UNE TOURNÉE AU MARONI

Source: Moniteur de la Guyane Française 1874 N° 27 samedi 4 juillet 1874

Le 14 juin, à cinq heures du matin, le Gouverneur, accom­pagné de M. Diavet, Chef du service judiciaire, de M. Couy, Conseiller privé, du Directeur du service pénitentiaire M. Godebert, et de plusieurs autres fonctionnaires, a quitté Cayenne, pour se rendre au Maroni où il est arrivé le lendemain à midi (ajout du rédacteur pour la compréhension : 15 juin 1874).

Les premières journées (ajout du rédacteur pour la compréhension : 16, 17 et 18 juin 1874) furent employées à des conférences avec le Directeur du service pénitentiaire et le Commandant supérieur, ainsi qu’à des visites sur les différentes concessions et à l’usine Saint-Maurice. Dans sa constante sollicitude pour tout ce qui touche aux intérêts et au bien-être de la colonie, M. le Gouverneur avait voulu s’assurer par lui-même de la situation des concessionnaires et étudié sur les lieux leurs besoins. Il avait déjà d’ailleurs réuni dans ce but successivement plusieurs commissions, dont l’une avait eu notamment pour objet la création d’une justice de paix à compétence étendue, afin d’assurer au Maroni une prompte administration de la justice. Tous, nous fûmes invités à visiter les concessions avec le Gouverneur, et nous pûmes constater que les champs sont bien cultivés et couverts principalement de manioc et de cannes à sucre, les cases propres et bien tenues et la plupart entourées d’un petit jardin potager. Nous remarquâmes dans l’intérieur de toutes ces cases un ordre parfait, une certaine aisance et, sur le visage des concessionnaires, cet air de satisfaction que donnent toujours une vie paisible et le sentiment du devoir accompli : certes, leur situation, au point de vue du bien-être, est meilleure que celle de beaucoup de nos fermiers de France. C’est là un juste hommage à rendre à une excellente administration.

Le 19 juin, M. le Gouverneur fut agréablement surpris par une lettre de son collègue de Surinam, dans laquelle M. le baron Van Sypesteyn lui annonçait sa visite à Saint-Laurent pour le surlendemain. Cette nouvelle, naturellement très agréable à M. le colonel Loubère, lui laissa cependant un regret, c’est que, ne s’attendant pas à ce moment à l’honneur de cette visite, il craignait de ne pouvoir recevoir son collègue avec les honneurs dus au Chef d’une colonie voisine. Mais si M. le Gouverneur avait été pris à l’improviste, si le Maroni n’offre pas toutes les ressources indispensables pour de tels impromptus, le génie inventif de Madame Loubère sut pourvoir à tout et réussit d’une manière complète à offrir à l’éminent visiteur une réception dont la colonie de Saint-Laurent gardera longtemps le souvenir. Mais n’anticipons pas.

Le dimanche 21, à onze heures et demie du matin, le bateau à vapeur hollandais portant le pavillon du Gouverneur, entra en rade, accompagné de l’aviso français le Casabianca dont le canon ne tarda pas à annoncer aux habitants du Maroni l’arrivée de son Excellence, M. le baron Van Sypesteyn.

A midi, au son de la musique qui jouait l’hymne national hollandais, et au milieu du bruit des salves d’artillerie, M. le Gouverneur de Surinam débarqua avec sa suite sur le sol français et se dirigea vers l’hôtel du Commandant supérieur où l’attendait à la porte d’entrée M. le Gouverneur Loubère, entouré des chefs d’administration et de service, des fonctionnaires et des officiers présents au Maroni. La rencontre des deux Gouverneurs fut des plus affectueuses et des plus cordiales. Le Chef de notre colonie présenta nominativement à M. le Gouverneur Vau Sypesteyn chacun des fonctionnaires et des officiers qui l’entouraient. M. le Gouverneur de Surinam présenta, à son tour, les personnes de sa suite, MM. Alma, secrétaire général du gouvernement de Surinam, Ducking, conseiller d’Etat et chef de la marine coloniale, et Brasser, son aide de camp.

M. le baron Van Sypesteyn était en grand uniforme ; sur sa poitrine étincelaient les divers ordres étrangers et la croix de Commandeur de l’ordre de Chêne, une des plus grandes distinctions de son pays. Il est encore jeune et offre le type d’un vrai gentleman du Nord. Sa figure est loyale, fine et spirituelle, ses manières affables et bienveillantes, son langage facile, agréable et plein d’esprit gaulois. On ressent pour lui, dès le premier abord, un grand respect et une sincère sympathie. C’est un esprit profond et très cultivé, auquel aucune question n’est étrangère. M. le baron Van Sypesteyn connaît parfaitement la France et son passé; et il se plaît, à la grande satisfaction de ceux qui ont l’honneur de l’entendre, à reproduire, d’une manière incomparable, nos anecdotes et nos faits historiques.

Les présentations terminées, les deux Gouverneurs ont longtemps causé dans une cordiale intimité; puis, M. le Gouverneur de Surinam a pris congé de M. et Mme Loubère, pour faire une aimable visite à bord du Casabianca, d’où il s’est rendu à Albina sur la rive hollandaise. Au moment de la séparation, M. Loubère mit, à la manière écossaise, ses appartements à la disposition de son collègue et l’invita pour le lendemain à un banquet, ainsi que les fonctionnaires et les officiers de sa suite. Cette gracieuse invitation fut acceptée avec empressement, et l’on se quitta avec l’agréable pensée de se revoir le lendemain.

M. le Gouverneur, nous l’avons dit plus haut, ne s’attendait pas à l’honneur de cette aimable visite; ne comptant que sur un simple voyage au Maroni, il n’avait rien préparé pour cette haute réception. Saint-Laurent offre sans doute les ressources nécessaires pour la vie ordinaire; mais l’imprévu y occupe une faible place, et il est difficile d’y réunir en peu de temps tous les éléments indispensables d’un dîner de gala. Mais, hâtons-nous de le dire, l’infatigable activité de Mme Loubère, cette volonté de recevoir avec goût, élégance et confort, qui caractérise nos dames de distinction; cet esprit de création si bien connu de tous ceux qui ont l’honneur d’approcher la compagne du Gou­verneur; tout cela, en quelques heures, a fait des merveilles, et Mme la Gouvernante a pu offrir à ses nombreux convives un banquet qui ferait honneur à Brebant lui-même. La salle était décorée de drapeaux français et hollandais, reliés par une guir­lande de verdure comme emblème de l’amitié qui unit les deux peuples. Les végétaux, transformés en magnifiques corbeilles de fleurs, ornaient la table somptueusement servie et, par leur fraîcheur, leur beauté et leurs parfums, faisaient rêver à Al­phonse Karr.

Le lundi 22, vers onze heures du matin, M. le Gouverneur de Surinam et les personnages de sa suite, arrivèrent d’Albina; et, au signal donné par la musique, chacun prit place à la table du banquet. Le repas était délicatement préparé; il fut gai,

animé et plein d’un cordial entrain. Au dessert, M. Loubère, prenant le premier la parole, porta le toast suivant :

« Monsieur le Gouverneur,

« Le mois dernier, j’avais l’honneur de vous faire parvenir, par l’intermédiaire d’un officier de notre marine, M. le capitaine de l’Emeraude, mes compliments à l’occasion du 25e anniversaire du règne de S. M. le Roi Guillaume III, votre auguste Souverain, avec l’expression de mes vœux bien sincères pour la prospérité de votre nation, et mes félicitations sur l’heureuse issue de la guerre de Sumatra, qui vient de jeter un nouveau lustre sur les armes néerlandaises.

« Aujourd’hui, en vous souhaitant la bienvenue, à l’occasion de votre amicale visite, je suis heureux de pouvoir, en présence des honorables fonctionnaires qui vous accompagnent, et de ceux qui sont venus avec moi de Cayenne, vous renouveler, de vive voix, ces compliments, ces vœux et ces félicitations, auxquels je crois devoir ajouter, ici, un tribut de respect et, d’hommages pour S. M. la Reine Sophie, votre gracieuse Souveraine, dont les sympathies pour la France ne sont ignorées de personne.

« Je n’ai pas besoin d’insister sur la parfaite sincérité des sentiments que j’ai l’honneur de vous exprimer et que tout le monde partage autour de moi. Oui, Monsieur le Gouverneur, veuillez en être persuadé, c’est de tout cœur que nous avons applaudi aux succès de l’armée néerlandaise dans les Indes orientales, et que nous avons vu le général Van Swieten, dont l’âge n’a nullement affaibli l’énergie ni l’habileté, venger glorieusement la mort du brave et infortuné général Kœhler, tué l’année précédente, autour des murs de la grande mosquée du

Missigit, où il était arrivé vainqueur, malgré l’insuffisance de ses forces.

« Pour tous ceux qui s’occupent particulièrement des choses de la guerre, et qui ont suivi avec attention les derniers événements militaires, la campagne d’Atchin est un fait d’armes aussi glorieux et aussi éclatant que l’expédition de Khiva par les Russes et la guerre des Aschantis par les Anglais.

« En effet, c’est avec une armée composée seulement de trois brigades d’infanterie, de cinq batteries d’artillerie, plus quelques pièces de siège, d’un petit escadron de cavaliers et de huit ou dix chaloupes canonnières, manœuvrées par les marins de la flotte, formant en tout un effectif d’environ 14,000 combattants ; c’est avec cette armée si numériquement inférieure en regard de celle du sultan d’Atchin, dont les forces s’élevaient au chiffre relativement considérable de 70,000 hommes, que l’intrépide Van Swieten a débarqué sur le territoire d’un ennemi puissant, depuis longtemps préparé à la lutte. Néanmoins, après un mois et demi de marches et de combats incessants, dans des terrains boisés et marécageux, coupés de retranchements, de redoutes et de forts ajoutés à tous les obstacles naturels, toutes les défenses et fortifications échelonnées depuis l’embouchure de la rivière d’Atchin jusqu’à la capitale, étaient successivement enlevées avec la plus brillante valeur. La fameuse mosquée du Missigit, sorte de citadelle qui protégeait toute la ville, était en partie détruite par l’artillerie et occupée par vos troupes. Enfin, l’immense forteresse du Kraton, dernier boulevard de l’armée ennemie, tombait à son tour au pouvoir de vos braves soldats, après un brillant et meurtrier assaut.

« Ainsi 14,000 hommes en avaient défait 70,000 bien retranchés et fortifiés : c’est-à-dire un contre cinq. — Honneur donc à la vaillante armée néerlandaise ! (Ici M. le colonel Loubère est interrompu par les bravos et applaudissements de tous les convives en l’honneur de l’armée néerlandaise.)

« Je termine sur ces applaudissements, Monsieur le Gouverneur, qui sont, comme vous le voyez, la confirmation éloquente de la sincérité de nos félicitations. — Messieurs, nous allons boire à la santé de Son Excellence le Gouverneur de Surinam, et à la prospérité de la colonie qu’il administre avec tant de distinction ! »

Ces paroles, dites avec un sentiment de profonde conviction, furent saluées par d’unanimes applaudissements. M. le Gouverneur de Surinam, se levant à son tour, répondit en ces termes :

« Monsieur le Gouverneur,

« Il y a quelques mois j’ai eu l’honneur d’échanger avec vous une correspondance toute affectueuse et toute cordiale à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de mon Roi. Les sentiments que vous m’avez exprimés m’ont laissé un vif souvenir. J’ai compris qu’il y aurait intérêt pour les deux gouvernements à nouer des relations plus intimes ; et je ne saurais trop me féliciter de l’heureuse circonstance qui nous réunit et me permet de vous exprimer de vive voix les sentiments d’estime et de sympathie que je ressens pour votre personne.

« Vous avez parlé, Monsieur le Gouverneur, avec une connaissance complète de la situation et cette hauteur de vue qui est le propre de votre esprit, de notre expédition dans l’île de Sumatra, et vous avez complimenté notre vaillante armée des succès qu’elle avait remportés. Je vous en remercie. C’est un témoignage de sympathique intérêt que je reporterai à mon Roi, et dont il sera, croyez-le bien, très-profondément touché.

« Si, à mon tour, je jette un regard du côté de la France, je ne puis me rappeler, sans une douloureuse émotion, les désastres qu’elle a subis. Jamais, peut-être, aucun pays n’a été plus cruellement éprouvé. Mais mon cœur se réjouit au spectacle que cette fière nation a donné, luttant avec courage contre des difficultés inouïes et les surmontant à force d’énergie et de persévérance. La France a droit à toutes les sympathies, et personne ne peut douter de celle de mon Roi et de mes concitoyens. C’est avec une vive émotion, Monsieur le Gouverneur, que je bois à la grandeur et à la prospérité de votre belle patrie.

« Messieurs, au bonheur de la France. »

Ce toast, porté avec une chaleureuse émotion, excita dans rassemblée le plus vif enthousiasme, et fut suivi d’applaudissements prolongés.

M. Alma, secrétaire-général du Gouvernement, demanda ensuite la parole et s’exprima dans les termes suivants :

« Monsieur le Gouverneur,

« Il est difficile de bien s’exprimer dans une langue qui ne nous est pas familière. Je ferai cependant mes efforts pour rendre le plus clairement possible les sentiments que j’éprouve.

« Hier, en franchissant l’entrée du Maroni, je songeais à l’avenir que Dieu réserve à ces admirables contrées, et je me pénétrais de plus en plus de la pensée que les Guyanes étaient appelées à devenir le rendez-vous de nombreuses populations qui trouveront dans les richesses de leur sol des éléments de bien-être et de prospérité. Alors, ces grandes solitudes se transformeront. A l’immobilité succéderont la vie et le mouvement ; et ces vastes territoires, sillonnés partout de rivières navigables et aujourd’hui si délaissés, prendront, parmi les colonies de l’Amérique, le rang qui leur est destiné. Mais ce n’est pas, Monsieur le Gouverneur, de l’avenir que je veux parler, c’est du présent et de votre sage administration. Je sais que depuis longtemps vous connaissiez la Guyane française ; vous en aviez étudié les besoins et apprécié les merveilleuses ressources, et vous avez, par votre haute intelligence et votre constante sollicitude, donné à ce pays un développement et une prospérité jusque là inconnus. Habitant de la colonie voisine et versé moi-même dans les choses administratives, il m’était facile de constater le grand progrès qui s’accomplissait et qu’on doit tout entier à votre intelligente et féconde activité. Je n’ignore pas, du reste, que tous les habitants de la Guyane française sont pénétrés pour vous de la plus vive et de la plus sincère reconnaissance. Je bois donc, Monsieur le Gouverneur, à la prospérité de la colonie que vous administrez, et je suis persuadé que ce toast trouvera de l’écho dans tous les cœurs. »

Plusieurs toasts furent encore échangés de part et d’autre ; et à la suite du banquet, M. le baron Van Sypesteyn voulut bien passer parmi nous le reste de la journée, et ne repartir que le lendemain après une excursion à l’usine à sucre de Saint-Maurice et dans les plantations des concessionnaires, charmant tout le monde par son esprit et la distinction de ses manières. La soirée se termina par un superbe feu d’artifice offert à Madame Loubère, par M. le Gouverneur de Surinam.

Le surlendemain, un magnifique banquet, plein d’entrain et de gaieté, offert par M. le baron Van Sypesteyn à M. et Ma­dame Loubère, réunissait vingt personnes sur la rive gauche du fleuve, chez l’honorable M. Kappler, consul hollandais. Au dessert, M le baron Van Sypesteyn s’est levé et a porté le toast suivant :

« Monsieur le Gouverneur,

« Je bois à votre santé et à la prospérité du beau pays que vous administrez. Si je réunis ces deux toasts, c’est que votre nom est désormais attaché à cette colonie et qu’il n’est plus possible de l’en séparer. Parler de la Guyane française, c’est parler de M. Loubère et du bien qu’il y a fait; c’est rappeler l’énergique dévouement avec lequel il a travaillé à son bien-être et à sa prospérité, l’essor vigoureux et ferme qu’il a imprimé à toutes les branches de son industrie. Vous connaissiez depuis longtemps, Monsieur le Gouverneur, cette grande colonie avant d’en prendre l’administration ; vous l’aimiez sincèrement, et vous l’avez bien prouvé par toutes les marques d’attachement et de dévouement que vous lui avez données. Sous votre vive et forte impulsion, il s’est opéré dans le pays une véritable transformation. Des voies de communication établies, les finances restaurées, l’immigration largement dotée, l’industrie aurifère prenant tout à coup un développement inespéré et attirant à elle les capitaux étrangers, tels sont les faits principaux que récemment, dans une circonstance solennelle, le Président de la Chambre d’agriculture et de commerce rapportait tout à l’honneur de votre administration. Permettez-moi de m’associer à cette appréciation, comme aussi à la conséquence qu’en a si justement tirée l’honorable M. Couy, lorsqu’il a dit que tout annonçait la régénération de la Guyane française. Je n’ai plus, Monsieur le Gouverneur, qu’un vœu à former, c’est que Dieu vous donne assez de force et de santé pour continuer votre œuvre et la conduire à son complet achèvement.

« Messieurs, à la santé de M. Loubère, à la prospérité de la Guyane française ! »

M. Loubère a paru très-vivement touché de ces paroles flatteuses. Il s’est levé aussitôt pour répondre, et il s’est exprimé de la manière suivante :

« Monsieur le Gouverneur,

« Je vais avoir l’honneur de porter un toast à la prospérité et à la grandeur de la Hollande, ainsi qu’à la perpétuité des sentiments d’amitié qui unissent nos deux nations.

« Mais avant, je dois vous remercier, Monsieur le Gouverneur, de vos appréciations si flatteuses sur les actes de mon administration, à Cayenne. J’y suis très sensible, en vérité; mais la loyauté me fait un devoir de répéter, ici, ce que j’ai eu occasion de dire en maintes circonstances, c’est que les résultats favorables qui se produisent dans notre colonie et dont on semble faire exclusivement honneur à mon mérite personnel, sont dus principalement au zèle intelligent et dévoué de mes collaborateurs, de mes conseillers, ainsi que des membres de notre assemblée élective, dont les votes patriotiques et l’excellent esprit m’ont toujours secondé avec dévouement.

« Je me plais à rendre ce témoignage à tous, dans la personne de ceux qui figurent à ce banquet et qui comptent parmi les plus distingués, particulièrement à mon honorable ami, M. Couy.

« Maintenant, Monsieur le Gouverneur, je reviens au toast que je proposais tout à l’heure en l’honneur de la Hollande, votre noble patrie, qui sans occuper, géographiquement, une grande étendue sur la carte de l’Europe, n’en compte pas moins parmi les grandes nations.

« La Hollande, en effet, par ses progrès dans les beaux-arts et les sciences, par sa haute civilisation, par la sagesse de son gouvernement, par les fastes militaires de son histoire nationale où l’on voit ses hommes de guerre et ses marins illustres rivaliser de gloire avec ceux des peuples les plus puissants et les plus éclairés, aura toujours sa place honorablement marquée parmi eux. A ce propos, et si je ne craignais de répéter ce que j’ai dit, il y a deux ans, dans une circonstance analogue, je rappellerais qu’un de ses guerriers célèbres, un ancêtre de votre Roi, fit plus d’une fois échec aux plus habiles généraux de Louis XIV ; et que les exploits de Tromp et Ruyter feront passer la mémoire de ces grands hommes jusqu’à la postérité la plus reculée. — Ajoutons encore, à l’honneur de votre patrie, que, par le développement de son commerce et de son industrie, que les nombreux bâtiments de votre marine font rayonner dans le monde entier et, enfin, par sa puissance coloniale, dont la domination dans les Indes orientales s’étend sur plus de 3o millions de sujets, la Hollande a, de droit, son rang parmi les grandes nations.

« Aussi, nous autres Français, apprécions-nous à sa précieuse valeur l’amitié que vous nous témoignez, et proclamons-nous hautement que cette amitié est cordialement réciproque.    « Si, jadis, il a pu exister entre la France et votre pays quelque sujets de rivalité, il ne reste plus depuis longtemps, entre le deux nations, que des sujets de mutuelle estime et de sympathie, des intérêts communs, des aspirations à peu près identiques et peut-être aussi les mêmes raisons de se tenir en garde contre les ambitieuses convoitises de ceux qui prennent pour maxime de leur politique internationale, « que la force prime le droit. »

« Honneur donc et amitié au bon et loyal peuple néerlandais ! — (Bravos et applaudissements prolongés.)

« Eh ! bien, maintenant, Messieurs, répétons ensemble : A la prospérité et à la grandeur de la Hollande, ainsi qu’à la perpétuité des sentiments d’amitiés qui unissent nos deux nations ! »

Ce toast, comme le précédent, a été chaleureusement applaudi. Plusieurs autres ont été encore portés, notamment par M. le secrétaire général du Gouvernement de Surinam. Il a parlé de la visite qu’il avait faite sur les concessions et dans les principaux établissements du Maroni, du bon ordre et du travail qu’il y avait constatés, et des légitimes espérances que cet état de choses faisait concevoir. Il a ensuite félicité les différents chefs du service pénitentiaire, et en particulier, M. Mélinon, des résultats obtenus.

Le 25, les deux Gouverneurs se sont rencontrés une dernière fois sur le territoire du Maroni où ils s’étaient donné rendez-vous pour s’entretenir d’affaires concernant les deux colonies ; et après un déjeuner sans cérémonie offert à M. le baron Van Sypesteyn et qu’il a charmé par des anecdotes empruntées à notre littérature, son Excellence nous a quitté en nous assurant de son vif désir de venir bientôt nous visiter à Cayenne, s’il n’était retenu par les affaires de son gouvernement. Puisse ce souhait se réaliser ! M. le baron Van Sypesteyn peut être convaincu qu’il y trouvera un accueil plus digne de lui, bien profondément et bien sincèrement sympathique.

M. le Gouverneur Loubère, après avoir terminé les travaux qui l’avaient amené au Maroni, est rentré au chef-lieu avec les personnes de sa suite, le samedi 27 juin, dans l’après-midi.

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