Exposition d’un lingot d’or à Paris (partie 2)

Source du document : Archives Territoriale de la Guyane (ATG)

Document : Moniteur de la Guyane Française année 1874 n° 16 du samedi 18 Avril 1874

Le comité d’exposition, en faisant connaître aux habitants de la Guyane que les ventes d’or et les promesses de ventes à la Banque s’élèvent, ce jour, à 162,237 kg, représentant une valeur de 505 930,88 francs, fait un nouvel appel aux exploiteurs et aux détenteurs d’or, pour qu’ils aident à parfaire le chiffre de 200 kilogrammes, poids que doit atteindre au minimum le lingot à exposer. Les noms des producteurs qui auront contribué à la formation de ce bloc seront inscrits, avec les quantités fournies, sur la notice qui accompagnera le lingot et publiés au Moniteur de la colonie de samedi prochain.

On se plaint de tous côtés de la place qu’occupe la Guyane au dernier rang de toutes les expositions coloniales; on gémit sur l’état de marasme dans lequel se traînent le commerce, l’industrie, l’agriculture; on récrimine contre la flétrissure qu’inflige au pays son rôle de colonie pénitentiaire : une occasion s’offre de faire enfin connaître la Guyane à sa valeur, de la pla­cer au premier rang par l’exposition d’un produit sans rival dans les autres colonies.

Les expositions des lingots d’or de la Californie et de l’Aus­tralie ont seules contribué, par la fascination de l’or, à faire con­naître ces contrées et à y attirer les capitaux et les bras. Ne pressent-on pas le mouvement qui va suivre la révélation des ri­chesses enfouies dans notre sol et les conséquences qui découleront de l’exploitation en grand de ces richesses ? C’est la Guyane qui dépouille enfin son linceul : elle voit ses immenses cours d’eau, déjà reliés naturellement entre eux, sillonnés, dans un ave­nir prochain, de bateaux à vapeur qui feront disparaître devant eux les sauts ou rapides; elle contemple les montagnes, qui lui font une ceinture dans le Far-West et qui recèlent les véritables trésors, rapprochées par des routes ou des lignes de chemins de fer. Au moyen de ces voies rapides de communication, les frais énormes d’exploitation des placers sont réduits, les richesses de l’intérieur que tous entrevoient sans les pouvoir atteindre, deviennent à la portée de tous. Comme conséquence, c’est la Guyane mise en culture, atteignant et dépassant, car ses res­sources sont immenses, la prospérité agricole et commerciale de sa riche voisine, la colonie de Demerary.

Peut-on rester indifférent devant de pareils résultats qui peuvent et qui doivent découler de la notoriété qu’acquerra notre colonie par l’exposition d’un lingot de notre principal produit ? Ceux qui auront contribué à relever, à enrichir leur pays, n’auront-ils pas bien mérité de leurs concitoyens et d’eux-mêmes? N’auront-ils pas rattaché à la France un riche fleuron de sa couronne ? Ne pourront-ils pas dire : mon pays se mou­rait, par mon travail, mon intelligence, mon patriotisme, j’ai contribué à le faire connaître, aujourd’hui il est prospère ?

Le Président du comité central d’Exposition.

CASSÉ.

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