L’ORÉÏDE Poème de la Comté (cinquième chant)
Source : Bibliothèque National de France (BNF), Gallica.
Titre : L’ORÉÏDE
Poème de la Comté (Guyane Française)
Leblond, Fabien-Flavin. L’Oréïde : poème de la Comté (Guyane française) / avec notes explicatives des principales particularités contenues dans l’ouvrage, par F.-F. Le Bond (de Cayenne). Année 1862.
Note de l’éditeur de guyanelacolonie : « Le poème de la Comté » est décliné en cinq chants qui seront découpés par chant et proposés en plusieurs diffusions.
Les notes correspondant à chaque chant seront mises à la fin du texte.
L’ORÉÏDE
Poème de la Comté
CHANT CINQUIÈME
ARGUMENT
L’Ange conducteur du colon guyanais, après lui avoir fait la description des gisements aurifères de la Comté et de l’Orapu, comme il est exposé dans le chant précédent, l’endort par l’ordre divin et le transporte aux champs Elyséens, où il lui montre tous les hommes éminents qui ont illustré la Guyane française jusqu’en 1856. A leur tête il distinguait principalement Malouet, Guizan et Le Blond, le naturaliste, ancien membre de l’Institut impérial, délégué par le Roi Louis XVI en mission scientifique et médicale dans la Guyane. Le colon enthousiasmé de tout ce qu’il a vu, fixe définitivement son habitation dans la Comté pour l’exploitation de l’or.
Au sein de tant de maux le Créateur du monde,
Pour montrer aux mortels dans leur douleur profonde,
Que sa main sait placer au milieu des tourments,
Des jours purs et sereins, trésors si bienfaisants !
En guidant les ressorts de l’humaine nature,
Il mitige à son gré les peines qu’elle endure,
Et porte ses regards, dans leurs pressants besoins,
Sur ses enfants chéris, digne objet de ses soins.
Du haut de tous les cieux où son trône invisible,
Plane sur l’univers sur son axe infaillible,
Il voit mouvoir sans fin les astres éclatants,
Et sait les maintenir dans tous les firmaments.
Là, des soleils sans nombre autour de lui se pressent,
Au seul son de sa voix leurs éclats disparaissent.
Assis sur le sommet de ce trône éternel,
Et réglant nos destins dans son cœur paternel,
Il voyait la Guyane, aujourd’hui languissante,
Soumise à tout l’excès d’une vie impuissante.
Alors il délégua cet ange conducteur,
Pour guider le colon dans sa nouvelle ardeur.
Dieu voulut que ses yeux vissent dans l’Élysée,
Les hommes éminents de ce vaste musée :
Tous ceux dont les vertus, dont les travaux hardis,
Ont su, d’un zèle heureux, illustrer son pays.
Il appelle aussitôt cet ange de lumière,
Qui s’élançait déjà dans l’immense carrière :
« Écoute, lui dit-il, va près de ce colon,
Aux pavots d’un sommeil agréable et profond,
Mêle aussi les désirs, et d’un trait de ta flamme,
Qui puisse pénétrer jusqu’au fond de son âme,
Dans le centre éclatant de ce divin séjour,
Fais briller à ses yeux les sages tour-à-tour ! »
Dieu dit…. ; tout aussitôt un concert de louanges,
S’est répandu partout chanté par les archanges !
« Un homme avant sa mort va paraître en ces lieux !
L’ordre de la nature est changé jusqu’aux cieux !
Que ce mortel heureux en voyant notre empire,
Puisse le dire un jour au peuple qui l’admire ! »
A l’instant le colon vivement étonné,
Suit son noble destin par Dieu même ordonné.
L’ange le conduisit sur son aile légère ;
Il ouvrit devant lui le vaste sanctuaire,
Où reposent en paix les sages admirés,
Par la Guyane enfin en tout temps vénérés.
Le premier qu’il a vu c’est l’Amiral d’Estrée32,
Qui sur les Hollandais reconquit la contrée,
Que Lézy n’avait pu conserver à son roi.
Béhague et Préfontaine en ce lieu, sans effroi,
Marchent à ses côtés. Leur main, durant l’orage,
Avait su tout braver avec un grand courage.
De Bessner, Fiedmond et Jeannet tour-à-tour,
Ont aussi trouvé place en cet heureux séjour. »
— Mais quels sont ces mortels entourés d’allégresse,
Au milieu du palais où règne la sagesse !
Les premiers auprès d’eux semblent avec ardeur.
Offrir tous les présents dignes de leur grand cœur.
« Malouet et Guizan, lui dit son noble guide,
Sont ici pleins d’éclat, et leur main intrépide33
Tient encore aujourd’hui les lauriers si sacrés,
Qu’ils ont dans ton pays à jamais consacrés !
Leurs œuvres en tout temps, aux Guyanais si chères
Sont de vrais monuments pour la foi de tes pères ! »
— Dieu ! Mais quel est ce sage en ce rang élevé,
Au centre du palais à lui seul réservé !
De Thémis elle-même, il reçoit la balance,
Sut-il donc l’appliquer aux mortels en souffrance ?
« Ne pense pas, dit l’ange, auprès de l’Éternel,
Chaque humain n’y reçoit un bienfait paternel ?
Le Blond était longtemps leur émule et put l’être ;
Il sut les balancer en se faisant connaître.
Heureux dans ce haut rang et plein du feu sacré,
De ce flambeau divin sur la terre ignoré,
Il cueillit ses lauriers en vrai naturaliste,
Des secrets de Buffon, des feux du publiciste.
Bien souvent dans ta course à travers les forêts,
Tu trouveras inscrit son nom même à jamais ;
Et quand tes yeux verront les arts et les sciences
Revendiquer ce nom dans leurs expériences,
Eh bien ! tu comprendras que son cœur bienfaisant,
Aux regards du Très-Haut, fut à jamais présent34.
Non loin dans ce palais, tu vois aussi paraître,
Cet illustre étranger que tu dois reconnaître,
Martiel Dacosta, guidé par ses vertus,
A longtemps dans Cayenne corrigé des abus35.
Près de lui c’est Noyer, cet élégant créole,
Qui porte ici ses pas vers la riche coupole ;
Au sort de son pays il joignait son destin :
On regretta longtemps sa malheureuse fin.
Milius, Jubelin et Vidal de Lingendes36,
Ont aussi dans ce lieu leurs places non moins grandes,
Le dernier put surtout, éclairant ton pays,
Marcher sur les débris de l’empire des lis :
Dans les temps orageux, au sein de la tempête,
Il fut grand magistrat sans détourner la tête.
Vois Legrand et Guillet, ministres sans fierté,
Admirant Violot pour son humanité37 :
Ces prêtres soulageaient durant leur ministère,
Dans le sort de chacun la publique misère.
Messin est auprès d’eux, digne administrateur,
Moissonné, jeune encor par le plus grand malheur,
Sa main de la Guyane eût éteint les alarmes,
Le jour de son trépas on répandit des larmes38.
Plus loin, Joseph le Pain, si bon, si généreux,
Etait le digne ami de tous les malheureux ;
Praticien adroit, d’un cœur toujours sincère,
Il eut pour les colons la tendresse d’un père.
Vois Bagot et Patrocle au coin de ce palais,
Admirant dans Ferjus la douceur et la paix ;
Et ces trois citoyens, que le trépas rassemble,
Bénissent le Très-Haut qui les unit ensemble. »
— « Deux places dans le centre, auprès du piédestal,
Sont pourtant sans héros ; serait-ce un lieu fatal ?
Ou bien aux grands mortels sont-elles réservées ? »
— « Dans ces augustes lieux les lois sont observées.
L’Éternel de chacun fixe ici les destins,
Layrles et Pariset sont les heureux humains39,
Devant après leur mort revendiquer ces places ;
Ils auront mérité ces faveurs efficaces…. »
Après qu’à ses regards, à son cœur étonné,
L’ange eût tout découvert au séjour fortuné,
« O colon, lui dit-il, quitte enfin ces vrais sages,
Ces immortels héros qu’ont produits tous les âges.
Le Ciel avait voulu dès avant ton trépas,
Que ma main en ce jour conduise ici tes pas,
Faveur pleine de charme à tout autre ignorée,
Et qui soit par ton cœur en tous temps honorée.
Dans les vastes labeurs dont le Dieu des humains
A voulu par mes soins t’aplanir les chemins,
Et comme ces héros d’éternelle mémoire,
Qui vivent dans ces lieux au faîte de la gloire,
Imite leurs vertus. Que toujours dans ton cœur,
L’humanité surtout y trouve la douceur.
Pratique donc comme eux la foi, la bienfaisance,
Tu recevras ici la digne récompense.
Dans le monde attentif au dogme de Baal,
Qui croit que l’Éternel est en tout son égal,
Sache au moins faire choix comme a dit le Prophète
En s’adressant jadis à la foule inquiète,
Adore l’un ou l’autre et de l’âme et du cœur :
Deux maîtres à la fois ne font pas le bonheur !
En aimant le poison qui souvent vous abreuve.
Combien est-on surpris au foyer de l’épreuve40 ! »
« Grand Dieu ! dit le colon, tu m’enseignes la foi,
Mon âme est désormais esclave de ta loi. —
Ange, que sa bonté toujours inépuisable,
Daigne ainsi déléguer pour que je sois plus stable
Dans la voie des vertus, du progrès, de l’honneur ;
Fais que j’en reconnaisse en tout temps la valeur.
Dans le fond de ces bois recevant ta lumière,
Mes succès sont plus sûrs, ma fortune plus chère ;
Daignez, ange divin, au pied du Roi des rois,
Apporter mes serments et mes vœux à la fois. »
Et son guide immortel, plein du Dieu qui l’inspire,
Avant de s’élever vers l’éternel empire,
Alla le déposer d’un vol précipité,
Sur les riches placers des bords de la Comté41.
Les champs Élyséens à ses yeux disparurent,
Les nymphes de ces bois bientôt le reconnurent.
Près du Pactole antique, aux regards d’Apollon,
Les Faunes, les Sylvains loin du sacré vallon,
Accouraient à ses pieds déposer leur hommage ;
Les oiseaux si zélés redoublaient leur ramage ;
Tel, le joyeux colon méditant ce conseil,
Se sentant plus heureux, plus grand à son réveil,
Court, s’élance aussitôt dans ces forêts profondes,
Que la Comté rapide arrose de ses ondes,
Et fixe sur leurs bords comme un heureux séjour,
Ses pénates, ses dieux, ses devoirs, son amour42.
Extrait d’une lettre adressée à l’Auteur par M. D. M…
Cayenne, le 6 avril 1862.
MONSIEUR ET CHER COMPATRIOTE,
J’ai atteint depuis deux mois mes quatre-vingts ans, c’est-à-dire, selon le langage des anciens Grecs et Romains, je compte seize lustres ou vingt olympiades ; c’est donc vous assurer que j’ai été contemporain des évènements que vous analysez si bien concernant les bords du Galibi en 1806, 1807, et terminés en 1808.
En vous remerciant bien sincèrement de l’honneur que vous m’avez fait de cette communication, veuillez me permettre de vous adresser quelques notes d’après les remarques que j’ai faites dans votre poème ; vous en ferez tel usage qu’il vous conviendra. Il est bien doux à mon cœur, vers la fin de ma carrière et lorsque surtout l’avenir de mon pays semble descendre avec moi dans la tombe, qu’un de ses fils veuille se consacrer à le rappeler à la vie. Que la Guyane fasse donc comme moi ! En lisant votre poème, je semblais me rajeunir en reportant mes souvenirs vers des temps déjà si loin de nous. Qu’elle revienne à la vie au lieu de tomber en décadence sous l’influence d’un triste égoïsme qui l’exploite depuis si longtemps ! Oh ! Si l’Empereur le savait ! Comme on le disait sous une dynastie déchue : Si le roi le savait !….
Recevez, cher Monsieur et intelligent compatriote, l’expression de mes vœux les plus sincères pour votre prospérité.
Signé : D. M…1
Note 1
Les notes dont parle l’auteur de la lettre ci-dessus sont rapportées plus loin telles qu’elles ont été adressées sans en rien retrancher.
NOTES DU CHANT Ve (plus lettres à la fin de cette série de notes)
Note 32. — C’est une excellente idée de l’auteur de rappeler, en terminant son poème, le souvenir des hommes qui ont observé ces vastes contrées de la Guyane française et les ont enrichies et administrées par leurs capitaux, leur capacité et leurs labeurs.
L’Amiral D’Estrée, chargé par S. M Louis XIV de reprendre la colonie sur les Hollandais, méritait de figurer à leur tête, car la Guyane n’est devenue vraiment française que depuis cette époque. Elle avait très-peu d’importance auparavant.
Note 33. — Malouet et Guizan sont, sans contredit, deux hommes qui ont puissamment contribué à l’illustration du pays et à sa prospérité.
Note 34. — Aucun des hommes qui figurent dans le cinquième chant, n’a mieux fait connaître la Guyane dans tous ses détails que Jean-Baptiste Le Blond, le naturaliste, envoyé par S. M. Louis XVI en l’année 1787 pour la recherche du quinquina. Il était devenu à la suite membre de l’Institut impérial, à cause de ses travaux dans les sciences naturelles. Sa propriété rurale, près de la ville, qui porte encore son nom, plantée en cotonniers, et qui a péri par suite de la prise de la colonie par les Portugais, a prouvé qu’il était très-bon planteur. Comme publiciste, il a laissé des ouvrages précieux sur la colonie, que l’on consulte avec fruit, et une carte considérée comme la plus circonstanciée et surtout la plus exacte. Il a eu l’avantage de parcourir la Guyane dans tous ses détails, puisque l’on trouve son nom inscrit dans tous les troncs d’arbres au haut de toutes les rivières. L’auteur de ces notes a vu dans ses voyages plusieurs arbres incrustés.
M. de Lassales, alors capitaine de frégate, devenu plus tard vice-amiral, a rendu compte, dans le Journal de la Marine, de son voyage à la Guyane, en mission scientifique. Voici ce qu’il dit de Jean-Baptiste Le Blond, père de l’auteur :
« M. Le Blond était d’une taille au-dessus de la moyenne, d’une physionomie heureuse. Il avait l’esprit pétillant ; il excellait surtout dans les paradoxes qu’il savait développer avec art et persévérance, et qu’il soutenait avec une obstination admirable. J’ai dû, en arrivant à Cayenne, rechercher l’amitié d’un tel homme, et par ses connaissances variées, j’ai été heureux d’acquérir des notions exactes sur la géologie de la Guyane. » Qu’y a-t-il d’étonnant que l’auteur ai dit en beaux vers :
« Et quand tes yeux verront les arts et les sciences
Revendiquer ce nom dans leurs expériences,
Alors tu comprendras que son cœur bienfaisant
Aux regards du Très-Haut fut à jamais présent. »
Note 35. — Martiel Dacosta, quoique étranger, a laissé des souvenirs d’une bonne administration. Il était intendant général, et réunissait dans ses mains tous les détails de l’administration civile et judiciaire. Tout marchait avec la plus parfaite régularité. On est à se demander si cette manière d’administrer un pays n’est pas la meilleure, au lieu du système de division adopté depuis le départ des Portugais.
Note 36. — Vidal de Lingendes, procureur impérial, était un magistrat très-consciencieux. Il a traversé avec fermeté et courage l’émancipation des esclaves et les deux épidémies qui ont sévi avec rigueur sur la population guyanaise.
Note 37. — L’abbé Legrand et l’abbé Guillet ont successivement exercé leur saint ministère avec courage et persévérance en faisant du bien. L’abbé Violet n’a pas moins mérité une mention honorable. L’auteur a fort bien fait de leur assigner une place dans son poème.
Note 38. — Le capitaine de vaisseau Messin, qui s’était annoncé si heureusement au début de son administration, a été frappé subitement par l’épidémie, il est mort très regretté, et ce qui est assez rare, il l’a été par la population entière sans distinction de caste. La raison en est simple : c’est que, sans se préoccuper des susceptibilités de quelques-uns, il usait des convenances envers tous, en se mettant au-dessus de vains préjugés, tout au plus bons aujourd’hui à être relégués aux colonnes d’Alcide, que quelques entêtés ridicules semblent vouloir faire revivre malgré le temps qui court.
Note 39. — L’auteur a fort bien fait de réserver deux places dans les Champs-Elyséens aux anciens gouverneurs Layrle et Pariset; car, eux aussi, avaient loyalement administré le pays.
Note 40. — En entendant un conseil formulé de cette manière, enrichi d’une si belle poésie, le colon ne pouvait faire autrement que de s’incliner en s’écriant :
«Grand Dieu ! tu m’enseigne la foi ;
Mon âme est désormais esclave de ta loi, etc. »
La vocation du colon guyanais est réellement sublime.
Note 41. — Les forêts de la Comté doivent retentir d’acclamations à ces vers remarquables :
« Et son guide immortel plein du Dieu qui l’inspire,
Avant de s’élever vers l’éternel empire,
Alla le déposer d’un vol précipité,
Sur les riches placers des bords de la Comté.
Les Champs-Elyséens à ses yeux disparurent,
Les nymphes de ces bois bientôt le reconnurent. »
Ces vers-là sont dignes de nos grands poètes.
Note 42. — L’auteur a terminé son poème par la plus belle poésie ; on doit seulement regretter qu’il n’ait pas assez élargi le cadre des hommes qu’il y fait figurer. La Guyane compte encore plusieurs de nos anciens qui devaient y trouver leur place. Il faut espérer que nous aurons une nouvelle édition de cet ouvrage où ces omissions regrettables seront réparées.
Je me rappelle que dans le premier manuscrit communiqué, au lieu de deux places, on en lisait trois de réservées : Merlet père, maire de la ville, venait après Layrle et Pariset ; il était ainsi caractérisé dans ces vers :
« Et Nicolas Merlet, toujours si vertueux,
Qui sert bien son pays et de cœur et des vœux.
Il voit avec plaisir le berceau de ses pères
Aujourd’hui mieux compris, ses destins plus prospères. »
L’auteur a cru devoir les supprimer; nous devons lui manifester nos regrets, car M. Merlet est un honorable fonctionnaire qui a vieilli dans l’administration du pays1.
Note 1 de la ligne en haut (pays) : Le seul motif qui a fait supprimer ces vers, dont se plaint l’auteur de ces notes, n’est autre que M. Merlet vit encore, et que par conséquent, il n’a pas encore, terminé sa carrière administrative. Les gouverneurs Layrle et Pariset, quoique encore vivants, ont cependant terminé la leur quant à la Guyane, et n’y retourneront plus. (Note de l’auteur du poème.)
Extrait d’une lettre adressée à l’auteur, par l’honorable chef de l’Administration intérieure, sur la communication d’un fragment du Poème.
Cayenne, le 30 octobre 1861.
MONSIEUR LE BLOND, A CAYENNE,
J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre du 29 de ce mois, par laquelle vous m’adressez une petite pièce de vers que j’ai lue avec beaucoup de plaisir…………
Je vous serai infiniment obligé, Monsieur, lorsque l’ouvrage dont vous avez extrait ce fragment sera achevé, de vouloir bien me le communiquer ; je le lirai avec beaucoup d’intérêt comme tout ce qui sort de votre plume, bien que dans votre lettre vous m’exprimiez des doutes à cet égard.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
Le Directeur de l’Intérieur
M. FAVARD.
Lettre d’un savant Magistrat qui occupe un des principaux sièges dans l’ordre judiciaire de la Guyane.
Cayenne, le 25 juin 1862.
MONSIEUR ET CHER COLLEGUE,
En vous retournant le manuscrit intitulé : l’Oréïde, que vous avez bien voulu me donner en communication, permettez moi de vous féliciter de l’heureuse initiative que vous prenez dans les circonstances vraiment nouvelles et inespérées où se trouve la Guyane française.
En effet, les gisements aurifères reconnus et exploités depuis plusieurs années viennent par leurs produits augmenter le chiffre des richesses que renferme ce sol si fécond.
Historien et poète, vous avez su dans vos narrations épiques captiver tour-à-tour l’attention et l’intérêt de tout homme ami de la science ou de la littérature.
Vous avez résolu le problème d’Horace :
Omne tulit punctum qui miscuit
utile dulci !…1
Note 1 de la ligne au dessus (utile dulci !….1) La première lettre datée du mois d’octobre 1861, fait connaître par la communication d’un fragment du Poème (les 24 premiers vers du chant quatrième) que l’idée de ce poème m’a été suggérée par suite d’un voyage dans la rivière de la Comté, entrepris dans le courant du mois d’Octobre. Ces 24 premiers vers ont été composés assis sur un des rochers du bord du fleuve, après avoir visité plusieurs gisements aurifères.
La deuxième m’a été adressée au mois de Juin de l’année suivante, lorsque l’ouvrage a été achevé, ce qui prouve que les quelques heures que me laissaient mes travaux journaliers à la campagne étaient consacrées à la composition de cet ouvrage. On doit donc supposer que j’aurais mis neuf mois pour le terminer; mais si l’on déduisait au moins les deux tiers consacrés à mes affaires de la ville et à mes occupations rurales, on conclurait avec raison, que je n’ai mis, en réalité, que trois mois pour cette composition qui laisse peut-être encore à désirer ; le public jugera. (Note de l’auteur)
En terminant et en vous remerciant encore, recevez les vœux que je fais pour l’heureux succès de votre poème.
Macte animo….. sicitur
ad astra !….
Veuillez agréer, mon cher collègue, l’assurance de mes cordiales civilités.
Votre dévoué et affectionné,
Signé : M…
