, de la famille des amomées, entre autres le maranta zébré, remarquable par ses longues feuilles rayées de brun velouté et de jaune en dessus et un beau violet en dessous. Les troncs des arbres portent à leur tour de nombreuses plantes épiphites appartenant aux orchidées aux épidendres et aux broméliacées, espèces nombreuses qui sont encore pour la plupart inconnueset qui feraient, si elles y étaient transportées, le plus bel ornement de nos serres d’Europe.

La flore de la Guyane française se compose d’une multitude d’autres espèces particulières au continent méridional américain, se subdivisant elles-mêmes en genres nombreux qui ne sont encore décrits nulle part, qui ne sont pas même dénommés. C’est à un homme spécial qu’il appartient de compléter le beau travail de Fusée-Aublet.

Je regrette de n’avoir pu me procurer l’ouvrage de Schomburgk, intitulé A description of british Guiana.Il présente, dit-on, le tableau le plus fidèle et le plus complet de la flore de cette partie du continent américain.

Dalton, dans son histoire de la Guyane anglaise, IIe volume, page 215 et suivantes, a classé, d’après la méthode du professeur Lindley, près de six mille arbres, arbustes et plantes avec désignation des familles, des genres et des espèces. Presque tous les végétaux qui y sont énumérés se trouvent ou doivent se trouver à la Guyane française. C’est donc un ouvrage utile à consulter pour quiconque se livrera à l’étude de la botanique de notre colonie.  Cette oeuvre si consciencieuse contient cependant des omissions et des doubles emplois : certains genres, manquent entièrement ; or, il n’est pas probable que la végétation de la Guyane anglaise soit assez différente de celle de la Guyane française, pour qu’un genre entier qui se trouve dans la seconde n’existe pas dans la première des deux colonies. D’un autre côté les sésamums ne peuvent être classés en même temps dans les bignoniacées et dans les pédaliacées (page 256). Mais ce sont de légères imperfections que rachète la solidité de l’ensemble dans cette œuvre estimable à bien des titres.

M Leprieur est le seul botaniste qui ait fait pour la cryptogamie guyanaise ce que Dalton a fait pour la flore entière de la Guyane anglaise. Il a publié dans les annales des sciences naturelles, tome XIV, cahier n° 5,  un grand nombre d’espèces de cryptogames cellulaires par lui découvertes à la Guyane. Il a pu envoyer de 1835 à 1849, à la société, de géographie de Paris, trois collections successives de mousses et  d’hépatiques qu’il avait recueillies pendant son premier voyage entrepris, à travers la Guyane centrale  dans le but de découvrir des sources du Maroni. Aucun autre collecteur n’a jamais montré plus d’habileté dans ses investigations ni eu la main aussi heureuse. Sur les 724 espèces dont se composaient ces trois collections, il y avait76 algues dont 50 nouvel1es, 7 collemacées (2 nouvelles), 179lichens (50 nouveaux), 179 hyménomycètes (86 nouvelles), 24 discomycètes (16 nouvelles), 124 pyrénomicètes (86 nouvelles), 20 gastéromycètes (9 nouvelles), 65 hépatiques (24 nouvelles) et 55 mousses (11 nouvelles), en tout 335 espèces nouvelles qui ont subi  depuis longtemps le contrôle des botanistes dont un grand nombre figure dans la nomenclature de Dalton avec la désignation du nom de leur inventeur.

M Leprieur a découvert, en outre, un grand nombre de cryptogames vasculaires qui comprennent les fougères, les lycopodiacées, les polydiacées, etc. J’extrairai du précieux manuscrit, qu’a bien voulu me confier M. Leprieur, la nomenclature de ces nouveautés cryptogamiques, qu’il est dans l’intérêt de la science de livrer au domaine public. Mais avant d’en donner l’énumération, j’appellerai l’attention des botanistes et en particulier des psychologistes sur un fait singulier, signalé par M. Leprieur, celui de la station insolite de quelques floridées dans les eaux douces et courantes de criques descendant des montagnes du Mahury et de Kaw.

Tous les botanistes, mais surtout ceux qui se sont spécialement occupes des algues, n’ignorent pas que, des trois familles qui composent cette grande classe de végétaux, il n’en est qu’une seule, celle des zoosporées  qui ait des représentant dans  les eaux douces et salées, c’est-à-dire, dont les espèces puissent vivre à la fois dans la mer, dans des fleuves et dans les plaines marécageuses. Quant aux phycoïdées ou fucacées, et aux floridées surtout, on n’en avait pas encore rencontré ailleurs que dans les eaux salée ou du moins saumâtres. Une seule espèce, le fucus amphibiusHuds, vit quelquefois dans ces dernières conditions, mais n’a jamais été trouvée dans des rivières qui, ne communiquant pas directement avec la mer, ne sont pas soumises a l’influence des  marées.

Or, M  Leprieur a recueilli dans les eaux courantes de la Guyane trois bostrichia, un gymnogongrus et deux ballia.
Ces algues, et quelques autres propres aux eaux douces ont  été récoltées dans  les criques de la rivière du Mahury, dans la crique cacao, distante de Cayenne de plus de 80 kilomètres, et dans les cours d’eau de la crique Gravier des montagnes de Kaw, a environ 40 kilomètres de la mer et à une altitude de 100 à 150 mètres. Ce qu’il est important de remarquer, c’est que l’eau de ces criques ne présente aucune espèce de salure : ce sont des eaux vives torrentielles, dont, la source filtre, à travers les minerais de fer, qui constituent les sommets de ces montagnes.  L’ élévation, du lieu est du reste une autre circonstance qui doit exclure toute idée que le flux puisse pénétrer jusque là pour y apporter les germes de ces plantes dont les formes sont d’ailleurs entièrement nouvelles. Il y a encore ceci à noter, c’est que M. Leprieur a constaté sur les lieux mêmes que ces algues répandaient une forte odeur de marée,  tout à fait semblable à celle qu’exhalent leurs congénères marines. L’état de dessiccation récente ne détruit même pas entièrement ce caractère.
Toute explication de ce fait est impossible dans l’état actuel de la science. Si une seule de ces espèces vivait dans la mer qui baigne les côtes de la Guyane, on pourrait s’ingénier à rechercher comment et par quelle voie ses spores ou sémicules sont arrivées a franchir un aussi long trajet et ont pu conserver la faculté de germer, de végéter et de se reproduire dans des conditions si différentes. Mais ces espèces sont toutes nouvelles, et à moins d’admettre que leur structure et leur forme ont pu être modifiées par cette station inusitée et pour ainsi dire anormale, on ne saurait les rapporter à aucune des trois congénères qui croissent à la Guyane, dans les fleuves et rivières où remonte la marée.
Ce qu’il y a de plus singulier, dans ce fait, qu’un botaniste pourra, sans doute,  un jour confirmer, c’est la présence d’un ballia, genre exclusivement marin, sur les filaments d’un batrachosperme  nouveau, fixé aux rochers de la crique  Gravier des montagnes de Kaw, et, si l’on pouvait, conserver quelques doutes sur la découverte de M. Leprieur  cette floridée parasite sur une  zoosporées dont les congénères ne vivent que dans les eaux douces, suffirait pour les dissiper à l’instant.

Parmi les 275 espèces de cryptogames vasculaires recueillis par M. Leprieur et qui ne figurent pas dans les species des familles auxquelles elles appartiennent, les plus remarquables sont :

Lycopodium plumosum         (Rivière  Gabaret)

Lycopodium pusillum            (Montagne-Tigre et Matouri)

Lycopodium articulatum        (Gabaret, Oyapock)

Lycopodium paradoxum         (Mont-Sinéry, saut Brodel, Comté)

Ophioglossum induviatum      (Baduel)

Ophioglossum nervosum        (Banlieue de Cayenne)

Ophioglossum acutifolium      (Sinnamary)

Ophioglossum gracile              (Intérieur)

Ophioglossum pulchellum      (Ile-de-Cayenne).

Ophioglossum augustifolium  (Banlieue de Cayenne, Oyac)

Ophioglossum udulatum         (Banlieue de Cayenne).

Danœa megaphylla                 (Approuague)

Danœa sarcorhyza                  (Intérieur)

Danœa oligophylla                  (Camopi)

Danœa latifolia                        (Approuague).

Danœa elegans                        (Intérieur).

Danœa leprieurii                     (Rivière des Cascades)

Danœa simialata                      (Conana).

Danœa  polyphylla                 (Comté).

Ceratopteris fragilis                (Banlieue de Cayenne).

Lygodium macrostachium       (Ile-de-Cayenne).

Acrostichum dentatum           (Comté).

Acrostichum dermophyllum   (Oyapock)

Acrostichum laminarioïdes     (Oyapock)

Acrostichum maximum           (Oyapock)

Polypodium falciforme           (Couripi, Cayenne)

Metaxia parkerii                      (Gabaret)

Metaxia argenrea                     (Montagne d’Argent)

Vittaria curvata                       (Intérieur)

Antrophiüm graminifolium     (Intérieur)

Antrophiüm pendulum           (Gabaret)

Adientum ptéridioïdes            (Banlieue de Cayenne)

Adientum reticulatum             (Kaw)

Adientum hirsutum                 (Conana)

Lindsœa lunulata                     (Oyapock)

Aspidium  durum                    (Ouanari, Conana)

Aspidium tomentosum           (Rivier Saï)

Alsophila microcarpa              (Saut Brodel)

Alsophila dentata                    (Rivière des Cascades)

Alsophila obscura                   (Comté)

Cythea tomentosa                   (Conana, Cacao)

Cythea tristica                                    (Comté)

Tichomanes crispum               (Orapu)

Tichomanes atroviveus           (Gabaret, Saï)

Tichomanes leprieurii             (Ouanari)

M Leprieur a reconnu, en outre, et classé la plupart des espèces de cryptogames cellulaires ou vasculaires antérieurement décrites.

  • 2.- Arbres, Arbustes et Plantes utiles.

Je n’ai pas cru devoir adopter, pour cette partie de mon travail, la classification scientifique des botanistes, mais l’ordre alphabétique, beaucoup plus commode pour les recherches, établi par Noyer dans sa nomenclature des bois de la Guyane

(Forêts vierges de la Guyane française, page 23), et par M Aubry-Lecomte dans le catalogue de l’exposition universelle de Londres (Revue maritime et coloniale, avril 1862) :

Agave, dont deux espèces : agave vivipara et agave americana, excellents textiles, nommés karatasà Cayenne.

Acacia (mimosa guyanensis) ; ses branches fournissent de petites courbes pour embarcations, et son écorce une résine qui peut remplacer la colle des luthiers.

Acajou. On confond sous ce nom, à Cayenne, trois ou quatre arbres qui n’ont entre eux aucun rapport. Les véritables acajous sont: 1° l’acajou-savane ou à pommes (anacardium occidentale), de la famille des térébinthacées, qu’on ne trouve que dans les savanes sèches. Sa gomme ne peut être comparée à la gomme arabique: elle n’est pas soluble comme cette dernière. Ses pédoncules charnus, qu’on nomme a tort pommes, sont pleins d’un suc qui a un goût acerbe ; ses fruits appelés noix contiennent une amande douce, tandis que les loges du péricarpe sont remplies d’un sue huileux, ancré et corrosif ;  2° l’acajou pâle, et 3° l’acajou rouge, espèces du genre cedrela, de la famille des cédrelées, qu’on trouve dans les grandes forêts. Quant au Swietenia mahogani, il n’existe pas à la Guyane française. Par compensation, il y a au jardin de Baduel, au camp Saint-Denis et au cimetière plusieurs fort beaux pieds de l’acajou lourd de la Sénégambie (kahia senegalensis), et il serait à désirer qu’il y en eût davantage.

Aloës (aloë perfoliata), textile.

Amblanier (ambelania acida aubletii) produit un fruit, qui, mis en confitures, guérit la dysenterie. Les créoles l’appellent quienbendent, parce que par sa viscosité́ il adhère, aux lèvres et aux dents. On le nomme aussi graine-biche.

Ambrette (hibiscus abelmoscus) ; calalou sauvage; c’est la ketmie odorante. Ses semences, connues sous le nom de graines d’ambrette, servaient, autrefois, à parfumer la poudre à poudrer.

On dit que les Arabes les mélangent avec le café pour lui communiquer une odeur encore plus suave.

Amourette(medicago arborea), arbuste dont les feuilles, qui ont des qualités purgatives, sont employées en infusion.

Ananas (bromelia ananas), fruit d’une saveur exquise. Celui de Maurice peut seul lui être comparé, non pour le volume, mais pour le goût et le parfum. On en fait un sirop délicieux.

Angélique (dicorenia paraensis),  à grandes dimensions ; peut être utilisé pour quilles et bordages ; supérieur au chêne pour les constructions navales.

Aouara (astrocaryum vulgare), espèce de palmier dont le fruit vient par régimes, engraisse les bestiaux et donne une huile propre à l’éclairage. Selon Barrère, on l’emploie avec succès contre les coliques et les douleurs d’oreilles. (Voir palmier.)

Aracouchini (icica aracouchini) ; son suc balsamique guérit, selon Aublet, la lèpre ou mal rouge.

Arbre à encens (icica heptaphylla) hauteur dix mètres, diamètre soixante centimètres : il découle de son écorce entamée un suc clair, transparent, balsamique et résineux qui, desséché devient une gomme blanchâtre qu’on appelle résine élémi. On l’emploie dans les appartements et dans les églises au même usage que l’encens. On appelle cet arbre arouaoudans le pays.

Arbre à flèche (maranta arundinacea Aublet)[1]; succédané du quinquina ; une de ses espèces, l’arouma (maranta tonka), sert à faire des corbeilles et des paniers ,appelés dans le pays paqaras. Les racines en fourche d’une autre de ses espèces (maranta dichotoma), sont garnies de tubercules plus ou moins gros, dont on extrait l’arrow-root. La culture de celte plante robuste pourrait, être illimitée à la Guyane : son rendement est considérable et sa préparation facile.

Arbre à pain, dont plusieurs espèces : arbre à pain à graines (artocarpus jaca) ;  arbre à pain igname (artocarpus incisa). Son nom vulgaire est jaquier produit des fruits comestibles.

Avocatier (persea gratissima), dont les fruits sont regardés comme anti-dysentériques.       Ayapana (eupatorium ayapana), sorte de thé, excellent en infusion, très stomachique.

Azier (nonatelia officinalis) ; l’infusion de ses feuilles ou du moins calme l’asthme. (Ce mot est une corruption de hallier.)

Bagasse (bagassa guyanensis), arbre à grandes dimensions, vingt-cinq à trente mètres de hauteur, près de deux, mètres de diamètre, bon pour les constructions navales. Son écorce entamée rend un suc laiteux. Deux variétés : le bois du bagassier de montagne est léger, celui des terres basses est pesant. .

Balata, nombreuses espèces : balata franc (achras sapopta ou sapota mulleri) très dur, inattaquable par les termites; donne une gutta-percha supérieure à celle de l’Inde bon pour les constructions navales ; c’est le balata saignantdu pays; balata indien (balata indica) ; le Balata dit de montagne ou balata rouge (achras sapota)  produit des fruits ronds de la forme d’un citron vert et d’un goût très agréable. Ces fruits sont très laiteux. Ce lait est  employé par les Portugais et les Brésiliens contre les maladies de poitrine. On m’a cité à Cayenne des cures fort remarquables opérées, dit-on, par la vertu des fruits ou plutôt du lait des fruits du balata rouge.

Bambou (bambos arundinacea) ; la plus grande plante de la famille des graminées, s’élevant jusqu’à vingt mètres ; son bois fournit des ustensiles et des meubles.

Bananier (musa paradisiaca), dont les fibres pourraient être utilisées dans la fabrication du papier.

Bananier corde (abaca textilis) ; sa fibre sert à faire des cordes et des tissus de la plus grande beauté.

Bancoulier (aleurites triloba), sa noix donne une huile excellente pour l’éclairage.

Barlou (urania guyanensis Richard), espèce de palmier nommée barlourou, dans le pays,excellent textile; les Indiens mangent ses graines rôties.

Basilic ou grand basilic (ocymum), condiment,

Basilic sauvage (matourea pratensis). Cette plante est regardée comme un bon vulnéraire ; écrasée, elle fournit une décoction utile en pharmacie.

Beslère (besleria violacea); le suc de sa racine et de -ses fruits teint en violet le coton ou les pailles.

Boco (bocoa prouacensis,) bois de couleur à grandes dimensions; bon pour le pouliage et l’ébénisterie.

Bois amer. (Voir coachi.)

Bois calumet (mabea piriri). On fait des tuyaux de pipe avec les menues branches de cet arbrisseau.

Bois bagot (coccoloba ririfera ?), bonjour la menuiserie et l’ébénisterie.

Bois balle (trichillia), propre aux constructions navales; son fruit ressemble à un petit boulet.

Bois cannelle (laurus guyanensis) ; même usage.

Bois canon (cecropia peltata Linné). On l’appelle bois trompette à Saint-Domingue.

Bois de lettre moucheté (piralinera aubletii), à grandes dimensions. Trois espèces: le lettre moucheté et le lettre marbré, utilisés en ébénisterie, le lettre à grandes feuilles, bon pour la construction et le charronnage: c’est le letter-wood ou bourracourra de Demerary.

Bois de rose (licaria guyanensis), atteint une hauteur de vingt mètres et a un diamètre de plus d’un mètre, le bois de cet arbre est jaunâtre. Il y en a deux espèces: le bois de rose mâle, propre à la charpente et aux constructions navales, et le bois de rose femelle, qu’on débite en planches : cette dernière espèce renferme une essence qu’on extrait par la distillation. On désigne souvent, dans toute l’Amérique, ces deux espèces sous le nom de sassafras.

Bois di vin, en créole, bois qui ressemble au vin; charpente et charronnage.

Bois la morue ou lézard (vitex devaricata) ; construction, charpente et charronnage.

Bois Lemoine; mêmes usages.

Bois macaque (lecythis zabucajo), très grand arbre ; constructions navales, charpente, et charronnage. Fusée-Aublet, dans son ouvrage, le nomme quatelé et zabucajo. On rappelle aussi tococo : c’est son nom en langage galibi ; son écorce pourrait être utilisée pour la fabrication du papier. Les Indiens s’en servent pour faire des cigarettes.

Bois pagaie (cassia apoucouila) ; même usage on le confond avec le courimari.

Bois puant ou pian (perigara tetrapelata), employé́ dans le pays pour faire des cerceaux; bon pour constructions, charpente et charronnage.

Bois rouge, deux espèces : (houmiri balsamifera), atteignant une hauteur de vingt mètres sur soixante-quinze centimètres de diamètre; résineux ; bois de construction, bardeaux, courbes, charpente et charronnage ; bois rouge tisane (houmiri officinalis), bon pour construction. Sa liqueur résineuse et balsamique n’est point âcre et peut être employée intérieurement, comme le baume du Pérou avec lequel elle a du rapport.

Bois sabre (eperua falcata) ou ouapa. (Voir ce mot.)

Bois violet (copaïfera bracteata), à grandes dimensions; propre à l’ébénisterie et au tour.

Bourgouni (mimosa bourgouni).

Cacaoyer (theobroma cacao); on le trouve à l’état sauvage. Cultivé, la graisse de son fruit, desséchée et préparée, forme la base du chocolat. (Voir chapitre VII)

Caféier (coffea arabica). (Voir chapitre VII.)

Café-diable (iroucana) ; ses feuilles servent à nourrir les vers à soie indigènes.

Calalou (hibiscus esculentus). (Voir Hibiscus.)

Calebassier (crescentia cujete) ; quatre variétés. On lait des couis et des ustensiles de ménage avec ses fruits, dont la chair intérieure fournit un excellent sirop.

Campêche (hœmatoxilon campechianum) ; donne une teinture de couleur chocolat.

Canari macaque ; ce n’est pas un arbre, c’est le fruit du lecythis grandiflora, appelé dans le pays couratari. (Voir ce mot). Ce dernier fournit l’écorce dite improprement maho, les maho étant complètement estrangers aux lecythis.

Canne a sucre (saccharum officinarum). (Voir chapitre VII)

Canne congo (costus amomum) ; peut servir à la teinture ; est employée comme rafraîchissant.

Caraïpe (caraïpa angustifolia). Les Indiens emploient les cendres de son écorce, mêlées avec une terré grasse pour fabriquer leurs poteries. Les créoles l’appellent manche-haches ; son bois est, en effet, estime l’un des meilleurs pour faire des manches de haches, cognées, serpes et autres instruments.

Carapa (carapa guyanensis Aublet) ; deux variétés de couleur : le carapa rouge et le carapa blanc, toutes deux employées pour faire des planches. Leur fruit donne une huile à brûler excellente. On peut s’en frotter le corps pour éloigner les insectes, mais son odeur est si désagréable que le remède devient pire que le mal. C’est le crab-vood de la Guyane anglaise. Les xilocarpuscarapa ne se trouvent pas à la Guyane: ce sont des arbres des Moluques.             Carata ou Karatas (agave americana). (Voir Agave.)

Carmentin (justicia pectoralis), succédané de l’ayapana, pour infusions pectorales. C’estunacanthacée.

Casse du Para (cassia javanica). Cet arbre croît dans le quartier de l’Ile-de-Cayenne : on emploie ses gousses aux mêmes usages que la casse ordinaire.

Cèdre blanc (icica altissima) ; ainsi nommé parce que son bois est moins rouge que celui de l’arbre que les habitants appellent cèdre rouge ; hauteur, vingt mètres, un mètre vingt centimètres de diamètre. Lorsqu’on entaille l’écorce, il en découle un suc balsamique et résineux. Il sert à faire des planches,

Cèdre gris (icica decandra) ; rend un suc résineux, balsamique blanchâtre, liquide d’une odeur de citron. Ce suc en se desséchant devient une résine jaune transparente qu’on trouve par morceaux, plus ou moins gros sur l’écorce ou au bas du tronc. Hauteur, vingt mètres ; diamètre, un mètre ; planches, bordages.

Cèdre jaune (aniba aubletii) ; atteint à quinze mètres de hauteur, à soixante-dix centimètres de diamètre ; bois jaunâtre, pesant, aromatique ; sert a faire des mâts, des planches et des bordages.

Cèdre noir (laurus surinamensis), à grandes dimensions.

Centaurée ; deux espèces :  la blanche (coutoubea spicata) , et la purpurine (coutoubea ramosa) ; plantes amères, stomachiques, vermifuges et fébrifuges.

Cerisier (eugenia de Sprengel) : sert à la charpente.

Citronnelle (andropogon, schœnanthus de Linné) : plante parfumée dont l’infusion chaude est employée comme sudorifique dans les cas de petite fièvre.

Citronnier (citrus vulgaris). On pourrait extra l’acide citrique qui serait en Europe d’un placement avantageux.

Cleome (cleome frutescens) ; croit dans les fossés de la ville de Cayenne ; ses fruits, écrasés, remplacent les cantharides pour former les vésicatoires.

Coachi, quachi ou bois amer (quassia amara), succédané du quinquina.

Cocotier (cocos nucifera) ; sa noix fournit une huile graisseuse, utile pour la savonnerie.

Comou (œnocarpus bacaca). (Voir Palmier.)

Conami (conami guyanensis), arbuste dont les nègres bosch emploient les feuilles pilées pour enivrer le poisson ; commun dans le Haut-Maroni.

Conana (astrocaryum acaule), dont la graine est excellente pour la saponification.

Cœur-dehors (diplotropis guyanensis) ; charronnage.

Copahu (copaïfera officinalis). On perce avec une tarière le tronc de l’arbre et on y adapte une bouteille ou un coui pour recevoir le baume qui en découle avec abondance, et qui est connu sous le nom de baume de copahu; très commun dans le Maroni, à partir du saut Hermina.

Corossolier. Plusieurs espèces, dont la plus commune est l’annona muricata ; aromatique ; calmant en infusion ; sert pour les bains.

Cotonnier (gossypium arboreum) ;  textile ; originaire de la Guyane française d’où il a passé aux Etats-Unis et de là aux Antilles. Le coton indigène de la Guyane est courte-soie, mais de très belle qualité. (Voir chapitre VII).

Couaïe(qualea cœrulea) ; mâture.

Coumarou (coumarouna odorata); très grand arbre d’un bois dur et compact.           Coumarouna (dypterix odorata, schreber genera). (Voir Gayac.)

Coumaté (mytacea coumate). le suc épaissi de cet arbre donne un vernis qui, une fois sec, est indélébile. On l’appelle dans le pays bois à dartres.

Coupaya (clusia insignis) ; charpente, constructions navales.

Goupi (acioa dulcis), haut de vingt mètres ; diamètre, un mètre cinquante centimètres ; bois dur, pesant, bon pour charpente et madriers : c’est le meilleur bois pour les constructions navales. Son fruit fournit une huile douce comme celle provenant des amandes.

Couratari (lecythis grandiflora). On trouve dans les forêts de la Guyane cinq espèces du genre lecythis : deux de ces genres, le grandiflora et le zabucajo, donnent des amandes comestibles ; les trois autres, parmi lesquels est le couralari guyanensisd’Aublet, genre conservé, ne produisent que des amandes amères. Le lecythis grandiflora est très propre aux constructions navales; Son fruit est appelé a Cayenne canari macaque.

Courbaril (hymenœa courbaril), un des plus grands arbres de la Guyane. Il découle de son tronc et de ses branches une grande quantité́ de gomme jaunâtre, transparente difficile à dissoudre, analogue a la gomme copale ; fournil un bon bois pour les constructions navales; planches, ébénisterie.

Courimari (courimari guyanensis) ; charpente et charronnage ; constructions. Avec ses arcabas les habitants fabriquent des planches, des pagaies, des gouvernails et des canots.

Crète de coq (heliotropium indicum). Les fleurs de cette plante, données en infusion , arrêtent les pertes de sang chez les femmes.

Dattier (phœnix dactylifera).  (Voir Palmier.)

Ebène ; plusieurs espèces : 1° ébène verte (bignonia leucoxylon), fournirait d’excellentes traverses pour chemins de fer; bon pour toutes espèces de constructions navales : c’est le green-heart des Anglais. Il y a trois variétés de cette espèce, verte, vert-gris ; vert-noir ;  2° ébène rouge, bois de couleur et de construction; 3° ébène vert-souffré (taigu du Paraguay, famille des zygophyllées) ; 4° le Kéréré (bignonia aubletii), dont les fibres servent à faire des paniers, des chapeaux et aussi des liens qui tiennent lieu de cordes ; 5° la bignone incarnate (bignonia incarnata aubletii), servant aux mêmes usages; 6° la binonia copaïa, dont l’écorce est purgative et sémitive. Le suc de ses feuilles est excellent pour la maladie appelée pian dans le pays.

Franchipanier ou frangipanier (plumiera rubra), apocynée dont le suc laiteux est très suspect.

Fromager (bombax ceïba) ; produit une bourre servant de ouate.

            Gayac (dypterix odorata Schreder), arbre de la plus grande dimension ; bon pour poulies ;  succédané du gayac officinal ;  produit la fève dite de tonka. Aublet le nomme coumarouna.

Genipa (genipa americana) ; bois de tour par excellence, charpente. Les Indiens retirent de son fruit une teinture noire avec laquelle ils se peignent le corps. Sa racine est efficacement employée pour la guérison du pian.

Gingembre (amomum zinziber) ; saveur âcre et brûlante ; active les fonctions de l’estomac. Cultivé.

Giroflier (cariophyllus aromaticus). (Voir chapitre VII.) .

Gomme-gutte (hypericum bucciferum). Le suc épaissi qui sort par incision de l’écorce de cet arbre se nomme gomme-gutte d’Amérique : on l’emploie dans les maladies de la peau. Cette gomme se dissout à l’eau chaude et prend une belle couleur jaune qui convient surtout aux étoffes de soie pour leur apprêt.

Goyavier ; deux espèces: psidium grandiflorum, dont le fruit donne une confiture très astringente, et l’écorce sert à tanner les cuirs ; psidium aromaticum, dont les branches et les feuilles sont utilisées pour les bains.

Grignon (bucida buceras), un des plus grands arbres de la Guyane ; son écorce est employée pour la tannerie ; son bois, pour la charpente, la construction des navires, l’ébénisterie et la menuiserie. Il est rarement attaqué par les vers. On en fait des armoires de préférence à tout autre bois ; il est important de le faire tremper un certain temps, dans l’eau courante, pour détruire la gomme mordante qu’il contient.

Grignon fou (qualea cœrulea) ; bon pour garnir l’intérieur des meubles.

Guinguiamadou, (Voir Yayamadou.)

Herbe-aux-brûlures (bacopa aquatca). L’application des feuilles de cette plante guérit les brûlures en peu de temps.

Herbe de guinée (panicum altissimum) ; bonne pour les bestiaux.

Hibiscus ; plusieurs espèces : hibiscus tiliaceusou maho ; hibiscus mutabilis(rose changeante de Cayenne ou maho à fleurs roses) : ces deux espèces fournissent un excellent textile ; l’hibiscus sabdariffadonne, l’oseille de guinée avec laquelle on fait d’excellent sirop, et l’hibiscus esculentusproduit une capsule, appelée calalou à Cayenne et gombo aux Antilles, qui fournit un mets estimé et un rafraichissant.

Igname (dioscorea bulbifera) ; deux espèces : l’une blanche et l’autre rosée. (Voir chapitre VII.)

Immortelle (erythrina corallodendron de Linné), sert a faire des entourages ; sa fleur ressemble à celle du chèvrefeuille.

Indigofère (indigofera tincloria). (Voir chapitre VII)

Ipecacuanha (boerhavia diandria) ; racine vomitive et purgative.

Jaquier (artocarpus integrifolia), genre d’arbres de la famille des urticées. Il comprend une seule espèces nommée arbre à pain : son fruit, très pulpeux et du volume de la tête, a une saveur de pain frais, et d’artichaut lorsqu’il est cuit. On en mange les noyaux comme nos châtaignes, son bois sert à construire des maisons et des bateaux. On fait des vêtements avec la seconde écorce ;  ses chatons mâles tiennent lieu d’amidon. On fait avec son suc laiteux une glu pour prendre les oiseaux.

Jaune d’œuf (lucuma vitellina), de la famille des sapotées ;  sert à faire des planches.

Jejerecou  (xylopia frutescens), de la famille des anonacées, écorce aromatique. On fait usage de ses graines en guise d’épices.

Langoussi (ni décrit, ni classé) bon pour la charpente et la membrure des navires.

Lianes, nombreuses espèces : herbe-notre-dame, liane-à-cœur, liane-à-serpent, liane-mousse, liane-guélingue, liane-pareira-brava (voir ce mot); leur racine et leur bois sont toniques  alexitères, diurétiques ; liane-ail (bignia alliacea) ; liane à énivrer le poisson (robinia nicou) ; liane palétuvier (echites biflora) ; liane amère (nodiroba) ; contre-poison ; liane molle (cissus sicyoïdes) : liane à eau {cissus venatorum) ; liane carrée (paullinia pennata), et sa variété (paullinia tetragona). On fait tremper dans l’eau les sarments de ces deux dernières lianes qui, après la macération, se séparent entre quatre parties avec lesquelles on fait des corbeilles, des paniers et de grands chapeaux.

Maho; six espèces: maho (thespesia populnea), fournissant ile meilleur textile ;  maho de marécage, bon pour la charpente ; maho rouge, même usage ; maho noir, même usage ; maho couratary (icica pruriens), même usage ; maho taoub (iviria  pruriens) ; vingt mètres et plus de hauteur, près de deux mètres de diamètre ; excellent bois de charpente ;  textile.

Maïs (zea maïs) ; excellent textile.

Manabo (manabea arborescens Aublet); son bois se fend très facilement, de même que l’hyrtelle (hyrtelle americana), espèces indigène à la Guyane ; on travaille ces bois en lattes qu’on appelle dans le pays gaulettes.

Mancenillier à feuilles de laurier (hippomena biglandulosa), produit un suc laiteux qui contient du caoutchouc.

Manglier (conocarpus), la plus nombreuse des espèces de palétuviers grand bois (avicennia aubletii).

Manguier (mangifera therebithe), produit des fruits savoureux très recherchés.

Maniguette (uvaria zeilanica), plante connue sous le nom de poivre des nègres ou poivre d ’Ethiopie ;  condiment.

Manioc (janipha manihot), farineux ; ses racines servent a faire la cassave, le couac et le tapioka.

Mani (moronobea coccinea), bon pour la charpente, et la mâture. De toutes les  parties de cet arbre on obtient, par incision un suc qu’on emploie aux mêmes usages que le brai et le goudron.

Maria Congo, bois de couleur, ni décrit ni classé.

Melastome (melastoma amara). Arbrisseau, on emploie ses feuilles en infusion pour laver les ulcères ou les blessures occasionnées par des piqûres; arbre, s’élevant à vingt mètres de hauteur, il produit des fruits bons à manger qu’on appelle mêles:  ses feuilles servent a polir le bois. Plusieurs côtes épais à pans triangulaires, écartées les unes des autres, supportent son tronc, s’élargissent et s’étendent près de terre. Elles sont connues à Cayenne sous le nom d’arcabas. « Les espaces compris entre ces côtes, qui ne sont que des expansions des racines, pourraient contenir plusieurs personnes ; on peut les considérer comme des étais que la nature semble avoir donnés a cet arbre gigantesque, dont la racine pivotante pénètre peu avant dans la terre, et qui, sans ces appui, serait exposé à être renversé par les vents.» (Noyer, Forêts vierges de la Guyane française, page: 7.)

Mencoar ou minquar (minquartia guyanensis), bois qui passe pour être incorruptible dans la terre ; ses copeaux, bouillis, donnent une teinture noire qui prend bien sur le coton ; charpente et menuiserie.

Millepertuis (hypericum sessilifolium) ; suc résineux purgatif; coupe les fièvres intermittentes.

Mirobolan (hernandia sonora), grandes dimensions ; fruit purgatif: l’écorce sèche prend feu sous le briquet d’où lui vient son nom dans le pays de bois amadou.

Mocaya (acrocomia sclerocarpa), bon pour la savonnerie.

Montjoly (varonia globosa), l’odeur des feuilles de cette plante est très agréable : on les emploie dans les bains et fomentations pour guérir les enflures, dissiper les douleurs, fortifier les nerfs ou désinfecter les appartements nouvellement peints.

Mora (mora excelsa), le roi des forêts, atteignant à une hauteur de quarante mètres, est considéré comme le meilleur bois pour les constructions navales.

Moucoumoucou (caladium giganteum), plante qui pourrait être employée à la fabrication du papier.

Moureiller (malpighia altissima aubletii), de vingt-cinq à trente mètres de hauteur, un mètre de diamètre, bois dur et compact: bon pour constructions.

Mouriri (mouriri guyanensis aubletii), son tronc seul a quinze mètres de hauteur ; bois dur et compact : commun entre le premier et le dernier saut de la rivière de Sinnamary.

Moutouchi (pterocarpus suber), hauteur dix-huit à vingt mètres, diamètre soixante-dix centimètres; bois de couleur jaunâtre, veiné de noir : excellent pour l’ébénisterie.

Muscadier (myristica aromatica). (Voir chapitre VII).

Nangossy (terminalia anibouca) ; charpente, ébénisterie.

Nattier ou bois de natte (achras imbricaria), mêmes usages.

Oranger (citrus aurantium) ; son bois, très dur sert à faire des maillets et des manches d’outils.

Oseille de guinée (hibiscus sabdariffa), nom vulgaire de la ketmie acide : on en fait un sirop très rafraîchissant.

Ouabé (omphalea diandria), liane produisant une huile utilisée pour le graissage des machines : on fait de ses graines préparées des colliers et des bracelets.

Ouacapou (wacapoua americana), bois incorruptible et inattaquable par les insectes ; bon pour les constructions. Sa grande dureté́ permet d’en faire des mortiers et des pilons. Ouacapoua est son nom galibi : Aublet le nomme angelin de la Guyane (vouacapoua americana).

Ouapa ou Wapa, deux espèces : 1° ouapa blanc pu ouallaba d’Aublet (eperua falcata), on appelle ce bois à Cayenne, bois sabre ; 2° ouapa violet (ouapa simira). Les éclats de ces deux  espèces huileuses étant allumés peuvent servir de flambeaux. On en fait des manches de haches et  autres outils, des palissades, des pilotis ; ces deux bois sont bons pour la charpente et les constructions navales : tous deux durs, pesants; incorruptibles dans l’eau, à l’air ou en terre.

Ourate (ouratea guyanensis), un des plus grands arbres forêts de la Guyane : la hauteur seule de son tronc est de plus de vingt mètres. Son bois très blanc peut se couper aisément. Bon pour les constructions navales.

Palétuvier, plusieurs espèces : palétuvier rouge (rizophora mangle), propre aux constructions ; cette espèces est très commune sur les bords de la mer et à l’embouchure des fleuves de la Guyane ; son écorce contient de cinq à sept fois plus de tannin que l’écorce du chêne; palétuvier de montagne (taonabo dentata), charpente, bardeaux; son écorce sert pour tanner les cuirs; les trois espèces de palétuviers blanc (avicennia nitida et tomentosa) et le lagunculariade Jaquin, servant pour les petites mâtures ; palétuvier grand bois (avicennia aubletii), écorce à tan ; menuiserie ; une de ses espèces les plus nombreuses est le manglier (conocarpus).

Palmier, quatorze espèces, dont les principales fournissent des fruits bons à manger : le dattier (phœnix dactilifera) ; l’aouara ou avoira (astrocaryum vulgare), dont le fruit est excellent pour les bestiaux ; huileux et savonneux ; le paripou (gulielma speciosa) ; le maripa (attalea excelsa) ; le comou (œnocarpus bacaba), fournissant une huile excellente pour l’alimentation ; bon pour la savonnerie; le conana-mon-père (astrocaryum acaule) et le palmier bache (mauritia flexuosa) ; ces deux derniers excellents pour la saponification.

Palmier pinot (uterpe oloracea), se trouve en abondance dans les savanes noyées appelées pinotières.

Panacoco ou bois de fer (erythrina corallodendron); vingt mètres de hauteur et un mètre de diamètre. Son bois est regardé comme incorruptible ; bon pour les constructions et l’ébénisterie ; produit des graines rouges tachetées d’un petit point noir : on en fait des colliers et des bracelets très recherchés.

Papayer (carica papaya), de la famille des cucurbitacées, s’élevant à sept mètres sur une lige simple ; remarquable par la rapidité de sa croissance. Ses fruits, gros comme un petit melon, sont charnus, jaunâtres, d’une saveur douce et d’une odeur aromatique ; on les mange confits au sucre ou au vinaigre.

Parcouri, grand arbre non encore décrit ni classé; bois de construction de bonne qualité; excellent pour faire des parquets.

Pareira-brava(abuta rufescens), liane qui guérit les maladies de foie et de vessie. .

Patate (convolvulus batatas). (Voir chapitre VII.)

Patawa (œnocarpus patawa) ; bon pour la savonnerie.

Pekea (caryocar butirosa linnœi) ; vingt-sept mètres de hauteur, un mètre de diamètre; pourrait être utilement employé́ pour la construction des navires: on s’en sert à cet usage au Para; une de ses espèces est le saouari ou chawari. (Voir ce mot.)

Pied-de-poule (cynosurus indicus ou virgalus) ; on en fait usage, en décoction, pour calmer les convulsions auxquelles les enfants sont sujets.

Petite-feuille, grand arbre non décrit: bon pour les constructions.

Piment (capsicum frutescens), condiment.

Pitre (bromelia pigna); les fibres blanches et soyeuses, extraites de ce broméliacée par le battage et le rouissage, sont employées à faire des lignes de pèche, des hamacs et des cordes.

Poivre (piper). (Voir chapitre VII.)

Pomme de Cythère (spondias cytherea) ; originaire de Taïti, évi de Bourbon.

Pomme-rosa (eugenia angustifolia); on 1’appelle aussi jambolier ; fruit de forme et de couleur admirables, rafraichissant, mais sans saveur.

Potalie amère (potalia amara aubletii), plante à racine fourchue, garnie de fibres dont toutes les parties sont très amères. Les jeunes tiges sont quelquefois chargées de graines d’une résine jaune, transparente, qui, exposée au feu, s’enflamme et répand une odeur aussi agréable que celle du benjoin ; ses feuilles et ses jeunes tiges sont employées, en tisane, pour guérir les maladies vénériennes ; à forte dose, elle est vomitive et sert de contre-poison au manioc.

Préfontaine (cipanao des Galibis) ; il se trouve très répandu dans la colonie, et surtout dans l’Approuague ; bon pour les constructions et l’ébénisterie.

Psichotré violette ou bétoine (psichotria herbacea aubletii) ; arbrisseau dont l’écorce, infusée, est astringente et apéritive. Elle est de la famille des rubiacées dont une des espèces est l’ipeca-cuanha.

Quapoyer (quapoya scandens aubletii) ; arbrisseau dont l’écorce et les feuilles rendent un suc résineux.

Quararibe(quararibea guyanensis aubletii),  dont l’écorce filamenteuse peut fournir de bonnes cordes.

Quatelé, nom donné par Aublet aux quatre espèces de lecythis grandiflora, amara, lutea, et zabucajo, atteignant à une grande hauteur ; leur écorce est filamenteuse. Le lecythis grandifloradonne le fruit appelé́ canari-macaque, et le lecythis zabucajoest vulgairement et improprement nommé, dans le pays, maho-coton.

Quinquina (chinchonna). Cet arbre n’a pas encore été rencontré, mais doit exister à la Guyane française.

Raphia (sagus raphia), propre à la saponification.

Remire maritime (remirea maritima aubletii), plante sudorifique et diurétique.

Ricin (ricinus communis), utilisé dans la médecine et la pharmacie.

Riz (oryza sativa). (Voir chapitre VII)

Roucouyer (bixa orellana). (Voir chapitre VII)

Rondier (livistonia sinensis), bon pour la savonnerie.

Safran (curcuma longa) ; teinture et coloration.

Saint-Martin (bignonia), très facile à travailler ; bon pour les constructions.

Salsepareille (smilax sarsaparilla), très abondant à la Guyane dans le haut de toutes les rivières.

Saouari, deux espèces : caryocar tomentosum et saouari glabra ; bois de constructions, courbes, madriers, bardeaux. L’amande du fruit de la seconde de ces deux espèces est agréable en cerneaux (Aublet).

Sapotillier (achras sapota), produit un fruit de forme ovale d’un goût exquis.

Sassafras (licaria guyanensis), bois de première qualité pour constructions navales : variété du bois de rose femelle avec lequel on la confond.

Satiné, deux espèces : satiné rouge (ferolia guyanensis) et satiné rubané (ferolia varigata) ; ces deux bois sont les plus beaux qu’on puisse employer en ébénisterie et en marqueterie.

Savonnier, trois espèces : sapindus frutescens, arborescens, saponaria.Cette dernière sert à la saponification, et la première donne des fruits que leur chair agréable fait rechercher comme aliment par les habitants des quartiers ; ses amandes produisent une huile bonne à manger : avec les noyaux, on fait des colliers et des bracelets.

Sésame(sesamum) ; sa graine fournit une huile, qui, fraîche, est bonne a manger.

Simarouba (simaruba officinalis), grandes dimensions ; bon pour planches et bardeaux : l’écorce des racines est purgative et vomitivé, guérit la dysenterie et coupe la fièvre.

Simira (simira tinctoria aubletii) ; l’écorce de cet arbre très commun dans l’Orapu (Oyac), trempée dans l’eau, lui communique une couleur d’un beau rouge. Des essais faits à Cayenne donnent lieu de penser qu’on pourrait l’utiliser pour teindre en rouge vif la soie et le coton.

Sipanao. (Voir Préfontaine.)

Spermacoce (spermacoce scanden); plante vivace, grimpante, se trouvant sur l’écorce des arbres ; antisyphilitique.

Tamarinier (tamarindus indicus); on fait de son fruit une boisson agréable, en délayant sa pulpe dans l’eau : c’est un préservatif contre le scorbut.

Tapure (tapuria guyanensis) ; on le nomme à Cayenne, bois de gaulettes : bon pour lattes ; très commun dans le voisinage de la Montagne-Serpent.

Thoa (thoa urens), arbrisseau qui fournit une gomme transparente.

Touca ou tonka (bertholletia excelsa) ; les amandes ou graines de son fruit fournissent une huile estimée.

Vanillier (vanilla aromatica), croît spontanément dans toutes les forêts de la Guyane. (Voir chapitre VII)

Verveine (verbena officinalis) ; on la brûle pour en retirer la potasse.

Vétivert ou plutôt vétyver (andropogon muricatum) ; ses racines desséchées, très odorantes, servent à préserver les fourrures et les vêtements de laine des atteintes des vers.

Violette itoubou (viola itoubou Aublet); espèces d’ipecacuanha.      Voyère (voyria aubletii). Aublet n’en a reconnu que deux espèces : la voyère rose (voyria rosea) ; cuite sous la cendre, son goût ne diffère pas de celui de la pomme de terre; la voyère bleue (voyria cœrulea), qui a les qualités de la gentiane. M. Leprieur a reconnu sept autres espèces de voyère.

Yayamadou ou guinguiamadou (virola sebifera), deux variétés : le yayamadou à gros fruits, muscadier sauvage, qui fournit un bon bois pour les constructions, et le yayamadou à suif, qui produit une matière excellente pour la fabrication des bougies.

Zaguenette ou agrinette (bactris pectinata, Martius); plante utilisée pour la savonnerie.

On peut reconnaître, d’après cette nomenclature, quelque incomplète qu’elle soit, que la Guyane française renferme un nombre considérable d’arbres de la plus grande dimension et de la meilleure qualité́, pouvant servir aux constructions civiles et navales, aux travaux des chemins de fer, au charronnage, à la charpente, à l’ébénisterie, à la marqueterie ; on trouvera dans un bon et utile ouvrage intitulé l’Avenir de la  Guyane française, par M. Chaton, les principales espèces de bois avec indication de leur pesanteur spécifique et de leur force. Un rapport de M. Lapparent, insèré dans la Feuille Guyane française, et l’excellent livre de Noyer, Forêts vierges de la Guyane française, pourront fournir aussi de très intéressants détails sur les propriétés, des principaux bois de ce pays.

Quant aux autres essences de bois dont la Guyane abonde, celles qui donnent les gommes, les baumes, les résines, les textiles, pouvant toutes produire des matières utilisables dans le commercé, dans l’industrie, en médecine et en pharmacie, matières que nous allons chercher à grands frais à tous les bouts du monde, nous les signalerons ultérieurement et tout particulièrement à l’attention des spéculateurs dans notre chapitre XV, qui traitera de l’Industrie à la Guyane française.Nous pouvons dire, d’ailleurs, dès à présent, que toutes ces richesses végétales, grâce à la sollicitude du Gouvernement et aux expériences auxquelles il les livre journellement, sont déjà connues et commencent à entrer avec avantage dans le domaine commercial métropolitain[2].

Fin du chapitre VI

[1]Quand on cite, en botanise, le nom même du botaniste, c’est que celui-ci est l’inventeur du végétal ; quand on latinise ce nom et qu’on le met au génitif, c’est qu’il lui a été dédié.

[2] Nous nous sommes efforcé de donner, aussi exactement que possible, la nomenclature des végétaux utiles. Il peut, toutefois, s’être glissé, dans cette partie de notre travail, des omissions et des erreurs. Nous pouvons, des à présent, en rectifier quelques-unes commises dans notre précèdent chapitre, qui traite du règne animal.
Ainsi, nous avons omis, parmi les rongeurs, le guélingué qui semble n’être qu’une variété de l’écureuil (sciurus palmarum) et tient du rat palmiste dont il a l’odeur.
Ainsi encore, nous avons classé à tort, parmi les gallinacés, le canard sauvage (anas silvestris) ; il avait naturellement sa place à la suite de palmipèdes, les sarcelles et les canards (anas).
Une autre erreur plus grave est le classement du plongeon (mergus aquaticus) dans les échassiers : il appartient également aux palmipèdes.
On nous pardonnera ces fautes si l’on veut bien considérer le peu de ressources que nous offraient, en cette matière difficile, les livres écrits sur la Guyane. Presqué tout était a faire.

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 5)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France.
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
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Septième partie

                      Chapitre V

Règne animal
Quadrupèdes. Oiseaux. Reptiles. Insectes. Poissons.

Barrère, médecin botaniste du roi en 1741, est le seul auteur qui ait donné, dans son Histoire naturelle de la France équinoxiale, une nomenclature a peu près complète, mais aride, des animaux de la Guyane française ;  il se borne, en général, à citer chaque espèce sous un nom latin que la plupart du temps, selon Cuvier, il forge lui-même. De Préfontaine, commandant de la partie Nord de la Guyane en 1764, et Bajon, chirurgien- major, à Cayenne, de 1765 à 1776, n’ont décrit, avec quelque détail, le premier, dans ses Mémoires, le second, dans sa Maison  rustique, que quelques espèces d’animaux qui paraissent seuls avoir fixé leur attention. Buffon et Cuvier ont fait rentrer dans les grandes divisions du cadre de leur Histoire naturellecertaines espèces particulières au continent méridional américain ; mais il faut une grande expérience pour appliquer à chaque individu du règne animal, connu à la Guyane sous un nom particulier, le nom qu’il doit porter dans la classification générale. M. Leprieur, pharmacien de 1erclasse de la marine, en retraite, a bien voulu me prêter son aide pour la partie relative aux quadrupèdes et aux reptiles. Toutefois, malgré nos soins, malgré mes recherches malgré les renseignements que j’ai pu recueillir auprès de personnes ayant passé presque toute leur vie dans les grands bois, je suis loin de penser que cette partie de mon travail soit complète. C’est a un homme spécial seul qu’il appartiendra de combler les lacunes qu’on y pourra reconnaitre.
Je divise ce chapitre en cinq parties, en suivant la classification établie par Cuvier:
– 1° mammifères ;
– 2° oiseaux ;
– 3° reptiles ;
– 4° insectes ;
– 5° poissons.

  • 1erMammifères

Les forêts de la Guyane française abondent en singes de toutes sortes, depuis le tamarin et le sapajou, gros comme des rats, jusqu’ausinge hurleur ou singe rouge, grand comme un orang-outang.

Les plus communs sont:

1° Le macaque, dont quatre espèces : le caparou (lagothrix humboldtii), le grison (lagothrix canus), tous deux d’une gourmandise singulière, le macaque ordinaire ou sajou (Lagothrix appella) et le sajou cornu (lagothrix fatrullus), qui s’apprivoisent facilement ;

2° Le tamarin (simia midas) le plus petit de tous, noir, avec quatre mains jaunes ;

3° Le quouata (ateles paniscus), de couleur noir-foncé, à grands poils, aux extrémités disproportionnées, très longues et très décharnées, à face rouge et repoussante ;

4° Le singe rouge ou hurleur, dont deux espèces : 1° le hurleur noir (stentor ursinus) ; 2° le singe rouge ou hurleur (stentor seniculus).

On trouve également de nocthore de Cuvier, bouroucouli de Humboldt, singe de nuit ou maman-guinan de la Guyane. Tous ces singes sont à peu près de la même taille, et tous, à l’exception du singe rouge, sont bons à manger.

Le plus remarquable est le singe rouge : son poil est très long : celui de la tête se dresse et entoure, en forme de rayons, un visage hideux, long, large du haut, étroit du bas ; il a un collier de barbe très long et très fourni, se terminant en pointe  son nez est écrasé, son œil rouge, sa prunelle noire ; un cou noir et allongé, presque sans poils, est placé sur des épaules étroites : son corps mince se termine brusquement par un ventre énorme. À l’extrémité des bras et des jambes de ce quadrumane sont des mains ou pieds décharnés dont chaque doigt est aussi long que la moitié de la jambe. J’en ai va plusieurs au Maroni : l’un d’eux avait au moins un mètre et demi de haut. Leurs cris, semblables à un râle, sont effroyables et s’entendent de Saint-Laurent.
Parmi les carnassiers chéiroptères se trouvent, à la Guyane:
De nombreuses espèces de chauves-souris parmi lesquelles on remarque le vampire (vespertilio spectrum), qui suce le sang des hommes et des animaux dont il prolonge le sommeil en agitant ses ailes longues de dix-huit à vingt pouces ; son corps, couvert d’un long poil roussâtre, est de la grosseur d’un rat. La forme de son nez est singulière : il ressemble à un fer de lance qui a deux branches à sa base. Son museau est fort large ; ses oreilles sont très grandes, et il a, sur leur côté externe, une assez longue échancrure qui commence à leur extrémité. Il a, en outre, un petit oreillon pointu : ses yeux sont enfoncés dans leurs orbites ;
A la tête du genre chat, on doit placer les tigres de la Guyane, que Buffon considère comme des espèces différentes du vrai tigre. On en connaît cinq espèces :

1° Le tigre à peau tigrée (léopard, felis leopardus) à taches rondes, mais plus grande que celles du léopard ;

2° Le tigre rouge (couguar, felis discolor) à taches horizontales, et de plus petite espèce ;

3° Le tigre noir ;

4° Le petit tigre margai (ocelot, felis pardalis de Linné) ;

5° Le chat-tigre (felis jaguarondi), qui ne fait la guerre qu’aux petits animaux et aux oiseaux.

Il ne faut pas croire que leur rencontre offre, pour l’homme, un péril inévitable. Tous ceux qui ont parcouru les forêts de la Guyane s’accordent à dire que le tigre est timide et lâche vis-à-vis de l’homme et qu’il fuit a son approche. Un nègre, imprudemment endormi dans un lieu écarté́ peut être surpris et dévoré ; mais, si l’on est sur ses gardes, si l’on fait quelques mouvements, le tigre passe ou se tient à distance. Je n’ai entendu dire par personne qu’un blanc ait jamais été attaqué par un tigre ; mais, affamé, il se jette sur les gros animaux et les emporte dans les bois pour en faire sa pâture.

Après les tigres, vient l’espèce, très nombreuse à la Guyane, des jaguars (panthère femelle de Buffon, grande panthère des fourreurs de Cuvier, felis onça de Linné).
La longueur du jaguar de la Guyane ou ; comme on l’appelle plus communément du tigre d’Amérique est d’un peu plus d’un mètre, et sa hauteur de huit décimètres. Son pelage, d’un fauve vif en dessus, est marbré, à la tète, au cou et le long des flancs, de taches noires et irrégulières ; aussi cette magnifique robe mouchetée est-elle très recherchée pour les tapis. Il fait une guerre acharnée aux chevaux, aux génisses, aux taureaux ;  on le voit aussi courir après le gibier, se lancer dans l’eau pour saisir certains poissons  dont il est friand, et se mesurer, dit-on, avec l’adversaire le plus redoutable de ces régions  le caïman. L’agilité du jaguar lui permet de monter, à l’aide de ses griffes, jusqu’à la cime des arbres les plus élevés. Il s’y tient en embuscade, et au moment où la proie qu’il guette passe à sa portée, il tombe sur elle et ne lâche prise que lorsqu’il s’est repu de chair et de sang.
Parmi les rongeurs, il faut citer :
Un charmant petit animal appelé à la Guyane guélingué. C’est unevariété de l’écureuil (sciurus palmarum) ou rat palmiste dont il a l’odeur.
L’écureuil (sciurus palmarum) appelé dans le pays rat palmiste.
Le couendou (hystrix prehensilis de Linné), espèce de porc-épic à piquants noirs et blancs, à poi1s brun-noir, à queue prenante ; ses oreilles sont fort petites et presque cachées sous les piquants ; ses yeux sont grands et brillants ; sa longueur est d’environ deux pieds et demi ; ses jambes sont fort courtes, et ses pieds ressemblent à ceux du singe. Ses narines sont environnées de longs poils qui forment une barbe semblable à celle du chat, sa queue n’est couverte de piquants que jusqu’à la moitié, et l’autre a des poils semblables aux soies du cochon. Il semble que la peau de cet animal soit mobile ; tant il a de vivacité à faire mouvoir les dards dont elle est garnie. Il ne mord pas excepté lorsqu’on l’irrite : alors il dresse ses piquants.
Le hérisson (erinaceus) ne doit pas être confondu avec le précèdent. Il n’a guère que huit pouces de long ; ses piquants sont courts, gros, durs et d’un jaune pâle.
On trouve aussi dans les bois de la Guyane un rongeur qui rappelle le cochon d’Europe ; mais, en l’examinant avec attention, on s’aperçoit bientôt qu’il est d’une espèce tout à fait différente. On en connait trois espèces le cochon marron, le cochon de bois (sus tajassou) et le patira, que Buffon décrit sous le nom de pécari à collier (dicotylis torquatus).
Ces trois espèces de pachydermes ne différent que par la taille et les habitudes : la structure de toutes les parties de leur corps est absolument identique. Les soies de ces suilliens d’Amérique sont plus grosses, plus longues, plus dures et plus rares que celles des cochons d’Europe. La couleur n’est pas exactement la même dans les trois espèces: celle du cochon marron est brun foncé ; celle du cochon de bois, brun-rougeâtre ; celle des patiras, gris-brun avec un collier blanc : ils ont tous les trois sur les lombes une glande large et ronde à côté de laquelle est une ouverture qui laisse, échapper une humeur fort épaisse et de très mauvaise odeur. Si l’on n’a pas soin d’enlever cette glande, elle communique à la chair un goût d’ail si prononcé qu’il devient impossible de la manger.
Ces animaux n’ont pour queue qu’un petit tronçon qui n’a pas plus d’un pouce de long.
Les cochons de bois sont très dangereux. Le tonnerre les met en mouvement dans les forêts qui leur servent de retraites et les en fait sortir. Ils passent souvent par bandes auprès des habitations et on les tue alors par centaines avec des bâtons, des haches, des couteaux même ; jamais ils ne se dérangent de leur route, et, aussi méchants qu’opiniâtres, ils mordent les chiens qui les poursuivent et même les hommes, quand ceux-ci les attaquent en petit nombre. On a observé que lorsqu’on leur tire un seul coup de fusil, ils accourent tous vers celui qui a tiré ; ils ne s’épouvantent et ne prennent la fuite que si on leur fait une décharge générale. Si, un homme seul en rencontrait une bande au milieu des bois, le meilleur parti qu’il aurait à prendre serait de monter sur un arbre et de les laisser passer tranquillement ; car s’il s’avisait de les attaquer ou de prendre la fuite, ils se rueraient tous sur lui et le mettraient en pièces. Plusieurs habitants des quartiers m’ont dit, d’ailleurs, que l’on est toujours prévenu à temps de leur présence : ils font entendre, en effet, un grognement si fort qu’on les entend de très loin.
De 1826 à 1847, ces animaux ont disparu des forêts de la Guyane, non par suite d’une épizootie, mais d’une migration dont la cause est inconnue.
La chair de tous ces pachydermes est très bonne, surtout celle des patiras qui est tendre et d’un goût exquis.
L’agouti (cavia aculi), sorte de lièvre très commune à la Guyane, est un des gibiers les plus estimés. Il n’y a guèrè que  le pack qui puisse lui être préfère. L’agouti, qu’on trouve dans l’Ile-de-Cayenne est plus petit et de qualité inférieure à celui qu’on chasse dans les grands bois. Il se nourrit de fruits et de graines et est, surtout, très friand du fruit de l’aouara et de racine de manioc.
A côte de l’agouti, on peut placer l’acouchi (cavia acuchi) qui a avec lui une ressemblance générale : il en diffère en ce qu’il n’a guère que le quart de sa taille et qu’il a une petite queue de deux pouces et demi, tandis que l’agouti n’en a point. On ne le trouve qu’à quelque distance de la mer. Sa chair est plus tendre, plus délicate que celle de l’agouti.
Le pack (cœlogenys ; joue creuse) est sans conteste le meilleur gibier de la Guyane : sa chair est blanche et succulente. Ce petit rongeur, beaucoup plus gros que l’agouti, lui ressemble par son organisation générale. Il est difficile à prendre parce qu’il plonge dans l’eau et peut y rester un temps considérable sans respirer. Il faut des chiens dressés pour le chasser. Il se cache dans la terre à trente ou quarante centimètres. Il ménage trois  issues en triangle dans la retraite où il se blottit il les recouvre de feuilles sèches pour donner le change au chasseur qui peut croire que c’est un ancien terrier abandonné. Quand on veut le prendre en vie,  on bouche deux issues et on fouille la troisième.
Le cabiai (hydrochœrus), appelé́ dans le pays capiaye, est un bon gibier : ce rongeur pèse souvent trente et même quarante kilogrammes. Il peut rester longtemps sous l’eau et passe pour être amphibie. Sa tête a près de huit pouces de longueur, son museau est gros et obtus, sa mâchoire inférieure plus courte que la supérieure; ses yeux sont grands et noirs; ses oreilles petites et pointues ; il a des moustaches comme celles du chat et n’a presque point de queue. Tout son corps est couvert d’un poil noirâtre, rude et fort court.
Le coati (nasua) est une espèce de renard ; il en a la forme, mais il est plus petit. On en compte deux espèces : le roux et le brun.
Le coati roux (viverra nasua), fauve, roussâtre, avec des anneaux bruns à la queue ;
La loutre (lutra lataxina) qui se trouve en grandes bandes très avant dans l’intérieur.
Ils appartiennent au groupe des plantigrades qui  est voisin des ours. Les coatis, se réunissent en troupes pour chasser.
On remarque, encore à la Guyane un animal assez remarquable, le chien sauvage. On en connaît deux espèces (et non trois le chien crabier étant un sarigue) qui paraissent n’être que des variétés, car elles ne différent entre elles que par quelques habitudes et quelques légers caractères extérieurs. Ces deux espèces sont: le chien sauvage ou chien bois (koupara de Barrère) et l’ayra.
Le premier, de couleur grisâtre, est celui des trois qui a le plus de rapport avec le chien d’Europe. Il est excellent pour la chasse, dont il a l’instinct. Cette espèce s’est beaucoup multipliée sur les habitations et s’est mêlée, par son accouplement, avec nos chiens européens.
Le chien qu’on appelle ayra est d’un noir grisâtre et semble s’éloigner davantage des espèces connues en Europe : plus grand que le chien sauvage, il en a la tête, le museau, la gueule: et les dents ; mais ses oreilles sont plus courtes, les doigts des pattes plus longs et les ongles plus crochus. Il ne poursuit pas comme le chien sauvage, son gibier à la piste ; il se cache dans les endroits où ce gibier a coutume de passer, le guette et se jette sur lui par surprise. Ce groupe peut prendre place entre les loups et les chacals voisins des renards.
On trouve aussi à la Guyane le sarigue (didelphus), dont on connaît quatre espèces :
1° Le crabier ou grand sarigue de Cayenne, appelé pian dans le pays ( didelphus cancrivora de Linné) ;
2° Le raton-crabier, appelé chien crabierà la Guyane (ursus cancrivorus) ;
3° Le quatre-œils (didelphus opossum) ;
4° Le cayopolin (didelphus dorsigera) ou rat de bois.

Le premier est le plus grand : on le trouve partout ; son nom de pian ou puant lui vient de son odeur très désagréable.

Le second, appelé ainsi des crabes dont il fait sa nourriture, et qu’il tire de leur trou avec ses pattes et ses ongles, a le poil fauve et les oreilles un peu longues. Cette espèce ne se mêle pas avec les chiens sauvages, comme on l’a dit : elle est carnivore.

Le troisième est plus petit ; son nom lui vient de ce qu’il a au-dessus de chaque œil une tache blanche qui semble en représenter un second.

Enfin, la quatrième espèce ne se trouve que dans les grands bois : c’est la plus petite.

Les quatre espèces ont sous le ventre cette poche, si connue, dans laquelle se trouvent les mamelles où les petits se suspendent et se réfugient ; les deux plus grandes espèces ont  l’ouverture de la poche transversale ; les deux autres, longitudinales.

On trouve encore à la Guyane le fourmilier,  dont le nom dérive de l’habitude qu’a ce mammifère de ne se nourrir que de fourmis. Il y en a trois espèces :

1° Le tamanoir (myrmecophaga jubata) qui à une crinière et une queue garnies de crins très épais et très gros. Attaqué par un tigre, il ne fuit pas, lui enfonce ses ongles, de douze à quatorze centimètres de longueur, dans les flancs, et ne lâche prise que lorsque la vie l’abandonne. Il habité les forêts, mais ne grimpe pas sur les arbres.
2° Le tamandua (myrmecophaga tamandua), que Barrère nomme Ouatiriouaou ;
3° Le fourmilier à deux doigts (myrmecophagadidactyla), à la peau pâle, gros comme un rat.

Il y a aussi deux espèces de moutons paresseux :
1° L’unau (bradypus didactylus) qui vit sur les arbres et si l’on en croit Buffon, ne les abandonne que lorsqu’ils sont complètement dépouillés ; mais le lait est, dit-on, fort douteux. Cet animal n’a que deux doigts; J’en ai vu un â bord du Casabianca :c’était une femelle qui avait un petit. Son poil était entièrement gris ; sa tête avait quelque chose de celle du singe; sa gueule était assez grande et armée de longues dents, ses yeux étaient tristes et abattus ; elle étendait ses jambes de devant en forme de bras, plus longues que celles de derrière, avec une nonchalance singulière; ses pieds étaient plats, armés de trois ongles longs  et pointus : je ne lui ai point vu de queue. Lorsqu’on lui donnait quelque chose a prendre avec ses griffes, elle ne lâchait prise que difficilement. Un accident lui enleva son petit ; elle le chercha par tout le bâtiment et , enfin, malgré l’extrême lenteur de ses mouvements, elle parvint au pied de l’échelle de commandement, se laissa tomber à l’eau dans la rivière de Surinam et gagna la rive à la nage;
2° L’aï (bradypus tridactylus) à trois doigts ; c’est le plus lent des deux.

Viennent ensuite le tatou (dasypus sexinctus) dont la chair est très délicate, animal et reptile qui porte une cuirasse d’écailles pliante se prêtant à tous ses mouvements, et sa variété le cabassou (dasypus unicinctus),  plus gros que le tatou, terrant sur les mornes, et dont la chair fétide sent le musc.

La biche (cervus) est le plus grand quadrupède de la Guyane après le tigre. On en trouve cinq espèces distinctes :
1° La biche de palétuviers ou biche blanche n’a pas encore été décrite, je crois : elle n’est pas dans Cuvier. C’est la plus grande espèce; son pelage  est très pâle. Elle fait sa demeure ordinaire dans tous les terrains couverts de mangliers (nom collectif de divers genres de palétuviers), sur le bord de la mer. Cette espèce de biche est très commune tout le long de la côte où on la voit souvent par troupes. Lorsque la mer monte, les biches se mettent sur les racines élevées de ces arbres, et elles y restent jusqu’à ce que la marée, en baissant, laisse les terres vaseuses à découvert;
2° La biche barlou (cervus paludosus ?), qui se rapproche des daims,  a des andouillers avec des empaumures ;
3° La biche rouge (cervus refus) a des cornes simples ; cette : espèce ne se trouve que dans les terrains, secs, élevés et couverts de forêts épaisses ; elle est presque aussi grande que celle d’Europe, mais sa chair est inférieure à celle des autres biches ;
4° Le kariacou à couleur fauve cannelle, (cervus nemorivagus ?), a cornes simples, très svelte ;
5° Le kariacou à pelage gris de souris (cervus simplicicornis), plus trapu, plus rare.
Ces deux derniers quadrupèdes sont des espèces de chevreuils dont la chair est blanche et très délicate ils n’ont guère que la moitié de la taille des deux autres espèces et atteignent à peine à la grosseur d’un très petit mouton. Ils ne se trouvent qu’à une certaine distance de la mer, dans l’intérieur, et, en général, sur les montagnes.

On peut citer, comme le plus grand mammifère des régions équatoriales, le maïpouri (tapir americanus de Linné) remarquable par une espèce de trompe, placée a l’extrémité́ de son museau et formée de l’assemblage de plusieurs muscles très forts qui servent à la mouvoir dans tous les sens.
La chair des jeunes maïpouris est bonne, nutritive, et ressemble à celle du veau. Salée, elle se conserve et est d’une grande ressource pour les habitants de l’intérieur. On peut se servir de la peau des plus vieux pour faire des semelles de souliers : elle est supérieure, pour cet usage, a celle du bœuf.
Il y a dans les forêts une variété sinon une autre espèce, de maïpouri beaucoup plus grande que celle qu’on trouve sur la côte. Son pelage, au lieu d’être noir, est d’un gris-isabelle.

On trouve enfin, en abondance, dans tous les lacs situés sur le littoral de la Guyane, le lamentin ou vache de mer (manatus americanus), le marsouin (delphinus phocœna), et le souffleur (delphinus tursio). Ces amphibies séchés et salés pourraient devenir l’objet d’un commerce considérable avec les Antilles.

  • -2. —Oiseaux.

Quand on parcourt les vastes savanes et les immenses forêts  de la Guyane on est frappé de la multiplicité des oiseaux qui les peuplent. On trouve en abondance beaucoup d’espèces semblables à celles de l’ancien continent et d’autres qui sont particulières au nouveau; on y voit ces admirables oiseaux de couleur dont les plumes, préparées avec art, fournissent des fleurs l’exportation ou qui, montées en buissons, font l’ornement de nos salons ; on rencontre, enfin partout  à Cayenne même et dans ses environs, ces merveilleux petits oiseaux, étincelants de reflets métalliques, qui ont emprunté leur nom aux perles précieuses dont ils offrent une image aérienne.

Nous continuerons à suivre, dans  l’énumération des principales espèces d’oiseaux de la Guyane, la division, établie par Cuvier, fondée; comme la distribution des mammifères, sur les organesde la manducation ou le bec et sur ceux de la préhension, c’est-à-dire, encore le bec et surtout les pieds.
Parmi les oiseaux de proie, il faut citer : le grand aigle (falco harpya) au bec et aux serres duquel n’échappent pas les plus gros animaux ; le roi des vautours (vultur papa de Linné), décrit longuement par Buffon (Oiseaux, t. XX, pages 168 à 173).
Ce qu’il a de plus remarquable, c’est, au-dessous de la partie nue du cou, une espèce de collier formé par des plumes douces, assez longues, et d’un cendré; foncé, ce collier, qui entoure le cou entier et descend sur la poitrine, est assez ample pour que l’oiseau puisse y rentrer et y cacher son cou et une partie de sa tête comme dans un capuchon, ce qui lui a fait donner, par quelques naturalistes, le nom de moine. « Ce bel oiseau, dit Buffon, n’est ni propre, ni noble, ni généreux; il n’attaque que les animaux les plus faibles et ne se nourrit que de rats, de lézards de serpents et même des excréments des animaux et des hommes, aussi a-t-il une très mauvaise odeur et les sauvages mêmes ne peuvent manger de sa chair. » Nous devons nommer encore l’urubu (vultur jola), appelé ouroua ou aurapar les Indiens de la Guyane, et le petit vautour de Cayenne ou couroumou (falco cayennensis), se jetant en troupes sur les cadavres et débarrassant de leurs immondices les localités habitées.
Parmi les oiseaux de proie nocturnes, tels que les grands hiboux, les ducs, les chat-huants, les chouettes et les effraies, on remarque le grand-duc (stryx bubo), dont le plumage est entièrement blanc et la tète noires et la chevêche fauve, chat-huant de Cayenne (stryx cayennensis),  qui est irrégulièrement et finement rayée en travers de brun sur un fond fauve.
Le second ordre des oiseaux, qui comprend la famille des passereaux, a de nombreux représentants à la Guyane: les pie-grièche (lanius excubitor) et une espèce de bécarde (lanius cayanus), cendrée, à tête, aîles queue noires ; les gobe-mouches (muscicapa), les moucherolles (muscipeta) et les tyrans (tyrannus), en tête desquels figure le moucherolle à huppe transverse ou roi des gobe-mouches (todius regius), remarquable par l’éventail de plumes mobiles, ornées de brillantes couleurs, qu’il porte longitudinalement sur la tête, et le gymnoçéphale ou choucas-chauve (corvus calvus), que les nègres appellent à Cayenne oiseau mon père, la seule espèce connue grande comme une corneille et de couleur de tabac d’Espagne ; les pics, parmi lesquels on distingue le grand pic rayé de Cayenne (picus melanochloros), le petit pic rayé de Cayenne (picus cayennensis de Gmel), le pic jaune de Cayenne (picus flavicans lath), le très petit pic de Cayenne (yunx minustissima de Cuvier), l’ouantou ou pic noir huppé de Cayenne (picus lineatus) ; les cotingas (ampelis de Linné), au plumage pourpré et azuré, parmi lesquels se font remarquer le cotinga rouge (coracias militaris), le gri-vert ou rolle de Cayenne (coracias cayennensis), l’ouette(ampelis carnifex), le pompadour ( ampelis pompadora), le cordon bleu (ampelis colinga) et la litorne (ampelis carunculata) à plumage entièrement blanc, à tête ornée d’une longue caroncule molle, et dont la voix, sonore comme le son d’une cloche, se fait entendre à plus d’une demi-lieue ; les tangaras (lanagra de Linné), qui se font remarquer dans les collections par des couleurs vives et au nombre desquels est le petit-louis (pipra musica), qui module des sons très variés et très agréables ; les manakins (pipra), dont le plus grand, le coq de roche ( pipra rupicola), porte sur la tête une double crête de plumes disposées en éventail ; les merles, parmi lesquels on distingue le merle roux (tardus rufifrons de Gmel), et le petit merle brun à gorge rousse ; le grisin de Cayenne (molacilla grisea Gmel), décrit par Buffon ; les hirondelles (hirundo americana), l’engoulevent (caprimulgus cayennensis), qui pousse des cris si forts qu’on l’a confondu avec l’espèce vociferus: son cri lui a fait donner le nom de montvoyau, syllabes qu’il prononce distinctement :  les ortolans (emberiza hortulana), les cardinaux (tanagra guyanensis), les septicolores (tanagra septicolor), le petit cul-jaune de Cayenne (oriolus xanthornus de Gmel), le troupiale olive de Cayenne (oriolus olivaceus) ; les cassiques, au bec conique, gros à la base, aiguisé en pointe, parmi lesquels on compte de cassique vert de Cayenne (oriolus crislalus de Gmel ); le cassique huppé ; le pit-pit (cassicus dacnisde Cuvier), petit oiseau bleu et noir ; les picucules (gracula cayennensis de Buffon) ; les oiseaux mouches dont la tête est garnie d’une huppe en forme d’étoiles et parmi lesquels figurent les rubis- topaze (trochilus pella) ;  l’arlequin (trochilus multicolor), le queue-fourchue (trochilus furcatus), et les martins pécheurs (todus de Lacépède).
Dans le troisième ordre des oiseaux ou des grimpeurs on remarque  à la Guyane : les toucans ou gros-becs (ramphaslos de Linné), remarquables par la grosseur démesurée de leur bec et la variété́ des nuances de leur livrée ; leur langue est une plume ; les perroquets (psittacus de Linné), nombreuses espèce à la tête grande, au bec et au crane durs, aux ongles crochus, au plumage éclatant. Ils ont quatre doigts aux pieds, deux devant et deux derrières. Ils se servent en grimpant de leur bec comme d’un crochet pour soulever leur corps. Leur langue est large et ronde par le bout. Parmi eux on distingue les aras (ara), dont les joues sont dénuées de plumes, les ailes mêlées de bleu, de rouge et de jaune, la queue rouge et la tête, le col et le ventre couleur de feu. Enfin, viennent les perruches, dont plusieurs espèces, entre autres les perruches-aras (psittacus guyanensis), qui ont le tour de l’œil nu. Elles sont presque toutes vertes ; leur petitesse fait leur beauté : on leur apprend facilement à parler.
Parmi les grimpeurs doit être rangé le charpentier jaune (picus citrinus), qui se distingue des autres espèces par une fort belle huppe rouge sur la tête ; les plumes de ses ailes sont bleuâtres, celles du cou, de la poitrine et du ventre de couleur citron. Il donne, dans les branches d’arbre, de grands coups de bec qui s’entendent de fort loin.
Les gallinacés de la Guyane française tiennent une place importante dans le quatrième ordre des oiseaux : le hocco (crax globicera), espèce de dindon sauvage dont la tête est surmontée d’une huppe blanche et noire qu’il baisse et relevé à volonté ;d’un manger délicieux ; la marail (penelope leucolophos), espèce de faisan dont le plumage a des reflets bleuâtres : le yacou ( penelope de Merrem), sorte de marail très facile à élever ; le parrakoua ou catraca de Buffon (ortalida de Merrem), le faisan de la Guyane : sa voix est  très  forte et articule le mot de pa-ra-quoi; la pintade (numida meleagris de Linné) ; la grande poule d’eau de Cayenne (fulica cayennensis), très commune dans les marais de la Guyane et même dans les environs de Cayenne ; la perdrix rouge (tetrao rufus), la perdrix grand bois (tetrao montanus),la caille ou tocro de Buffon (tetrao guyanensis), les tinamous (tinamus), le ramier (columba palumbus), la tourterelle (columba turtur) dont deux espèces : l’une rouge et l’autre à collier d’or. On prétend que le mâle, modèle de fidélité conjugale, ne s’attache qu’à une femelle.
La chair de tous ces gallinacés est délicate et d’un goût exquis.
Dans le cinquième ordre des oiseaux, qui comprend les échassiers ou oiseaux de rivage, on trouve, à la Guyane française : les pluviers (charadrius de Linné), petite espèce d’outarde : il y en a plusieurs espèces, parmi lesquelles le pluvier armé de Cayenne (charadrius cayanus dê Linné) ; les ralles, parmi lesquels se trouve le petit ralle de Cayenne (rallus minimus de Linné),  et le ralle tacheté de Cayenne (rallus variegatus Linné); le cariama (microdactylus cristatus), qui surpasse le héron par la taille et se nourrit de lézards et d’insectes qu’il poursuit dans les lieux élevés et sur les lisières des forêts ; l’agami ou caracara de Buffon (psophia crepitans) : il s’attache comme un chien et se laisse apprivoiser au point de garder les volailles laissées libres, de les défendre au besoin et de veiller le soir à leur rentrée au poulailler. Le surnom d’oiseau-trompette lui vient de la faculté qu’il a de faire entendre un son sourd et profond qui ne semble pas sortir de son  gosier; le caurale, petit paon des roses ou oiseau du soleil (ardea helias): son plumage, nuancé par bandes et par lignes de brun, de fauve, de roux, de gris et de noir, rappelle les plus beaux papillons de nuit ;  le sawacou (cancroma cochlcaria); le crabier (ardea minor) ; l’onoré (ardea minuta), aux plumes émaillées de gris et de blanc, qui ne chante que la nuit et fait entendre un chant reproduisant ces quatre notes ut, mi sol, ut ;la grande aigrette blanche (ardea alba) ; la petite aigrette blanche (ardea garzetta ), dont les plumes effilées ne dépassent pas la queue ; la petite aigrette blanc-gris ( ardea egretta), dont les belles plumes effilées dépassent de beaucoup la queue ; le jabiru (mycteria americana): cette espèce est très grande, blanche, a tête et cou sans plumes, revêtus d’une peau noire, rouge vers le bas : l’occiput seulement a quelques plumes blanches; le bec et les pieds sont noirs. Cet échassier se nomme, à la Guyane, touyouyou :c’est à tort que Buffon, d’après Barrère, a appliqué à l’autruche d’Amérique le nom qui appartient au jabiru.
Citons encore comme appartenant à cet ordre le tantale d’Amérique (tantalus loculator), qui arrive à la saison des pluies et fréquente les eaux vaseuses; la spatule rose (platalea aiaia), qui a le visage nu et des teintes rose vif de diverses nuances sur le plumage ; l’ibis rouge (scolopax rubra de Linné, tantalus ruber de Gmel) ; la bécasse (scolopax rusticola), la bécassine (scolopax gallinago), l’alouette de mer (pelidna), la grande hirondelle de merde Cayenne (sterna cayennensis de Linné);  le kamichi ou camouche de Cayenne (palamedea cornuta), qui porte un aiguillon ou ergot à l’extrémité́ de chacune de ses ailes et sur le sommet de la tête une corne de plus de deux pouces de longueur : les diverses espèces de talèves ou poules sultanes (porphyrio) ; le flammant(phœnicopterus ruber), appelé dans le paystococo, le plus grand des échassiers aquatiques.
On trouve, enfin, parmi les palmipèdes, sixième ordre de la division de Cuvier: le bec en ciseaux (rhynchops nigra) ou coupeur d’eau, le cormoran (phalacrocorax), les frégates (pelecanus aquilus), qui vont par bandes à deux cents lieues en mer ; les anhingas (plotus), les paille-en-queue (phaeton œthereus Linné), ou oiseaux des tropiques : diverses espèces de sarcelles et de canards (anas), parmi lesquels le soucrourou (anas discors), le canard sauvage (anas sylvestris), le plongeon (mergus aquaticus), dont deux espèces : le plongeon de mer au bec noir et aigu, au col mince, à la tête brunâtre surmontée d’une crête, au plumage cotonneux et mou, à la poitrine argentéè, aux ailes noirâtres à pointes blanches; ses jambes semblent plutôt faites pour nager que pour marcher : à peine a-t-il plongé qu’il hausse sa tête au-dessus de l’eau, regarde autour de lui et replonge  avec une vitesse surprenante; la seconde espèce, le plongeon des savanes, est plus petite : tout son corps est couvert de plumes cotonneuses et blanches; son bec est petit et jaune, et ses jambes sont très courtes.
La plupart de tous les oiseaux de d’Amérique méridionale ont une livrée éclatante de couleurs les plus riches et les plus variées : la nature semble n’avoir rien épargné́ pour leur forme et pour leur parure ; mais il s’en faut de beaucoup qu’elle les ait aussi bien partagés sous le rapport de la voix. On ne trouve nulle part, dans les forêts de la Guyane, des oiseaux dont de ramage soit doux et mélodieux comme celui de nos oiseaux d’Europe. Au contraire, la voix de presque tous est stridente, forte, irrégulière et, partant, désagréable : il y en a de très petits dont la voix a un tel éclat qu’on est tenté de croire qu’elle appartient à un grand quadrupède.
Outre le petit-louis, dont nous avons parlé, on trouve un petit oiseau appelé arada, qui, quoique revêtu d’une livrée plus que modeste, est un très agréable chanteur. M. Philibert Voisin, régisseur du jardin de Baduel et naturaliste distingué, le considère comme l’égal de notre rossignol d’Europe. Sa voix, selon lui, est aussi pure; aussi sonore, aussi nette que le son du cristal de roche.
On ferait un gros volume plein de science et d’intérêt si l’on voulait citer tous les oiseaux qui peuplent les bords des rivières, les savanes, les montagnes et les forêts de la Guyane Française. Tout le monde a vu les nombreuses espèces d’oiseaux mouches resplendir au soleil en voltigeant de fleur en fleur: on voit des agamis, des pintades, des marails à Cayenne ; on à remarquer les nids que les toucans suspendent à la branche même où se sont établies des abeilles sauvages ou des guêpes avec  lesquelles ils semblent avoir fait alliance : on voit tous les jours des bandes de frégates et de flammants traverser les airs pour aller chercher un abriau grand et au petit Connétable ; mais pour la plupart des grandes espèces, il faut pénétrer profondément dans les savanes ou dans les forets pour les rencontrer. C’est à nos jeunes et intelligents  officiers de marine  appelés à faire le relevé́ hydrographique de nos rivières, aux officiers du commissariat de la marine, cette pépinière d’hommes distingués, ayant toutes les aptitudes et pouvant être utilisés dans les services mêmes les plus éloignés de leurs fonctions habituelles, aux chirurgiens et pharmaciens de la marine, dont le domaine embrasse non seulement les sciences médicales, mais encore les sciences physiques et naturelles, qu’il appartient, pendant les loisirs que leur laissé leur service dans les quartiers, de rectifier et compéter mon travail et de marcher ainsi sur les traces de ceux de leurs devanciers qui ont enrichi de tant d’ excellents articles la Revue maritime et coloniale publié par le département de la marine.

  • 3. Reptiles.

Cuvier a rangé les reptiles dans la troisième classe de sa première grande division du règne animal et il divise cette classe en quatre ordres:
– les chéloniens,
– les sauriens,
– les ophidiens,
– et les batraciens.
Dans l’ordre des chéloniens, particuliers à la Guyane Française, se présentent d’abord les tortues.
Il y a à la Guyane deux espèces de tortues de mer :
– 1° la tortue franche (testudos midas), seule bonne à manger ;
– 2° le caret (testudo imbricata), celle qui fournit l’écaille, appelée tortue caouane dans le pays.

Il y a trois espèces de tortues d’eau douce :
– 1° Les émides (emys), dont trois variétés : la première appelée thouarou par les Indiens, habite les grands lacs de tout le littoral ; la deuxième, à tête plus grosse, ne se rencontre que dans le haut des rivières ;  la troisième est le matamata, d’une configuration horrible, à tête aplatie et triangulaire, terminée par une espèce de trompe semblable à un petit tuyau de plume ; le dessus de son écaille est comme sillonné et garni de  grosses pointes : elle vit dans les savanes noyées.
– 2° La tortue à boîte, dont le plastron est divisé en deux battants, par une articulation mobile et qui peut fermer hermétiquement sa carapace quand sa tête et ses membres y sont retirés.
Il y a, en outre, un grand nombre de tortues de terre, c’est la véritable espèce testudo, très bonne à manger.
Il n’est pas rare de trouver à la Guyane des tortues pesant 50 ou 60 kilogrammes. Amphibies, elles vivent dans l’eau et viennent sur le sable déposer leurs œufs. On saisit ce moment pour les prendre en les renversant tout simplement sur le dos.

On compte à la Guyane deux espèces de sauriens, caïmans à lunettes ou alligators (sclerops) : l’une, très grande, de quatre mètres de long et un mètre cinquante centimètres de circonférence ; l’autre, plus petite, de trois mètres de longueur et un mètre de circonférence. Ces sauriens, marchent assez vite en droite ligne, ne se tournent qu’avec peine, mais nagent avec une effrayante rapidité.  Les Indiens les poursuivent pour s’emparer, de leurs dents et de leur graisse. Ils tannent aussi leur peau, qui donne un cuir d’assez bonne qualité́. Ils estiment beaucoup sa chair, celle de la queue surtout, qu’ils font rôtir et qui est, dit-on, un mets délicieux. Il y en a de si vieux dans la rivière d’Approuague, que de véritables ilets, surmontés d’une végétation assez forte, se sont formés sur leur dos.

L’iguane (iguana americana) est un énorme lézard de trente à quarante centimètres de circonférence et de deux à trois pieds de longueur ; bien apprêté, sa chair est semblable à celle du poulet.

Les ophidiens ou serpents sont très communs dans les forêts de la Guyane. Il ne faut pas croire, cependant, qu’on en rencontre à chaque pas. Ceux qui ont parcouru les bois affirment qu’ils n’ont jamais été mordus par un de ces reptiles qu’ils n’aient marché dessus ou ne l’aient irrité.

Les espèces de serpents sont très multipliées :

1° Le serpent à sonnettes (crotalus durissus), ne se trouve que sur les côtes ou dans les endroits humides et un peu marécageux : rare dans l’intérieur. Son venin est si actif et si violent qu’il tue en quelques instants de très gros animaux. Chassés ou poursuivis, le premier soin de ces animaux est de fuir : ils avertissent toujours d’ailleurs de leur présence ; pour peu qu’ils marchent, en effet, leur queues terminée par de petites vertèbres  appelées grelots ou sonnettes, produit un bruit qui ressemble à celui du parchemin froissé. Suivant Marcgrave, cette queue est composée d’autant de pièces que ces serpents ont d’années. Barrère dit que, dès que ces serpents a exprimé son venin par une piqûre il s’engourdit et reste sur place.

2° Le serpent grage (trygonocephalus), dont trois espèces : le grage ordinaire, la plus grande espèce, commune dans les bois : on en trouve d’une longueur de sept pieds ; le grage brun ou ayeaye, moins grand que le précèdent et plus rare ; le grage vert, qui vit toujours sur les arbres.

Ces serpents aux  Antilles s’appellent fer de lance.Les couleuvres fer de lancen’existent pas à la Guyane : ce sont, des grages; ils sont très venimeux, mais ne piquent que si on les touche.

Un très petit serpent, mais très venimeux, est le serpent corail (anguis scytale).

La plupart de ces reptiles montent sur les arbres et donnent la chasse aux oiseaux. Ils les charment par leurs regards: on a voulu dire qu’ils les effraient. Cet effet de la peur est d’ailleurs ; hors de doute ; la peur paralyse les jambes de l’homme, pourquoi ne frapperait-elle pas d’inertie les ailes de l’oiseau ?

Il y a, en outre, des serpents non venimeux les boas: on en connaît deux espèces dont la plus grande, le laboma(boa cenchris) mesuré  onze mètres de long sur soixante-dix centimètres de circonférence ; il porte une suite de grands anneaux bruns le long du dos et des tâches variables sur les flancs ; sa longueur prodigieuse et sa grosseur, la puissance de dilatation dont il est doué, une odeur nauséabonde qui annonce sa présence, en font un des individus les plus hideux et les plus effrayants du genre animal.

Viennent ensuite les serpents nus (cœcilia), qui ont la forme des serpents corail, et vivent dans l’eau (Cuvier: règne animal, tome II, page 98), puis une variété infinie de couleuvre : les unes d’une grandeur prodigieuse, de onze et douze mètres de long  sur soixante centimètres de circonférence, parmi lesquelles il faut ranger le serpent chasseur, le serpent agouti ou couleur rouge ;  les autres, très petites, parmi lesquelles figurent le capaïru et le serpent liane,: gros comme une tige de fleur , souvent long d’an mètre cinquante centimètres  mais non venimeuses.
Contre la piqûre des reptiles venimeux, grands et petits, les remèdes ne manquent pas ;  mais il faut les appliquer promptement. Le défaut de soins, pendant une heure ou deux, peut occasionner la mort. Sucer la plaie, avec des précautions toutefois, brûler ou couper la chair, tels paraissent être les moyens les plus sur ; certaines plantes arrêtent l’effet du venin : ce sont les tayoves, les pois à serpent, la liane à serpent et le basilic odorant. Un remède efficace est encore le sucre brut : celui que l’on emploie le plus ordinairement est l’alcali volatil ou le jus de racine de coton.

Le genre batracien offre à la Guyane une très grande variété :

La Jakie (ranaparadoxa), verdâtre, tachetée de brun ; la perle d’une énorme queue et des enveloppes du corps a fait croire qu’elle se métamorphosait en poisson ;

Les rainettes :
– 1° (rana arborea) verte dessus, pâle dessous;
– 2° (rana bicolor), bleue et jaune : ces deux espèces grimpent sur les arbres pour chasser les insectes.

On trouve encore à la Guyane, sur les montagnes et dans les grands bois, la grenouille à tapirer,très petite, aux couleurs bleu d’azur, blanc et jaune : c’est une variété de rang bicolor (Noyer, Mémoires, page 39).

Parmi les crapauds, dont les espèces sont très nombreuses, on trouve les pipa (rana pipa): le mâle porte les œufs sur le dos de la femelle et les y féconde de sa laite.

On trouve aussi, au bord de la mer, des rivières et des criques, d’innombrables crustacés qu’il serait aussi long qu’inutile d’énumérer. Je citerai les principaux : l’écrevisse (astacus), la crevette (cancer uroptera), le homard (cancer gammarus), le crabe de mer (cancer aculeatus) , la langouste (locusta), les crabes dont il y a plusieurs espèces : le crabe de palétuviers (telphusa serrata), le tourlourou ou crabe peint (cancer uca) et le ragabeumba (cancer grapsus), d’autres non classés, tels que les crabes blancs et les acalichats. On trouve, enfin, de nombreux mollusques acéphales parmi lesquels l’huître de palétuviers (ostrea parasitica) et l’huître de roches (ostrea vulgaris).

Parmi les arachnides, famille des fileuses, on trouve l’araignée crabe (aranea avicularia), dont la morsure passe pour être très dangereuse ; l’araignée noire (aranea mactans) très venimeuse; l’araignée argentée (myrmecia fulva), l’araignée à six piquants (tarantula), le scorpion (occitanus scorpio), dont la piqûre peut produire des accidents très graves : à la famille des arachnides se rattachent les faux scorpions ou pince-crabes (phalangium cancroïdes), qui sont le fléau des bibliothèques.

Les coquillages qui, comme on le sait, contiennent des mollusques testacés, sont très rares sur les côtes vaseuses de la Guyane; ceux qu’on trouve dans quelques parties sablonneuses, de ses rivages sont roulés. Dans l’intérieur,  on rencontre d’assez belles coquilles de terre, entre autres des ampullaires et des mélanies.

  • 4. – Insectes.

La nature a déployé́ dans l’Amérique méridionale un luxe merveilleux d’insectes ailés ou sans ailes, papillons aux formes et aux nuances les plus variées, coléoptères monstrueux et bizarres, parmi lesquels on remarque les scarabées à trompes, les mouches-éléphants, les scieurs de long: ces derniers d’une structure si singulière qu’on ne rencontre pas leurs semblables dans les autres régions équatoriales du globe.

Les principaux insectes qu’on trouve  à la Guyane sont: le mille-pieds, cent-pieds ou myriapode (scolopendrum de Linné), dont le corps est divisé en segments auxquels sont attachés des pieds au nombre de vingt. Il y a des cent-pieds de près de sept pouces de long.

La chique (pulex penetrans), qui s’introduit particulièrement sous les ongles des pieds et sous la peau du talon, et y acquiert bientôt le volume d’un  petit pois par le prompt accroissement des œufs qu’elle porte dans un sac membraneux sous le ventre. Le meilleur préservatif contre cette incommodité fâcheuse est la propreté. Quand il y a plaie, on peut se guérir facilement en y versant du laudanum ou de la cendre de tabac. Les nègres savent extraire avec adresse l’animal de la partie du corps où il s’est établi.

La mouche lumineuse, cucuyos ou coyouyou (elater noctilucus) dont les taches répandent pendant la nuit une lumière très forte et qui permet de lire l’écriture la plus fine, surtout si on réunit plusieurs de ces insectes sous un verre. Les dames pourraient les placer comme ornement dans leur coiffure pour leurs promenades du soir. Les Indiens les attachent à leurs chaussures, afin de s’éclairer dans leurs voyages nocturnes. Brown prétend que toutes les parties intérieures de l’insecte sont lumineuses et qu’il peut suspendre à volonté sa propriété phosphorique. Cuvier rapporte qu’un insecte de celte espèce, transporté à Paris dans du bois, à l’état de larve ou de nymphe, s’y est métamorphosé et à excité, par la lumière qu’il jetait, la surprise de plusieurs habitants du faubourg Saint-Antoine, témoins de ce phénomène inconnu pour eux.

Ma mouche à feu (lampyris nocticula de Linné, omalisus suturalis de Geoffroy), phosphorescente comme le coyouyou ; le clairon rougeâtre (eurypus rubens) ; le bouclier ou nécrode (silpha de Linné), nombreuses espèces ; les pranées (scarabœus pranœus de Linné) ont des proéminences en forme de cornes, à la tête et au corselet.

La Guyane française possède plusieurs grandes et belles espèces de ces bousiers, dont les plus extraordinaires sont: la mouche éléphant (scarabœus elephastomus), le scarabée hercule ou mouche cornue (scarabœus hercules) et le goliath (cetonia de Fabricius), connu sous le nom générique d’inca; le passale (passalus de Fabricius), se nourrit de racines de patates : assez commun dans les sucreries ; le ténébrion géant (tenebrio grandis) ;  la cantharide (melœ vesicatorius) ; le charançon impérial (curculio imperialis) ; le leptosome (curculio acuminatus) ; le ver palmiste (curculio palmarum de Linné) : les habitants de la Guyane mangent sa larve comme un mets délicieux; l’arlequin de Cayenne ou acrocine longimane (cerambyx longimarus de Linné) ; la sauterelle (gryllus tettigonia de Linné), verte sans taches, appelée dans le pays cheval bon Dieu; le criquet (acrydium proscopia), destructeur des jardins; l’hétéroscèle (pentanoma guyanensis) ou pantanome de Cayenne, à tête cylindrique, et dont les jambes antérieures forment une palette demi-ovalaire; la demoiselle (libella aut mordella),  dont la tête, fort grosse, ne tient à la poitrine que par un petit filet très mince ; la cigale grand diable (cicada aurita de Linné) ; la cochenille (coccus): on trouve dans les forêts de la Guyane l’arbre dont elle se nourrit (Leblond) ; les mites (blattea), insectes presque imperceptibles, qui rongent les habits, les livres et la fleur de farine; les poux de bois (hemerobius), réunis en société́ comme les fourmis, font d’horribles dégâts dans les bibliothèques , les lingeries, se creusent des galeries dans les bois des meubles qui, ne conservant que leur écorce, tombent bientôt en poussière : si des obstacles les forcent d’en sortir, ils construisent en dehors, avec les matières qu’ils rongent, des tuyaux ou des chemins qui les dérobent à la vue ; la mouche à dague (chrysis aculeata de Linné), dont la piqûre est très cuisante ; la fourmi biépineuse ou de Cayenne (formica bispinosa), noire, a deux épines en avant du corselet; l’écaille de l’ abdomen est terminée en une pointe longue et aiguë. Elle compose son nid d’une grande quantité de duvet qu’elle tire des graines du fromager ; la fourmi rouge (formicasanguinea de Latreille) ; la fourmi flamande et la fourmi Oyapock (fornicaponera), armées d’un aiguillon; les abeilles osmies (apis osmia), qui s’établissent dans les galbes des arbres; les abeilles anthidies (apis anthidia), qui arrachent le duvet cotonneux de quelques plantes pour  former leur nid ; les  espèces d’abeilles centris, épicharis, euglosses et mélipones se trouvent aussi à la Guyane : le miel de la mélipone amalthée fournit aux Indiens une liqueur spiritueuse qu’ils aiment beaucoup.
Les papillons et leurs larves, c’est-à-dire les chenilles, sont très variés. Nous avons déjà̀ parlé des chenilles. Nous citerons parmi les innombrables espèces de papillons : le porte-queue (papilio machaon) ; le morpho (papilio morpho) ; l’érycine (papilio erycina) ; le papillon impérial (papilio alexis) ou argus bleu ; le grand paon (bombyx pavonia major), qui a sur la queue deux yeux semblables à ceux qui sont sur celle du paon; le bourdon (sphinx de Linné) ; de nombreux phalènes ou papillons de nuit, parmi lesquels les cossies, les stygies, les zeuzères, les saturnies et les lichénées, qui sont très communes  le ver à soie (bombyx mori), blanchâtre, avec deux ou trois raies obscures et transverses ; le ver à soie indigène (bombyx guyanensis) , dont nous parlerons en détail dans le chapitre consacré à l’industrie.
Parmi les insectes dyptères : le maringouin (culex) ; le moustique (culex atractocera) : ces deux espèces fréquentent les bois humides et sont très incommodes par leurs piqûres. Les moustiques  pénètrent quelquefois dans les parties de la génération des bestiaux, et leur donnent la mort ; la tique (tabanus de Linné), la maque (œstrus de Linné), font périr par leurs piqûres de gros animaux.
On doit remarquer que dans cette  longue et très incomplète nomenclature des insectes particuliers à la Guyane, il n’y en a que fort peu qui soient venimeux :  on se guérit aisément de leurs piqûres en y appliquant une compresse d’alcali  volatil ou tout simplement du sucre brut. D’autres ne sont qu’incommodes. On a, pour se préserver des uns, l’arsenic et le citron ;  pour se garantir des autres, on a les rideaux en gaze ou la mousseline des moustiquaires. Mais la plupart des individus sont précieux pour les collections, autant par leur originalité que par leur rareté. Enfin, un très grand nombre sont utiles, produisent le miel, la poudre épispastique, la laque et  la cochenille, et peuvent servir à des usages médicaux ou pharmaceutiques.

  • 5. – Poissons.

La mer  qui baigne les rivages de la Guyane française, les fleuves, les rivières et les criques qui la sillonnent en tous sens, abondenten poissons inconnus en Europe et dont la variété de forme, la grosseur et la qualité égalent, et souvent, surpassent toutes les espèces connues en Europe.
Nous avons déjà parlé du lamantin, du marsouin et du souffleur, que l’on place ordinairement parmi les poissons, mais que Cuvier a rangés, avec raison, dans l’ordre des mammifères.
Nous citerons d’abord les poissons de la Guyane qui vivent dans la mer, dans les grands lacs ou à l’embouchure des fleuves et rivières : le marsouin (tursio) qu’on trouve sur les côtes quand il y est jeté par de gros temps: sa chair est, dit-on, délicate ; la carangue (scomber carangus), dont la chair est tendre et savoureuse ; la vieille (labrus) ; la dorade (aurata marina), très beau poisson de mer, large, plat et couvert de grandes écailles dorées : on le trouve fréquemment sur la côte ; le machoiran (silurus mystus); il y en a deux espèces : les machoirans jaune et blanc. Leur vessie natatoire fournit une ichtyocolle qui peut remplacer, dans tous ses usages, la colle de Russie ou d’esturgeon. Leur chair salée peut rivaliser avec la morue ; l’odontognathe aiguillonné (gnatobolus), à peu près de la forme d’une petite sardine. «C’est la seule espèce connue et elle est de Cayenne (Cuvier : Règne animal, page 321». Le hareng (clupea harengus) ; la sardine (clupea sardina) ; le piraroco ou piraroucou, ostéoglosse de Cuvier, nom qu’il lui a donné à cause de sa langue qui sert de râpe (sudis gigas), famille des clupes, espèce vastrès, de très grande taille, à museau oblong, à grandes écailles osseuses et a tête singulièrement rude : séché et salé, il peut donner lieu à un grand commerce avec les Antilles ; la sole (solea) ; la lune (orthagoriscus spinosus),  très commune sur la côte de Rémire. Sa peau est banche, argentée et reluit la nuit: sa chair est blanche, grasse et de bon goût ; le requin (squalus carcharias) ; la scie (squalus priscus), qu’on nomme improprement à Cayenne espadon. Il y en a qui ont jusqu’à quinze pieds de long : on prétend que ce poisson est l’ennemi déclaré de la baleine, qu’il l’attaque et la poursuit jusqu’à ce qu’il l’ait vaincue. Sa chair n’est pas bonne à manger, mais on en extrait l’huile ; la raie de mer (raïa) : on dit qu’elle s’élancé hors de l’eau à une grande hauteur et fait entendre un bruit épouvantable en se laissant tomber tout à coup ; le mulet (mugil de Linné) ; le parassis ( mugil alba).
On trouve dans les rivières toute une famille de cyprins qui n’ont jamais probablement été envoyés en France et que Cuvier n’a pu décrire : l’aymara, la carpe blanche (cyprinus carpio ?), le coulimata (cyprinus auratus ?), le counami et le massourou: le gros yeux(cottus gobio), ressemblant au chabot : poisson d’eau douce et de mer, vivipare. Sa chair est exquise.
On trouve encore beaucoup d’individus de la famille des silures : le coco, le pémécrou, qui reçoit dans sa bouche le frai de la femelle et le conserve jusqu’à l’éclosion des petits qu’il y garde renfermés jusqu’à ce qu’ils puissent trouver seuls leur nourriture ; chaque coup de senne amène plusieurs de ces individus, qui rendent immédiatement, par la bouche, une multitude de petits poissons vivants dont la piqûre est très mauvaise.
Dans les savanes noyées on rencontre en abondance l’appas (apua minima), le patagaïe, le gorret (mullus minor) ; l’atipa, la langue-morte, le pacou, le rouy, le piraïe, le papou , ces deux derniers très voraces ; la torche, le prapra (apua cinerea), qui  à la  forme d’une petite lune, et l’ayaya.
Dans le haut des rivières ou des criques on trouve, enfin, un nombre infini de poissons, dont nous ne pouvons donner que les noms qu’ils ont reçus dans le pays : le coumarou, l’occaron, la barbe-à-roche, que l’on dit se métamorphoser en crapaud, mais qu’on confond avec la jakie, dont nous avons parle, etc.
On trouve, enfin, dans toutes les rivières, la torpille ou anguille tremblante (gymnotus electricus de Linné), qui imprime à la main qui la touche une très forte  secousse électrique.
Nous regrettons que les limites dans lesquelles nous sommes forcés de restreindre chacun de nos chapitres ne nous aient pas permis d’entrer dans de plus grands développements sur le règne animal à la Guyane française. Le lecteur, curieux de se procurer de plus amples détails,  en rencontrera quelques-uns dans Barrère, Bajon et Préfontaine, et trouvera les autres épars dans Buffon, Cuvier, Latreille et Chenu, ouvrages qui se trouvent tous à la bibliothèque du Gouvernement, que la bienveillance de M. le général gouverneur Hennique a mise tout entière à notre disposition.
Fin du chapitre V

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 4)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.

Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.) 

Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.

Je propose une diffusion régulière et séquentielle aux lecteurs.

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Sixième partie

                Chapitre IV

Géologie. Règne Minéral

Exploitation de l’or. — Compagnie de l’Approuague.

Les observations suivantes sur la constitution géologique de la Guyane française résument ce qui a été écrit jusqu’à ce jour sur cette matière. Les notes statistiques de M. Jules Itier nous ont fourni, notamment, de précieux renseignements que nous avons complétés par les informations écrites ou orales des hommes spéciaux qui se sont livrés dans ces derniers temps à l’exploitation de l’or.

Deux systèmes de couches, le plus ancien composé de roches cristallines stratifiées qui, dans leur superposition, présentent de bas en haut du gneiss, de la leptinite et de la diorite schistoïde, le plus récent composé de schistes micacés, talqueux ou argileux et quartziques, semblent avoir été soumis, a l’époque où les éléments qui composent notre globe, étaient animés de mouvements d’une violence extrême, à l’action de forces internes et avoir donné son relief actuel a la Guyane française.

La plus ancienne révolution qui ait affecté le sol de cette partie du continent américain paraît remonter à une époque géologique très reculée et se rattacher au soulèvement du système des Andes et à l’apparition d’une roche granitoïde connue sous le nom de pegmatite. Les différentes couches de terrains ont été soulevées, disloquées et traversées par cette roche primitive qui, en s’injectant dans les fissures et en s’épanchant à la surface, a donné lieu à des filons de toutes dimensions et à des masses considérables en recouvrement sur les diverses couches traversées.

La pegmatite a percé non seulement le gneiss et la leptinite, mais encore la diorite schistoïde, qui fait partie du même système. Les éléments de la roche dioritique sont confusément associés, mais pressentent toujours la couleur vert-sombre. Dans certaines variétés, le feldspath devient presque indiscernable et la roche prend l’aspect du trapp ou roche brisée en forme d’escalier, d’autres espèces de roches amphiboliques accompagnent accidentellementla diorite, telles que la syénite passant au granite, quelques gneiss amphibiotiques et la pyrite disséminée et très  divisée.Le fort et la caserne de Cayenne sont assis sur un massif dioritique.Les filons y sont fort nombreux on en observe plusieurs très puissants et ou la pegmatite est à gros grains soit derrière le hangar de la douane, soit près d’une carrière d’où l’on a extrait les matériaux de la jetée. La décomposition du feldspath y est très avancée ; au N-E du même massif, la diorite est traversée de filons de pegmatite rose qui se dirigent à O. – S. – O.

La direction de l’E.-N.-E. à O.-S-O des filons de pegmatite a imprimé, dans ce même sens, au sol de la Guyane un premier relief dont les pentes ont été en partie effacées par une seconde dislocation plus considérable, a laquelle doivent leur ; origine les monts Tumuc-Humac ,grande chaine centrale qui est composée de feldspath compact de fer oxydulé et de pyroxène intimement unis et formant une roche cristal1ine de couleur grisâtre qu’on peut confondre  avec la diorite et que dans le pays on désigne comme cette dernière, sous le nom de pierre de grison.

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