Article 2-De l’Inde à la Caraïbe et l’Amérique du Sud Les engagés indiens de la Guyane française (1856-1946)

La Guyane française avant les engagés indiens — L’abolition de 1848 et la crise économique
Par Patrick Bhagooa (Boodney)
Pour comprendre pourquoi plus de huit mille engagés indiens débarquèrent en Guyane française entre 1856 et 1877, il faut d’abord comprendre la crise profonde que traversait cette colonie depuis l’abolition de l’esclavage en 1848. Ce fut au prime abord une crise économique.
Une colonie fondée sur le travail servile
La Guyane française, au milieu du XIXe siècle, est une colonie fragile dont l’économie repose quasi exclusivement sur le travail des esclaves dans les habitations agricoles (Aux abords de Cayenne, le long de la rivière de l’Approuague, Roura, le canal Torcy, Matoury, Macouria, etc…)
En 1843, on dénombre 464 habitations employant 13 453 esclaves pour seulement 90 travailleurs libres. Sucreries, cotonneries, cacaoteries, roucouries — toute la richesse productive de la colonie dépend du travail forcé.
La colonie est organisée en quartiers — Mana, Iracoubo, Sinnamary, Kourou, Macouria, Montsinéry, Île-de-Cayenne, Tour de l’Île, Tonnégrande, Roura, Kaw, Approuague, Oyapock — dont Cayenne est le chef-lieu. Ces quartiers constituent l’ossature économique de la colonie. Chacun possède ses habitations, ses cultures, ses ateliers d’esclaves. Sans eux, la Guyane française ne produit presque rien.
La situation économique, déjà fragile avant 1848, allait s’effondrer brutalement avec l’abolition.
