Etudes Forestières.

Source : GOOGLE
Titre du livre : La Guyane Française, notes et souvenirs d’un voyage exécuté en 1862-1863 par Frédéric Bouyer capitaine de frégate.
Ouvrage illustré de types, de scènes et de paysages par Riou et de figure d’histoire naturelle par Rapine et Delahaye, d’après les croquis de l’auteur et les albums de messieurs Touboulic, Masson, Farcy, et Rodolphe, officiers de la marine impériale.
Nombre pages : 318
Libraire de L. Hachette et Cie. Bd Saint Germain, n°77 Paris.
Année publication : 1867.
Chapitre VI de la page 157 à 185 en 7 articles et 9 images (par liens hypertexte) , en plusieurs publications:

Table des matières

 – Les Hattes.
– Image Pénitencier de Saint-Laurent du Maroni (page 157).
– Image Concessions et défrichement sur le Maroni (page 165)
 – Image Femmes transportées non mariées allant au travail sur une route du Maroni (page 167).
– Saint Laurent du Maroni.
– La Comtesse.
– Les concessionnaires.
– Image Pénitencier de Saint-Louis du Maroni (page 164).
Image Route entre les pénitenciers (page 176).
– Saint-Louis.
– Etudes Forestières.
Image Araignée-crabe (page 183).
– Image Scorpion géant de Cayenne (page 184).
– Image Scolopendre de Cayenne (page 184 également).
– Image Le Yule de la Guyane (page 185)
– Insectes et dyptères.

Etudes Forestières.

L’exploitation des grands bois présente de plus sérieuses difficultés qu’on ne l’avait cru d’abord. Cette, puissante végétation guyanaise ressemble parfois à ces gens qui parlent beaucoup et ne disent rien : au milieu de ce flux de paroles, il y a bien des mots inutiles. Les arbres ne croissent pas par familles dans la forêt; toutes les essences s’y confondent, et il faut démêler le bon grain de l’ivraie. Pour un bon arbre à abattre, il faut quelquefois en renverser cinquante ; il faut jeter à terre bien des victimes vulgaires, pour se frayer un passage jusqu’aux rois de la forêt : dépense de temps, dépense de bras, toutes choses de la plus haute importance.

De plus, rien ici ne guidait l’expérience. La tradition n’existait pas. On sait de quel soin est entourée en Europe l’exploitation forestière. L’arbre n’est coupé qu’à une certaine phase de la lune, à un certain âge, à un certain travail de la sève, que l’habitude fait connaître pour chaque espèce. Le changement que l’hiver et l’été apportent dans la physionomie de la nature est un guide certain pour la routine. Mais dans ces espèces d’arbres inconnus, dans cette végétation toujours éveillée, toujours verte, toujours vivante, où chercher les lois de la coupe et réglementer l’exploitation? Les indigènes ne savent rien; que leur importe de chercher le moment précis de mettre la hache au bois?

Ici comme ailleurs on dut faire des écoles, et ce n’est que par tâtonnements que l’on arrivera à opérer sur des règles invariables. On a eu plus d’une fois la peine d’amener à grands frais, sur la plage, des pièces de bois superbes, qui n’avaient d’autre défaut que d’être fendues au cœur, et de ne pouvoir plus être utilisées et débitées qu’en planches. Elles avaient été coupées en temps inopportun.

Les bois des Guyanes sont généralement fondriers; mais ils ont un grand avantage reconnu par les observations des ingénieurs de la marine, celui d’être éminemment incorruptibles, qualité essentielle dans les constructions navales.

On divise les bois de la Guyane en deux classes distinctes : les bois durs et les bois mous. Les premiers sont produits par les terres hautes, les seconds par les terres basses. On peut les faire servir aux constructions de terre et de mer, à la menuiserie, à la charpente, au charronnage, à l’ébénisterie et à la teinture.

On en compte environ cent huit espèces, dont voici la division approximative:
Bois durs, dits de couleur.                             10 espèces.
Bois durs, première qualité.                          28 espèces.
Bois durs, peu connus.                                      6 espèces.
Bois mous, deuxième qualité.                        27 espèces.
Bois mous, peu employés et peu connus.    27 espèces.
Bois sans utilité aucune.                                 10 espèces.

On cite parmi les plus beaux pour l’ébénisterie : le lettre-moucheté, le satiné rubanné, l’acajou, le bajol, le boco, le férêles, le courbaril, le moutoutchi, le panacoco, l’amarante.

Dans les bois de construction : le bagasse, le balata, le bois de rose femelle, le bois rouge, le cèdre noir, le grignon, l’ouacapou, l’angélique, le pagelet blanc et rouge, l’ouapa.

Je ne fais pas entrer dans cette nomenclature les arbres à gomme, à résine, à baume, et les végétaux pouvant fournir des substances aromatiques ou médicinales, dont cependant l’exploitation peut marcher de front avec une plus vaste entreprise.

L’État, avec les moyens que la transportation met à sa disposition, est le plus apte à utiliser ce filon d’or du règne végétal. Les navires de transport qui viennent porter des vivres et approvisionnements à la Guyane se chargent de bois au retour, économisant ainsi le frêt. Une grande maison commerciale peut encore tenter cette opération qui doit être conduite avec la plus extrême sagesse pour ne pas dégénérer en une mauvaise affaire.

De la pointe Bonaparte où Saint-Laurent se reflète dans les eaux jaunes, jusqu’à Saint-Louis qui est caché par un coude du fleuve, le Maroni devient de navigation plus difficile. Les roches se multiplient et le chenal est plus irrégulier. Néanmoins il est encore accessible aux goélettes et aux petits bâtiments à vapeur. Mais à partir de Saint-Louis, les îles deviennent plus pressées, le fond diminue et les bancs de sable semblent défendre le passage aux navires et n’admettre que des canots, pirogues et chalands. Toutefois l’hydrographie imparfaite encore de cette partie de la rivière ne permet pas de décider si avec quelques petits travaux de curage, des bâtiments à vapeur de petit tirant d’eau ne pourraient pas pénétrer jusqu’au saut Hermina situé à vingt lieues environ de l’embouchure.

Des chalands munis de flotteurs en tôle conduisent les trains de bois de Saint-Louis à Saint-Laurent en profitant de la marée, car à cet endroit du fleuve on subit encore l’influence du flot et du jusant. Ce grand mouvement d’embarcations permet aux transportés quelques évasions; mais la Guyane hollandaise n’est un lieu d’asile que pour les repris de justice et pour les libérés ; les transportés des autres catégories nous sont toujours rendus dès que leur identité est constatée.

Les évasions par l’intérieur du pays sont bien rarement heureuses. Outre les mille misères de la vie des bois auxquelles ils sont en proie et que peu d’Européens peuvent surmonter dans ces conditions, les fugitifs sont traqués par les nègres Bosh et par les Indiens alléchés par l’appât d’une prime et peu soucieux de voir rôder autour de leurs carbets des maraudeurs chez lesquels le vol et le crime deviennent de fatales nécessités.

Un célèbre faussaire, Giraud Gâte-Bourse, qui émit tant de billets de banque de sa fabrique et que ce rare talent d’imitation conduisit à la Guyane, chercha à fuir de Saint-Louis par l’intérieur du pays, espérant atteindre la Guyane anglaise. Il chercha d’abord à faire croire à sa mort pour détourner les poursuites; mais ce n’était qu’une nouvelle prématurée. Il succomba effectivement après deux mois de souffrances.

(à suivre)

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