Source: Moniteur de la Guyane Française 1874 n° 49 samedi 5 décembre 1874
Jeudi dernier, une commission composée de :
MM. Revillon; Directeur d’artillerie ;
Lombard. Directeur du génie ;
Barbarin, Directeur des ponts et chaussées ;
Belon, Chef d’état-major du Gouverneur,
s’est rendue à Bourda pour faire quelques essais de dynamite sur une roche qui avait paru un peu réfractaire à l’action de la poudre ordinaire. Trois trous de mine avaient été préparés à l’avance : le premier, de 0,90m de profondeur, sur un bloc roulé d’environ quatre mètres cubes, qui obstruait l’extrémité de la route, et les deux autres, de 0,45m et 1,10m, sur une roche granitique d’un volume considérable (évalué à plus de 25 tonnes), qui touche presque à la partie postérieure du chalet de Bourda.
Les expériences commencèrent par le bloc isolé de la route. Une charge de 150 grammes de dynamite suffit pour soulever la masse entière et la partager sans éclats en quatre parties à peu près égales, avec une détonation ordinaire, quoique un peu sourde. La roche du chalet fut attaquée aussitôt après : le premier trou de 0,45m fut chargé à 100 grammes ; quelques éclats furent projetés en l’air, la mine détona fortement, mais la roche n’en fut pas ébranlée. On passa au second trou de 1,10m de profondeur, où trois coups furent successivement tirés : le premier, à la charge de 200 grammes, détona sans effet ; le deuxième, à 250 grammes, fut complètement nul ; la dynamite brûla dans la mine en fusant, sans même produire de détonation ; le troisième, à la dose précédente, détona d’une façon formidable, mais sans éclatement.
L’insuccès fut donc complet sur cette roche, et il ne faut pas trop s’en étonner, car ce n’est pas seulement à la Guyane que ces insuccès se produisent ; il vaut mieux en rechercher les causes dont quelques-unes se montrent d’elles-mêmes.
L’une d’elles consiste d’abord dans la mauvaise confection des capsules. Le fulminate de mercure n’étant pas fixé au fond de l’alvéole par un vernis imperméable, se trouve en contact direct avec l’air ambiant, toujours plus ou moins chargé d’humidité ; il en absorbe une partie en raison de sa très grande affinité pour cet élément, ce qui peut en détruire ou en modifier, tout ou moins, les propriétés. En second lieu, il semble résulter des essais et des observations faites sur place, que le trou de mine central, perpendiculaire au plan de la roche, ne produit d’effet que sur une pierre d’une dureté et d’un volume moins considérables. S’il en est ainsi, il faudra donner aux trous une inclinaison par rapport au plan de la roche, en diminuant un peu, si l’on veut, leur profondeur. Cette disposition nous paraît devoir produire les meilleurs effets, si on a la précaution de pratiquer l’attaque par les extrémités de la roche.
Et enfin, au lieu de jeter la dynamite dans les trous de mine par paquets séparés de 25, 50 et 100 grammes, il semble qu’il vaudrait mieux la verser tout entière dans le fond de la mine, de manière à ce qu’elle forme une masse compacte. L’effet explosible se produira ainsi immédiatement dans toute la masse, au lieu de se transmettre successivement aux différents paquets, ce qui cause parfois la détonation d’une partie de la matière, tandis que l’autre partie n’agit que par simple explosion.
Les expériences nouvelles qui seront faites très prochainement prononceront sur l’exactitude de nos prévisions.
