L’ORÉÏDE Poème de la Comté (Quatrième chant)

Source : Bibliothèque National de France (BNF), Gallica.
Titre : L’ORÉÏDE
Poème de la Comté (Guyane Française)
Leblond, Fabien-Flavin. L’Oréïde : poème de la Comté (Guyane française) / avec notes explicatives des principales particularités contenues dans l’ouvrage, par F.-F. Le Bond (de Cayenne). Année 1862.

Note de l’éditeur de guyanelacolonie : « Le poème de la Comté » est décliné en cinq chants qui seront découpés par chant et proposés en plusieurs diffusions.
Les notes correspondant à chaque chant seront mises à la fin du texte.

L’ORÉÏDE
Poème de la Comté

CHANT QUATRIÈME
ARGUMENT

A la nouvelle de la découverte de l’or dans les forêts de la Comté et de l’Orapu en 1857, le colon guyanais s’y est transporté de nouveau comme en 1824, alors que des témoins oculaires l’instruisirent de toutes les circonstances dont ces contrées avaient été le théâtre, telles qu’elles sont exposées dans le chant précédent. Il eut cette fois le loisir de visiter les gisements aurifères de la Comté et de l’Orapu. C’est après les avoir parcourus qu’il manifeste les impressions qu’il en a éprouvées.

Je vous revois encore, admirables contrées,
Toujours pleines de vie et toujours inspirées !
Vos montagnes d’où l’or gisant depuis longtemps,
S’est répandu partout lancé par les torrents !
Quel heureux changement en ce moment s’opère ?
Le longtom fait saillir votre mine aurifère !
Jadis le guyanais parcourant ces forêts,
N’exploitait que vos bois, vos fruits et vos guérets :
Aujourd’hui mieux instruit, dans vos riches entrailles,
Il vient tout remuer comme au jour des batailles.
Montrez donc qu’en tout temps la fortune en vos mains,
Peut souvent s’éveiller comme au gré des destins.
Faut-il être un César aux plaines de Pharsale,
Ranimant les esprits qu’une chance inégale
Aurait découragés ? Mais aussi les vaincus,
Dolabella, Cimber et Pompée et Brutus.
Ou bien comme Apollon dans l’antique Pactole,
Engageant les neuf Sœurs à célébrer l’idole ;
Dirai-je les placers attentifs à l’appel,
De l’Oyac au Grand-Saut et jusqu’au Saut-Brodel ?
Muses de ce trésor en dignes interprètes,
Chantez, chantez pour nous les moissons toutes prêtes !
Que les sons de la lyre annoncent les succès,
Et que chacun accoure en ces riches forêts27.
Que vois-je près de moi dans ce lointain asile,
C’est l’ange tutélaire à mes vœux si docile !
Il porte d’une main la palme du bonheur,
De l’autre l’abondance éteignant la douleur !
A son noble maintien je dois le reconnaître,
Naguère aux mêmes lieux il voulut m’apparaître :
Semblable à l’Indien, de ses trésors divins,
Il ouvrit devant moi le livre des destins !
Il m’appelle et j’y cours. Divinité céleste,
Le sort de mon pays naguère si funeste,
Change donc sa fureur en un bel avenir,
Qui sera l’entretien des siècles à venir ?
Tout me fait présager la plus belle victoire,
Qu’ait obtenue un peuple au chemin de la gloire !
« Approche, me dit-il, ô colon éperdu,
Pourquoi sitôt douter du Dieu de la vertu ?
Je vais te transporter sur mes ailes ornées,
Pour voir de ton pays les belles destinées. »

Tel, le mage joyeux, guidé par un flambeau,
Accourut de Jésus voir l’empire nouveau !
O que sa foi fut grande ! son hommage sincère !
Adorant le Messie et son divin mystère !
De même mes regards attentifs à sa voix,
S’élancèrent soudain en tous lieux à la fois :
« Prends donc du Saut-Brodel, en poursuivant la rive,
Qui touche au Galibi, que l’on croit inactive.
L’or que vous recherchez, gît loin de l’œil du jour,
Dans des caveaux secrets il cache son séjour !
Il faut pour l’exploiter avec tout avantage,
Y créer des travaux dignes d’un grand courage !
Ainsi touchant les bords du vieux Sinamari,
Mêmes gîtes profonds allant au Maroni.
Les torrents ont foulé tout cet immense espace,
Et l’ont rendu poudreux sur toute la surface.
Mais sur la rive droite abordant l’Orapu,
Quel trésor métallique en ces lieux répandu !
Gohi fut le premier sans crainte, sans faiblesse,
Démontrant des placers l’incroyable richesse,
Dans un temps si restreint prouvant la vérité,
Etablit sa fortune et sa sécurité.
Dans le champ des succès poursuivant sa science,
Il put de son bonheur assurer l’espérance.
Sans craindre désormais les chances des destins,
Il coule sans débats des jours purs et sereins.
Ayant quitté ces bords vantés par son courage,
Le sort doit l’épargner, doit le rendre bien sage,
L’homme est souvent enclin où l’excès le conduit,
La funeste imprudence est un guide qu’il suit28.
Que la Comté soit donc un séjour plein de charmes,
Qui puisse anéantir tous les sujets d’alarmes.
Vois d’ici ces mineurs : Bozonnet, Aribeau,
Alfred, Gautrez, Pouget. Vient ensuite Roubeau,
Dont les nobles efforts guidés par l’espérance,
N’ont pas reçu le prix qu’attendait sa constance.
N’ayant pu se placer en deçà du Grand-Saut,
Où l’or est abondant et n’eût point fait défaut ;
Sa main de ses travaux n’a pu le rendre maître,
En trouvant le métal qu’il semblait méconnaitre.
Bienheureux les premiers si fiers dans leurs succès,
Leurs noms seuls sont cités même au loin des forêts.

L’autorité locale à vos vœux inflexibles,
Rend pour vous désormais la terre inaccessible,
Des trois Pénitenciers riches en ce métal,
Toujours trop renfermée en son arrêt fatal :
Du public attentif la plainte l’importune ;
Sa main retient ainsi l’essor de la fortune.
Cayenne a ce malheur. Tout semble anéantir
Ses progrès, sa grandeur, même son avenir.
D’un peuple malheureux, si zélé pour la France,
Qui soupire et qui craint la terrible indigence,
N’était-il pas plus juste, abandonnant ces lieux,
De dire aux Guyanais, toujours industrieux :
Puisque l’Européen ne peut, malgré son crime,
Vivre au sein du climat sans qu’il en soit victime,
Allez mettre à profit ces fertiles vallons,
Cruels aux transportés, mais beaux pour les colons29 !..
L’Europe porte ailleurs sa noble intelligence30,
De ses grands capitaux la féconde puissance
Qu’elle expose souvent sur des bords dangereux,
Sans profit pour ses soins, sans contenter ses vœux !
Tandis qu’à la Comté, dans ce nouveau Pactole,
Où l’on dut s’empresser de célébrer l’idole,
L’ange heureux du colon par son saint ministère,
Fit naître dans son cœur cette ardeur nécessaire
Qui doit le diriger au chemin de l’honneur
Il va donc s’élever au faîte du bonheur !
Et pour l’aider enfin dans sa noble entreprise,
Animé de la foi qui toujours fertilise,
Sa voix appelle alors sur ces bords renaissants
L’industrieux concours des peuples commerçants31. »

NOTES DU CHANT IVe

Note 27. — Les 24 premiers vers de ce chant sont d’une grande beauté et d’une précision bien remarquable, ils semblent avoir été composés d’un seul jet.

Note 28. — Ces quatre vers sont presque prophétiques, puisque Gohi est revenu à Cayenne, après l’avoir quittée emportant avec lui le brillant résultat de son exploitation aurifère. Il faut croire que son retour dans la colonie n’est pas la suite d’une imprudence commise dans ses affaires.

Note 29. — Des explorations réitérées ont établi que les terres des trois Pénitenciers en deçà du Saut de la Comté, sont très aurifères. L’auteur se plaint avec raison que l’autorité en refuse la concession aux particuliers pour en exploiter l’or, puisqu’il est établi à tort ou à raison que les transportés ne peuvent y vivre longtemps sans contracter des fièvres pernicieuses.

Note 30. — Depuis la découverte de l’or dans la Guyane, l’Europe semble ne pas y porter la moindre attention, malgré la richesse des gisements, constatée par des documents authentiques et exploitée avec peu de bras et de minimes ressources. Cet état de choses est assez regrettable pour en faire mention.

Note 31. — Cet appel fait aux peuples commerçants restera peut-être encore longtemps sans qu’il soit entendu. C’est là un des plus grands malheurs pour ce pays, qu’aucune voix ne puisse être assez forte pour se faire entendre. M. le colonel Charrière sera-t-il assez heureux pour appeler enfin l’attention des capitalistes métropolitains sur ces richesses enfouies depuis tant de siècles dans le sol de la Guyane ? On n’ose pas l’espérer….

Continuer la lecture

L’ORÉÏDE Poème de la Comté (chant deuxième)

Source : Bibliothèque National de France (BNF), Gallica.
Titre : L’ORÉÏDE
Poème de la Comté (Guyane Française)
Leblond, Fabien-Flavin. L’Oréïde : poème de la Comté (Guyane française) / avec notes explicatives des principales particularités contenues dans l’ouvrage, par F.-F. Le Bond (de Cayenne). Année 1862.

Note de l’éditeur de guyanelacolonie : « Le poème de la Comté » est décliné en cinq chants qui seront découpés par chant et proposés en plusieurs diffusions.

Les notes correspondant à chaque chant seront mises à la fin du texte.

CHANT DEUXIÈME
ARGUMENT
En exploitant des bois de construction dans les forêts de la Comté, le colon Bélé découvre les établissements des nègres marrons du Galibi, rivière qui se jette dans celle de la Comté. Simon, chef de ces nègres, en conduisant Argine, sa femme, au Saut-Brief, fut aperçu par ce colon, étant dans son canot ; il venait de quitter son chantier d’exploitation. Ce dernier porte la nouvelle dans la ville de Cayenne, tandis que les nègres se préparent à la résistance. Épisode entre Simon et Argine.

En tout temps la nature, aimable et bienfaisante,
Offre au gré des humains, de sa main prévoyante,
Les biens qu’elle produit dans l’ordre des saisons :
Des plaisirs de tout âge et d’utiles moissons.
Mais pour les obtenir en pressant l’abondance,
L’homme, dans des travaux, s’y livre dès l’enfance.
Souvent il sait braver le tonnerre et ses coups,
La tempête, le vent et la mer en courroux !
Jadis on le voyait, pour embellir la ville.
Exploiter certains bois dans ce lointain asile.
Et l’aspect de ces lieux ne put le retenir :
Dans leur état sauvage il vit son avenir !
Il le vit… Sans tarder la hache est aiguisée,
Il commence à frapper ; la feuille est renversée !
Les Faunes, les Sylvains, les Nymphes de ces bois,
En sont épouvantés et suspendent leurs voix !
Les oiseaux, effrayés dans leur pompeux ramage,
S’arrêtent tout-à-coup et craignent l’esclavage !
Partout c’est l’épouvante et partout la terreur !
Les reptiles fuyants ! Les tigres en fureur
S’élancent mugissants ! Leur voix à qui tout cède,
Entraîne loin du lieu la gente quadrupède.

Continuer la lecture

L’ORÉÏDE Poème de la Comté (chant troisième)

Source : Bibliothèque National de France (BNF), Gallica.
Titre : L’ORÉÏDE
Poème de la Comté (Guyane Française)
Leblond, Fabien-Flavin. L’Oréïde : poème de la Comté (Guyane française) / avec notes explicatives des principales particularités contenues dans l’ouvrage, par F.-F. Le Bond (de Cayenne). Année 1862.

Note de l’éditeur de guyanelacolonie : « Le poème de la Comté » est décliné en cinq chants qui seront découpés par chant et proposés en plusieurs diffusions.

Les notes correspondant à chaque chant seront mises à la fin du texte.

CHANT TROISIÈME
ARGUMENT
La première expédition contre les nègres marrons du Galibi a eu lieu en l’année 1806, Sous le gouvernement de Victor Hugue. En apprenant le séjour de ces fugitifs sur les bords de cette rivière, dont le nombre s’élevait déjà à plus de mille, ce gouverneur organisa sans retard un détachement, sous le commandement du capitaine Kerkove pour aller à leur poursuite. Les premières tentatives contre eux n’eurent pas de succès. Victor Hugue s’y transporte et y établit son quartier général. On parvint à arrêter les principaux chefs et un certain nombre d’autres. Tous leurs établissements furent brûlés. Mais la plupart s’échappèrent et se rallièrent sous la direction de deux vaillants chefs, Alexandre et Pompée, bien décidés à maintenir la résistance. Aussi ont-ils tenu pendant deux ans contre la force offensive.
Ce fut le colon Bélé, qui était doué d’une adresse et d’une force herculéenne, qui parvint à les disperser et à capturer le plus grand nombre. Ce colon avait sans doute plus fait que tout le détachement. Il mourut sans avoir reçu la récompense de sa belle conduite dans cette circonstance.

Début du poème:
Quand le ciel de nos jours veut régler les destins,
Il place dans le cœur des fragiles humains,
Deux sentiments sacrés l’un de l’autre contraire,
Qu’on ne peut définir, qu’on ne peut satisfaire.
L’un porte notre esprit au plus sublime espoir,
L’autre enfante à son gré le plus grand désespoir.
Ainsi naissent les flots sur le sein d’Amphitrite,
S’entre-choquant soudain quand le vent les excite.
Ces êtres opposés sont le doute et la foi,
Dirigeant les mortels par leur commune loi.
Combien le doute au cœur y fait fuir la lumière !
Trop heureux quand la foi s’y place la première.
Et tandis que Simon incertain, oppressé,
Compte tous les dangers dont il est menacé,
Cayenne entend courir au sein de ses murailles,
De nombreux combattants dont le dieu des batailles
Inspirait la fureur et conduisait les pas :
Ils ne redoutaient point la chance des combats !

Continuer la lecture

L’ORÉÏDE, Poème de la Comté

Source : Bibliothèque National de France (BNF), Gallica.

Titre : L’ORÉÏDE

Poème de la Comté (Guyane Française)

Leblond, Fabien-Flavin. L’Oréïde : poème de la Comté (Guyane française) / avec notes explicatives des principales particularités contenues dans l’ouvrage, par F.-F. Le Bond (de Cayenne). Année 1862.

Note de l’éditeur de guyanelacolonie : « Le poème de la Comté » est décliné en cinq chants qui seront découpés par chant et proposés en plusieurs diffusions.

Les notes correspondant à chaque chant seront mises à la fin du texte.

Début du poème.

AU LECTEUR

Croyez-vous, cher lecteur, qu’il soit absolument nécessaire qu’un auteur mette une préface au frontispice de son œuvre ? Je pense d’autant moins qu’il doive s’imposer une semblable tâche, que ce petit discours préliminaire n’a jamais su détruire dans l’esprit d’un lecteur mécontent la fâcheuse impression qu’un ouvrage défectueux y fait naître. Si l’œuvre est bonne, il la lira toujours avec plaisir sans une préalable justification des faits qui sont soumis à son jugement ; si elle est mauvaise, je ne crois pas qu’il y ait d’autre alternative pour lui que de la reléguer dans le coin le plus obscur de sa bibliothèque. Le dernier cas échéant, veuillez prendre ce parti pour L’Oréïde. Deux mots seulement sur cet opuscule :

Mon seul but étant d’appeler l’attention de la Métropole et même de l’étranger sur les riches gisements aurifères de la Guyane française, qu’importe la censure de quelques-uns, si elle a pour compensation, l’approbation du plus grand nombre ?

Cayenne, le 16 Juillet 1862.

F.-F. LE BLOND

                                               L’ORÉÏDE

                       Poème de la Comté

CHANT PREMIER

ARGUMENT

L’Indien Paoline a été le principal auteur de la découverte de l’or dans la Guyane française, dans les forêts de l’Approuague en l’année 1855. Ensuite, des explorations multipliées ayant été poursuivies dans d’autres localités, le métal a été trouvé partout. La Renommée prise ici dans le sens allégorique y est personnifiée. Elle conduisit le Colon guyanais sur tous les gisements aurifères de la colonie, tels qu’ils sont désignés dans le poème.

Je chante ce métal caché dans la Guyane,
Que vit un indien tout près de sa cabane ;
Aux colons étonnés qu’il a pu transporter,
Que chacun s’empressa de voir et d’exploiter.

Continuer la lecture

LE CHIEN & LE CHAT

Titre du livre : Introduction à l’histoire de Cayenne, Contes, fables et chansons en créole d’Alfred de Saint-Quentin.

Etude sur la grammaire créole d’auguste de Saint-Quentin

Source : Bibliothèque nationale de France

Version française

(Il existe une version créole)

A propos de notes : Les notes sont mis à la fin du document.

 

LE CHIEN & LE CHAT

CONTE

—  Masak ! Masak ! (16)

—  Kam !

Vous savez combien le chien déteste le chat ? Il n’en était pas ainsi autrefois : ils étaient voisins, ils étaient amis. Le chien était bon garçon ; si on ne le taquinait pas, il ne cherchait querelle à personne. Il avait le pied léger à la chasse et l’œil sûr pour garder le logis ; mais s’il ne touchait pas le mal du doigt, il ne croyait pas à la méchanceté. Pour le chat, il était coquin, astucieux et menteur ; il craignait un peu le chien, parce que, voyez-vous, se fâcher avec le chien n’est pas bonne chose : il est colère, il est fort, il a les dents longues et il ne faut pas plaisanter avec elles.

Un jour le chien était allé à la chasse et avait tué un cerf. Il l’avait porté à sa case, en avait donné une bonne part à son voisin, avait largement déjeuné ; puis, ayant allumé du feu, il avait mis le reste de sa viande à boucaner17.  Il ferma ensuite sa fenêtre et sa porte, mit la clef dans sa poche et dit au chat : « Voisin, je vais me promener. J’ai des provisions pour demain ; aujourd’hui je me repose. »

Continuer la lecture
Fermer le menu