Les concessionnaires

Source : GOOGLE
Titre du livre : La Guyane Française, notes et souvenirs d’un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer capitaine de frégate.
Ouvrage illustré de types, de scènes et de paysages par Riou et de figure d’histoire naturelle par Rapine et Delahaye, d’après les croquis de l’auteur et les albums de messieurs Touboulic, Masson, Farcy, et Rodolphe, officiers de la marine impériale.
Nombre pages : 318
Libraire de L. Hachette et Cie. Bd Saint Germain, n°77 Paris.
Année publication : 1867.
Chapitre VI de la page 157 à 185 en 7 articles et 9 images (par liens hypertexte) , en plusieurs publications:

Table des matières:

            – Les Hattes.
           – Image Pénitencier de Saint-Laurent du Maroni (page 157).
           – Image Concessions et défrichement sur le Maroni (page 165)
           – Image Femmes transportées non mariées allant au travail sur une route du Maroni (page 167).
            – Saint Laurent du Maroni.
            – La Comtesse.
            – Les concessionnaires.
            – Image Pénitencier de Saint-Louis du Maroni (page 164).
            – Image Route entre les pénitenciers (page 176).
            – Saint-Louis.
            – Etudes Forestières.
            – Image Araignée-crabe (page 183).
            – Image Scorpion géant de Cayenne (page 184).
            – Image Scolopendre de Cayenne (page 184 également).
            – Image Le Yule de la Guyane (page 185)
            – Insectes et dyptères.

                                           Les concessionnaires

Les maisons des transportés concessionnaires sont uniformément bâties. Elles n’ont qu’un seul étage, élevé au-dessus de terre d’un mètre et demi environ et reposant sur des massifs en maçonnerie. Cette façon de rez-de-chaussée ouvert à tous les vents sert de magasin et met l’étage supérieur à l’abri de l’humidité du sol détrempé par les pluies de l’hivernage.

Le logement est séparé en deux par une cloison de gaulettes. Dans la cour se trouve la cuisine, indépendante du corps de logis.

J’accompagnai un jour le gouverneur et M. Melinon dans la visite faite à un de ces ménages. C’était un des plus anciens de la colonie et, par conséquent, celui qui pouvait avoir le plus de bien-être.

Le mari était à l’abatis, la femme était seule. Une grande propreté régnait dans la maison. Sur un buffet en acajou, auquel il ne manquait que le vernis pour en faire un meuble de luxe, s’étalaient des assiettes en porcelaine anglaise aux couleurs voyantes. Une table et quelques chaises formaient le reste du mobilier de cette pièce. Tout cela était l’ouvrage du mari, excellent ouvrier.

La chambre à coucher était garnie d’un lit et d’une armoire en bois de couleur et d’un berceau où dormait un bel enfant d’un an, qu’une moustiquaire de gaze mettait à l’abri des insectes.

Un christ avec un rameau bénit, un petit tableau de sainteté naïvement enluminé pendaient au mur.Tout respirait le bonheur et l’aisance. La femme avait cet air de satisfaction que donne le contentement de soi-même et l’absence de soucis de l’avenir. On eût dit que la probité et la vertu étaient les hôtes du logis.

Le jardin était bien entretenu ; le maïs montrait ses longues feuilles et ses grains dorés, le bananier balançait son régime prêt à être cueilli, les giromons couraient sur le sol, les barbadines grimpaient aux treilles, le manioc avait sa place au potager, ainsi que les patates douces, les choux et la salade.

Une truie grognait à l’étable, un essaim de poulets et de canards picoraient des grains dans la cour et fouillaient la terre humide pour y chercher des insectes. C’était un vrai tableau champêtre, une idylle vivante et douce à contempler.

« Avez-vous quelque réclamation à faire? dit le gouverneur à la femme.
—    Non, monsieur le gouverneur.
—   C’est bien; l’on est content de vous. Continuez à vous conduire ainsi et vous rachèterez le passé. Soignez bien votre enfant. Il va bien?
—    Oui, grâce à Dieu, le pauvre chérubin. »

En ce moment l’enfant se réveilla et se mit à pleurer. La mère le prit et le couvrit de baisers. Une sorte de triste souvenir passa sur son front comme un remords; elle ne put retenir ses larmes.
Le gouverneur lui donna quelque argent et nous sortîmes.
Le mari était condamné comme recéleur, la femme pour infanticide !…

Il est des gens qui voient tout en noir, d’autres qui se prennent follement à toutes les illusions. Je ne suis ni des premiers ni des seconds. Je crois que dans sa concession, un transporté laborieux et intelligent pourra trouver sa subsistance et celle de sa famille. Il aura le nécessaire, mais non le superflu. Il vivra, mais ne s’enrichira pas. Tel n’est pas, du reste, le but du législateur.

Les enfants des transportés seront dans de meilleures conditions; peut-être trouveront-ils les germes d’une fortune dans l’héritage paternel.

Mais il est à craindre que cette prospérité naissante ne vienne s’échouer sur un écueil. En présence des misères de la vie des bagnes, cette existence, toute pénible qu’elle est, s’accepte comme un bienfait. Mais parmi ces hommes déchus aujourd’hui, plusieurs ont occupé, autrefois, des positions bien autrement avantageuses et n’ont pas su les conserver. Tombés une première fois, sauront-ils se maintenir dans cette voie d’expiation où le pain de chaque jour se gagne à la sueur du corps? Auront-ils la persévérance? L’avenir seul répondra à cette question.

Les débuts sont des plus brillants. Quand on examine de près le travail accompli par ce groupe de vingt personnes, ces vingt maisons qu’ils ont construites, l’abatis, les nivellements du sol, les fossés creusés, les fondrières comblées, la route aplanie, les enclos séparés; en présence de cette rude besogne menée à bonne fin sous un ciel de feu, on trouve que chacun de ces vingt travailleurs a bien payé son droit de propriété et que le titre qu’on lui accorde n’est qu’une juste récompense de sa victoire sur la nature sauvage.

La culture à laquelle on s’est généralement arrêté est celle du café. Aujourd’hui 75000 pieds de caféiers, plantés sur les concessions, commencent à entrer en rapport. 80000 pieds en pépinière sont tenus par le gouvernement à la disposition des planteurs. 11 faut près de quatre ans au caféier pour produire, c’est donc dans quelques années seulement que l’exploitation de cette denrée coloniale sera d’une certaine importance commerciale.

Le coton n’a pas réussi dans les nombreux essais que l’on a tentés avec une persévérance digne d’un meilleur sort. Les espèces qu’on a voulu acclimater sont-elles mauvaises? Les lieux où les essais ont été entrepris sont-ils trop éloignés de la mer? Toujours est-il que les plants, renouvelés à plusieurs reprises, sont morts ou sont demeurés chétifs et improductifs. On a renoncé à cette culture, quoique à regret.

On a également renoncé aux cannes à sucre comme grande culture. On en a réservé seulement quelques-unes employées à composer une boisson rafraîchissante assez agréable au goût et un peu semblable à la piquette de Normandie.

Quelques cultures secondaires ont été adjointes à celle du café : le tabac, le riz, le manioc, les patates douces et quelques plantes potagères pour la consommation et pour la vente.

A chaque ménage on donne une vache et une truie. L’administration a des étalons à leur service, et le premier produit revient de droit à l’État, qui peut ainsi, à bon compte, au moyen d’une première avance, perpétuer ses générosités qui deviennent des prêts remboursables.

Il se présentait une grande difficulté dans les mesures à prendre à l’égard des libérés et des condamnés non astreints à la résidence éternelle et pouvant retourner en France à un moment donné. Fallait-il leur accorder des concessions comme aux autres? Devait-on les nourrir à ne rien faire ou leur imposer le travail rétribué? Comment intéresser ces gens-là à des exploitations qu’ils pouvaient regarder comme provisoires? Ils ne pouvaient apporter le même courage dans le travail; du moment que le résultat se faisait attendre, ils devenaient indifférents à des opérations agricoles dont d’antres récolteraient les produits. S’appuyant sur la loi qui oblige à le nourrir, le libéré pouvait repousser la légère augmentation de salaire qui lui était offerte et dire : « Mes mains sont ma ressource future, je suis un homme de métier, j’aurai besoin de toute mon habileté pour gagner ma vie en France, je ne veux pas user ces instruments dans les durs labeurs des défrichements. Je veux pouvoir manier légèrement la lime, l’ébauchoir ou le ciseau; je suis orfèvre, tisserand, ouvrier en soie; je ne suis ni bûcheron ni laboureur, ce n’est pas dans mes aptitudes. »

L’obstacle a été tourné en partie; mais il y a une telle vérité dans l’objection qu’elle semble par le fait insurmontable, en ce sens qu’il est impossible de forcer la volonté qui s’appuie sur la logique. Quant à l’autre partie de la réclamation, on y fait droit, et voici comment. D’abord on établit en principe la propriété avec ses conséquences, ventes, transmissions, échanges.

Au moment où un concessionnaire libéré part pour la France, une commission d’experts estime la plus-value de l’habitation et des terres en rapport. L’État paye le colon partant sur le prix de cette estimation et livre la concession à un autre transporté. Celui-ci, entrant en possession d’un bien déjà en rapport, doit payer cet avantage et reste débiteur de cette somme envers l’administration, qui ne sert d’intermédiaire dans la transaction que dans le cas où la propriété n’a pas trouvé d’acquéreur immédiatement solvable.

Quant aux gens de métier, tailleurs, ébénistes, cordonniers et autres, ils s’établissent dans les maisons de la ville, peuvent affermer à d’autres transportés leurs concessions suburbaines et ont tout moyen d’utiliser leur industrie manuelle.

Les relations de tous ces gens entre eux, leurs devoirs envers l’État, leurs charges, leur état civil, ont été l’objet de lois et d’ordonnances spéciales que des commissions ont étudiées avec soin et présentées à la sanction de l’autorité supérieure. On comprend effectivement que pour beaucoup de détails de la vie, cette société nouvelle soit en dehors du droit commun, qu’elle doive obéir à une législation spéciale, et qu’il faille pour elle ajouter bien des articles supplémentaires au code civil et commercial.

Il y a en ce moment vingt groupes de concessionnaires, près de quatre cents colons, tant à la ville qu’à la campagne. Près de trente kilomètres de routes relient ces concessions entre elles et avec le chef-lieu. Le projet paraît être de marcher sur Mana par trois routes différentes.

(à suivre)

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La Comtesse

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Titre du livre : La Guyane Française, notes et souvenirs d’un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer capitaine de frégate.
Ouvrage illustré de types, de scènes et de paysages par Riou et de figure d’histoire naturelle par Rapine et Delahaye, d’après les croquis de l’auteur et les albums de messieurs Touboulic, Masson, Farcy, et Rodolphe, officiers de la marine impériale.
Nombre pages : 318
Libraire de L. Hachette et Cie. Bd Saint Germain, n°77 Paris.
Année publication : 1867.
Chapitre VI de la page 157 à 185 en 7 articles et 9 images (par liens hypertexte) , en plusieurs publications:

Table des matières:

            – Les Hattes.
           – Image Pénitencier de Saint-Laurent du Maroni (page 157).
           – Image Concessions et défrichement sur le Maroni (page 165)
           – Image Femmes transportées non mariées allant au travail sur une route du Maroni (page 167).
            – Saint Laurent du Maroni.
            – La Comtesse.
            – Les concessionnaires.
            – Image Pénitencier de Saint-Louis du Maroni (page 164).
            – Image Route entre les pénitenciers (page 176).
            – Saint-Louis.
            – Etudes Forestières.
            – Image Araignée-crabe (page 183).
            – Image Scorpion géant de Cayenne (page 184).
            – Image Scolopendre de Cayenne (page 184 également).
            – Image Le Yule de la Guyane (page 185)
            – Insectes et dyptères.

La Comtesse

Parmi les femmes déportées au Maroni, il en est une qui n’a point voulu se marier et qui malgré son célibat rend service à la colonie. Elle porte un grand nom, et ses compagnes d’infortune l’appellent la comtesse.Je ne la désignerai que par son prénom de Clémentine pour ne pas réveiller la douleur endormie d’une famille malheureuse.

Parmi la foule de criminels, il en est qui attirent plus particulièrement l’attention et vers lesquels on se sent porté, soit par la curiosité qui s’attache aux célébrités de tout genre, soit par une sorte de pitié sympathique, quand l’expiation semble avoir payé la dette.

Lorsque le condamné porte un de ces noms que le monde entoure de respect, ce n’est pas seulement un sentiment banal de curiosité qui conduit à chercher par quel entraînement fatal ce membre coupable d’une famille distinguée est descendu sur la pente de l’infamie. Il n’est pas inutile d’apprendre comment une femme ou un homme d’éducation et d’intelligence arrive au crime. Il est clair que la société a un compte plus sévère à leur demander qu’à cette seconde catégorie de transportés chez lesquels l’enfance n’a été entourée ni de principes religieux, ni de bons exemples, et dont quelques-uns ignoraient les lois qu’ils transgressaient.

Cependant cette espèce de prestige qui environne le titre et la fortune, les accompagne encore jusque sous la livrée du bagne. Notre cœur s’ouvre plus facilement à l’indulgence en faveur d’un des nôtres.

Le procès criminel de celle qu’on nomme aujourd’hui la fille Clémentine, dite la comtesse, a eu un certain retentissement : les annales judiciaires en ont gardé le souvenir.

Appartenant à une famille noble, mais sans fortune, Clémentine P. de St.-L., exerçait la profession d’institutrice. Son nom, son caractère sérieux et son instruction lui avaient attiré nombre d’élèves. Elle vivait heureuse et tranquille, quand les passions vinrent bouleverser sa vie. Elle s’éprit d’un ardent amour pour un jeune professeur de musique, qui donnait des leçons dans son pensionnat, et tout d’abord ici se rencontre un mystère qu’il est défendu d’approfondir. Ce jeune homme lui avait-il donné des droits sur sa personne, lui avait-il fait des serments sacrés? On l’ignore; mais, quoi qu’il en soit, oublieux ou perfide, il allait en épouser une autre.

La jalousie conduisit Clémentine au crime. Elle résolut de se défaire de sa rivale, et lui envoya un gâteau préparé à l’arsenic.

Le drame du Glandier venait de mettre ce poison à la mode.

Par des circonstances indépendantes de la volonté de la coupable, mademoiselle C. de B. ne mangea pas le gâteau. Ce crime resta à l’état d’intention, ce qui valut à la coupable le bénéfice des circonstances atténuantes.

Par arrêt du 24 janvier 1846, la cour d’assises de Tarn-et-Garonne, siégeant à Montauban, condamna Clémentine à la peine de vingt ans de travaux forcés.

Son pourvoi fut rejeté le 13 mars 1846.

Par décision du 20 juin 1856, Sa Majesté l’Empereur lui a fait remise de trois ans sur le restant de sa peine.

Clémentine a aujourd’hui plus de cinquante ans. A-t-elle été jolie autrefois? C’est possible; mais cette beauté, flétrie par l’âge, par le chagrin et par le régime des prisons, n’a pas laissé de traces sur ses traits amaigris. Elle a gardé toutefois une sorte de distinction native, qui justifie ce titre aristocratique de comtesse que lui donnent ses sœurs d’infortune.

Elle est petite, maigre, anguleuse; ses cheveux plats et blonds, à demi cachés sous un bonnet de couleur, se nuancent de filets d’argent; ses lèvres sont minces, sa bouche fine; ses yeux gris, fatigués par les larmes, lancent encore de fugitives lueurs. On sent que l’amour a passé par là. On y devine toutes les ardeurs passionnées de cette âme, un moment égarée, et que le repentir a ramenée dans le sein de Dieu, moins implacable que les hommes. La malheureuse femme avoue sa faute, mais elle la pleure, mais elle prie, mais elle se frappe la poitrine.

La comtesse est sous l’empire de cette exaltation d’esprit qui a besoin de s’épancher au dehors. Elle appartient à l’espèce des prédicants et des apôtres. Il faut qu’elle fasse pénétrer dans le cœur des autres les pensées qui débordent du sien. Il faut qu’elle instruise et qu’elle convertisse. Pauvre brebis égarée, elle ne veut pas rentrer seule au bercail auprès du divin pasteur. Assurément, il y avait là, en cette imagination ardente et qui se laisse emporter à tous les entraînements de l’apostolat, un puissant instrument de conversion. Mais ces instruments-là eux- mêmes, pour ne pas s’engager à faux, ont besoin qu’on leur fixe un mode et une limite d’action; et le moyen n’est pas commode d’imposer la contrainte, la mesure et la règle à ces éloquences nerveuses, sans étouffer premièrement les inspirations tendres et mystiques du libre essor.

Les religieuses de Saint-Joseph ont compris le rôle important que pouvait jouer la comtesse dans la moralisation des femmes et l’éducation des enfants, et elles en ont fait une sorte de sous-maîtresse.

J’eus occasion de voir plusieurs fois Clémentine et de lui rendre quelques légers services. J’ai été profondément touché de ce repentir et n’ai jamais songé sans une tristesse infinie à cette existence perdue, à ces longues années passées dans la honte et le désespoir, le tout en expiation d’un seul moment d’oubli, d’un entraînement fatal, irrésistible peut-être.

La comtesse me communiqua ses œuvres. Elle avait naturellement besoin de confier au papier le trop-plein de ses pensées. La sous-maîtresse se retrouvait là tout entière, avec son amour-propre d’auteur et ses prétentions littéraires. Il y avait de la prose et des vers; mais dans chaque façon d’habiller sa pensée, se lisait l’état de son cœur.

La prose valait mieux que les vers, et naturellement c’étaient les vers qui avaient ses préférences. Ses écrits traitaient principalement des sujets touchant sa position. C’étaient des conseils à ses sœurs les transportées, des études sur les maisons centrales et les prisons de femmes. Mais durant ses longues années de captivité, elle avait peu lu; elle n’avait pu conséquemment entretenir le feu sacré en l’allumant aux autres flambeaux. Ses idées étaient parfois des réminiscences si lointaines qu’elle les croyait bien à elle. Je doute fort que ses œuvres lyriques trouvent un éditeur, d’autant qu’elle refuse de s’adresser au scandale pour obtenir une célébrité passagère.

Au risque de commettre un abus de confiance, je me permettrai de citer une de ses poésies :

 

VISITE A MON ÉGLISE.

Salut auguste sanctuaire,
Salut temple silencieux,
Salut asile de prière,
Salut chapelle solitaire,
Où j’aime à rêver des cieux.

C’est dans cette enceinte chérie
Que je viens m’asseoir en tremblant
A la table sainte et bénie
Où l’homme orgueilleux humilie
Son front superbe et menaçant.

Oui c’est ici que jeune encore
Je reçus le Dieu trois fois saint
Qui renouvelle, pare et dore
Le palais de la blanche aurore.
Marchepied du parvis divin.

Ici l’âme tendre et pieuse
Se remplit d’une sainte ardeur,
Qui la rend plus religieuse.
Plus ardente, plus courageuse,
Plus soumise au Dieu rédempteur.

Là, les paraboles touchantes
Du Seigneur qui m’a racheté
Par des images consolantes
Me parlent des vertus charmantes
Du grand roi de l’éternité.

Et je vais, près du sanctuaire,
Prier religieusement
Le Dieu qui lance le tonnerre
De veillersur ma bonne mère
Et sur son malheureux enfant.

Bientôt la comtesse va terminer sa peine. Condamnée sous l’ancienne loi, elle aura droit de retourner en France. Le fera-t-elle? Restera-t-elle près de celles qu’elle nomme ses sœurs? Dévouera-t-elle le reste de sa vie à l’œuvre moralisatrice, voudra-t-elle terminer sa mission? Ce serait pour moi la meilleure preuve de la sincérité de son repentir[1].

[1]J’apprends effectivement que Clémentine est restée à la Guyane, à Saint-Laurent-du-Maroni, où elle continue ses fonctions de sous-maitresse.

(à suivre)

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Saint Laurent du Maroni.

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Titre du livre : La Guyane Française, notes et souvenirs d’un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer capitaine de frégate.
Ouvrage illustré de types, de scènes et de paysages par Riou et de figure d’histoire naturelle par Rapine et Delahaye, d’après les croquis de l’auteur et les albums de messieurs Touboulic, Masson, Farcy, et Rodolphe, officiers de la marine impériale.
Nombre pages : 318
Libraire de L. Hachette et Cie. Bd Saint Germain, n°77 Paris.
Année publication : 1867.
Chapitre VI de la page 157 à 185 en 7 articles et 9 images (par liens hypertexte) , en plusieurs publications:

Table des matières:

            – Les Hattes.
           – Image Pénitencier de Saint-Laurent du Maroni (page 157).
           – Image Concessions et défrichement sur le Maroni (page 165)
           – Image Femmes transportées non mariées allant au travail sur une route du Maroni (page 167).
            – Saint Laurent du Maroni.
            – La Comtesse.
            – Les concessionnaires.
            – Image Pénitencier de Saint-Louis du Maroni (page 164).
            – Image Route entre les pénitenciers (page 176).
            – Saint-Louis.
            – Etudes Forestières.
            – Image Araignée-crabe (page 183).
            – Image Scorpion géant de Cayenne (page 184).
            – Image Scolopendre de Cayenne (page 184 également).
            – Image Le Yule de la Guyane (page 185)
            – Insectes et dyptères.

Saint Laurent du Maroni.

Depuis les Hattes jusqu’à Saint-Laurent, c’est-à-dire pendant une vingtaine de milles, il n’y a aucun établissement sur la rive française du fleuve. On passe successivement devant la crique Lamentin, la crique à la vache, seul passage un peu dangereux, et enfin la crique Maïpouri.Maïpouriest un mot indien qui veut dire grand. Le tapir est appelé maïpouri, parce que c’est le plus grand des animaux de la Guyane; l’ananas maïpouri pèse jusqu’à dix kilogrammes.

Sur la rive hollandaise, il y a également quelques villages indiens et une assez grande habitation située presque en face de nos établissements. C’est un colon hollandais, nommé Kæppler, qui fait un certain commerce de brocantage avec les populations noires du haut du fleuve, et qui cultive le cacao au moyen de travailleurs chinois et de coolies indiens. La propension des noirs à la désertion a toujours empêché les habitants de se fixer près de nos possessions, vu la loi qui affranchit tout esclave qui met le pied sur le sol français.

Cependant l’Alectonannoncé son arrivée par un coup de canon que répercutent les échos. Un quart d’heure après, il jette l’ancre devant Saint-Laurent, à deux cents mètres d’un pont qui sera prolongé et pourra servir au déchargement des navires de moyen tonnage.

Saint-Laurent, le pénitencier agricole, la capitale, le chef-lieu futur de la Guyane de la transportation, le berceau d’une société régénérée par le travail, se présente à l’œil sous un jour des plus avantageux. On sent qu’il y a là tous les éléments d’une grande ville. De 1857 à 1863, c’est-à-dire en six années, un grand résultat a été obtenu. Le temps a été bien employé, et l’on arrive à la période heureuse où l’idée, sortie des difficultés de la conception et des langes de l’enfance, se développe sans contrainte et marché d’une allure plus décidée dans une voie rectifiée par l’expérience.

On avait fait du provisoire, maintenant on confirme ; on avait élevé des cabanes, on les convertit en édifices durables. Il y avait eu de l’hésitation sur la conduite à tenir vis-à-vis des concessionnaires de diverses catégories; ces hésitations ont disparu devant un système uniforme basé sur une étude plus approfondie de la question. Le choix des cultures les mieux appropriées au sol et les plus avantageuses aux colons amenait certaines dissidences; aujourd’hui, l’opinion paraît également fixée sur ce sujet. En un mot, tous les problèmes proposés semblent marcher vers leur solution.

Il y a à Saint-Laurent deux classes distinctes de transportés. Les transportés concessionnaires et les transportés employés aux travaux publics : c’est parmi les seconds qu’on choisit les premiers. C’est un stage pendant lequel les bons sujets obtiennent de l’avancement en récompense de leur sage conduite. Les transportés, dont le travail est dû à l’État, sont occupés aux corvées intérieures du pénitencier et à l’exploitation des bois pour le compte du gouvernement. En dehors de ce service, auquel ils sont astreints, il leur est accordé des heures de liberté, et le produit du travail, accompli pendant ce laps de temps, leur est attribué en entier. Le Maroni est tellement riche en bois de construction à portée des cours d’eau que l’on peut facilement, avec les moyens actuels, en fournir annuellement à la marine pour plus de 500 000 francs.

Les transportés concessionnaires s’occupent également de l’exploitation des bois; mais alors ce sont de vrais fournisseurs dont les produits sont tarifés. L’État se fait acquéreur, mais n’entrave aucunement l’essor des transactions commerciales.

Il y a deux sortes de concessions : la concession urbaine et la concession suburbaine; les terrains de la première serviront d’assise à la ville à venir; ceux de la seconde formeront le territoire de la banlieue. La ville sera le foyer industriel où se réuniront, en corps de population compacte, les gens de métier, et tous ceux qui vivront des états manuels. La banlieue demeurera le champ de travail des cultivateurs, de ceux qui s’adonneront exclusivement à l’agriculture.

Le même système a présidé à la formation de toutes les concessions. C’est une théorie empruntée sous certains points de vue au phalanstère. C’est la théorie de la formation des groupes, équilibrés et disposés pour recueillir les bénéfices de l’association.

On compose un groupe de vingt transportés, à la disposition desquels on met gratuitement instruments aratoires, outils, bêtes de trait, tombereaux, brouettes, semences, etc. Les alignements et les devis des constructions sont tracés par les soins de l’autorité supérieure, qui marque également la place que doit occuper chaque maison. Chaque propriété rurale doit avoir cent mètres de large sur deux cents mètres de profondeur. Les maisons font face à la route qui coupe en deux la concession du groupe. Elles sont disposées de façon à ne jamais se faire vis-à-vis.

La concession faite à un groupe de vingt transportés représente donc un kilomètre de route, mesurant de chaque côté une superficie de deux cents mètres de profondeur en culture, et garni de vingt maisons, dix de chaque bord, qui se trouvent espacées de façon qu’il y en ait une tous les cinquante mètres, soit à droite, soit à gauche.

Le travail commence d’abord en commun. La première opération qu’ont à faire les transportés menés dans la forêt, qu’ils doivent convertir en centre agricole, c’est de se bâtir, à faux frais, un logement provisoire pour s’abriter. Après quoi, ils bâtissent les vingt cases et les relient par une route qui doit joindre également la concession nouvelle à la concession la plus voisine, si ces deux concessions ne sont pas contiguës. Ils exécutent encore une partie de l’abatis et des défrichements,  qui sont les opérations préalables nécessaires à l’ensemencement et à la mise en terre des plantes potagères, dont la culture s’appelle la production des vivres.

Alors le travail en commun cesse et l’individualité se dessine. L’association a vaincu les obstacles que l’homme seul n’aurait pu surmonter; elle a maintenant terminé sa tâche, et laisse chacun de ses membres livrés à sa propre intelligence et à ses aptitudes spéciales.

Quoique les vingt cases soient bâties sur le môme modèle, comme il peut y avoir des concessions dont l’exposition ou le sol entraîne certains avantages, les vingt lots sont tirés au sort, et chaque transporté dirige sa culture à sa guise en se conformant cependant aux conseils de l’administration supérieure qui, tout en conservant la haute main, laisse encore une latitude convenable aux inspirations particulières.

L’autorité suit quelque temps des yeux la conduite et le travail du transporté; et si elle est satisfaite de son examen, elle lui accorde définitivement la concession de son lot. Le voilà désormais propriétaire  d’un immeuble et investi de tous les droits attachés à ce titre. Il peut acheter et vendre, il peut s’associer et mener de front plusieurs concessions. S’il a des capitaux en France, il peut les utiliser; s’il a une famille, maintenant qu’il peut la loger et la nourrir, il obtient de la faire venir, et l’État se charge des frais de voyage des émigrants.

S’il n’a pas de famille et s’il éprouve le besoin de s’adjoindre une compagne, s’il désire peupler sa solitude, si l’idée de la paternité sourit à ses sentiments affectueux, il demande une femme, et l’État se constitue également pour lui en agence matrimoniale.

Les femmes envoyées à la Guyane pour unir leur sort à celui des transportés sont prises dans le même milieu qu’eux. Ce sont des femmes sortant des maisons centrales, entachées de condamnations plus ou moins graves. Mais il n’est pas défendu au transporté de choisir une compagne ailleurs, s’il peut en trouver une de bonne volonté.

Jusqu’au jour solennel où elles sont conduites à la mairie et à l’église, les filles et les femmes, destinées à peupler la Guyane de la transportation, sont confiées à la garde et à la discipline sévère des dames de Saint-Joseph de Chartres. Ces religieuses sont également chargées de l’éducation des enfants des condamnés.

Comme les futures épouses doivent être spécialement occupées aux rudes travaux agricoles, qu’elles sont appelées à aider leurs maris dans leurs défrichements et leurs cultures, on les a choisies, autant que possible, parmi les filles de campagne de constitution robuste. J’en ai trouvé peu de jolies parmi celles que j’ai eu occasion de voir; cependant, en dépit de leur misérable costume, quelques-unes peuvent plaire encore.

Chose étrange ! Le plus grand nombre a subi sa condamnation pour crime d’infanticide. Il y a là une étude intéressante à faire; mais n’est-ce point attaquer avec trop de hardiesse une grande question humanitaire? La honte et le besoin de cacher les suites d’une faute, est-ce là le seul mobile qui les a poussées au crime? Deviendront-elles de bonnes mères de famille plus tard? Ce sentiment de la maternité qu’elles ont étouffé d’une façon si terrible, va-t-il renaître plus ardent, plus vivace pour les nouveaux fruits de leurs entrailles?

Tout transporté qui désire entrer dans les liens du mariage doit faire venir ses papiers de famille ; les femmes sont déjà munies des leurs. Il faut faire les choses régulièrement pour ne pas créer de grandes difficultés à l’avenir, et surtout pour prévenir les cas de bigamie, l’erreur la plus dangereuse en l’espèce. Les fondateurs des sociétés nouvelles sont bien tenus de serrer le code et la légalité au plus près.

Cette formalité entraîne souvent de longs délais. L’état civil de beaucoup de condamnés n’est pas toujours facile à constater. Si quelques-uns ont eu un nom et une position dans le monde, beaucoup se trouvent être des vagabonds sans aveu, sans feu ni lieu ; il en est qui ont porté plusieurs noms dont aucun n’est inscrit au registre de la mairie. D’autres sont des enfants du grand chemin, que leurs parents ont jetés avec un sobriquet ou un prénom dans ces troupes nomades de bohèmes et de saltimbanques, qui ont pour patrie la place publique, et pour domicile une voiture errant de foire en foire.

Quand les obstacles sont levés, quand des relations habilement ménagées ont mis les futurs, époux en présence, s’ils se conviennent réciproquement, les bans sont publiés, le mariage civil et le mariage religieux s’accomplissent suivant les us habituels, et l’épouse suit l’époux au domicile conjugal.

Il y a un couple assez singulier au pénitencier de Saint-Laurent. Le mari a tué sa première femme; la femme a assassiné son premier mari. Est-ce le hasard ou cette conformité d’antécédents qui les a rapprochés? Qui se ressemble s’assemble, dit le proverbe. Ils n’ont du reste rien à se reprocher l’un à l’autre et vivent, à ce qu’il paraît, en fort bonne intelligence. Peut-être se redoutent-ils, ou s’estiment- ils mutuellement, ayant fait tous les deux leurs preuves.

Qu’adviendra-t-il de ces appariades? Feront-elles souche d’honnêtes gens? Ou devra-t-on perpétuellement appliquer aux enfants nés de parents criminels et dégradés le terrible vers de Racine adressé aux héritiers des Atrides?

Tu sais qu’ils sont sortis d’un sang incestueux,

Et tu t’étonnerais s’ils étaient vertueux.

J’ai plus de foi, pour ma part, dans la puissance du bon principe, et je pense qu’il en doit être de la beauté morale comme de la beauté physique. Or, ne voit- on pas tous les jours de ravissantes têtes d’enfants faire contraste avec la laideur des parents? Et les mathématiciens ne nous prouvent-ils pas que moins multiplié par moins donne plus au produit? Et les fumiers les plus immondes ne sont-ils pas en possession de nourrir et d’amener à bien les plus délicates des fleurs et les plus savoureux des fruits?

Parmi les soixante ménages établis actuellement aux environs de Saint-Laurent, il y a eu déjà un premier produit. Quelques-uns en sont même à la seconde édition. Ces enfants ne laissent rien à désirer sous le rapport de la constitution physique; espérons que leur moral n’aura pas trop à souffrir de l’influence du péché originel.

La ration de vivres journaliers est accordée aux concessionnaires et à leur famille pendant deux ans. On sera peut-être obligé de prolonger cette faveur une année en plus; mais à partir de cette époque, ils doivent se suffire à eux-mêmes.

La ration accordée aux enfants varie suivant l’âge de ces petites créatures. Cette demi-mesure n’était pas admise, volontiers, par une mère qui, douée d’un vigoureux appétit, comptait bien se satisfaire sur la part de son nouveau-né. Sa réclamation auprès du commissaire fut acerbe.

« Nous remplissons nos devoirs, dit cette femme en colère, et le gouvernement ne remplit pas les siens. On nous envoie ici pour peupler, nous peuplons, et on ne donne pas la ration à nos petits. Eh bien! Nous ne peuplerons plus. »

La terrible menace de cette mère exaspérée ne s’est pas accomplie. On continue à peupler et dans de belles proportions. L’arrivée de tous ces enfants est saluée avec joie; plusieurs officiers ont accepté de les tenir sur les fonts baptismaux et remplissent avec conscience leur rôle de parrains.

Quelques-uns de ces petits innocents ont eu, comme Cendrillon, le bonheur d’avoir une bonne fée pour marraine. La générosité et la voix d’un excellent cœur sont aussi des baguettes magiques. Celles-là font également des miracles.

Donnez, afin que Dieu, qui dote les familles,

Donne à vos fils la force, et la grâce à vos filles.

Grande pensée de notre grand poète Victor Hugo! J’ai souvent servi d’intermédiaire dans la distribution de ces bienfaits. J’ai vu les larmes de la reconnaissance couler des yeux de la mère quand j’étalais le joli trousseau dont la fée dotait sa filleule. Ces pleurs sont des prières qui montent vers l’Éternel. Puissent-elles, suivant le vœu du poète, appeler sur la jeune marraine de la petite Marguerite les bénédictions d’en haut!

(à suivre)

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La Guyane Française en 1865 (chapitre 6)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

Avertissement : Le livre a été mis en texte avec Word à partir du document PDF de BNF, pour cela j’ai utilisé un OCR (Fine Reader), il est possible qu’il y ait quelques erreurs dues à la transcription.
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Huitième partie

                Chapitre VI

Règne végétal

 Productions naturelles.

Je n’ai pas l’intention de décrire tous les végétaux de la Guyane française dans leurs feuilles, leurs fleurs et leurs fruits. Ces détails, qui sont d’une nécessité́ absolue pour distinguer les familles, les genres et les espèces, ne seraient à leur place que dans un ouvrage spécial. La vie d’un homme suffirait à peine, d’ailleurs, à en dresser un catalogue à peu près complet. Je me bornerai donc à décrire, dans la première partie de ce chapitre, l’aspect général sous lequel se présente la végétation à la Guyane. Fidèle au plan que je me suis tracé au début de ce travail, je dresserai, dans la seconde partie, la liste des productions spontanées du sol, pouvant être, utilisées dans le commerce ou dans l’industrie et qu’il serait facile d’exploiter. Je ne citerai que pour mémoire les denrées alimentaires, les productions si précieuses et si variées obtenues par la culture et livrées à l’exportation, en réservant, a cet égard, tous détails pour le chapitre relatif aux circonscriptions territoriales et à leurs cultures.

Les sources auxquelles j’ai puisé sont : l’Histoire des plantes de la Guyane française de Fusée-Aublet, la notice publiée en 1827 sous le titre de Forêts vierges de la Guyane, par Noyer, l’Histoire de la Guyane anglaise de Dalton, et un manuscrit encore inédit sur la cryptogamie vasculaire, qu’a bien voulu me confier M. Leprieur, chevalier de la Légion d’honneur, pharmacien de la marine en retraite. Je n’ai pas manqué de consulter aussi le catalogue si exact des produits des colonies françaises envoyés à l’exposition universelle de Londres en 1862.

  • 1er. — Aspect général de la végétation.

L’observation qui a formé la base, les archives et, pour ainsi dire, les annales des sciences naturelles a prouvé que la plupart des végétaux sont les mêmes dans les terres situées sous les mêmesclimats et à  des élévations égales. Il y a donc lieu de penser que toutes les plantes qui  se trouvent sur les terrains  analogues des autres parties du continent et des îles de l’Amérique situées entre les tropiques , existent et seront un jour découvertes dans l’intérieur de la Guyane française.

On peut affirmer que nous connaissons à peine, aujourd’hui, le tiers des plantes qui composent la flore de cette vaste partie du continent américain, et qu’aucune contrée du monde n’approche de la richesse de sa végétation, à l’exception des bords de l’Amazone et des forêts de l’archipel de la Sonde.

Celte végétation n’offre rien de remarquable sur les bords de  la mer. On n’y voit que les deux espèces de palétuviers : les palétuviers rouges (rizophora mangle), les palétuviers blancs  (avicennia nitida et tomentosa) et le lagunculariade Jaquin qui  y forment des forêts épaisses au-delà desquelles on trouve les savanes noyées et les terres basses; des caladium arboreum   en grand nombre et des palmiers pinots (euterpe oleracea et euterpe edulis), qui ont fait donner aux savanes noyées et aux terres humides, dans, lesquelles ils vivent, le nom de pinotières.

Dans ces vastes savanes paludéennes, qui se prolongent toujours parallèlement au rivage de la mer, on rencontre  avec diverses espèces de nymphœacées (nuphar), des pontédéries à  épis élégants, de la famille des narcissées, et le ceratopteris parkerii, genre de fougères remarquables qui se cultiveraient facilement dans les aquariums des serres d’Europe, des salvinies  et des azolles, de la famille des marsiléacées, qui se balancent : dans l’air avec leurs fleurs aux teintes brillantes et aux formes  étranges, ou se trouvent flottantes sur toutes les eaux dormantes, répandant au loin leur parfum et formant un tapis épais qui dérobe complétement la vue de l’eau. C’est dans les lacs de cette zone que-doit exister, de l’Oyapock à Kaw, la victoria regina de Lindley, la plus belle des plantes de la flore des Indes occidentales. Là vivent  aussi quelques-uns des grands végétaux qui fournissent des aliments à l’homme et qui peuvent être arrosées soit avec de l’eau douce, soit avec de l’eau de mer:1ecocotier (cocos nucifera), le bananier (musa paradisiaca) et l’avocatier (persea gratissima). Non loin de cette zone, et  les pieds encore dans l’eau, vivent en forêt épaisse tous les individus du bache (mauritia vinifera Martius), palmier morichede Humboldt, mirici des bords de l’Amazone, dont les graines servent à la nourriture des indiens.

Dès que l’on a quitté les bords de ma mer, la végétation change : les arbres sont doués d’une constitution plus robuste ; ils sont élevés, droits,  d’un bois dur, compact, odorant. Aux bords des fleuves, des rivières et des criques, on trouve les deux espèces de cacao sauvage (carolinea de Linné), des oréodaphnées, des ocotées de la famille des laurinées, des combrétacées, genre d’arbrisseaux grimpants, aussi intéressants par leur port élégant que par la beauté des fleurs des espèces qui le composent, ainsi que plusieurs espèces d’échites, genre d’apocynées, arbustes volubiles, et de liserons (convolvulus), dont les fleurs de différentes couleurs simulent des guirlandes ou dessinent des portiques.

Mais c’est au sein des forêts vierges de la Guyane que la nature étale, aux yeux surpris du voyageur, tous les trésors de sa magnificence. On trouve, dans certaines parties de ces forêts, les trois végétations dont nous avons déjà parlé dans notre Chapitre IIe, végétations bien distinctes, superposées, s’étageant l’une sur l’autre et vivant ensemble sans se gêner ni se nuire.

La première se compose de ces arbres gigantesques de trente à quarante mètres de hauteur, qui forment un dôme épais impénétrable aux rayons du soleil,  ne vivant pas par famille et par grandes associations, comme dans les forêts de l’ancien continent, mais disséminés, mêlés avec les essences les plus dissemblables: les nombreuses espèces d’eugenia et de myrcia, les quatre espèces de quatélé (lecythus grandiflora, amar, lutea et zabucajo), de la famille des myrtacéés, les espèces de saouari (caryocar tomentosum et saouri glabra d’Aublet), les cèdres (icica), de la famille des térébinthacées, les espèces d’ébènes, les tecoma et les jacaranda, de la famille des bignoniacées, les grignons (bucida buceras), les moras (mora excelsa), dont le cœur vaut le chêne pour la tannerie, les courbarils (hymenœa courbaril), couverts dans la saison d’été de longs épis de fleurs violettes, rouges, blanches, selon les diverses espèces les astrocaryums, genre de palmiers, quelquefois sans tige apparente, la plupart en ayant une, grêle et élancée, à épis de fruits, de trois à quatre mètres de  longueur,  protégée par des épines noires de quatre à six pouces, plates et affectant la forme de poignards ;  les espèces beaucoup plus petites du genre geonoma, les quatre du genre attalea, et surtout les trois belles espèces de palmiers œnocarpus batawa, regius et bacaba.

La seconde végétation comprend des arbres de dimensions plus modestes, mais qui ont encore de dix à quinze mètres de hauteur quatorze espèces de laurinées dont les plus remarquables sont : l’acrodiclidium guyanense et kunthianum, le  nectandra cinnamomoïdes,dont l’écorce est astringente et aromatique, le laurus pulchéri,qui produit les noix de sassafras, le nectandra puchuri majoret la varié minor, qui donnent les fruits qu’on nomme pichurim,l’ajovea guyanensisd’Aublet (laurus hexandra de Swartz), les oreodaphne divaricata, martiniana et commutata, l’ocotea guyanensis et le licaria guyanensis,tous deux d’Aublet , divers genres de mélastomes et un grand nombre d’espèces de la famille des légumineuses.

Vient enfin la troisième végétation, composée d’arbustes plus humbles, de mélastomes de petite taille, d’un aspect élégant, à feuilles opposées, aux fleurs tantôt nues, tantôt accompagnées de bractées, feuilles florales en formé d’écailles ; ici, l’on voit des rubiacées, les genrescoffea cephalisde la famille des violacées, les tapogomées dont il y a huit espèces a la Guyane; là, sur les pentes sèches, on trouve en grande quantité́ les palmiers conana (astrocaryum acaule) et les diverses espèces de bactris à épines noires et à épines blanches, les uns à tige unique, les autres pressés en touffes impénétrables ; là encore, sur les pentes humides, la famille nombreuse des palmiers dioïques dont le vent charrie à travers les airs la poussière fécondante des mâles pour la porter sur les femelles; tels que les maricoupi (attalea compta) et les maritonton (attalea acaule), dont les feuilles servent à couvrir les cases, carbets et ajoupas ; dans les bas-fonds, des aroïdes mêlées à des fougères arborescentes et acaules, à de charmantes espèces de palmiers geonoma qui toutes sont sans épines. La plus jolie de ces espèces, le geonoma stricta n’est que de la grosseur d’une plume d’oie ; on rencontré, enfin, sur le bord des ruisseaux, le tourlouri des indiens (manicaria saccifera de Marius), à feuilles sans fissures, de près d’un mètre de largeur sur trois ou quatre de longueur, à épi compact et rameux couvert de fruits tuberculeux.

Le sol de certaines parties des forêts de la Guyane française est couvert de plantes herbacées et parasites: les caladium, genre de la famille des aroïdes, à feuilles diversement nuancées de rouge, de rose, de blanc et de vert, et de nombreuse  espèces de maranta, de la famille des amomées, entre autres le maranta zébré, remarquable par ses longues feuilles rayées de brun velouté et de jaune en dessus et un beau violet en dessous. Les troncs des arbres portent à leur tour de nombreuses plantes épiphites appartenant aux orchidées aux épidendres et aux broméliacées, espèces nombreuses qui sont encore pour la plupart inconnueset qui feraient, si elles y étaient transportées, le plus bel ornement de nos serres d’Europe.

La flore de la Guyane française se compose d’une multitude d’autres espèces particulières au continent méridional américain, se subdivisant elles-mêmes en genres nombreux qui ne sont encore décrits nulle part, qui ne sont pas même dénommés. C’est à un homme spécial qu’il appartient de compléter le beau travail de Fusée-Aublet.

Je regrette de n’avoir pu me procurer l’ouvrage de Schomburgk, intitulé A description of british Guiana.Il présente, dit-on, le tableau le plus fidèle et le plus complet de la flore de cette partie du continent américain.

Dalton, dans son histoire de la Guyane anglaise, IIe volume, page 215 et suivantes, a classé, d’après la méthode du professeur Lindley, près de six mille arbres, arbustes et plantes avec désignation des familles, des genres et des espèces. Presque tous les végétaux qui y sont énumérés se trouvent ou doivent se trouver à la Guyane française. C’est donc un ouvrage utile à consulter pour quiconque se livrera à l’étude de la botanique de notre colonie.  Cette oeuvre si consciencieuse contient cependant des omissions et des doubles emplois : certains genres, manquent entièrement ; or, il n’est pas probable que la végétation de la Guyane anglaise soit assez différente de celle de la Guyane française, pour qu’un genre entier qui se trouve dans la seconde n’existe pas dans la première des deux colonies. D’un autre côté les sésamums ne peuvent être classés en même temps dans les bignoniacées et dans les pédaliacées (page 256). Mais ce sont de légères imperfections que rachète la solidité de l’ensemble dans cette œuvre estimable à bien des titres.

M Leprieur est le seul botaniste qui ait fait pour la cryptogamie guyanaise ce que Dalton a fait pour la flore entière de la Guyane anglaise. Il a publié dans les annales des sciences naturelles, tome XIV, cahier n° 5,  un grand nombre d’espèces de cryptogames cellulaires par lui découvertes à la Guyane. Il a pu envoyer de 1835 à 1849, à la société, de géographie de Paris, trois collections successives de mousses et  d’hépatiques qu’il avait recueillies pendant son premier voyage entrepris, à travers la Guyane centrale  dans le but de découvrir des sources du Maroni. Aucun autre collecteur n’a jamais montré plus d’habileté dans ses investigations ni eu la main aussi heureuse. Sur les 724 espèces dont se composaient ces trois collections, il y avait76 algues dont 50 nouvel1es, 7 collemacées (2 nouvelles), 179lichens (50 nouveaux), 179 hyménomycètes (86 nouvelles), 24 discomycètes (16 nouvelles), 124 pyrénomicètes (86 nouvelles), 20 gastéromycètes (9 nouvelles), 65 hépatiques (24 nouvelles) et 55 mousses (11 nouvelles), en tout 335 espèces nouvelles qui ont subi  depuis longtemps le contrôle des botanistes dont un grand nombre figure dans la nomenclature de Dalton avec la désignation du nom de leur inventeur.

M Leprieur a découvert, en outre, un grand nombre de cryptogames vasculaires qui comprennent les fougères, les lycopodiacées, les polydiacées, etc. J’extrairai du précieux manuscrit, qu’a bien voulu me confier M. Leprieur, la nomenclature de ces nouveautés cryptogamiques, qu’il est dans l’intérêt de la science de livrer au domaine public. Mais avant d’en donner l’énumération, j’appellerai l’attention des botanistes et en particulier des psychologistes sur un fait singulier, signalé par M. Leprieur, celui de la station insolite de quelques floridées dans les eaux douces et courantes de criques descendant des montagnes du Mahury et de Kaw.

Tous les botanistes, mais surtout ceux qui se sont spécialement occupes des algues, n’ignorent pas que, des trois familles qui composent cette grande classe de végétaux, il n’en est qu’une seule, celle des zoosporées  qui ait des représentant dans  les eaux douces et salées, c’est-à-dire, dont les espèces puissent vivre à la fois dans la mer, dans des fleuves et dans les plaines marécageuses. Quant aux phycoïdées ou fucacées, et aux floridées surtout, on n’en avait pas encore rencontré ailleurs que dans les eaux salée ou du moins saumâtres. Une seule espèce, le fucus amphibiusHuds, vit quelquefois dans ces dernières conditions, mais n’a jamais été trouvée dans des rivières qui, ne communiquant pas directement avec la mer, ne sont pas soumises a l’influence des  marées.

Or, M  Leprieur a recueilli dans les eaux courantes de la Guyane trois bostrichia, un gymnogongrus et deux ballia.
Ces algues, et quelques autres propres aux eaux douces ont  été récoltées dans  les criques de la rivière du Mahury, dans la crique cacao, distante de Cayenne de plus de 80 kilomètres, et dans les cours d’eau de la crique Gravier des montagnes de Kaw, a environ 40 kilomètres de la mer et à une altitude de 100 à 150 mètres. Ce qu’il est important de remarquer, c’est que l’eau de ces criques ne présente aucune espèce de salure : ce sont des eaux vives torrentielles, dont, la source filtre, à travers les minerais de fer, qui constituent les sommets de ces montagnes.  L’ élévation, du lieu est du reste une autre circonstance qui doit exclure toute idée que le flux puisse pénétrer jusque là pour y apporter les germes de ces plantes dont les formes sont d’ailleurs entièrement nouvelles. Il y a encore ceci à noter, c’est que M. Leprieur a constaté sur les lieux mêmes que ces algues répandaient une forte odeur de marée,  tout à fait semblable à celle qu’exhalent leurs congénères marines. L’état de dessiccation récente ne détruit même pas entièrement ce caractère.
Toute explication de ce fait est impossible dans l’état actuel de la science. Si une seule de ces espèces vivait dans la mer qui baigne les côtes de la Guyane, on pourrait s’ingénier à rechercher comment et par quelle voie ses spores ou sémicules sont arrivées a franchir un aussi long trajet et ont pu conserver la faculté de germer, de végéter et de se reproduire dans des conditions si différentes. Mais ces espèces sont toutes nouvelles, et à moins d’admettre que leur structure et leur forme ont pu être modifiées par cette station inusitée et pour ainsi dire anormale, on ne saurait les rapporter à aucune des trois congénères qui croissent à la Guyane, dans les fleuves et rivières où remonte la marée.
Ce qu’il y a de plus singulier, dans ce fait, qu’un botaniste pourra, sans doute,  un jour confirmer, c’est la présence d’un ballia, genre exclusivement marin, sur les filaments d’un batrachosperme  nouveau, fixé aux rochers de la crique  Gravier des montagnes de Kaw, et, si l’on pouvait, conserver quelques doutes sur la découverte de M. Leprieur  cette floridée parasite sur une  zoosporées dont les congénères ne vivent que dans les eaux douces, suffirait pour les dissiper à l’instant.

Parmi les 275 espèces de cryptogames vasculaires recueillis par M. Leprieur et qui ne figurent pas dans les species des familles auxquelles elles appartiennent, les plus remarquables sont :

Lycopodium plumosum         (Rivière  Gabaret)

Lycopodium pusillum            (Montagne-Tigre et Matouri)

Lycopodium articulatum        (Gabaret, Oyapock)

Lycopodium paradoxum         (Mont-Sinéry, saut Brodel, Comté)

Ophioglossum induviatum      (Baduel)

Ophioglossum nervosum        (Banlieue de Cayenne)

Ophioglossum acutifolium      (Sinnamary)

Ophioglossum gracile              (Intérieur)

Ophioglossum pulchellum      (Ile-de-Cayenne).

Ophioglossum augustifolium  (Banlieue de Cayenne, Oyac)

Ophioglossum udulatum         (Banlieue de Cayenne).

Danœa megaphylla                 (Approuague)

Danœa sarcorhyza                  (Intérieur)

Danœa oligophylla                  (Camopi)

Danœa latifolia                        (Approuague).

Danœa elegans                        (Intérieur).

Danœa leprieurii                     (Rivière des Cascades)

Danœa simialata                      (Conana).

Danœa  polyphylla                 (Comté).

Ceratopteris fragilis                (Banlieue de Cayenne).

Lygodium macrostachium       (Ile-de-Cayenne).

Acrostichum dentatum           (Comté).

Acrostichum dermophyllum   (Oyapock)

Acrostichum laminarioïdes     (Oyapock)

Acrostichum maximum           (Oyapock)

Polypodium falciforme           (Couripi, Cayenne)

Metaxia parkerii                      (Gabaret)

Metaxia argenrea                     (Montagne d’Argent)

Vittaria curvata                       (Intérieur)

Antrophiüm graminifolium     (Intérieur)

Antrophiüm pendulum           (Gabaret)

Adientum ptéridioïdes            (Banlieue de Cayenne)

Adientum reticulatum             (Kaw)

Adientum hirsutum                 (Conana)

Lindsœa lunulata                     (Oyapock)

Aspidium  durum                    (Ouanari, Conana)

Aspidium tomentosum           (Rivier Saï)

Alsophila microcarpa              (Saut Brodel)

Alsophila dentata                    (Rivière des Cascades)

Alsophila obscura                   (Comté)

Cythea tomentosa                   (Conana, Cacao)

Cythea tristica                                    (Comté)

Tichomanes crispum               (Orapu)

Tichomanes atroviveus           (Gabaret, Saï)

Tichomanes leprieurii             (Ouanari)

M Leprieur a reconnu, en outre, et classé la plupart des espèces de cryptogames cellulaires ou vasculaires antérieurement décrites.

  • 2.- Arbres, Arbustes et Plantes utiles.

Je n’ai pas cru devoir adopter, pour cette partie de mon travail, la classification scientifique des botanistes, mais l’ordre alphabétique, beaucoup plus commode pour les recherches, établi par Noyer dans sa nomenclature des bois de la Guyane

(Forêts vierges de la Guyane française, page 23), et par M Aubry-Lecomte dans le catalogue de l’exposition universelle de Londres (Revue maritime et coloniale, avril 1862) :

Agave, dont deux espèces : agave vivipara et agave americana, excellents textiles, nommés karatasà Cayenne.

Acacia (mimosa guyanensis) ; ses branches fournissent de petites courbes pour embarcations, et son écorce une résine qui peut remplacer la colle des luthiers.

Acajou. On confond sous ce nom, à Cayenne, trois ou quatre arbres qui n’ont entre eux aucun rapport. Les véritables acajous sont: 1° l’acajou-savane ou à pommes (anacardium occidentale), de la famille des térébinthacées, qu’on ne trouve que dans les savanes sèches. Sa gomme ne peut être comparée à la gomme arabique: elle n’est pas soluble comme cette dernière. Ses pédoncules charnus, qu’on nomme a tort pommes, sont pleins d’un suc qui a un goût acerbe ; ses fruits appelés noix contiennent une amande douce, tandis que les loges du péricarpe sont remplies d’un sue huileux, ancré et corrosif ;  2° l’acajou pâle, et 3° l’acajou rouge, espèces du genre cedrela, de la famille des cédrelées, qu’on trouve dans les grandes forêts. Quant au Swietenia mahogani, il n’existe pas à la Guyane française. Par compensation, il y a au jardin de Baduel, au camp Saint-Denis et au cimetière plusieurs fort beaux pieds de l’acajou lourd de la Sénégambie (kahia senegalensis), et il serait à désirer qu’il y en eût davantage.

Aloës (aloë perfoliata), textile.

Amblanier (ambelania acida aubletii) produit un fruit, qui, mis en confitures, guérit la dysenterie. Les créoles l’appellent quienbendent, parce que par sa viscosité́ il adhère, aux lèvres et aux dents. On le nomme aussi graine-biche.

Ambrette (hibiscus abelmoscus) ; calalou sauvage; c’est la ketmie odorante. Ses semences, connues sous le nom de graines d’ambrette, servaient, autrefois, à parfumer la poudre à poudrer.

On dit que les Arabes les mélangent avec le café pour lui communiquer une odeur encore plus suave.

Amourette(medicago arborea), arbuste dont les feuilles, qui ont des qualités purgatives, sont employées en infusion.

Ananas (bromelia ananas), fruit d’une saveur exquise. Celui de Maurice peut seul lui être comparé, non pour le volume, mais pour le goût et le parfum. On en fait un sirop délicieux.

Angélique (dicorenia paraensis),  à grandes dimensions ; peut être utilisé pour quilles et bordages ; supérieur au chêne pour les constructions navales.

Aouara (astrocaryum vulgare), espèce de palmier dont le fruit vient par régimes, engraisse les bestiaux et donne une huile propre à l’éclairage. Selon Barrère, on l’emploie avec succès contre les coliques et les douleurs d’oreilles. (Voir palmier.)

Aracouchini (icica aracouchini) ; son suc balsamique guérit, selon Aublet, la lèpre ou mal rouge.

Arbre à encens (icica heptaphylla) hauteur dix mètres, diamètre soixante centimètres : il découle de son écorce entamée un suc clair, transparent, balsamique et résineux qui, desséché devient une gomme blanchâtre qu’on appelle résine élémi. On l’emploie dans les appartements et dans les églises au même usage que l’encens. On appelle cet arbre arouaoudans le pays.

Arbre à flèche (maranta arundinacea Aublet)[1]; succédané du quinquina ; une de ses espèces, l’arouma (maranta tonka), sert à faire des corbeilles et des paniers ,appelés dans le pays paqaras. Les racines en fourche d’une autre de ses espèces (maranta dichotoma), sont garnies de tubercules plus ou moins gros, dont on extrait l’arrow-root. La culture de celte plante robuste pourrait, être illimitée à la Guyane : son rendement est considérable et sa préparation facile.

Arbre à pain, dont plusieurs espèces : arbre à pain à graines (artocarpus jaca) ;  arbre à pain igname (artocarpus incisa). Son nom vulgaire est jaquier produit des fruits comestibles.

Avocatier (persea gratissima), dont les fruits sont regardés comme anti-dysentériques.       Ayapana (eupatorium ayapana), sorte de thé, excellent en infusion, très stomachique.

Azier (nonatelia officinalis) ; l’infusion de ses feuilles ou du moins calme l’asthme. (Ce mot est une corruption de hallier.)

Bagasse (bagassa guyanensis), arbre à grandes dimensions, vingt-cinq à trente mètres de hauteur, près de deux, mètres de diamètre, bon pour les constructions navales. Son écorce entamée rend un suc laiteux. Deux variétés : le bois du bagassier de montagne est léger, celui des terres basses est pesant. .

Balata, nombreuses espèces : balata franc (achras sapopta ou sapota mulleri) très dur, inattaquable par les termites; donne une gutta-percha supérieure à celle de l’Inde bon pour les constructions navales ; c’est le balata saignantdu pays; balata indien (balata indica) ; le Balata dit de montagne ou balata rouge (achras sapota)  produit des fruits ronds de la forme d’un citron vert et d’un goût très agréable. Ces fruits sont très laiteux. Ce lait est  employé par les Portugais et les Brésiliens contre les maladies de poitrine. On m’a cité à Cayenne des cures fort remarquables opérées, dit-on, par la vertu des fruits ou plutôt du lait des fruits du balata rouge.

Bambou (bambos arundinacea) ; la plus grande plante de la famille des graminées, s’élevant jusqu’à vingt mètres ; son bois fournit des ustensiles et des meubles.

Bananier (musa paradisiaca), dont les fibres pourraient être utilisées dans la fabrication du papier.

Bananier corde (abaca textilis) ; sa fibre sert à faire des cordes et des tissus de la plus grande beauté.

Bancoulier (aleurites triloba), sa noix donne une huile excellente pour l’éclairage.

Barlou (urania guyanensis Richard), espèce de palmier nommée barlourou, dans le pays,excellent textile; les Indiens mangent ses graines rôties.

Basilic ou grand basilic (ocymum), condiment,

Basilic sauvage (matourea pratensis). Cette plante est regardée comme un bon vulnéraire ; écrasée, elle fournit une décoction utile en pharmacie.

Beslère (besleria violacea); le suc de sa racine et de -ses fruits teint en violet le coton ou les pailles.

Boco (bocoa prouacensis,) bois de couleur à grandes dimensions; bon pour le pouliage et l’ébénisterie.

Bois amer. (Voir coachi.)

Bois calumet (mabea piriri). On fait des tuyaux de pipe avec les menues branches de cet arbrisseau.

Bois bagot (coccoloba ririfera ?), bonjour la menuiserie et l’ébénisterie.

Bois balle (trichillia), propre aux constructions navales; son fruit ressemble à un petit boulet.

Bois cannelle (laurus guyanensis) ; même usage.

Bois canon (cecropia peltata Linné). On l’appelle bois trompette à Saint-Domingue.

Bois de lettre moucheté (piralinera aubletii), à grandes dimensions. Trois espèces: le lettre moucheté et le lettre marbré, utilisés en ébénisterie, le lettre à grandes feuilles, bon pour la construction et le charronnage: c’est le letter-wood ou bourracourra de Demerary.

Bois de rose (licaria guyanensis), atteint une hauteur de vingt mètres et a un diamètre de plus d’un mètre, le bois de cet arbre est jaunâtre. Il y en a deux espèces: le bois de rose mâle, propre à la charpente et aux constructions navales, et le bois de rose femelle, qu’on débite en planches : cette dernière espèce renferme une essence qu’on extrait par la distillation. On désigne souvent, dans toute l’Amérique, ces deux espèces sous le nom de sassafras.

Bois di vin, en créole, bois qui ressemble au vin; charpente et charronnage.

Bois la morue ou lézard (vitex devaricata) ; construction, charpente et charronnage.

Bois Lemoine; mêmes usages.

Bois macaque (lecythis zabucajo), très grand arbre ; constructions navales, charpente, et charronnage. Fusée-Aublet, dans son ouvrage, le nomme quatelé et zabucajo. On rappelle aussi tococo : c’est son nom en langage galibi ; son écorce pourrait être utilisée pour la fabrication du papier. Les Indiens s’en servent pour faire des cigarettes.

Bois pagaie (cassia apoucouila) ; même usage on le confond avec le courimari.

Bois puant ou pian (perigara tetrapelata), employé́ dans le pays pour faire des cerceaux; bon pour constructions, charpente et charronnage.

Bois rouge, deux espèces : (houmiri balsamifera), atteignant une hauteur de vingt mètres sur soixante-quinze centimètres de diamètre; résineux ; bois de construction, bardeaux, courbes, charpente et charronnage ; bois rouge tisane (houmiri officinalis), bon pour construction. Sa liqueur résineuse et balsamique n’est point âcre et peut être employée intérieurement, comme le baume du Pérou avec lequel elle a du rapport.

Bois sabre (eperua falcata) ou ouapa. (Voir ce mot.)

Bois violet (copaïfera bracteata), à grandes dimensions; propre à l’ébénisterie et au tour.

Bourgouni (mimosa bourgouni).

Cacaoyer (theobroma cacao); on le trouve à l’état sauvage. Cultivé, la graisse de son fruit, desséchée et préparée, forme la base du chocolat. (Voir chapitre VII)

Caféier (coffea arabica). (Voir chapitre VII.)

Café-diable (iroucana) ; ses feuilles servent à nourrir les vers à soie indigènes.

Calalou (hibiscus esculentus). (Voir Hibiscus.)

Calebassier (crescentia cujete) ; quatre variétés. On lait des couis et des ustensiles de ménage avec ses fruits, dont la chair intérieure fournit un excellent sirop.

Campêche (hœmatoxilon campechianum) ; donne une teinture de couleur chocolat.

Canari macaque ; ce n’est pas un arbre, c’est le fruit du lecythis grandiflora, appelé dans le pays couratari. (Voir ce mot). Ce dernier fournit l’écorce dite improprement maho, les maho étant complètement estrangers aux lecythis.

Canne a sucre (saccharum officinarum). (Voir chapitre VII)

Canne congo (costus amomum) ; peut servir à la teinture ; est employée comme rafraîchissant.

Caraïpe (caraïpa angustifolia). Les Indiens emploient les cendres de son écorce, mêlées avec une terré grasse pour fabriquer leurs poteries. Les créoles l’appellent manche-haches ; son bois est, en effet, estime l’un des meilleurs pour faire des manches de haches, cognées, serpes et autres instruments.

Carapa (carapa guyanensis Aublet) ; deux variétés de couleur : le carapa rouge et le carapa blanc, toutes deux employées pour faire des planches. Leur fruit donne une huile à brûler excellente. On peut s’en frotter le corps pour éloigner les insectes, mais son odeur est si désagréable que le remède devient pire que le mal. C’est le crab-vood de la Guyane anglaise. Les xilocarpuscarapa ne se trouvent pas à la Guyane: ce sont des arbres des Moluques.             Carata ou Karatas (agave americana). (Voir Agave.)

Carmentin (justicia pectoralis), succédané de l’ayapana, pour infusions pectorales. C’estunacanthacée.

Casse du Para (cassia javanica). Cet arbre croît dans le quartier de l’Ile-de-Cayenne : on emploie ses gousses aux mêmes usages que la casse ordinaire.

Cèdre blanc (icica altissima) ; ainsi nommé parce que son bois est moins rouge que celui de l’arbre que les habitants appellent cèdre rouge ; hauteur, vingt mètres, un mètre vingt centimètres de diamètre. Lorsqu’on entaille l’écorce, il en découle un suc balsamique et résineux. Il sert à faire des planches,

Cèdre gris (icica decandra) ; rend un suc résineux, balsamique blanchâtre, liquide d’une odeur de citron. Ce suc en se desséchant devient une résine jaune transparente qu’on trouve par morceaux, plus ou moins gros sur l’écorce ou au bas du tronc. Hauteur, vingt mètres ; diamètre, un mètre ; planches, bordages.

Cèdre jaune (aniba aubletii) ; atteint à quinze mètres de hauteur, à soixante-dix centimètres de diamètre ; bois jaunâtre, pesant, aromatique ; sert a faire des mâts, des planches et des bordages.

Cèdre noir (laurus surinamensis), à grandes dimensions.

Centaurée ; deux espèces :  la blanche (coutoubea spicata) , et la purpurine (coutoubea ramosa) ; plantes amères, stomachiques, vermifuges et fébrifuges.

Cerisier (eugenia de Sprengel) : sert à la charpente.

Citronnelle (andropogon, schœnanthus de Linné) : plante parfumée dont l’infusion chaude est employée comme sudorifique dans les cas de petite fièvre.

Citronnier (citrus vulgaris). On pourrait extra l’acide citrique qui serait en Europe d’un placement avantageux.

Cleome (cleome frutescens) ; croit dans les fossés de la ville de Cayenne ; ses fruits, écrasés, remplacent les cantharides pour former les vésicatoires.

Coachi, quachi ou bois amer (quassia amara), succédané du quinquina.

Cocotier (cocos nucifera) ; sa noix fournit une huile graisseuse, utile pour la savonnerie.

Comou (œnocarpus bacaca). (Voir Palmier.)

Conami (conami guyanensis), arbuste dont les nègres bosch emploient les feuilles pilées pour enivrer le poisson ; commun dans le Haut-Maroni.

Conana (astrocaryum acaule), dont la graine est excellente pour la saponification.

Cœur-dehors (diplotropis guyanensis) ; charronnage.

Copahu (copaïfera officinalis). On perce avec une tarière le tronc de l’arbre et on y adapte une bouteille ou un coui pour recevoir le baume qui en découle avec abondance, et qui est connu sous le nom de baume de copahu; très commun dans le Maroni, à partir du saut Hermina.

Corossolier. Plusieurs espèces, dont la plus commune est l’annona muricata ; aromatique ; calmant en infusion ; sert pour les bains.

Cotonnier (gossypium arboreum) ;  textile ; originaire de la Guyane française d’où il a passé aux Etats-Unis et de là aux Antilles. Le coton indigène de la Guyane est courte-soie, mais de très belle qualité. (Voir chapitre VII).

Couaïe(qualea cœrulea) ; mâture.

Coumarou (coumarouna odorata); très grand arbre d’un bois dur et compact.           Coumarouna (dypterix odorata, schreber genera). (Voir Gayac.)

Coumaté (mytacea coumate). le suc épaissi de cet arbre donne un vernis qui, une fois sec, est indélébile. On l’appelle dans le pays bois à dartres.

Coupaya (clusia insignis) ; charpente, constructions navales.

Goupi (acioa dulcis), haut de vingt mètres ; diamètre, un mètre cinquante centimètres ; bois dur, pesant, bon pour charpente et madriers : c’est le meilleur bois pour les constructions navales. Son fruit fournit une huile douce comme celle provenant des amandes.

Couratari (lecythis grandiflora). On trouve dans les forêts de la Guyane cinq espèces du genre lecythis : deux de ces genres, le grandiflora et le zabucajo, donnent des amandes comestibles ; les trois autres, parmi lesquels est le couralari guyanensisd’Aublet, genre conservé, ne produisent que des amandes amères. Le lecythis grandiflora est très propre aux constructions navales; Son fruit est appelé a Cayenne canari macaque.

Courbaril (hymenœa courbaril), un des plus grands arbres de la Guyane. Il découle de son tronc et de ses branches une grande quantité́ de gomme jaunâtre, transparente difficile à dissoudre, analogue a la gomme copale ; fournil un bon bois pour les constructions navales; planches, ébénisterie.

Courimari (courimari guyanensis) ; charpente et charronnage ; constructions. Avec ses arcabas les habitants fabriquent des planches, des pagaies, des gouvernails et des canots.

Crète de coq (heliotropium indicum). Les fleurs de cette plante, données en infusion , arrêtent les pertes de sang chez les femmes.

Dattier (phœnix dactylifera).  (Voir Palmier.)

Ebène ; plusieurs espèces : 1° ébène verte (bignonia leucoxylon), fournirait d’excellentes traverses pour chemins de fer; bon pour toutes espèces de constructions navales : c’est le green-heart des Anglais. Il y a trois variétés de cette espèce, verte, vert-gris ; vert-noir ;  2° ébène rouge, bois de couleur et de construction; 3° ébène vert-souffré (taigu du Paraguay, famille des zygophyllées) ; 4° le Kéréré (bignonia aubletii), dont les fibres servent à faire des paniers, des chapeaux et aussi des liens qui tiennent lieu de cordes ; 5° la bignone incarnate (bignonia incarnata aubletii), servant aux mêmes usages; 6° la binonia copaïa, dont l’écorce est purgative et sémitive. Le suc de ses feuilles est excellent pour la maladie appelée pian dans le pays.

Franchipanier ou frangipanier (plumiera rubra), apocynée dont le suc laiteux est très suspect.

Fromager (bombax ceïba) ; produit une bourre servant de ouate.

            Gayac (dypterix odorata Schreder), arbre de la plus grande dimension ; bon pour poulies ;  succédané du gayac officinal ;  produit la fève dite de tonka. Aublet le nomme coumarouna.

Genipa (genipa americana) ; bois de tour par excellence, charpente. Les Indiens retirent de son fruit une teinture noire avec laquelle ils se peignent le corps. Sa racine est efficacement employée pour la guérison du pian.

Gingembre (amomum zinziber) ; saveur âcre et brûlante ; active les fonctions de l’estomac. Cultivé.

Giroflier (cariophyllus aromaticus). (Voir chapitre VII.) .

Gomme-gutte (hypericum bucciferum). Le suc épaissi qui sort par incision de l’écorce de cet arbre se nomme gomme-gutte d’Amérique : on l’emploie dans les maladies de la peau. Cette gomme se dissout à l’eau chaude et prend une belle couleur jaune qui convient surtout aux étoffes de soie pour leur apprêt.

Goyavier ; deux espèces: psidium grandiflorum, dont le fruit donne une confiture très astringente, et l’écorce sert à tanner les cuirs ; psidium aromaticum, dont les branches et les feuilles sont utilisées pour les bains.

Grignon (bucida buceras), un des plus grands arbres de la Guyane ; son écorce est employée pour la tannerie ; son bois, pour la charpente, la construction des navires, l’ébénisterie et la menuiserie. Il est rarement attaqué par les vers. On en fait des armoires de préférence à tout autre bois ; il est important de le faire tremper un certain temps, dans l’eau courante, pour détruire la gomme mordante qu’il contient.

Grignon fou (qualea cœrulea) ; bon pour garnir l’intérieur des meubles.

Guinguiamadou, (Voir Yayamadou.)

Herbe-aux-brûlures (bacopa aquatca). L’application des feuilles de cette plante guérit les brûlures en peu de temps.

Herbe de guinée (panicum altissimum) ; bonne pour les bestiaux.

Hibiscus ; plusieurs espèces : hibiscus tiliaceusou maho ; hibiscus mutabilis(rose changeante de Cayenne ou maho à fleurs roses) : ces deux espèces fournissent un excellent textile ; l’hibiscus sabdariffadonne, l’oseille de guinée avec laquelle on fait d’excellent sirop, et l’hibiscus esculentusproduit une capsule, appelée calalou à Cayenne et gombo aux Antilles, qui fournit un mets estimé et un rafraichissant.

Igname (dioscorea bulbifera) ; deux espèces : l’une blanche et l’autre rosée. (Voir chapitre VII.)

Immortelle (erythrina corallodendron de Linné), sert a faire des entourages ; sa fleur ressemble à celle du chèvrefeuille.

Indigofère (indigofera tincloria). (Voir chapitre VII)

Ipecacuanha (boerhavia diandria) ; racine vomitive et purgative.

Jaquier (artocarpus integrifolia), genre d’arbres de la famille des urticées. Il comprend une seule espèces nommée arbre à pain : son fruit, très pulpeux et du volume de la tête, a une saveur de pain frais, et d’artichaut lorsqu’il est cuit. On en mange les noyaux comme nos châtaignes, son bois sert à construire des maisons et des bateaux. On fait des vêtements avec la seconde écorce ;  ses chatons mâles tiennent lieu d’amidon. On fait avec son suc laiteux une glu pour prendre les oiseaux.

Jaune d’œuf (lucuma vitellina), de la famille des sapotées ;  sert à faire des planches.

Jejerecou  (xylopia frutescens), de la famille des anonacées, écorce aromatique. On fait usage de ses graines en guise d’épices.

Langoussi (ni décrit, ni classé) bon pour la charpente et la membrure des navires.

Lianes, nombreuses espèces : herbe-notre-dame, liane-à-cœur, liane-à-serpent, liane-mousse, liane-guélingue, liane-pareira-brava (voir ce mot); leur racine et leur bois sont toniques  alexitères, diurétiques ; liane-ail (bignia alliacea) ; liane à énivrer le poisson (robinia nicou) ; liane palétuvier (echites biflora) ; liane amère (nodiroba) ; contre-poison ; liane molle (cissus sicyoïdes) : liane à eau {cissus venatorum) ; liane carrée (paullinia pennata), et sa variété (paullinia tetragona). On fait tremper dans l’eau les sarments de ces deux dernières lianes qui, après la macération, se séparent entre quatre parties avec lesquelles on fait des corbeilles, des paniers et de grands chapeaux.

Maho; six espèces: maho (thespesia populnea), fournissant ile meilleur textile ;  maho de marécage, bon pour la charpente ; maho rouge, même usage ; maho noir, même usage ; maho couratary (icica pruriens), même usage ; maho taoub (iviria  pruriens) ; vingt mètres et plus de hauteur, près de deux mètres de diamètre ; excellent bois de charpente ;  textile.

Maïs (zea maïs) ; excellent textile.

Manabo (manabea arborescens Aublet); son bois se fend très facilement, de même que l’hyrtelle (hyrtelle americana), espèces indigène à la Guyane ; on travaille ces bois en lattes qu’on appelle dans le pays gaulettes.

Mancenillier à feuilles de laurier (hippomena biglandulosa), produit un suc laiteux qui contient du caoutchouc.

Manglier (conocarpus), la plus nombreuse des espèces de palétuviers grand bois (avicennia aubletii).

Manguier (mangifera therebithe), produit des fruits savoureux très recherchés.

Maniguette (uvaria zeilanica), plante connue sous le nom de poivre des nègres ou poivre d ’Ethiopie ;  condiment.

Manioc (janipha manihot), farineux ; ses racines servent a faire la cassave, le couac et le tapioka.

Mani (moronobea coccinea), bon pour la charpente, et la mâture. De toutes les  parties de cet arbre on obtient, par incision un suc qu’on emploie aux mêmes usages que le brai et le goudron.

Maria Congo, bois de couleur, ni décrit ni classé.

Melastome (melastoma amara). Arbrisseau, on emploie ses feuilles en infusion pour laver les ulcères ou les blessures occasionnées par des piqûres; arbre, s’élevant à vingt mètres de hauteur, il produit des fruits bons à manger qu’on appelle mêles:  ses feuilles servent a polir le bois. Plusieurs côtes épais à pans triangulaires, écartées les unes des autres, supportent son tronc, s’élargissent et s’étendent près de terre. Elles sont connues à Cayenne sous le nom d’arcabas. « Les espaces compris entre ces côtes, qui ne sont que des expansions des racines, pourraient contenir plusieurs personnes ; on peut les considérer comme des étais que la nature semble avoir donnés a cet arbre gigantesque, dont la racine pivotante pénètre peu avant dans la terre, et qui, sans ces appui, serait exposé à être renversé par les vents.» (Noyer, Forêts vierges de la Guyane française, page: 7.)

Mencoar ou minquar (minquartia guyanensis), bois qui passe pour être incorruptible dans la terre ; ses copeaux, bouillis, donnent une teinture noire qui prend bien sur le coton ; charpente et menuiserie.

Millepertuis (hypericum sessilifolium) ; suc résineux purgatif; coupe les fièvres intermittentes.

Mirobolan (hernandia sonora), grandes dimensions ; fruit purgatif: l’écorce sèche prend feu sous le briquet d’où lui vient son nom dans le pays de bois amadou.

Mocaya (acrocomia sclerocarpa), bon pour la savonnerie.

Montjoly (varonia globosa), l’odeur des feuilles de cette plante est très agréable : on les emploie dans les bains et fomentations pour guérir les enflures, dissiper les douleurs, fortifier les nerfs ou désinfecter les appartements nouvellement peints.

Mora (mora excelsa), le roi des forêts, atteignant à une hauteur de quarante mètres, est considéré comme le meilleur bois pour les constructions navales.

Moucoumoucou (caladium giganteum), plante qui pourrait être employée à la fabrication du papier.

Moureiller (malpighia altissima aubletii), de vingt-cinq à trente mètres de hauteur, un mètre de diamètre, bois dur et compact: bon pour constructions.

Mouriri (mouriri guyanensis aubletii), son tronc seul a quinze mètres de hauteur ; bois dur et compact : commun entre le premier et le dernier saut de la rivière de Sinnamary.

Moutouchi (pterocarpus suber), hauteur dix-huit à vingt mètres, diamètre soixante-dix centimètres; bois de couleur jaunâtre, veiné de noir : excellent pour l’ébénisterie.

Muscadier (myristica aromatica). (Voir chapitre VII).

Nangossy (terminalia anibouca) ; charpente, ébénisterie.

Nattier ou bois de natte (achras imbricaria), mêmes usages.

Oranger (citrus aurantium) ; son bois, très dur sert à faire des maillets et des manches d’outils.

Oseille de guinée (hibiscus sabdariffa), nom vulgaire de la ketmie acide : on en fait un sirop très rafraîchissant.

Ouabé (omphalea diandria), liane produisant une huile utilisée pour le graissage des machines : on fait de ses graines préparées des colliers et des bracelets.

Ouacapou (wacapoua americana), bois incorruptible et inattaquable par les insectes ; bon pour les constructions. Sa grande dureté́ permet d’en faire des mortiers et des pilons. Ouacapoua est son nom galibi : Aublet le nomme angelin de la Guyane (vouacapoua americana).

Ouapa ou Wapa, deux espèces : 1° ouapa blanc pu ouallaba d’Aublet (eperua falcata), on appelle ce bois à Cayenne, bois sabre ; 2° ouapa violet (ouapa simira). Les éclats de ces deux  espèces huileuses étant allumés peuvent servir de flambeaux. On en fait des manches de haches et  autres outils, des palissades, des pilotis ; ces deux bois sont bons pour la charpente et les constructions navales : tous deux durs, pesants; incorruptibles dans l’eau, à l’air ou en terre.

Ourate (ouratea guyanensis), un des plus grands arbres forêts de la Guyane : la hauteur seule de son tronc est de plus de vingt mètres. Son bois très blanc peut se couper aisément. Bon pour les constructions navales.

Palétuvier, plusieurs espèces : palétuvier rouge (rizophora mangle), propre aux constructions ; cette espèces est très commune sur les bords de la mer et à l’embouchure des fleuves de la Guyane ; son écorce contient de cinq à sept fois plus de tannin que l’écorce du chêne; palétuvier de montagne (taonabo dentata), charpente, bardeaux; son écorce sert pour tanner les cuirs; les trois espèces de palétuviers blanc (avicennia nitida et tomentosa) et le lagunculariade Jaquin, servant pour les petites mâtures ; palétuvier grand bois (avicennia aubletii), écorce à tan ; menuiserie ; une de ses espèces les plus nombreuses est le manglier (conocarpus).

Palmier, quatorze espèces, dont les principales fournissent des fruits bons à manger : le dattier (phœnix dactilifera) ; l’aouara ou avoira (astrocaryum vulgare), dont le fruit est excellent pour les bestiaux ; huileux et savonneux ; le paripou (gulielma speciosa) ; le maripa (attalea excelsa) ; le comou (œnocarpus bacaba), fournissant une huile excellente pour l’alimentation ; bon pour la savonnerie; le conana-mon-père (astrocaryum acaule) et le palmier bache (mauritia flexuosa) ; ces deux derniers excellents pour la saponification.

Palmier pinot (uterpe oloracea), se trouve en abondance dans les savanes noyées appelées pinotières.

Panacoco ou bois de fer (erythrina corallodendron); vingt mètres de hauteur et un mètre de diamètre. Son bois est regardé comme incorruptible ; bon pour les constructions et l’ébénisterie ; produit des graines rouges tachetées d’un petit point noir : on en fait des colliers et des bracelets très recherchés.

Papayer (carica papaya), de la famille des cucurbitacées, s’élevant à sept mètres sur une lige simple ; remarquable par la rapidité de sa croissance. Ses fruits, gros comme un petit melon, sont charnus, jaunâtres, d’une saveur douce et d’une odeur aromatique ; on les mange confits au sucre ou au vinaigre.

Parcouri, grand arbre non encore décrit ni classé; bois de construction de bonne qualité; excellent pour faire des parquets.

Pareira-brava(abuta rufescens), liane qui guérit les maladies de foie et de vessie. .

Patate (convolvulus batatas). (Voir chapitre VII.)

Patawa (œnocarpus patawa) ; bon pour la savonnerie.

Pekea (caryocar butirosa linnœi) ; vingt-sept mètres de hauteur, un mètre de diamètre; pourrait être utilement employé́ pour la construction des navires: on s’en sert à cet usage au Para; une de ses espèces est le saouari ou chawari. (Voir ce mot.)

Pied-de-poule (cynosurus indicus ou virgalus) ; on en fait usage, en décoction, pour calmer les convulsions auxquelles les enfants sont sujets.

Petite-feuille, grand arbre non décrit: bon pour les constructions.

Piment (capsicum frutescens), condiment.

Pitre (bromelia pigna); les fibres blanches et soyeuses, extraites de ce broméliacée par le battage et le rouissage, sont employées à faire des lignes de pèche, des hamacs et des cordes.

Poivre (piper). (Voir chapitre VII.)

Pomme de Cythère (spondias cytherea) ; originaire de Taïti, évi de Bourbon.

Pomme-rosa (eugenia angustifolia); on 1’appelle aussi jambolier ; fruit de forme et de couleur admirables, rafraichissant, mais sans saveur.

Potalie amère (potalia amara aubletii), plante à racine fourchue, garnie de fibres dont toutes les parties sont très amères. Les jeunes tiges sont quelquefois chargées de graines d’une résine jaune, transparente, qui, exposée au feu, s’enflamme et répand une odeur aussi agréable que celle du benjoin ; ses feuilles et ses jeunes tiges sont employées, en tisane, pour guérir les maladies vénériennes ; à forte dose, elle est vomitive et sert de contre-poison au manioc.

Préfontaine (cipanao des Galibis) ; il se trouve très répandu dans la colonie, et surtout dans l’Approuague ; bon pour les constructions et l’ébénisterie.

Psichotré violette ou bétoine (psichotria herbacea aubletii) ; arbrisseau dont l’écorce, infusée, est astringente et apéritive. Elle est de la famille des rubiacées dont une des espèces est l’ipeca-cuanha.

Quapoyer (quapoya scandens aubletii) ; arbrisseau dont l’écorce et les feuilles rendent un suc résineux.

Quararibe(quararibea guyanensis aubletii),  dont l’écorce filamenteuse peut fournir de bonnes cordes.

Quatelé, nom donné par Aublet aux quatre espèces de lecythis grandiflora, amara, lutea, et zabucajo, atteignant à une grande hauteur ; leur écorce est filamenteuse. Le lecythis grandifloradonne le fruit appelé́ canari-macaque, et le lecythis zabucajoest vulgairement et improprement nommé, dans le pays, maho-coton.

Quinquina (chinchonna). Cet arbre n’a pas encore été rencontré, mais doit exister à la Guyane française.

Raphia (sagus raphia), propre à la saponification.

Remire maritime (remirea maritima aubletii), plante sudorifique et diurétique.

Ricin (ricinus communis), utilisé dans la médecine et la pharmacie.

Riz (oryza sativa). (Voir chapitre VII)

Roucouyer (bixa orellana). (Voir chapitre VII)

Rondier (livistonia sinensis), bon pour la savonnerie.

Safran (curcuma longa) ; teinture et coloration.

Saint-Martin (bignonia), très facile à travailler ; bon pour les constructions.

Salsepareille (smilax sarsaparilla), très abondant à la Guyane dans le haut de toutes les rivières.

Saouari, deux espèces : caryocar tomentosum et saouari glabra ; bois de constructions, courbes, madriers, bardeaux. L’amande du fruit de la seconde de ces deux espèces est agréable en cerneaux (Aublet).

Sapotillier (achras sapota), produit un fruit de forme ovale d’un goût exquis.

Sassafras (licaria guyanensis), bois de première qualité pour constructions navales : variété du bois de rose femelle avec lequel on la confond.

Satiné, deux espèces : satiné rouge (ferolia guyanensis) et satiné rubané (ferolia varigata) ; ces deux bois sont les plus beaux qu’on puisse employer en ébénisterie et en marqueterie.

Savonnier, trois espèces : sapindus frutescens, arborescens, saponaria.Cette dernière sert à la saponification, et la première donne des fruits que leur chair agréable fait rechercher comme aliment par les habitants des quartiers ; ses amandes produisent une huile bonne à manger : avec les noyaux, on fait des colliers et des bracelets.

Sésame(sesamum) ; sa graine fournit une huile, qui, fraîche, est bonne a manger.

Simarouba (simaruba officinalis), grandes dimensions ; bon pour planches et bardeaux : l’écorce des racines est purgative et vomitivé, guérit la dysenterie et coupe la fièvre.

Simira (simira tinctoria aubletii) ; l’écorce de cet arbre très commun dans l’Orapu (Oyac), trempée dans l’eau, lui communique une couleur d’un beau rouge. Des essais faits à Cayenne donnent lieu de penser qu’on pourrait l’utiliser pour teindre en rouge vif la soie et le coton.

Sipanao. (Voir Préfontaine.)

Spermacoce (spermacoce scanden); plante vivace, grimpante, se trouvant sur l’écorce des arbres ; antisyphilitique.

Tamarinier (tamarindus indicus); on fait de son fruit une boisson agréable, en délayant sa pulpe dans l’eau : c’est un préservatif contre le scorbut.

Tapure (tapuria guyanensis) ; on le nomme à Cayenne, bois de gaulettes : bon pour lattes ; très commun dans le voisinage de la Montagne-Serpent.

Thoa (thoa urens), arbrisseau qui fournit une gomme transparente.

Touca ou tonka (bertholletia excelsa) ; les amandes ou graines de son fruit fournissent une huile estimée.

Vanillier (vanilla aromatica), croît spontanément dans toutes les forêts de la Guyane. (Voir chapitre VII)

Verveine (verbena officinalis) ; on la brûle pour en retirer la potasse.

Vétivert ou plutôt vétyver (andropogon muricatum) ; ses racines desséchées, très odorantes, servent à préserver les fourrures et les vêtements de laine des atteintes des vers.

Violette itoubou (viola itoubou Aublet); espèces d’ipecacuanha.      Voyère (voyria aubletii). Aublet n’en a reconnu que deux espèces : la voyère rose (voyria rosea) ; cuite sous la cendre, son goût ne diffère pas de celui de la pomme de terre; la voyère bleue (voyria cœrulea), qui a les qualités de la gentiane. M. Leprieur a reconnu sept autres espèces de voyère.

Yayamadou ou guinguiamadou (virola sebifera), deux variétés : le yayamadou à gros fruits, muscadier sauvage, qui fournit un bon bois pour les constructions, et le yayamadou à suif, qui produit une matière excellente pour la fabrication des bougies.

Zaguenette ou agrinette (bactris pectinata, Martius); plante utilisée pour la savonnerie.

On peut reconnaître, d’après cette nomenclature, quelque incomplète qu’elle soit, que la Guyane française renferme un nombre considérable d’arbres de la plus grande dimension et de la meilleure qualité́, pouvant servir aux constructions civiles et navales, aux travaux des chemins de fer, au charronnage, à la charpente, à l’ébénisterie, à la marqueterie ; on trouvera dans un bon et utile ouvrage intitulé l’Avenir de la  Guyane française, par M. Chaton, les principales espèces de bois avec indication de leur pesanteur spécifique et de leur force. Un rapport de M. Lapparent, insèré dans la Feuille Guyane française, et l’excellent livre de Noyer, Forêts vierges de la Guyane française, pourront fournir aussi de très intéressants détails sur les propriétés, des principaux bois de ce pays.

Quant aux autres essences de bois dont la Guyane abonde, celles qui donnent les gommes, les baumes, les résines, les textiles, pouvant toutes produire des matières utilisables dans le commercé, dans l’industrie, en médecine et en pharmacie, matières que nous allons chercher à grands frais à tous les bouts du monde, nous les signalerons ultérieurement et tout particulièrement à l’attention des spéculateurs dans notre chapitre XV, qui traitera de l’Industrie à la Guyane française.Nous pouvons dire, d’ailleurs, dès à présent, que toutes ces richesses végétales, grâce à la sollicitude du Gouvernement et aux expériences auxquelles il les livre journellement, sont déjà connues et commencent à entrer avec avantage dans le domaine commercial métropolitain[2].

Fin du chapitre VI

[1]Quand on cite, en botanise, le nom même du botaniste, c’est que celui-ci est l’inventeur du végétal ; quand on latinise ce nom et qu’on le met au génitif, c’est qu’il lui a été dédié.

[2] Nous nous sommes efforcé de donner, aussi exactement que possible, la nomenclature des végétaux utiles. Il peut, toutefois, s’être glissé, dans cette partie de notre travail, des omissions et des erreurs. Nous pouvons, des à présent, en rectifier quelques-unes commises dans notre précèdent chapitre, qui traite du règne animal.
Ainsi, nous avons omis, parmi les rongeurs, le guélingué qui semble n’être qu’une variété de l’écureuil (sciurus palmarum) et tient du rat palmiste dont il a l’odeur.
Ainsi encore, nous avons classé à tort, parmi les gallinacés, le canard sauvage (anas silvestris) ; il avait naturellement sa place à la suite de palmipèdes, les sarcelles et les canards (anas).
Une autre erreur plus grave est le classement du plongeon (mergus aquaticus) dans les échassiers : il appartient également aux palmipèdes.
On nous pardonnera ces fautes si l’on veut bien considérer le peu de ressources que nous offraient, en cette matière difficile, les livres écrits sur la Guyane. Presqué tout était a faire.

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LES HATTES.

Source : GOOGLE
Titre du livre : La Guyane Française, notes et souvenirs d’un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer capitaine de frégate.
Ouvrage illustré de types, de scènes et de paysages par Riou et de figure d’histoire naturelle par Rapine et Delahaye, d’après les croquis de l’auteur et les albums de messieurs Touboulic, Masson, Farcy, et Rodolphe, officiers de la marine impériale.
Nombre pages : 318
Libraire de L. Hachette et Cie. Bd Saint Germain, n°77 Paris.
Année publication : 1867.
Chapitre VI de la page 157 à 185 en 7 articles et 9 images (par liens hypertexte) , en plusieurs publications:

Table des matières:

            – Les Hattes.
           – Image Pénitencier de Saint-Laurent du Maroni (page 157).
           – Image Concessions et défrichement sur le Maroni (page 165)
           – Image Femmes transportées non mariées allant au travail sur une route du Maroni (page 167).
            – Saint Laurent du Maroni.
            – La Comtesse.
            – Les concessionnaires.
            – Image Pénitencier de Saint-Louis du Maroni (page 164).
            – Image Route entre les pénitenciers (page 176).
            – Saint-Louis.
            – Etudes Forestières.
            – Image Araignée-crabe (page 183).
            – Image Scorpion géant de Cayenne (page 184).
            – Image Scolopendre de Cayenne (page 184 également).
            – Image Le Yule de la Guyane (page 185)
            – Insectes et dyptères.

 

LES HATTES.

L’entrée du Maroni est par 5° 56’ de latitude nord et par 56° 50’ de longitude ouest.

La création de la colonie pénitentiaire remonte seulement au mois d’août 1857. Voyons, sans suivre pas à pas ses développements successifs, où elle en est arrivée aujourd’hui.

Le premier établissement qu’on aperçoit, surmonté du drapeau tricolore, est celui des Hattes, situé à l’embouchure du fleuve. Il y a là une centaine de têtes de bétail qui paissent des savanes qu’on s’occupe à drainer aujourd’hui. Deux à trois cents repris de justice sont employés à ce travail. On compte aussi quelques concessionnaires qui exploitent les bois et débitent en bardeaux l’arbre nommé ouapa. On appelle bardeaux, ces lames de bois qui remplacent les ardoises pour la couverture des maisons.

Le séjour des Hattes n’est pas très sain. Ces lieux marécageux exhalent des miasmes fiévreux et donnent naissance à des nuées de moustiques qui tourmentent les transportés de nuit et de jour. De plus, cette plage sablonneuse qui s’étend devant le pénitencier dégage un calorique énorme et une réverbération funeste.

C’est sur cette plage qu’on trouve en abondance à mer basse ces cailloux roulés nommés diamants de Sinnamary, et qui taillés et montés forment d’assez jolies parures. C’est du quartz hyalin incolore, médiocrement doué de la double réfraction.

Quand on peut aborder ces savanes, noyées pendant une grande partie de l’année, on y rencontre beaucoup d’oiseaux de marais. Le quinquin,sorte de vanneau dont le nom est l’harmonie imitative de son cri habituel, s’y trouve en bandes nombreuses. Les râles d’eau, les canards les fréquentent également. On y voit aussi le kamitchisorte de grand héron, dont les ailes sont armées d’un fort éperon.

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