
Source : Moniteur de la Guyane Française de 1874 n°41 samedi 10 octobre 1874
Archives Territoriales de la Guyane
-
-
- L’événement le plus important du mois de septembre et qui a passé presque inaperçu, c’est l’inauguration des voyages du bateau à vapeur le Saint-Pierre, le long des côtes de la Guyane. Le Saint-Pierre, appartenant à M. La Rougery, qui a été aux Antilles, comme il l’est ici, le pionnier de la navigation à vapeur, est parti le 24 de Cayenne, le pont couvert de passagers, avec son plein chargement de marchandises, pour le Maroni, en touchant sur son parcours aux Iles-du-Salut, aux bourgs de Kourou, de Sinnamary, d’Iracoubo et de Mana. En six jours, en y comprenant le temps d’escales, il a franchi les 324 milles marins de son voyage d’aller et de retour.
- Nous signalons à l’administration de la société F. La Rougery et Ciequelques mesures d’ordre qui ne peuvent nuire à ses opérations et qui doivent, au contraire, les favoriser, savoir: Indication du jour et de l’heure des départs ;
Itinéraire du voyage.
Tarifs des transports pour les passagers et pour les marchandises. Tous ces renseignements pourront être affichés à l’avance au bureau de la poste et insérés au Moniteur de la colonie.
Très prochainement, un petit bateau à vapeur de la société Maisier et Cie, partira de Cayenne pour desservir la rivière de Sinnamary.
- La société anglaise Élie, Gibson et Cie ne tardera pas, on a lieu de l’espérer, à envoyer deux bateaux à vapeur, dont l’un desservira les quartiers du vent, et l’autre les quartiers sous le vent. Toutes les difficultés que présentait la nationalité de cette société viennent d’être aplanies par le décret inséré au Moniteur du 3 octobre. Sur la demande de M. le Gouverneur, le Ministre de la marine a bien voulu autoriser la francisation de la compagnie, à la condition que la moitié des équipages fût d’origine française. Nous croyons pouvoir annoncer que toutes les dispositions ont été prises à cet égard et que ces navires seront bientôt rendus à Cayenne.
- On ne peut s’empêcher de songer à ce qui s’est passé en Australie, à ce qui se fait chez nos voisins de Demerary. Ces colonisateurs émérites qui croient qu’on peut vivre ailleurs que dans la mère-patrie, que les capitaux trouvent à fructifier ailleurs que dans les villes de la Métropole, n’attendent pas, eux, que les besoins des voies de communication se fassent sentir. Découvrent-ils dans l’intérieur du pays de vastes plaines propres à la culture, à l’élève du bétail, des terrains propres à l’établissement de centres industriels, plus loin encore des gisements aurifères ou miniers, aussitôt les voies rapides fluviales ou ferrées sillonnent le désert, attirant à leur suite les populations d’immigrants. Les habitations, les usines, les bourgs s’échelonnent le long des routes et des fleuves, les terrains sont enclos, l’élève du bétail prospère, l’industrie aurifère fait des prodiges et de merveilleuses créations agricoles apparaissent là où il n’y avait rien.
Saluons donc avec la plus vive satisfaction, comme un présage de la prospérité plus grande de la colonie, les efforts que tente un courageux compatriote, efforts qui seront certainement couronnés de succès, quels que soient les concurrents de l’avenir, car il y a une large place pour tout le monde dans cette vaste et riche contrée. - Le Comité central d’exposition, qui lie chaque mois ses séances, s’est occupé, en septembre, d’un rapport de M. Hérard, vétérinaire du Gouvernement, sur la destruction des fourmis manioc, par l’emploi du sulfure de carbone. Le Comité, avant de se prononcer sur la méthode proposée par M. Hérard, a voulu tenter des expériences sur une grande échelle et, à cet effet, a demandé en France une certaine quantité de sulfure de carbone et de sulfocarbonate de potassium, ingrédients employés avec succès en France contre le phylloxéra, en Algérie contre les charançons. Nous ne pouvons qu’encourager le Comité d’exposition, qui comprend si bien le programme tracé par son arrêté institutif, en mettant à l’étude toutes les questions qui intéressent le pays.
- Le Gouverneur et Madame Loubère viennent de passer quelque temps aux Iles-du-Salut. Le Gouverneur a profité de son séjour aux Iles pour faire une tournée à Kourou et au quartier de Sinnamary, centre aurifère des plus riches et où se concentre la population des mineurs. Nul doute que le Chef de la colonie ne se soit occupé dans ce quartier, comme à l’Approuague, du régime des immigrants qui affluent dans ce quartier.
- Les travaux d’installation de la ligne télégraphique entre Cayenne et Kourou sont commencés sous la direction de M. Raybois, commis principal des lignes télégraphiques dans la Métropole, envoyé dans ce but par le département de la marine et des colonies. Les poteaux sont placés depuis Cayenne jusqu’à Larivot, en suivant la route de la Madelaine, du dégrad Stoupan et de la Crique-Fouillée, qu’elle traverse pour aller aboutir à Larivot ; le fil est placé depuis Larivot jusqu’à la ville de Cayenne.
L’Administration fait déposer sur le parcours de la route de Macouria à Kourou les poteaux destinés à la ligne ; elle publiera prochainement la législation relative aux délits et contraventions en matière de police des lignes télégraphiques. Elle tiendra le public au courant du degré d’avancement de ces travaux, qu’elle pousse avec toute la vigueur possible. - Les actionnaires de la Banque se sont réunis, le 27, en Assemblée générale et ont demandé, à l’unanimité, sur le rapport du Conseil d’administration, le maintien de l’ancien capital de 600,000 francs qui avait, été réduit à 450,000 francs par la loi sur la prorogation du privilège des Banques, du 24 juin de cette année. Les actionnaires ont sagement agi : la Banque pouvait-elle, en effet, s’amoindrir en amoindrissant le pays avec elle, au moment où le capital de 600,000 francs suffit à peine aux opérations de l’Etablissement. Tous les jours, en effet, la circulation s’accroît, le marché d’or augmente. On prévoit déjà le moment où le besoin d’une augmentation nouvelle du capital se fera sentir.
- La Compagnie générale transatlantique, donnant satisfaction à la réclamation faite par le Gouverneur au nom de la colonie, annonce le changement d’itinéraire de l’Intercolonial de Cayenne. Ce bateau partira dorénavant de Fort-de-France, le 22 de chaque mois, à l’arrivée du paquebot d’Europe, et devra être rendu à Cayenne, le 29, dans l’après-midi. La durée du stationnement de l’Intercolonial sur la rade de Cayenne sera de quatre à cinq jours, la date du départ du courrier étant fixée au 3 du mois suivant, à midi.
-
