La Guyane Française en 1865 (chapitre 5)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France.
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

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Septième partie

                      Chapitre V

Règne animal
Quadrupèdes. Oiseaux. Reptiles. Insectes. Poissons.

Barrère, médecin botaniste du roi en 1741, est le seul auteur qui ait donné, dans son Histoire naturelle de la France équinoxiale, une nomenclature a peu près complète, mais aride, des animaux de la Guyane française ;  il se borne, en général, à citer chaque espèce sous un nom latin que la plupart du temps, selon Cuvier, il forge lui-même. De Préfontaine, commandant de la partie Nord de la Guyane en 1764, et Bajon, chirurgien- major, à Cayenne, de 1765 à 1776, n’ont décrit, avec quelque détail, le premier, dans ses Mémoires, le second, dans sa Maison  rustique, que quelques espèces d’animaux qui paraissent seuls avoir fixé leur attention. Buffon et Cuvier ont fait rentrer dans les grandes divisions du cadre de leur Histoire naturellecertaines espèces particulières au continent méridional américain ; mais il faut une grande expérience pour appliquer à chaque individu du règne animal, connu à la Guyane sous un nom particulier, le nom qu’il doit porter dans la classification générale. M. Leprieur, pharmacien de 1erclasse de la marine, en retraite, a bien voulu me prêter son aide pour la partie relative aux quadrupèdes et aux reptiles. Toutefois, malgré nos soins, malgré mes recherches malgré les renseignements que j’ai pu recueillir auprès de personnes ayant passé presque toute leur vie dans les grands bois, je suis loin de penser que cette partie de mon travail soit complète. C’est a un homme spécial seul qu’il appartiendra de combler les lacunes qu’on y pourra reconnaitre.
Je divise ce chapitre en cinq parties, en suivant la classification établie par Cuvier:
– 1° mammifères ;
– 2° oiseaux ;
– 3° reptiles ;
– 4° insectes ;
– 5° poissons.

  • 1erMammifères

Les forêts de la Guyane française abondent en singes de toutes sortes, depuis le tamarin et le sapajou, gros comme des rats, jusqu’ausinge hurleur ou singe rouge, grand comme un orang-outang.

Les plus communs sont:

1° Le macaque, dont quatre espèces : le caparou (lagothrix humboldtii), le grison (lagothrix canus), tous deux d’une gourmandise singulière, le macaque ordinaire ou sajou (Lagothrix appella) et le sajou cornu (lagothrix fatrullus), qui s’apprivoisent facilement ;

2° Le tamarin (simia midas) le plus petit de tous, noir, avec quatre mains jaunes ;

3° Le quouata (ateles paniscus), de couleur noir-foncé, à grands poils, aux extrémités disproportionnées, très longues et très décharnées, à face rouge et repoussante ;

4° Le singe rouge ou hurleur, dont deux espèces : 1° le hurleur noir (stentor ursinus) ; 2° le singe rouge ou hurleur (stentor seniculus).

On trouve également de nocthore de Cuvier, bouroucouli de Humboldt, singe de nuit ou maman-guinan de la Guyane. Tous ces singes sont à peu près de la même taille, et tous, à l’exception du singe rouge, sont bons à manger.

Le plus remarquable est le singe rouge : son poil est très long : celui de la tête se dresse et entoure, en forme de rayons, un visage hideux, long, large du haut, étroit du bas ; il a un collier de barbe très long et très fourni, se terminant en pointe  son nez est écrasé, son œil rouge, sa prunelle noire ; un cou noir et allongé, presque sans poils, est placé sur des épaules étroites : son corps mince se termine brusquement par un ventre énorme. À l’extrémité des bras et des jambes de ce quadrumane sont des mains ou pieds décharnés dont chaque doigt est aussi long que la moitié de la jambe. J’en ai va plusieurs au Maroni : l’un d’eux avait au moins un mètre et demi de haut. Leurs cris, semblables à un râle, sont effroyables et s’entendent de Saint-Laurent.
Parmi les carnassiers chéiroptères se trouvent, à la Guyane:
De nombreuses espèces de chauves-souris parmi lesquelles on remarque le vampire (vespertilio spectrum), qui suce le sang des hommes et des animaux dont il prolonge le sommeil en agitant ses ailes longues de dix-huit à vingt pouces ; son corps, couvert d’un long poil roussâtre, est de la grosseur d’un rat. La forme de son nez est singulière : il ressemble à un fer de lance qui a deux branches à sa base. Son museau est fort large ; ses oreilles sont très grandes, et il a, sur leur côté externe, une assez longue échancrure qui commence à leur extrémité. Il a, en outre, un petit oreillon pointu : ses yeux sont enfoncés dans leurs orbites ;
A la tête du genre chat, on doit placer les tigres de la Guyane, que Buffon considère comme des espèces différentes du vrai tigre. On en connaît cinq espèces :

1° Le tigre à peau tigrée (léopard, felis leopardus) à taches rondes, mais plus grande que celles du léopard ;

2° Le tigre rouge (couguar, felis discolor) à taches horizontales, et de plus petite espèce ;

3° Le tigre noir ;

4° Le petit tigre margai (ocelot, felis pardalis de Linné) ;

5° Le chat-tigre (felis jaguarondi), qui ne fait la guerre qu’aux petits animaux et aux oiseaux.

Il ne faut pas croire que leur rencontre offre, pour l’homme, un péril inévitable. Tous ceux qui ont parcouru les forêts de la Guyane s’accordent à dire que le tigre est timide et lâche vis-à-vis de l’homme et qu’il fuit a son approche. Un nègre, imprudemment endormi dans un lieu écarté́ peut être surpris et dévoré ; mais, si l’on est sur ses gardes, si l’on fait quelques mouvements, le tigre passe ou se tient à distance. Je n’ai entendu dire par personne qu’un blanc ait jamais été attaqué par un tigre ; mais, affamé, il se jette sur les gros animaux et les emporte dans les bois pour en faire sa pâture.

Après les tigres, vient l’espèce, très nombreuse à la Guyane, des jaguars (panthère femelle de Buffon, grande panthère des fourreurs de Cuvier, felis onça de Linné).
La longueur du jaguar de la Guyane ou ; comme on l’appelle plus communément du tigre d’Amérique est d’un peu plus d’un mètre, et sa hauteur de huit décimètres. Son pelage, d’un fauve vif en dessus, est marbré, à la tète, au cou et le long des flancs, de taches noires et irrégulières ; aussi cette magnifique robe mouchetée est-elle très recherchée pour les tapis. Il fait une guerre acharnée aux chevaux, aux génisses, aux taureaux ;  on le voit aussi courir après le gibier, se lancer dans l’eau pour saisir certains poissons  dont il est friand, et se mesurer, dit-on, avec l’adversaire le plus redoutable de ces régions  le caïman. L’agilité du jaguar lui permet de monter, à l’aide de ses griffes, jusqu’à la cime des arbres les plus élevés. Il s’y tient en embuscade, et au moment où la proie qu’il guette passe à sa portée, il tombe sur elle et ne lâche prise que lorsqu’il s’est repu de chair et de sang.
Parmi les rongeurs, il faut citer :
Un charmant petit animal appelé à la Guyane guélingué. C’est unevariété de l’écureuil (sciurus palmarum) ou rat palmiste dont il a l’odeur.
L’écureuil (sciurus palmarum) appelé dans le pays rat palmiste.
Le couendou (hystrix prehensilis de Linné), espèce de porc-épic à piquants noirs et blancs, à poi1s brun-noir, à queue prenante ; ses oreilles sont fort petites et presque cachées sous les piquants ; ses yeux sont grands et brillants ; sa longueur est d’environ deux pieds et demi ; ses jambes sont fort courtes, et ses pieds ressemblent à ceux du singe. Ses narines sont environnées de longs poils qui forment une barbe semblable à celle du chat, sa queue n’est couverte de piquants que jusqu’à la moitié, et l’autre a des poils semblables aux soies du cochon. Il semble que la peau de cet animal soit mobile ; tant il a de vivacité à faire mouvoir les dards dont elle est garnie. Il ne mord pas excepté lorsqu’on l’irrite : alors il dresse ses piquants.
Le hérisson (erinaceus) ne doit pas être confondu avec le précèdent. Il n’a guère que huit pouces de long ; ses piquants sont courts, gros, durs et d’un jaune pâle.
On trouve aussi dans les bois de la Guyane un rongeur qui rappelle le cochon d’Europe ; mais, en l’examinant avec attention, on s’aperçoit bientôt qu’il est d’une espèce tout à fait différente. On en connait trois espèces le cochon marron, le cochon de bois (sus tajassou) et le patira, que Buffon décrit sous le nom de pécari à collier (dicotylis torquatus).
Ces trois espèces de pachydermes ne différent que par la taille et les habitudes : la structure de toutes les parties de leur corps est absolument identique. Les soies de ces suilliens d’Amérique sont plus grosses, plus longues, plus dures et plus rares que celles des cochons d’Europe. La couleur n’est pas exactement la même dans les trois espèces: celle du cochon marron est brun foncé ; celle du cochon de bois, brun-rougeâtre ; celle des patiras, gris-brun avec un collier blanc : ils ont tous les trois sur les lombes une glande large et ronde à côté de laquelle est une ouverture qui laisse, échapper une humeur fort épaisse et de très mauvaise odeur. Si l’on n’a pas soin d’enlever cette glande, elle communique à la chair un goût d’ail si prononcé qu’il devient impossible de la manger.
Ces animaux n’ont pour queue qu’un petit tronçon qui n’a pas plus d’un pouce de long.
Les cochons de bois sont très dangereux. Le tonnerre les met en mouvement dans les forêts qui leur servent de retraites et les en fait sortir. Ils passent souvent par bandes auprès des habitations et on les tue alors par centaines avec des bâtons, des haches, des couteaux même ; jamais ils ne se dérangent de leur route, et, aussi méchants qu’opiniâtres, ils mordent les chiens qui les poursuivent et même les hommes, quand ceux-ci les attaquent en petit nombre. On a observé que lorsqu’on leur tire un seul coup de fusil, ils accourent tous vers celui qui a tiré ; ils ne s’épouvantent et ne prennent la fuite que si on leur fait une décharge générale. Si, un homme seul en rencontrait une bande au milieu des bois, le meilleur parti qu’il aurait à prendre serait de monter sur un arbre et de les laisser passer tranquillement ; car s’il s’avisait de les attaquer ou de prendre la fuite, ils se rueraient tous sur lui et le mettraient en pièces. Plusieurs habitants des quartiers m’ont dit, d’ailleurs, que l’on est toujours prévenu à temps de leur présence : ils font entendre, en effet, un grognement si fort qu’on les entend de très loin.
De 1826 à 1847, ces animaux ont disparu des forêts de la Guyane, non par suite d’une épizootie, mais d’une migration dont la cause est inconnue.
La chair de tous ces pachydermes est très bonne, surtout celle des patiras qui est tendre et d’un goût exquis.
L’agouti (cavia aculi), sorte de lièvre très commune à la Guyane, est un des gibiers les plus estimés. Il n’y a guèrè que  le pack qui puisse lui être préfère. L’agouti, qu’on trouve dans l’Ile-de-Cayenne est plus petit et de qualité inférieure à celui qu’on chasse dans les grands bois. Il se nourrit de fruits et de graines et est, surtout, très friand du fruit de l’aouara et de racine de manioc.
A côte de l’agouti, on peut placer l’acouchi (cavia acuchi) qui a avec lui une ressemblance générale : il en diffère en ce qu’il n’a guère que le quart de sa taille et qu’il a une petite queue de deux pouces et demi, tandis que l’agouti n’en a point. On ne le trouve qu’à quelque distance de la mer. Sa chair est plus tendre, plus délicate que celle de l’agouti.
Le pack (cœlogenys ; joue creuse) est sans conteste le meilleur gibier de la Guyane : sa chair est blanche et succulente. Ce petit rongeur, beaucoup plus gros que l’agouti, lui ressemble par son organisation générale. Il est difficile à prendre parce qu’il plonge dans l’eau et peut y rester un temps considérable sans respirer. Il faut des chiens dressés pour le chasser. Il se cache dans la terre à trente ou quarante centimètres. Il ménage trois  issues en triangle dans la retraite où il se blottit il les recouvre de feuilles sèches pour donner le change au chasseur qui peut croire que c’est un ancien terrier abandonné. Quand on veut le prendre en vie,  on bouche deux issues et on fouille la troisième.
Le cabiai (hydrochœrus), appelé́ dans le pays capiaye, est un bon gibier : ce rongeur pèse souvent trente et même quarante kilogrammes. Il peut rester longtemps sous l’eau et passe pour être amphibie. Sa tête a près de huit pouces de longueur, son museau est gros et obtus, sa mâchoire inférieure plus courte que la supérieure; ses yeux sont grands et noirs; ses oreilles petites et pointues ; il a des moustaches comme celles du chat et n’a presque point de queue. Tout son corps est couvert d’un poil noirâtre, rude et fort court.
Le coati (nasua) est une espèce de renard ; il en a la forme, mais il est plus petit. On en compte deux espèces : le roux et le brun.
Le coati roux (viverra nasua), fauve, roussâtre, avec des anneaux bruns à la queue ;
La loutre (lutra lataxina) qui se trouve en grandes bandes très avant dans l’intérieur.
Ils appartiennent au groupe des plantigrades qui  est voisin des ours. Les coatis, se réunissent en troupes pour chasser.
On remarque, encore à la Guyane un animal assez remarquable, le chien sauvage. On en connaît deux espèces (et non trois le chien crabier étant un sarigue) qui paraissent n’être que des variétés, car elles ne différent entre elles que par quelques habitudes et quelques légers caractères extérieurs. Ces deux espèces sont: le chien sauvage ou chien bois (koupara de Barrère) et l’ayra.
Le premier, de couleur grisâtre, est celui des trois qui a le plus de rapport avec le chien d’Europe. Il est excellent pour la chasse, dont il a l’instinct. Cette espèce s’est beaucoup multipliée sur les habitations et s’est mêlée, par son accouplement, avec nos chiens européens.
Le chien qu’on appelle ayra est d’un noir grisâtre et semble s’éloigner davantage des espèces connues en Europe : plus grand que le chien sauvage, il en a la tête, le museau, la gueule: et les dents ; mais ses oreilles sont plus courtes, les doigts des pattes plus longs et les ongles plus crochus. Il ne poursuit pas comme le chien sauvage, son gibier à la piste ; il se cache dans les endroits où ce gibier a coutume de passer, le guette et se jette sur lui par surprise. Ce groupe peut prendre place entre les loups et les chacals voisins des renards.
On trouve aussi à la Guyane le sarigue (didelphus), dont on connaît quatre espèces :
1° Le crabier ou grand sarigue de Cayenne, appelé pian dans le pays ( didelphus cancrivora de Linné) ;
2° Le raton-crabier, appelé chien crabierà la Guyane (ursus cancrivorus) ;
3° Le quatre-œils (didelphus opossum) ;
4° Le cayopolin (didelphus dorsigera) ou rat de bois.

Le premier est le plus grand : on le trouve partout ; son nom de pian ou puant lui vient de son odeur très désagréable.

Le second, appelé ainsi des crabes dont il fait sa nourriture, et qu’il tire de leur trou avec ses pattes et ses ongles, a le poil fauve et les oreilles un peu longues. Cette espèce ne se mêle pas avec les chiens sauvages, comme on l’a dit : elle est carnivore.

Le troisième est plus petit ; son nom lui vient de ce qu’il a au-dessus de chaque œil une tache blanche qui semble en représenter un second.

Enfin, la quatrième espèce ne se trouve que dans les grands bois : c’est la plus petite.

Les quatre espèces ont sous le ventre cette poche, si connue, dans laquelle se trouvent les mamelles où les petits se suspendent et se réfugient ; les deux plus grandes espèces ont  l’ouverture de la poche transversale ; les deux autres, longitudinales.

On trouve encore à la Guyane le fourmilier,  dont le nom dérive de l’habitude qu’a ce mammifère de ne se nourrir que de fourmis. Il y en a trois espèces :

1° Le tamanoir (myrmecophaga jubata) qui à une crinière et une queue garnies de crins très épais et très gros. Attaqué par un tigre, il ne fuit pas, lui enfonce ses ongles, de douze à quatorze centimètres de longueur, dans les flancs, et ne lâche prise que lorsque la vie l’abandonne. Il habité les forêts, mais ne grimpe pas sur les arbres.
2° Le tamandua (myrmecophaga tamandua), que Barrère nomme Ouatiriouaou ;
3° Le fourmilier à deux doigts (myrmecophagadidactyla), à la peau pâle, gros comme un rat.

Il y a aussi deux espèces de moutons paresseux :
1° L’unau (bradypus didactylus) qui vit sur les arbres et si l’on en croit Buffon, ne les abandonne que lorsqu’ils sont complètement dépouillés ; mais le lait est, dit-on, fort douteux. Cet animal n’a que deux doigts; J’en ai vu un â bord du Casabianca :c’était une femelle qui avait un petit. Son poil était entièrement gris ; sa tête avait quelque chose de celle du singe; sa gueule était assez grande et armée de longues dents, ses yeux étaient tristes et abattus ; elle étendait ses jambes de devant en forme de bras, plus longues que celles de derrière, avec une nonchalance singulière; ses pieds étaient plats, armés de trois ongles longs  et pointus : je ne lui ai point vu de queue. Lorsqu’on lui donnait quelque chose a prendre avec ses griffes, elle ne lâchait prise que difficilement. Un accident lui enleva son petit ; elle le chercha par tout le bâtiment et , enfin, malgré l’extrême lenteur de ses mouvements, elle parvint au pied de l’échelle de commandement, se laissa tomber à l’eau dans la rivière de Surinam et gagna la rive à la nage;
2° L’aï (bradypus tridactylus) à trois doigts ; c’est le plus lent des deux.

Viennent ensuite le tatou (dasypus sexinctus) dont la chair est très délicate, animal et reptile qui porte une cuirasse d’écailles pliante se prêtant à tous ses mouvements, et sa variété le cabassou (dasypus unicinctus),  plus gros que le tatou, terrant sur les mornes, et dont la chair fétide sent le musc.

La biche (cervus) est le plus grand quadrupède de la Guyane après le tigre. On en trouve cinq espèces distinctes :
1° La biche de palétuviers ou biche blanche n’a pas encore été décrite, je crois : elle n’est pas dans Cuvier. C’est la plus grande espèce; son pelage  est très pâle. Elle fait sa demeure ordinaire dans tous les terrains couverts de mangliers (nom collectif de divers genres de palétuviers), sur le bord de la mer. Cette espèce de biche est très commune tout le long de la côte où on la voit souvent par troupes. Lorsque la mer monte, les biches se mettent sur les racines élevées de ces arbres, et elles y restent jusqu’à ce que la marée, en baissant, laisse les terres vaseuses à découvert;
2° La biche barlou (cervus paludosus ?), qui se rapproche des daims,  a des andouillers avec des empaumures ;
3° La biche rouge (cervus refus) a des cornes simples ; cette : espèce ne se trouve que dans les terrains, secs, élevés et couverts de forêts épaisses ; elle est presque aussi grande que celle d’Europe, mais sa chair est inférieure à celle des autres biches ;
4° Le kariacou à couleur fauve cannelle, (cervus nemorivagus ?), a cornes simples, très svelte ;
5° Le kariacou à pelage gris de souris (cervus simplicicornis), plus trapu, plus rare.
Ces deux derniers quadrupèdes sont des espèces de chevreuils dont la chair est blanche et très délicate ils n’ont guère que la moitié de la taille des deux autres espèces et atteignent à peine à la grosseur d’un très petit mouton. Ils ne se trouvent qu’à une certaine distance de la mer, dans l’intérieur, et, en général, sur les montagnes.

On peut citer, comme le plus grand mammifère des régions équatoriales, le maïpouri (tapir americanus de Linné) remarquable par une espèce de trompe, placée a l’extrémité́ de son museau et formée de l’assemblage de plusieurs muscles très forts qui servent à la mouvoir dans tous les sens.
La chair des jeunes maïpouris est bonne, nutritive, et ressemble à celle du veau. Salée, elle se conserve et est d’une grande ressource pour les habitants de l’intérieur. On peut se servir de la peau des plus vieux pour faire des semelles de souliers : elle est supérieure, pour cet usage, a celle du bœuf.
Il y a dans les forêts une variété sinon une autre espèce, de maïpouri beaucoup plus grande que celle qu’on trouve sur la côte. Son pelage, au lieu d’être noir, est d’un gris-isabelle.

On trouve enfin, en abondance, dans tous les lacs situés sur le littoral de la Guyane, le lamentin ou vache de mer (manatus americanus), le marsouin (delphinus phocœna), et le souffleur (delphinus tursio). Ces amphibies séchés et salés pourraient devenir l’objet d’un commerce considérable avec les Antilles.

  • -2. —Oiseaux.

Quand on parcourt les vastes savanes et les immenses forêts  de la Guyane on est frappé de la multiplicité des oiseaux qui les peuplent. On trouve en abondance beaucoup d’espèces semblables à celles de l’ancien continent et d’autres qui sont particulières au nouveau; on y voit ces admirables oiseaux de couleur dont les plumes, préparées avec art, fournissent des fleurs l’exportation ou qui, montées en buissons, font l’ornement de nos salons ; on rencontre, enfin partout  à Cayenne même et dans ses environs, ces merveilleux petits oiseaux, étincelants de reflets métalliques, qui ont emprunté leur nom aux perles précieuses dont ils offrent une image aérienne.

Nous continuerons à suivre, dans  l’énumération des principales espèces d’oiseaux de la Guyane, la division, établie par Cuvier, fondée; comme la distribution des mammifères, sur les organesde la manducation ou le bec et sur ceux de la préhension, c’est-à-dire, encore le bec et surtout les pieds.
Parmi les oiseaux de proie, il faut citer : le grand aigle (falco harpya) au bec et aux serres duquel n’échappent pas les plus gros animaux ; le roi des vautours (vultur papa de Linné), décrit longuement par Buffon (Oiseaux, t. XX, pages 168 à 173).
Ce qu’il a de plus remarquable, c’est, au-dessous de la partie nue du cou, une espèce de collier formé par des plumes douces, assez longues, et d’un cendré; foncé, ce collier, qui entoure le cou entier et descend sur la poitrine, est assez ample pour que l’oiseau puisse y rentrer et y cacher son cou et une partie de sa tête comme dans un capuchon, ce qui lui a fait donner, par quelques naturalistes, le nom de moine. « Ce bel oiseau, dit Buffon, n’est ni propre, ni noble, ni généreux; il n’attaque que les animaux les plus faibles et ne se nourrit que de rats, de lézards de serpents et même des excréments des animaux et des hommes, aussi a-t-il une très mauvaise odeur et les sauvages mêmes ne peuvent manger de sa chair. » Nous devons nommer encore l’urubu (vultur jola), appelé ouroua ou aurapar les Indiens de la Guyane, et le petit vautour de Cayenne ou couroumou (falco cayennensis), se jetant en troupes sur les cadavres et débarrassant de leurs immondices les localités habitées.
Parmi les oiseaux de proie nocturnes, tels que les grands hiboux, les ducs, les chat-huants, les chouettes et les effraies, on remarque le grand-duc (stryx bubo), dont le plumage est entièrement blanc et la tète noires et la chevêche fauve, chat-huant de Cayenne (stryx cayennensis),  qui est irrégulièrement et finement rayée en travers de brun sur un fond fauve.
Le second ordre des oiseaux, qui comprend la famille des passereaux, a de nombreux représentants à la Guyane: les pie-grièche (lanius excubitor) et une espèce de bécarde (lanius cayanus), cendrée, à tête, aîles queue noires ; les gobe-mouches (muscicapa), les moucherolles (muscipeta) et les tyrans (tyrannus), en tête desquels figure le moucherolle à huppe transverse ou roi des gobe-mouches (todius regius), remarquable par l’éventail de plumes mobiles, ornées de brillantes couleurs, qu’il porte longitudinalement sur la tête, et le gymnoçéphale ou choucas-chauve (corvus calvus), que les nègres appellent à Cayenne oiseau mon père, la seule espèce connue grande comme une corneille et de couleur de tabac d’Espagne ; les pics, parmi lesquels on distingue le grand pic rayé de Cayenne (picus melanochloros), le petit pic rayé de Cayenne (picus cayennensis de Gmel), le pic jaune de Cayenne (picus flavicans lath), le très petit pic de Cayenne (yunx minustissima de Cuvier), l’ouantou ou pic noir huppé de Cayenne (picus lineatus) ; les cotingas (ampelis de Linné), au plumage pourpré et azuré, parmi lesquels se font remarquer le cotinga rouge (coracias militaris), le gri-vert ou rolle de Cayenne (coracias cayennensis), l’ouette(ampelis carnifex), le pompadour ( ampelis pompadora), le cordon bleu (ampelis colinga) et la litorne (ampelis carunculata) à plumage entièrement blanc, à tête ornée d’une longue caroncule molle, et dont la voix, sonore comme le son d’une cloche, se fait entendre à plus d’une demi-lieue ; les tangaras (lanagra de Linné), qui se font remarquer dans les collections par des couleurs vives et au nombre desquels est le petit-louis (pipra musica), qui module des sons très variés et très agréables ; les manakins (pipra), dont le plus grand, le coq de roche ( pipra rupicola), porte sur la tête une double crête de plumes disposées en éventail ; les merles, parmi lesquels on distingue le merle roux (tardus rufifrons de Gmel), et le petit merle brun à gorge rousse ; le grisin de Cayenne (molacilla grisea Gmel), décrit par Buffon ; les hirondelles (hirundo americana), l’engoulevent (caprimulgus cayennensis), qui pousse des cris si forts qu’on l’a confondu avec l’espèce vociferus: son cri lui a fait donner le nom de montvoyau, syllabes qu’il prononce distinctement :  les ortolans (emberiza hortulana), les cardinaux (tanagra guyanensis), les septicolores (tanagra septicolor), le petit cul-jaune de Cayenne (oriolus xanthornus de Gmel), le troupiale olive de Cayenne (oriolus olivaceus) ; les cassiques, au bec conique, gros à la base, aiguisé en pointe, parmi lesquels on compte de cassique vert de Cayenne (oriolus crislalus de Gmel ); le cassique huppé ; le pit-pit (cassicus dacnisde Cuvier), petit oiseau bleu et noir ; les picucules (gracula cayennensis de Buffon) ; les oiseaux mouches dont la tête est garnie d’une huppe en forme d’étoiles et parmi lesquels figurent les rubis- topaze (trochilus pella) ;  l’arlequin (trochilus multicolor), le queue-fourchue (trochilus furcatus), et les martins pécheurs (todus de Lacépède).
Dans le troisième ordre des oiseaux ou des grimpeurs on remarque  à la Guyane : les toucans ou gros-becs (ramphaslos de Linné), remarquables par la grosseur démesurée de leur bec et la variété́ des nuances de leur livrée ; leur langue est une plume ; les perroquets (psittacus de Linné), nombreuses espèce à la tête grande, au bec et au crane durs, aux ongles crochus, au plumage éclatant. Ils ont quatre doigts aux pieds, deux devant et deux derrières. Ils se servent en grimpant de leur bec comme d’un crochet pour soulever leur corps. Leur langue est large et ronde par le bout. Parmi eux on distingue les aras (ara), dont les joues sont dénuées de plumes, les ailes mêlées de bleu, de rouge et de jaune, la queue rouge et la tête, le col et le ventre couleur de feu. Enfin, viennent les perruches, dont plusieurs espèces, entre autres les perruches-aras (psittacus guyanensis), qui ont le tour de l’œil nu. Elles sont presque toutes vertes ; leur petitesse fait leur beauté : on leur apprend facilement à parler.
Parmi les grimpeurs doit être rangé le charpentier jaune (picus citrinus), qui se distingue des autres espèces par une fort belle huppe rouge sur la tête ; les plumes de ses ailes sont bleuâtres, celles du cou, de la poitrine et du ventre de couleur citron. Il donne, dans les branches d’arbre, de grands coups de bec qui s’entendent de fort loin.
Les gallinacés de la Guyane française tiennent une place importante dans le quatrième ordre des oiseaux : le hocco (crax globicera), espèce de dindon sauvage dont la tête est surmontée d’une huppe blanche et noire qu’il baisse et relevé à volonté ;d’un manger délicieux ; la marail (penelope leucolophos), espèce de faisan dont le plumage a des reflets bleuâtres : le yacou ( penelope de Merrem), sorte de marail très facile à élever ; le parrakoua ou catraca de Buffon (ortalida de Merrem), le faisan de la Guyane : sa voix est  très  forte et articule le mot de pa-ra-quoi; la pintade (numida meleagris de Linné) ; la grande poule d’eau de Cayenne (fulica cayennensis), très commune dans les marais de la Guyane et même dans les environs de Cayenne ; la perdrix rouge (tetrao rufus), la perdrix grand bois (tetrao montanus),la caille ou tocro de Buffon (tetrao guyanensis), les tinamous (tinamus), le ramier (columba palumbus), la tourterelle (columba turtur) dont deux espèces : l’une rouge et l’autre à collier d’or. On prétend que le mâle, modèle de fidélité conjugale, ne s’attache qu’à une femelle.
La chair de tous ces gallinacés est délicate et d’un goût exquis.
Dans le cinquième ordre des oiseaux, qui comprend les échassiers ou oiseaux de rivage, on trouve, à la Guyane française : les pluviers (charadrius de Linné), petite espèce d’outarde : il y en a plusieurs espèces, parmi lesquelles le pluvier armé de Cayenne (charadrius cayanus dê Linné) ; les ralles, parmi lesquels se trouve le petit ralle de Cayenne (rallus minimus de Linné),  et le ralle tacheté de Cayenne (rallus variegatus Linné); le cariama (microdactylus cristatus), qui surpasse le héron par la taille et se nourrit de lézards et d’insectes qu’il poursuit dans les lieux élevés et sur les lisières des forêts ; l’agami ou caracara de Buffon (psophia crepitans) : il s’attache comme un chien et se laisse apprivoiser au point de garder les volailles laissées libres, de les défendre au besoin et de veiller le soir à leur rentrée au poulailler. Le surnom d’oiseau-trompette lui vient de la faculté qu’il a de faire entendre un son sourd et profond qui ne semble pas sortir de son  gosier; le caurale, petit paon des roses ou oiseau du soleil (ardea helias): son plumage, nuancé par bandes et par lignes de brun, de fauve, de roux, de gris et de noir, rappelle les plus beaux papillons de nuit ;  le sawacou (cancroma cochlcaria); le crabier (ardea minor) ; l’onoré (ardea minuta), aux plumes émaillées de gris et de blanc, qui ne chante que la nuit et fait entendre un chant reproduisant ces quatre notes ut, mi sol, ut ;la grande aigrette blanche (ardea alba) ; la petite aigrette blanche (ardea garzetta ), dont les plumes effilées ne dépassent pas la queue ; la petite aigrette blanc-gris ( ardea egretta), dont les belles plumes effilées dépassent de beaucoup la queue ; le jabiru (mycteria americana): cette espèce est très grande, blanche, a tête et cou sans plumes, revêtus d’une peau noire, rouge vers le bas : l’occiput seulement a quelques plumes blanches; le bec et les pieds sont noirs. Cet échassier se nomme, à la Guyane, touyouyou :c’est à tort que Buffon, d’après Barrère, a appliqué à l’autruche d’Amérique le nom qui appartient au jabiru.
Citons encore comme appartenant à cet ordre le tantale d’Amérique (tantalus loculator), qui arrive à la saison des pluies et fréquente les eaux vaseuses; la spatule rose (platalea aiaia), qui a le visage nu et des teintes rose vif de diverses nuances sur le plumage ; l’ibis rouge (scolopax rubra de Linné, tantalus ruber de Gmel) ; la bécasse (scolopax rusticola), la bécassine (scolopax gallinago), l’alouette de mer (pelidna), la grande hirondelle de merde Cayenne (sterna cayennensis de Linné);  le kamichi ou camouche de Cayenne (palamedea cornuta), qui porte un aiguillon ou ergot à l’extrémité́ de chacune de ses ailes et sur le sommet de la tête une corne de plus de deux pouces de longueur : les diverses espèces de talèves ou poules sultanes (porphyrio) ; le flammant(phœnicopterus ruber), appelé dans le paystococo, le plus grand des échassiers aquatiques.
On trouve, enfin, parmi les palmipèdes, sixième ordre de la division de Cuvier: le bec en ciseaux (rhynchops nigra) ou coupeur d’eau, le cormoran (phalacrocorax), les frégates (pelecanus aquilus), qui vont par bandes à deux cents lieues en mer ; les anhingas (plotus), les paille-en-queue (phaeton œthereus Linné), ou oiseaux des tropiques : diverses espèces de sarcelles et de canards (anas), parmi lesquels le soucrourou (anas discors), le canard sauvage (anas sylvestris), le plongeon (mergus aquaticus), dont deux espèces : le plongeon de mer au bec noir et aigu, au col mince, à la tête brunâtre surmontée d’une crête, au plumage cotonneux et mou, à la poitrine argentéè, aux ailes noirâtres à pointes blanches; ses jambes semblent plutôt faites pour nager que pour marcher : à peine a-t-il plongé qu’il hausse sa tête au-dessus de l’eau, regarde autour de lui et replonge  avec une vitesse surprenante; la seconde espèce, le plongeon des savanes, est plus petite : tout son corps est couvert de plumes cotonneuses et blanches; son bec est petit et jaune, et ses jambes sont très courtes.
La plupart de tous les oiseaux de d’Amérique méridionale ont une livrée éclatante de couleurs les plus riches et les plus variées : la nature semble n’avoir rien épargné́ pour leur forme et pour leur parure ; mais il s’en faut de beaucoup qu’elle les ait aussi bien partagés sous le rapport de la voix. On ne trouve nulle part, dans les forêts de la Guyane, des oiseaux dont de ramage soit doux et mélodieux comme celui de nos oiseaux d’Europe. Au contraire, la voix de presque tous est stridente, forte, irrégulière et, partant, désagréable : il y en a de très petits dont la voix a un tel éclat qu’on est tenté de croire qu’elle appartient à un grand quadrupède.
Outre le petit-louis, dont nous avons parlé, on trouve un petit oiseau appelé arada, qui, quoique revêtu d’une livrée plus que modeste, est un très agréable chanteur. M. Philibert Voisin, régisseur du jardin de Baduel et naturaliste distingué, le considère comme l’égal de notre rossignol d’Europe. Sa voix, selon lui, est aussi pure; aussi sonore, aussi nette que le son du cristal de roche.
On ferait un gros volume plein de science et d’intérêt si l’on voulait citer tous les oiseaux qui peuplent les bords des rivières, les savanes, les montagnes et les forêts de la Guyane Française. Tout le monde a vu les nombreuses espèces d’oiseaux mouches resplendir au soleil en voltigeant de fleur en fleur: on voit des agamis, des pintades, des marails à Cayenne ; on à remarquer les nids que les toucans suspendent à la branche même où se sont établies des abeilles sauvages ou des guêpes avec  lesquelles ils semblent avoir fait alliance : on voit tous les jours des bandes de frégates et de flammants traverser les airs pour aller chercher un abriau grand et au petit Connétable ; mais pour la plupart des grandes espèces, il faut pénétrer profondément dans les savanes ou dans les forets pour les rencontrer. C’est à nos jeunes et intelligents  officiers de marine  appelés à faire le relevé́ hydrographique de nos rivières, aux officiers du commissariat de la marine, cette pépinière d’hommes distingués, ayant toutes les aptitudes et pouvant être utilisés dans les services mêmes les plus éloignés de leurs fonctions habituelles, aux chirurgiens et pharmaciens de la marine, dont le domaine embrasse non seulement les sciences médicales, mais encore les sciences physiques et naturelles, qu’il appartient, pendant les loisirs que leur laissé leur service dans les quartiers, de rectifier et compéter mon travail et de marcher ainsi sur les traces de ceux de leurs devanciers qui ont enrichi de tant d’ excellents articles la Revue maritime et coloniale publié par le département de la marine.

  • 3. Reptiles.

Cuvier a rangé les reptiles dans la troisième classe de sa première grande division du règne animal et il divise cette classe en quatre ordres:
– les chéloniens,
– les sauriens,
– les ophidiens,
– et les batraciens.
Dans l’ordre des chéloniens, particuliers à la Guyane Française, se présentent d’abord les tortues.
Il y a à la Guyane deux espèces de tortues de mer :
– 1° la tortue franche (testudos midas), seule bonne à manger ;
– 2° le caret (testudo imbricata), celle qui fournit l’écaille, appelée tortue caouane dans le pays.

Il y a trois espèces de tortues d’eau douce :
– 1° Les émides (emys), dont trois variétés : la première appelée thouarou par les Indiens, habite les grands lacs de tout le littoral ; la deuxième, à tête plus grosse, ne se rencontre que dans le haut des rivières ;  la troisième est le matamata, d’une configuration horrible, à tête aplatie et triangulaire, terminée par une espèce de trompe semblable à un petit tuyau de plume ; le dessus de son écaille est comme sillonné et garni de  grosses pointes : elle vit dans les savanes noyées.
– 2° La tortue à boîte, dont le plastron est divisé en deux battants, par une articulation mobile et qui peut fermer hermétiquement sa carapace quand sa tête et ses membres y sont retirés.
Il y a, en outre, un grand nombre de tortues de terre, c’est la véritable espèce testudo, très bonne à manger.
Il n’est pas rare de trouver à la Guyane des tortues pesant 50 ou 60 kilogrammes. Amphibies, elles vivent dans l’eau et viennent sur le sable déposer leurs œufs. On saisit ce moment pour les prendre en les renversant tout simplement sur le dos.

On compte à la Guyane deux espèces de sauriens, caïmans à lunettes ou alligators (sclerops) : l’une, très grande, de quatre mètres de long et un mètre cinquante centimètres de circonférence ; l’autre, plus petite, de trois mètres de longueur et un mètre de circonférence. Ces sauriens, marchent assez vite en droite ligne, ne se tournent qu’avec peine, mais nagent avec une effrayante rapidité.  Les Indiens les poursuivent pour s’emparer, de leurs dents et de leur graisse. Ils tannent aussi leur peau, qui donne un cuir d’assez bonne qualité́. Ils estiment beaucoup sa chair, celle de la queue surtout, qu’ils font rôtir et qui est, dit-on, un mets délicieux. Il y en a de si vieux dans la rivière d’Approuague, que de véritables ilets, surmontés d’une végétation assez forte, se sont formés sur leur dos.

L’iguane (iguana americana) est un énorme lézard de trente à quarante centimètres de circonférence et de deux à trois pieds de longueur ; bien apprêté, sa chair est semblable à celle du poulet.

Les ophidiens ou serpents sont très communs dans les forêts de la Guyane. Il ne faut pas croire, cependant, qu’on en rencontre à chaque pas. Ceux qui ont parcouru les bois affirment qu’ils n’ont jamais été mordus par un de ces reptiles qu’ils n’aient marché dessus ou ne l’aient irrité.

Les espèces de serpents sont très multipliées :

1° Le serpent à sonnettes (crotalus durissus), ne se trouve que sur les côtes ou dans les endroits humides et un peu marécageux : rare dans l’intérieur. Son venin est si actif et si violent qu’il tue en quelques instants de très gros animaux. Chassés ou poursuivis, le premier soin de ces animaux est de fuir : ils avertissent toujours d’ailleurs de leur présence ; pour peu qu’ils marchent, en effet, leur queues terminée par de petites vertèbres  appelées grelots ou sonnettes, produit un bruit qui ressemble à celui du parchemin froissé. Suivant Marcgrave, cette queue est composée d’autant de pièces que ces serpents ont d’années. Barrère dit que, dès que ces serpents a exprimé son venin par une piqûre il s’engourdit et reste sur place.

2° Le serpent grage (trygonocephalus), dont trois espèces : le grage ordinaire, la plus grande espèce, commune dans les bois : on en trouve d’une longueur de sept pieds ; le grage brun ou ayeaye, moins grand que le précèdent et plus rare ; le grage vert, qui vit toujours sur les arbres.

Ces serpents aux  Antilles s’appellent fer de lance.Les couleuvres fer de lancen’existent pas à la Guyane : ce sont, des grages; ils sont très venimeux, mais ne piquent que si on les touche.

Un très petit serpent, mais très venimeux, est le serpent corail (anguis scytale).

La plupart de ces reptiles montent sur les arbres et donnent la chasse aux oiseaux. Ils les charment par leurs regards: on a voulu dire qu’ils les effraient. Cet effet de la peur est d’ailleurs ; hors de doute ; la peur paralyse les jambes de l’homme, pourquoi ne frapperait-elle pas d’inertie les ailes de l’oiseau ?

Il y a, en outre, des serpents non venimeux les boas: on en connaît deux espèces dont la plus grande, le laboma(boa cenchris) mesuré  onze mètres de long sur soixante-dix centimètres de circonférence ; il porte une suite de grands anneaux bruns le long du dos et des tâches variables sur les flancs ; sa longueur prodigieuse et sa grosseur, la puissance de dilatation dont il est doué, une odeur nauséabonde qui annonce sa présence, en font un des individus les plus hideux et les plus effrayants du genre animal.

Viennent ensuite les serpents nus (cœcilia), qui ont la forme des serpents corail, et vivent dans l’eau (Cuvier: règne animal, tome II, page 98), puis une variété infinie de couleuvre : les unes d’une grandeur prodigieuse, de onze et douze mètres de long  sur soixante centimètres de circonférence, parmi lesquelles il faut ranger le serpent chasseur, le serpent agouti ou couleur rouge ;  les autres, très petites, parmi lesquelles figurent le capaïru et le serpent liane,: gros comme une tige de fleur , souvent long d’an mètre cinquante centimètres  mais non venimeuses.
Contre la piqûre des reptiles venimeux, grands et petits, les remèdes ne manquent pas ;  mais il faut les appliquer promptement. Le défaut de soins, pendant une heure ou deux, peut occasionner la mort. Sucer la plaie, avec des précautions toutefois, brûler ou couper la chair, tels paraissent être les moyens les plus sur ; certaines plantes arrêtent l’effet du venin : ce sont les tayoves, les pois à serpent, la liane à serpent et le basilic odorant. Un remède efficace est encore le sucre brut : celui que l’on emploie le plus ordinairement est l’alcali volatil ou le jus de racine de coton.

Le genre batracien offre à la Guyane une très grande variété :

La Jakie (ranaparadoxa), verdâtre, tachetée de brun ; la perle d’une énorme queue et des enveloppes du corps a fait croire qu’elle se métamorphosait en poisson ;

Les rainettes :
– 1° (rana arborea) verte dessus, pâle dessous;
– 2° (rana bicolor), bleue et jaune : ces deux espèces grimpent sur les arbres pour chasser les insectes.

On trouve encore à la Guyane, sur les montagnes et dans les grands bois, la grenouille à tapirer,très petite, aux couleurs bleu d’azur, blanc et jaune : c’est une variété de rang bicolor (Noyer, Mémoires, page 39).

Parmi les crapauds, dont les espèces sont très nombreuses, on trouve les pipa (rana pipa): le mâle porte les œufs sur le dos de la femelle et les y féconde de sa laite.

On trouve aussi, au bord de la mer, des rivières et des criques, d’innombrables crustacés qu’il serait aussi long qu’inutile d’énumérer. Je citerai les principaux : l’écrevisse (astacus), la crevette (cancer uroptera), le homard (cancer gammarus), le crabe de mer (cancer aculeatus) , la langouste (locusta), les crabes dont il y a plusieurs espèces : le crabe de palétuviers (telphusa serrata), le tourlourou ou crabe peint (cancer uca) et le ragabeumba (cancer grapsus), d’autres non classés, tels que les crabes blancs et les acalichats. On trouve, enfin, de nombreux mollusques acéphales parmi lesquels l’huître de palétuviers (ostrea parasitica) et l’huître de roches (ostrea vulgaris).

Parmi les arachnides, famille des fileuses, on trouve l’araignée crabe (aranea avicularia), dont la morsure passe pour être très dangereuse ; l’araignée noire (aranea mactans) très venimeuse; l’araignée argentée (myrmecia fulva), l’araignée à six piquants (tarantula), le scorpion (occitanus scorpio), dont la piqûre peut produire des accidents très graves : à la famille des arachnides se rattachent les faux scorpions ou pince-crabes (phalangium cancroïdes), qui sont le fléau des bibliothèques.

Les coquillages qui, comme on le sait, contiennent des mollusques testacés, sont très rares sur les côtes vaseuses de la Guyane; ceux qu’on trouve dans quelques parties sablonneuses, de ses rivages sont roulés. Dans l’intérieur,  on rencontre d’assez belles coquilles de terre, entre autres des ampullaires et des mélanies.

  • 4. – Insectes.

La nature a déployé́ dans l’Amérique méridionale un luxe merveilleux d’insectes ailés ou sans ailes, papillons aux formes et aux nuances les plus variées, coléoptères monstrueux et bizarres, parmi lesquels on remarque les scarabées à trompes, les mouches-éléphants, les scieurs de long: ces derniers d’une structure si singulière qu’on ne rencontre pas leurs semblables dans les autres régions équatoriales du globe.

Les principaux insectes qu’on trouve  à la Guyane sont: le mille-pieds, cent-pieds ou myriapode (scolopendrum de Linné), dont le corps est divisé en segments auxquels sont attachés des pieds au nombre de vingt. Il y a des cent-pieds de près de sept pouces de long.

La chique (pulex penetrans), qui s’introduit particulièrement sous les ongles des pieds et sous la peau du talon, et y acquiert bientôt le volume d’un  petit pois par le prompt accroissement des œufs qu’elle porte dans un sac membraneux sous le ventre. Le meilleur préservatif contre cette incommodité fâcheuse est la propreté. Quand il y a plaie, on peut se guérir facilement en y versant du laudanum ou de la cendre de tabac. Les nègres savent extraire avec adresse l’animal de la partie du corps où il s’est établi.

La mouche lumineuse, cucuyos ou coyouyou (elater noctilucus) dont les taches répandent pendant la nuit une lumière très forte et qui permet de lire l’écriture la plus fine, surtout si on réunit plusieurs de ces insectes sous un verre. Les dames pourraient les placer comme ornement dans leur coiffure pour leurs promenades du soir. Les Indiens les attachent à leurs chaussures, afin de s’éclairer dans leurs voyages nocturnes. Brown prétend que toutes les parties intérieures de l’insecte sont lumineuses et qu’il peut suspendre à volonté sa propriété phosphorique. Cuvier rapporte qu’un insecte de celte espèce, transporté à Paris dans du bois, à l’état de larve ou de nymphe, s’y est métamorphosé et à excité, par la lumière qu’il jetait, la surprise de plusieurs habitants du faubourg Saint-Antoine, témoins de ce phénomène inconnu pour eux.

Ma mouche à feu (lampyris nocticula de Linné, omalisus suturalis de Geoffroy), phosphorescente comme le coyouyou ; le clairon rougeâtre (eurypus rubens) ; le bouclier ou nécrode (silpha de Linné), nombreuses espèces ; les pranées (scarabœus pranœus de Linné) ont des proéminences en forme de cornes, à la tête et au corselet.

La Guyane française possède plusieurs grandes et belles espèces de ces bousiers, dont les plus extraordinaires sont: la mouche éléphant (scarabœus elephastomus), le scarabée hercule ou mouche cornue (scarabœus hercules) et le goliath (cetonia de Fabricius), connu sous le nom générique d’inca; le passale (passalus de Fabricius), se nourrit de racines de patates : assez commun dans les sucreries ; le ténébrion géant (tenebrio grandis) ;  la cantharide (melœ vesicatorius) ; le charançon impérial (curculio imperialis) ; le leptosome (curculio acuminatus) ; le ver palmiste (curculio palmarum de Linné) : les habitants de la Guyane mangent sa larve comme un mets délicieux; l’arlequin de Cayenne ou acrocine longimane (cerambyx longimarus de Linné) ; la sauterelle (gryllus tettigonia de Linné), verte sans taches, appelée dans le pays cheval bon Dieu; le criquet (acrydium proscopia), destructeur des jardins; l’hétéroscèle (pentanoma guyanensis) ou pantanome de Cayenne, à tête cylindrique, et dont les jambes antérieures forment une palette demi-ovalaire; la demoiselle (libella aut mordella),  dont la tête, fort grosse, ne tient à la poitrine que par un petit filet très mince ; la cigale grand diable (cicada aurita de Linné) ; la cochenille (coccus): on trouve dans les forêts de la Guyane l’arbre dont elle se nourrit (Leblond) ; les mites (blattea), insectes presque imperceptibles, qui rongent les habits, les livres et la fleur de farine; les poux de bois (hemerobius), réunis en société́ comme les fourmis, font d’horribles dégâts dans les bibliothèques , les lingeries, se creusent des galeries dans les bois des meubles qui, ne conservant que leur écorce, tombent bientôt en poussière : si des obstacles les forcent d’en sortir, ils construisent en dehors, avec les matières qu’ils rongent, des tuyaux ou des chemins qui les dérobent à la vue ; la mouche à dague (chrysis aculeata de Linné), dont la piqûre est très cuisante ; la fourmi biépineuse ou de Cayenne (formica bispinosa), noire, a deux épines en avant du corselet; l’écaille de l’ abdomen est terminée en une pointe longue et aiguë. Elle compose son nid d’une grande quantité de duvet qu’elle tire des graines du fromager ; la fourmi rouge (formicasanguinea de Latreille) ; la fourmi flamande et la fourmi Oyapock (fornicaponera), armées d’un aiguillon; les abeilles osmies (apis osmia), qui s’établissent dans les galbes des arbres; les abeilles anthidies (apis anthidia), qui arrachent le duvet cotonneux de quelques plantes pour  former leur nid ; les  espèces d’abeilles centris, épicharis, euglosses et mélipones se trouvent aussi à la Guyane : le miel de la mélipone amalthée fournit aux Indiens une liqueur spiritueuse qu’ils aiment beaucoup.
Les papillons et leurs larves, c’est-à-dire les chenilles, sont très variés. Nous avons déjà̀ parlé des chenilles. Nous citerons parmi les innombrables espèces de papillons : le porte-queue (papilio machaon) ; le morpho (papilio morpho) ; l’érycine (papilio erycina) ; le papillon impérial (papilio alexis) ou argus bleu ; le grand paon (bombyx pavonia major), qui a sur la queue deux yeux semblables à ceux qui sont sur celle du paon; le bourdon (sphinx de Linné) ; de nombreux phalènes ou papillons de nuit, parmi lesquels les cossies, les stygies, les zeuzères, les saturnies et les lichénées, qui sont très communes  le ver à soie (bombyx mori), blanchâtre, avec deux ou trois raies obscures et transverses ; le ver à soie indigène (bombyx guyanensis) , dont nous parlerons en détail dans le chapitre consacré à l’industrie.
Parmi les insectes dyptères : le maringouin (culex) ; le moustique (culex atractocera) : ces deux espèces fréquentent les bois humides et sont très incommodes par leurs piqûres. Les moustiques  pénètrent quelquefois dans les parties de la génération des bestiaux, et leur donnent la mort ; la tique (tabanus de Linné), la maque (œstrus de Linné), font périr par leurs piqûres de gros animaux.
On doit remarquer que dans cette  longue et très incomplète nomenclature des insectes particuliers à la Guyane, il n’y en a que fort peu qui soient venimeux :  on se guérit aisément de leurs piqûres en y appliquant une compresse d’alcali  volatil ou tout simplement du sucre brut. D’autres ne sont qu’incommodes. On a, pour se préserver des uns, l’arsenic et le citron ;  pour se garantir des autres, on a les rideaux en gaze ou la mousseline des moustiquaires. Mais la plupart des individus sont précieux pour les collections, autant par leur originalité que par leur rareté. Enfin, un très grand nombre sont utiles, produisent le miel, la poudre épispastique, la laque et  la cochenille, et peuvent servir à des usages médicaux ou pharmaceutiques.

  • 5. – Poissons.

La mer  qui baigne les rivages de la Guyane française, les fleuves, les rivières et les criques qui la sillonnent en tous sens, abondenten poissons inconnus en Europe et dont la variété de forme, la grosseur et la qualité égalent, et souvent, surpassent toutes les espèces connues en Europe.
Nous avons déjà parlé du lamantin, du marsouin et du souffleur, que l’on place ordinairement parmi les poissons, mais que Cuvier a rangés, avec raison, dans l’ordre des mammifères.
Nous citerons d’abord les poissons de la Guyane qui vivent dans la mer, dans les grands lacs ou à l’embouchure des fleuves et rivières : le marsouin (tursio) qu’on trouve sur les côtes quand il y est jeté par de gros temps: sa chair est, dit-on, délicate ; la carangue (scomber carangus), dont la chair est tendre et savoureuse ; la vieille (labrus) ; la dorade (aurata marina), très beau poisson de mer, large, plat et couvert de grandes écailles dorées : on le trouve fréquemment sur la côte ; le machoiran (silurus mystus); il y en a deux espèces : les machoirans jaune et blanc. Leur vessie natatoire fournit une ichtyocolle qui peut remplacer, dans tous ses usages, la colle de Russie ou d’esturgeon. Leur chair salée peut rivaliser avec la morue ; l’odontognathe aiguillonné (gnatobolus), à peu près de la forme d’une petite sardine. «C’est la seule espèce connue et elle est de Cayenne (Cuvier : Règne animal, page 321». Le hareng (clupea harengus) ; la sardine (clupea sardina) ; le piraroco ou piraroucou, ostéoglosse de Cuvier, nom qu’il lui a donné à cause de sa langue qui sert de râpe (sudis gigas), famille des clupes, espèce vastrès, de très grande taille, à museau oblong, à grandes écailles osseuses et a tête singulièrement rude : séché et salé, il peut donner lieu à un grand commerce avec les Antilles ; la sole (solea) ; la lune (orthagoriscus spinosus),  très commune sur la côte de Rémire. Sa peau est banche, argentée et reluit la nuit: sa chair est blanche, grasse et de bon goût ; le requin (squalus carcharias) ; la scie (squalus priscus), qu’on nomme improprement à Cayenne espadon. Il y en a qui ont jusqu’à quinze pieds de long : on prétend que ce poisson est l’ennemi déclaré de la baleine, qu’il l’attaque et la poursuit jusqu’à ce qu’il l’ait vaincue. Sa chair n’est pas bonne à manger, mais on en extrait l’huile ; la raie de mer (raïa) : on dit qu’elle s’élancé hors de l’eau à une grande hauteur et fait entendre un bruit épouvantable en se laissant tomber tout à coup ; le mulet (mugil de Linné) ; le parassis ( mugil alba).
On trouve dans les rivières toute une famille de cyprins qui n’ont jamais probablement été envoyés en France et que Cuvier n’a pu décrire : l’aymara, la carpe blanche (cyprinus carpio ?), le coulimata (cyprinus auratus ?), le counami et le massourou: le gros yeux(cottus gobio), ressemblant au chabot : poisson d’eau douce et de mer, vivipare. Sa chair est exquise.
On trouve encore beaucoup d’individus de la famille des silures : le coco, le pémécrou, qui reçoit dans sa bouche le frai de la femelle et le conserve jusqu’à l’éclosion des petits qu’il y garde renfermés jusqu’à ce qu’ils puissent trouver seuls leur nourriture ; chaque coup de senne amène plusieurs de ces individus, qui rendent immédiatement, par la bouche, une multitude de petits poissons vivants dont la piqûre est très mauvaise.
Dans les savanes noyées on rencontre en abondance l’appas (apua minima), le patagaïe, le gorret (mullus minor) ; l’atipa, la langue-morte, le pacou, le rouy, le piraïe, le papou , ces deux derniers très voraces ; la torche, le prapra (apua cinerea), qui  à la  forme d’une petite lune, et l’ayaya.
Dans le haut des rivières ou des criques on trouve, enfin, un nombre infini de poissons, dont nous ne pouvons donner que les noms qu’ils ont reçus dans le pays : le coumarou, l’occaron, la barbe-à-roche, que l’on dit se métamorphoser en crapaud, mais qu’on confond avec la jakie, dont nous avons parle, etc.
On trouve, enfin, dans toutes les rivières, la torpille ou anguille tremblante (gymnotus electricus de Linné), qui imprime à la main qui la touche une très forte  secousse électrique.
Nous regrettons que les limites dans lesquelles nous sommes forcés de restreindre chacun de nos chapitres ne nous aient pas permis d’entrer dans de plus grands développements sur le règne animal à la Guyane française. Le lecteur, curieux de se procurer de plus amples détails,  en rencontrera quelques-uns dans Barrère, Bajon et Préfontaine, et trouvera les autres épars dans Buffon, Cuvier, Latreille et Chenu, ouvrages qui se trouvent tous à la bibliothèque du Gouvernement, que la bienveillance de M. le général gouverneur Hennique a mise tout entière à notre disposition.
Fin du chapitre V

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 4)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.

Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.) 

Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.

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Sixième partie

                Chapitre IV

Géologie. Règne Minéral

Exploitation de l’or. — Compagnie de l’Approuague.

Les observations suivantes sur la constitution géologique de la Guyane française résument ce qui a été écrit jusqu’à ce jour sur cette matière. Les notes statistiques de M. Jules Itier nous ont fourni, notamment, de précieux renseignements que nous avons complétés par les informations écrites ou orales des hommes spéciaux qui se sont livrés dans ces derniers temps à l’exploitation de l’or.

Deux systèmes de couches, le plus ancien composé de roches cristallines stratifiées qui, dans leur superposition, présentent de bas en haut du gneiss, de la leptinite et de la diorite schistoïde, le plus récent composé de schistes micacés, talqueux ou argileux et quartziques, semblent avoir été soumis, a l’époque où les éléments qui composent notre globe, étaient animés de mouvements d’une violence extrême, à l’action de forces internes et avoir donné son relief actuel a la Guyane française.

La plus ancienne révolution qui ait affecté le sol de cette partie du continent américain paraît remonter à une époque géologique très reculée et se rattacher au soulèvement du système des Andes et à l’apparition d’une roche granitoïde connue sous le nom de pegmatite. Les différentes couches de terrains ont été soulevées, disloquées et traversées par cette roche primitive qui, en s’injectant dans les fissures et en s’épanchant à la surface, a donné lieu à des filons de toutes dimensions et à des masses considérables en recouvrement sur les diverses couches traversées.

La pegmatite a percé non seulement le gneiss et la leptinite, mais encore la diorite schistoïde, qui fait partie du même système. Les éléments de la roche dioritique sont confusément associés, mais pressentent toujours la couleur vert-sombre. Dans certaines variétés, le feldspath devient presque indiscernable et la roche prend l’aspect du trapp ou roche brisée en forme d’escalier, d’autres espèces de roches amphiboliques accompagnent accidentellementla diorite, telles que la syénite passant au granite, quelques gneiss amphibiotiques et la pyrite disséminée et très  divisée.Le fort et la caserne de Cayenne sont assis sur un massif dioritique.Les filons y sont fort nombreux on en observe plusieurs très puissants et ou la pegmatite est à gros grains soit derrière le hangar de la douane, soit près d’une carrière d’où l’on a extrait les matériaux de la jetée. La décomposition du feldspath y est très avancée ; au N-E du même massif, la diorite est traversée de filons de pegmatite rose qui se dirigent à O. – S. – O.

La direction de l’E.-N.-E. à O.-S-O des filons de pegmatite a imprimé, dans ce même sens, au sol de la Guyane un premier relief dont les pentes ont été en partie effacées par une seconde dislocation plus considérable, a laquelle doivent leur ; origine les monts Tumuc-Humac ,grande chaine centrale qui est composée de feldspath compact de fer oxydulé et de pyroxène intimement unis et formant une roche cristal1ine de couleur grisâtre qu’on peut confondre  avec la diorite et que dans le pays on désigne comme cette dernière, sous le nom de pierre de grison.

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 3)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de FranceTitre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.

Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)
Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
Je propose une diffusion régulière et séquentielle aux lecteurs.
Le document au format WORD, peut être utilisé sous toutes les formes, sauf à but commercial ou publicitaire sans autorisions du représentant du site guyanelacolonie.fr

Cinquième partie

                   Chapitre III

Climat de la Guyane. Fertilité de son sol.

Le caractère essentiel du climat de la Guyane est la chaleur unie à l’humidité.
Bien qu’elle soit comprise entre les 2° et 6° de latitude N., c’est à dire très près de l’équateur, la Guyane française jouit d’une température peu élevée, si on la compare à celle des autres contrées placées dans les mêmes conditions topographiques. Le thermomètre, y descend rarement au-dessous de 20° centigrades, et ne s’abaisse jamais au-dessous de 18° dans les nuits les plus fraiches. II monte quelquefois à 36° et 38°, mais son élévation habituelle, est entre 27° et 30°.
Les variations barométriques y sont à peu près nulles elles flottent entre 0,758 m et 0,763 m.
L’état hygrométrique de l’air est en moyenne pour l’année de 90° 8. L’humidité atteint souvent a 95° et 97° et ne descend pas au-dessous de 74°. La tension de la vapeur est toujours très prononcée.
La quantité d’eau qui tombe par année, à Cayenne, varie entre 2 et 4,50 m. Les relevés météorologiques établissent que cette moyenne, pour certaines périodes décennales, est ressortie invariablement à 3 mètres. On ne peut guère déterminer les quantités d’eau qui tombent dans l’intérieur ; les renseignements à cet égard ne sont pas bien précis : elles doivent être beaucoup plus abondantes que sur le littoral, puisqu’elles occasionnent le débordement des rivières et donnent naissance à ces marécages, si profondément inondés, qu’on désigne sous le nom de pripris.
Au solstice d’été́, le soleil se lève, à Cayenne, à 5h 51mn et se couche à 6h 9mn.
Au solstice d’hiver, le lever du soleil a lieu, au contraire, à 6h 9mn et son coucher à 5h 51mn.
Les jours les plus longs sont donc de 12h 18mn et les plus courts de 11h 42mn.
La hauteur moyenne de la marée est de 2,67 m, le maximum de son élévation de 3,17 m, et le minimum de 2,17 m.
Les vents qui dominent sur les côtes de la Guyane française sont ceux du N.-N.-E. et du S.-E. ; les plus forts sont ceux de la partie du N.-E. Pendant la saison sèche, les vents soufflent de l’E. au S. Aux approches et vers la fin de cette saison et de la saison pluvieuse, ils tendent a rallier la partie de l’E. Pendant cette dernière saison, ils soufflent de l’E. au N . Dans le petit été́ de mars, c’est-à-dire vers l’équinoxe du printemps, les vents rallient le N. et le N,-N.-O.

Les ouragans, ce fléau des Antilles, sont inconnus à la Guyane. Les orages y sont rares, les ras de marée assez fréquents, mais peu dangereux ; les tremblements de terre ne s’y produisent que par des secousses insensibles qui durent à peine quelques secondes, sans jamais causer de dommage.

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 2)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, , M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)
Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
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Quatrième partie

Chapitre II

Description de la Guyane Française.

La Guyane française, telle qu’elle a été délimitée par l’article 107 du traité de Vienne (9 juin 1815) et par une convention provisoire passée à Paris, le 28 août 1817, comprend une immense étendue de pays qui s’étend entre le Maroni et l’Oyapock. Ces deux fleuves décrivent autour de la colonie un grand arc de Cercle dont la corde, d’une embouchure à l’autre, mesure environ 300 kilomètres.

Les limites de la Guyane française sont : au nord, l’océan atlantique; au nord-ouest, le Maroni, qui la sépare de la Guyane hollandaise; à l’ouest, les régions intérieures, encore peu connues, situées au delà du Rio-Branco; au sud, enfin, le territoire que nous conteste l’empire du Brésil, et qui s’étend de l’Oyapock à la rivière Vincent-Pinçon; (Traité d’Utrecht du 11 avril 1713.) Le Brésil a successivement proposé de reconnaitre pour limites la rive droite de l’Oyapock, la rive gauche du Cassipoure, le Conani, et enfin le Calsoène, par 2° 30′ environ.

La France rejette encore aujourd’hui ces propositions et offre comme gage de ses intentions conciliantes d’adopter pour limites la branche nord de l’Arouari ou, si cette rivière est obstruée, le cours d’eau le plus voisin en remontant vers le nord. (Revue coloniale, t. XIX, 2e série, p.1396.)

Ce territoire, qui ajoute à la Guyane française 200 kilomètres de cotes, en porte le développement total à 500 kilomètres sur une profondeur de 1200, ce qui donne une superficie triangulaire de plus de 18,000 lieues carrées. La seule partie comprise entre le Maroni et l’Oyapock est évaluée a environ 1,310,000 hectares, dont 5,480 sont aujourd’hui en culture; le reste est savanes, montagnes ou forêts.

Les savanes couvrent les terres basses et comprennent les immenses terrains découverts qui s’entendent du littoral jusqu’aux premiers sauts des rivières. Leur base est le roc ou le granit: elles forment une chaîne d’ondulations plus ou moins longues recouvertes d’une couche de terre végétale, détritus de plantes qui, entrainés par les pluies, se sont solidifiés; fixés au continent et graduellement élevés au-dessus des eaux ; les dépôts résultant des marées et dans lesquels ont poussé les graines de palétuviers qu’elles y ont apportées ont aussi contribué: à l’exhaussement du sol. Ces terres basses sont éminemment fertiles et propres a recevoir toute espèce de cultures  cependant, à peine une partie en est elle cultivée, une autre est en savanes sèches ou noyées le reste est, couvert d’épaisses forêts de mangliers et de palétuviers. Les savanes qu’on nommé, tremblantesprésentent une couche de terreau d’environ deux pieds d’épaisseur, reposant sur une vase molle, épaisse de cinq à six pieds et recouverte de touffes d’herbes aquatiques très verdoyantes. Dans les terres basses se trouvent aussi de vastes marais qui prennent le nom de pripris, quand ils sont inondés, ou de pinotières quand, desséchés par diverses circonstances, ils ont formé d’immenses prairies où les palmiers pinots ont a la longue remplacé les mangliers. Que de riches pâturages pourraient être créés dans ces pinotières, complètement desséchées, soit par le temps, soit par la main des hommes.

Au delà des premiers sauts, s’étendent les terres hautes s’élevant progressivement du nord au sud, coupées d’une chaîne de montagnes granitiques, de 5 à 600 mètres de hauteur, à peu près parallèles entre elles courant de l’est à l’ouest et se dirigeant vers la chaîne principale, des monts Tumuc-Humac qui occupent toute la partie sud de la Guyane française, sur une largeur de 10 a 12 kilomètres, et dont les pitons les plus élevés atteignent une hauteur de 1000 à l200 mètres.

Les forêts commencent à quinze ou vingt lieues des côtes et se prolongent à l’intérieur jusqu’à des profondeurs inconnues. Elles contiennent, toutes les espèces de bois, non pas groupées par familles, mais disséminées soit sur des terrains marécageux, soit le long des fleuves ou sur les montagnes : ici des arbres gigantesques propres aux constructions civiles ou navales, s’élevant au milieu de cette nature vierge et sauvage qui offre l’image du globe après la création ; là, une multitude prodigieuse d’arbres ou d’arbustes de moindre dimension qui produisent des résines, les baumes, les gommes et les huiles ; enfin, une troisième, végétation, plus humble, pressée dans les parties, humides en touffes impénétrables : au milieu de ces trois végétations distinctes, des lianes d’une prodigieuse grandeur s’attachent aux arbres, dépassent souvent les cimes de ceux de la plus grande espèce, arrivent à ceux de moyenne grandeur, redescendent à terre, y prennent de nouveau racine et donnent à certaines parties de ces forêts l’aspect de grands navires avec leurs mâts et leurs cordages. On respire, en parcourant ces bois, soues une ombreépaisse où les rayons du soleil n’ont jamais pénétré, un air embaumé qui révèle, l’existence de plantes aromatiques, partout même où elles ne sont pas apparentes.

Dans les vastes solitudes de ces forêts, de ces savanes, de ces marais, bruissent et voltigent une variété infinie d’oiseaux aux couleurs métalliques étincelantes, de papillons aux formes et aux nuances les plus variées : on y voit errer une multitude d’animaux, ramper de monstrueux reptiles; dans les terrains bas et boisés fourmillent des myriades d’insectes et d’innombrables légions ailées de maringouins et de moustiques.

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 1er)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, , M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
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Troisième partie

Chapitre Premier

ESSAI HISTORIQUE SUR LA COLONISATION DE LA GUYANE FRANÇAISE.

La partie de l’Amérique méridionale comprise entre l’Amazone et l’Orénoque fut reconnue par Christophe Colomb en 1498;  Alphonse d’Ojéda, Jean de la Costa et Améric Vespuce la visitèrent aussi en 1499. Vincent Pinçon est le premier qui ait parcouru ces côtes dans toute leur étendue : il a laissé son nom à la rivière dont la position a donné naissance au débat encore pendant sur les vraies limites des Guyanes française et brésilienne.

Il paraît établi que des navigateurs normands et bretons avaient fréquenté la côte de l’Amérique du Sud bien avant Christophe Colomb, et des auteurs espagnols, notamment Gomara (histoire des Indes, tome 1er, page 10), ont dit que l’existence du Nouveau-Monde fut révélée par un pilote français à ce grand navigateur.

Washington Irving affirme qu’à son troisième voyage en Amérique, en 1498, Colomb visita toute cette partie du nouveau continent, descendit plusieurs fois à terre et échangea avec ses habitants des jouets d’Europe contre des perles fines, et son bonnet de velours cramoisi contre une couronne d’or massif.

Les Français tentèrent, dès le commencement du XVIe siècle, de fonder plusieurs établissements au Brésil. Chassés du Sud, on les voit s’élever successivement vers le Nord. Sous la conduite deVillegagnon, chevalier de Malte et vice-amiral de Bretagne, ils construisent d’abord, en mai 1555, dans la baie de Rio-Janeiro, un petit fort, qui est détruit en 1560par les Portugais. Ils essaient d’en fonder un autre à Parahiba ; ils en sont également expulsés. Sur la fin du règne de Henri IV, Jean Riffaut tente en vain de s’établir dans l’ile de Maragnan ; la discorde s’étant mise parmi ses compagnons, il est forcé d’abandonner son entreprise ; MM de Revardière et de Razilly la reprennent année suivante et voulant s’assurer la possession du pays, font choix, pour y bâtir un fort; d’un rocher escarpé où ils montent vingt pièces de canon : ils en sont encore chassés par des Portugais. À cette époque, un prisonnier français fait par les indiens Tapouyes parla d’une province de Ouyana (d’où est venu le nom de Guyane) comme d’un pays très riche ;  le bruit se répandit en même temps qu’il existait au centre de la Guyane et sur les bords du lac Parima une ville du nom de Manoad’Eldorado, dans laquelle s’étaient réfugiés les débris de la famille des Incas, et dont les mûrs et les toits étaient couverts de plaques d’or. Ces récits enflammèrent toutes les têtes ; l’esprit aventureux des Français se mit enquêté de ce pays, les Anglais le cherchèrent également: l’Eldorado demeura introuvable. Toutefois, les voyages de sir Walter Raleigh en1595 et 1617,  ceux de Laurent Keymis et de Borrie 1596, et de Charles Leigh en 1604, de Robert Harcourt été 1608, eurent pour résultat, mon de découvrir la ville fabuleuse mais de faire mieux connaître la Guyane et ses  véritables richesses. Cependant, sir Robert Dudley, qui avait exploré en 1595le pays situé entre l’Orénoque et la rivière de Mana, assura dans la relation de son, voyage que quatorze marins de son équipage qu’il avait envoyés à la découverte avaient trouvé un pays où l’or et l’argent se trouvaient en abondance.

Le premier établissement permanent fut formé par des marchands de Rouen, qui avaient obtenu le privilège du commerce et de la navigation des pays situés entre l’Amazone et l’Orénoque ils envoyèrent; en 1626,une colonie de vingt-six agriculteurs français, qui vint se fixer, sous les ordres des sieurs de Chantail et Chambaut, son lieutenant, sur les bords de la rivière de Sinnamary. En 1630 et 1633, cent trente nouveaux colons sous la conduite des capitaines Haulépine, Legrand et Grégoire, s’établirent sur la rivière de Conamama,d’où ils passèrent, en1634, sur la côte de Rémire, qu’ils commencèrent à cultiver; après avoir construit à trois lieues de ce point, à l’extrémité occidentale de l’île de Cayenne, un fort sur un monticule qu’ils appelèrent Cépérou, du nom d’un fameux chef indien, et un village qu’ils nommèrent Cayenne.

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