Inauguration de la route de Cayenne au Dégrad-des-Cannes.

Source du document : Archives Territoriale de la Guyane.

Document : Moniteur de la Guyane Française année1874, N° 24 samedi 13 juin 1874.

CHRONIQUE LOCALE.

Inauguration de la route de Cayenne au Dégrad-des-Cannes.

4 juin : C’est aujourd’hui la fête d’inauguration de la route du Dégrad-des-Cannes.

En voiture et fouette, cocher !.. Voici des cavaliers, voici tout ce que Cayenne possède de voitures, charriots et cabrouets, véhicules de toutes formes et de toutes dimensions, depuis le gi­gantesque fourgon d’artillerie jusqu’au cabriolet à deux places, prompt, au moindre choc, à se débarrasser de ses voyageurs au profit du fossé voisin.

Tels, qui n’avaient ni chevaux, ni voitures, ont eu recours aux simples moyens de locomotion départis par la nature, et ont en­filé bravement, les uns à la suite des autres, les quinze kilomètres à parcourir. Bah ! La route est si belle : une vraie prome­nade, me disait le lendemain un voyageur attardé.

Nous arrivons : A l’entrée de l’embranchement du Dégrad-des-Cannes deux arbres de mai portent de longues banderoles se balançant au vent. Plus loin, c’est un arc de triomphe fait de fleurs et de feuillages : les deux côtés sont ornés de panoplies composées de pelles et de pioches, ornements tout de circonstance dans cette fête de travail.

L’emplacement du Dégrad-des-Cannes est trop étroit pour la foule qui s’y accumule. L’aviso le Serpent, parti de Cayenne au point de jour, a jeté sur le rivage sa cargaison de passagers. A chaque instant des canots arrivent, soit de Cayenne par la Crique-Fouillée, soit des localités voisines.

Malheur! voici un intrus sur lequel on ne comptait pas : comme la mauvaise fée du conte de Perrault, la pluie s’invite elle-même et nous inonde pendant une heure. Et nous qui avions dit avec le poète :

Nocte pluit totà, redeunt spectacula manè !

Ce n’était heureusement qu’une fausse alerte. Le ciel s’éclaircit et un mouvement de la foule annonce l’arrivée de M. le Gouverneur Loubère que la pluie avait forcé de s’arrêter au presbytère de Rémire. II est accompagné de Madame Loubère, de M. le Colonel Commandant militaire et de M. le Chef du service judiciaire.

Nous avons à regretter l’absence de M. le Directeur de l’intérieur, retenu chez lui par une indisposition, et dont la place restera malheureusement vide dans cette fête tout à l’honneur de son administration.

Sous l’arc de triomphe dont nous avons parlé, le Gouverneur est reçu par M. le Commissaire-commandant du quartier de l’Ile-de-Cayenne, assisté de plusieurs de ces collègues des quartiers voisins, et de M. Couy, Maire de Cayenne, président de la Chambre d’agriculture et de commerce. M. Viriot souhaite la bienvenue au Chef de la colonie et le remercie, au nom des habitants, d’avoir doté son quartier de la belle route que la fête de ce jour a pour but d’inaugurer.

Ce petit discours, simple et bien tourné, est accueilli par le Gouverneur avec une vive émotion. Déjà souffrant depuis quelques jours, M. le Gouverneur est obligé, pour répondre, de demander à M. Couy l’appui de son bras. Il trace en quelques mots le programme qu’il s’est proposé et dont les travaux déjà exécutés ne forment que la moindre partie. Il annonce l’arrivée prochaine d’une drague à vapeur, destinée au curage de la Crique-Fouillée, ce qui complétera le système des voies de communication de l’Ile-de-Cayenne, et il termine en assurant les habitants de son attachement à la colonie et en les remerciant des sentiments qu’ils viennent de lui témoigner par l’organe de M. le Commissaire-commandant.

Un autel avait été élevé en plein air : Deux bosquets de verdure, à chacun des bas côtés, reçoivent M. le Gouverneur et Madame Loubère, MM. les Chefs d’administration et les fonctionnaires présents.

Avant la messe et la bénédiction de la route, Monseigneur le Préfet apostolique prononce un discours dans lequel, aux vérités sacrées, il unit, dans un touchant accord, de consolantes paroles pour les misères humaines. Et sous l’impression de cette voix émue, l’assistance a entendu la messe célébrée sous la voûte du ciel avec la nature tout entière pour temple.

La messe est achevée. La joie est sur tous les visages et jusque dans l’air, l’heure du déjeuner approche, le grand air et l’exercice ont aiguisé les appétits. Chacun cherche à se caser, on va, on vient, on se heurte, on rit de l’embarras de son voisin, et tant bien que mal, on finit par s’arranger. Dans cet imprévu, digne des trains de plaisir de France, j’ai entendu une voix charmante répondre à une demande d’hospitalité : « nous avons des nappes bien blanches et des assiettes bien propres, mais rien à mettre dessus. » Nous savons aussi que, peu d’instants après, tout ce qui manquait était venu, comme par 1’effet d’un coup de baguette magique.

A onze heures, un magnifique banquet, dressé dans une salle de verdure agréablement décorée, réunissait au Chef de la colonie et à Madame Loubère, les fonctionnaires présents, les Membres de la Chambre d’agriculture et de commerce et un grand nombre d’invités. Au moment où le champagne impatient s’apprêtait à briser son joug de fer, M. Couy, Maire de Cayenne et Président de la Chambre, avec l’autorité d’une voix chère à tous, a porté un toast à M. le Gouverneur Loubère. Il a dit ses efforts patients dans l’œuvre longue et difficile qu’il avait entreprise. Il a montré les travaux exécutés et projetés, les finances prospères, l’immigration largement reprise après une interruption de plusieurs années, Cayenne reliée à la Métropole par une ligne télégraphique, les bateaux à vapeur sillonnant nos côtes et nos rivières, les richesses de la Guyane révélées au monde par l’exposition à Paris d’un lingot d’or de 200 kilogrammes, la colonie, enfin, s’apprêtant à secouer son long sommeil pour s’élancer dans la voie, désormais ouverte, du progrès et de la prospérité. Et faisant honneur des résultats du présent et des espérances légitimes de l’avenir à celui qui les a fait naître ; évoquant, dans une délicate péroraison, la gracieuse personnalité de Madame Loubère, M. Couy a proposé la santé de M. le Gouverneur et de Madame Loubère.

M. le Gouverneur répond à ce toast chaleureusement accueilli :

Il repousse l’honneur exclusif, fait à son administration, des avantages obtenus depuis quatre années. Si, dit-il, la Guyane est effectivement entrée dans une ère de progrès, ce résultat est moins dû au Gouverneur personnellement, malgré ses bonnes intentions et son dévouement bien connu pour le pays, qu’à l’expérience et aux lumières de la Chambre d’agriculture et de commerce : C’est, en effet, aux votes éclairés de cette assemblée, c’est à l’autorité morale qu’ont puisée dans ces votes les arrêtés et les décisions du Gouverneur que l’on est redevable des résultats dont chacun se félicite aujourd’hui. Aussi il ne doute pas que si l’heureux accord, qui a toujours existé entre l’Administration et la Chambre, se maintient dans l’avenir comme par le passé, la situation déjà satisfaisante de la colonie ne s’améliore encore, et n’arrive à une prospérité durable : Pour atteindre ce but, on peut compter sur ses efforts et son dévouement. Et il termine en proposant un toast à la prospérité de notre chère Guyane.

M. le Gouverneur adresse ensuite quelques paroles flatteuses à M. le Directeur des ponts et chaussées, dont l’activité et le dévouement ont si largement contribué à mener à bonne fin le beau travail que célèbre la fête de ce jour.

Deux membres de la chambre, MM. Beillevert et Pierre-Eudore ont répondu à M. le Gouverneur. Ils l’assurent de leur dévouement à la prospérité du pays, objet de toute sa sollicitude. Pour eux, comme pour leurs collègues, le passé répond de l’avenir, et l’entente que M. le Gouverneur s’est plu à signaler, continuera, afin d’être comme un gage de nouvelles prospérités pour la Guyane.

M. le Directeur des ponts et chaussées, à son tour, a remercié le Chef de la colonie des paroles bienveillantes qui lui avaient été adressées, et a ajouté que le dévouement était facile quand il s’appliquait et pouvait contribuer à une œuvre aussi belle que la régénération d’une de nos plus grandes colonies.

Le Gouverneur a félicité les orateurs des sentiments qu’ils venaient d’exprimer, leur a promis de ne pas oublier leurs promesses de ce jour, et rappelant la part considérable que le service pénitentiaire avait prise à l’œuvre commune, a adressé des éloges et des remerciements mérités à M. le Commandant Godebert, directeur de ce service.

A ce moment, le Gouverneur s’est retiré pour prendre quelques instants de repos, bien vite interrompus par un coup de canon : c’est le signal des jeux. Les canards sont lâchés sur le fleuve : un essaim de plongeurs, comme des grenouilles aux bords d’une mare, s’élancent, disparaissent et reparaissent, poursuivant le prix de la victoire. Les vainqueurs abordent ruisselants et emportent leur gibier, qui me semble exhaler déjà comme un vague parfum de cuisine.

Puis les régates : la course à la pagaie ; la lutte désespérée à l’aviron où, jusqu’au dernier instant, le succès est balancé ; le couronnement des vainqueurs et la confusion des vaincus dont quelques-uns évitent prudemment le retour, en allant atterrir loin des huées de la foule.

Ceux pour qui n’ont pas de charmes les luttes de ce cirque nouveau, les intrépides amants de Terpsichore piétinent et font de la boue à l’ombre des manguiers. Tambourins et tam-tams font rage. Des barriques de vin, placées de distance en distance, arrosent le gosier des danseurs altérés.

Et dans toute cette foule un ordre parfait, pas une querelle, pas une dispute, la police plutôt chargée de présider aux jeux que de les surveiller.

Enfin, et pour n’oublier personne dans ce tableau, les meilleurs travailleurs de l’atelier du Dégrad-des-Cannes reçoivent, des mains de M. le Directeur du service pénitentiaire, les gratifications et les récompenses que leur ont values leur bonne conduite et leur assiduité au travail.

Mais quoi ! déjà l’heure du départ!… M. le Gouverneur et Madame Loubère viennent d’adresser leurs adieux à la foule sympathique. Quelques voyageurs, ennemis des ténèbres, songent au retour avant l’obscurité déjà prochaine. Les voitures s’ébranlent et les chevaux piaffent. Le sifflet-vapeur du Serpent appelle les passagers, et les canots, contraints d’obéir à l’inflexible marée, se garnissent de leurs équipages.

Et les illuminations ! et le feu d’artifice !…

Plus intrépide, quelques-uns demeurent, et nous demeurons aussi : Comme les avares qui se décident à prendre l’omnibus, et, pour leur argent, vont jusqu’à la fin de la ligne parcourue, nous voulons aussi aller jusqu’au bout ; nous n’aurons pas lieu de le regretter.

Au milieu de ces arbres, dans ce petit village appuyé sur un fleuve, les lanternes vénitiennes produisent un effet inattendu, et dont ne peuvent se rendre compte ceux qui ne l’ont pas vu. Les fusées décrivent leur parabole enflammée, le bouquet éclaire subitement le paysage, et fait étinceler les eaux du fleuve : c’est une lueur fulgurante, bientôt éclipsée, et à laquelle succède la pâle et mystérieuse lumière des lanternes vénitiennes.

Un dernier morceau pour calmer la faim qui nous aiguillonne, le coup de l’étrier, et nous partons à notre tour. La nuit est profonde : nous laissons à nos montures le soin de nous conduire…. et, comme minuit sonnait, je me glissais entre mes draps.

Le lendemain, je me réveillais le cœur joyeux et dispos, avec de douces espérances pour longtemps et le courage nécessaire pour les changer en réalités.

Le compte rendu qui précède n’ayant pu donner qu’une rapide analyse des différents discours prononcés à la fête du 4 juin, nous croyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant le texte de ces discours.

Discours de réception adressé à M. le Gouverneur par M. le Commissaire-commandant de 1’Ile-de-Cayenne :

Monsieur le Gouverneur,

« Commissaire-Commandant de l’Ile-de-Cayenne, permettez- moi de vous souhaiter la bienvenue.

« Organe de la population de ce quartier, je viens, en son nom, vous exprimer toute notre gratitude et tous nos remerciements les plus sincères, pour avoir bien voulu poursuivre, avec votre persévérance habituelle, l’achèvement de la route coloniale de Cayenne au Dégrad-des-Cannes que vous venez inaugurer aujourd’hui.

« Cette fête, à laquelle vous daignez prendre part, témoigne, Monsieur le Gouverneur, de votre haute bienveillance et de votre attachement à notre chère Guyane.

« Nous osons espérer, habitants de l’Ile, que dans quelques mois nous aurons, de nouveau, à vous remercier de la continuation de votre œuvre par l’achèvement de la route vicinale de Montjoly au Dégrad-des-Cannes que vous avez à cœur, nous le savons, de mener à bonne fin.

« Je prends la liberté, Monsieur le Gouverneur, de remercier aussi, au nom des habitants de ce quartier, M. le Directeur de l’intérieur, dont le concours dévoué a contribué à l’accomplissement des travaux de la route qui vient d’être terminée. »

Discours de M. le Préfet apostolique avant la bénédiction de la route.

« Monsieur le Gouverneur,

« Messieurs,

« Qu’y-a-t-il de surprenant si le Mahury, qui coule majestueusement à nos pieds, semble ralentir son cours dans l’étonnement où il est de voir réunis sur ses bords tous les habitants de la ville et de l’Ile-de-Cayenne ? Jamais ici ; jamais nulle part dans cette belle et riche Guyane ; jamais, malgré les flots de siècles qui ont passé sur elle, n’avait été célébrée une fête aussi palpitante d’intérêt et aussi féconde en espérances. En effet, cette fête ne formera pas seulement dans nos annales coloniales une page brillante et gracieuse, mais elle aura ouvert une ère nouvelle de progrès, de prospérité, de bien-être.

« A d’autres le soin d’énumérer les nombreux avantages d’une belle route qui relie notre capitale à la mer par le Mahury, après avoir traversé dans son plus long parcours la première

enceinte de l’Ile-de-Cayenne, et après avoir envoyé de toute part ses embranchements multipliés. Cette route, je l’ai vue se développer avec bonheur, et aujourd’hui qu’elle est achevée et parfaite, je la salue avec amour. Déjà, n’a-t-elle pas procuré à la ville de Cayenne une animation qu’elle n’avait jamais connue ? N’a-t-elle pas fait sortir les campagnes environnantes de leur assoupissement séculaire, et, pour me servir d’une expression de saint Jérôme, n’a-t-elle pas valu à nos déserts qui s’étendaient jusqu’aux portes de la cité, d’étinceler comme le firmament par les nombreuses et riantes demeures qu’elle a fait surgir de leur sein ? Les espérances d’avenir ne sont point vaines, lorsque les commencements réalisent de tels succès.

« Monsieur le Gouverneur,

« Messieurs,

« Non-seulement vous avez donné à la religion sa place dans cette fête consolante et grandiose, mais vous avez voulu qu’elle y apparaisse avec toute la pompe et avec toute la majesté de ses divins mystères. Je vous en remercie avec effusion. En cela, vous avez rendu heureux le premier ministre de cette sainte religion.

En appelant les bénédictions d’en haut sur la voie que vous inaugurez, je suis fier de le dire, j’invite le Ciel à coopérer au véritable progrès du pays. On ne peut le nier, en effet, tout un horizon de progrès s’étend devant nous, le pays tout entier en ce moment se remue dans un frémissement de résurrection et d’espérance. Le point de départ existe. Le pays est lancé, et désormais il marchera avec assurance dans la voie du progrès.

« S’il nous est donné d’inaugurer une ère nouvelle de prospérité, nous le devons à cette multitude d’hommes qui tiennent dans leurs mains les intérêts du pays, qui savent marcher ensemble vers un même but, qui savent consacrer résolument au bien du pays leurs talents, leurs forces et leur activité, et qui assurent d’autant plus efficacement le succès de leurs efforts, qu’ils voient, dans la religion, la compagne assidue et souvent l’inspiratrice dévouée du progrès.

« Nous le devons surtout à l’énergie intelligente et dévouée de M. le Gouverneur. M. Loubère veut le bien du pays, qui oserait le contester ? et il le veut avec une puissance de volonté et une abnégation de dévouement que ne sauraient arrêter, un instant, les montagnes qui se dressent parfois devant les hommes d’initiative.

« Honneur et reconnaissance à Monsieur le Gouverneur ! honneur et reconnaissance à tous ceux qui lui prêtent un concours dévoué !

« Maintenant, il ne me reste plus qu’à élever vers le Ciel mon regard et ma pensée, afin qu’il en descende une abondance de bénédictions qui soient tout à la fois une semence de grâces et un gage de prospérité.

Suivant la doctrine consolante de l’Église, Dieu ne commet pas seulement les hommes à la garde de ses anges, mais encore les lieux et notamment des routes. Que Dieu donc confie désormais à ses anges la voie bénite ! qu’ils la gardent afin que nul ne rencontre des embûches en la suivant, que nul ne soit arrêté par des accidents ; afin qu’elle soit pour tous une source de bien-être, de joie pure et de prospérité ! Que les anges enfin transforment en parcelles glorieuses les gouttes de sueur répandues par ceux dont les bras nous ont aplani cette voie !»

Toast porté par M. Couy :

« Monsieur le Gouverneur,

« Ce matin, à votre arrivée, mon collègue, le commandant de l’Ile-de-Cayenne, vous a remercié, pour lui et ses administrés, d’avoir doté son quartier de la route nouvelle que vient de bénir M. le Préfet apostolique.

« Permettez-moi, Monsieur le Gouverneur, de vous exprimer les mêmes sentiments au nom de la ville représentée ici par les conseillers municipaux et par les membres de la Chambre d’agriculture.

« Cette belle route qui relie Cayenne au Mahury est une magnifique promenade pour les habitants de la ville et va faciliter son approvisionnement.

« La création de routes est, à la Guyane comme partout, un puissant élément de progrès et de richesses ; aussi cette colonie vous est reconnaissante, Monsieur le Gouverneur, des efforts que vous faites en vue de développer ses communications.

« Ces utiles travaux publics, la reprise de l’immigration, l’installation prochaine, due à la sollicitude du Ministre, d’une ligne télégraphique avec l’Europe, l’avis de bateaux à vapeur pour nos côtes et nos rivières, celui d’une drague pour nos canaux, le récent envoi d’un lingot d’or de plus de 200 kilogr., l’état satisfaisant de nos finances locales, tout annonce la régénération de la Guyane sous votre administration. Aussi, puis-je vous promettre, Monsieur le Gouverneur, la continuation du concours des conseils que j’ai l’honneur de présider.

« Nous remercions sincèrement Madame Loubère d’avoir bien voulu honorer de sa présence cette réunion que ternit l’absence de M. le Directeur de l’intérieur, retenu chez lui par les suites d’un accident.

« J’aurais souhaité le féliciter ici, Monsieur le Gouverneur, de la part qu’il a prise dans votre œuvre. Il regrette vivement, je le sais, de ne pouvoir assister à cette fête, dont l’organisation appartient, dans tous ses détails, à l’un des chefs de service de son administration, M. Barbarin, directeur des ponts et chaussées.

« J’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs, la santé de M. le Gouverneur et celle de Madame Loubère. »

Réponse du Gouverneur:

« Messieurs,

« L’honorable M. Couy, en portant le toast auquel vous avez bien voulu vous associer avec un empressement si flatteur pour moi et pour Madame Loubère, vient de faire trop exclusivement, honneur à mon administration, des améliorations qui ont pu être réalisées depuis quatre ans à la Guyane.

« Permettez-moi, Messieurs, non pas de protester contre des assertions qui pèchent seulement par excès de courtoisie ou de bienveillance, mais de rétablir les faits dans leur vérité, afin de rendre à chacun la part de mérite qui lui revient dans les résultats obtenus.

« A propos de l’achèvement d’une des routes entreprises en 1871, dont vous avez cru devoir solenniser l’inauguration par la fête qui nous réunit dans ce banquet, dont vous me faites les honneurs, M. Couy attribue à mes services une valeur dont son amitié pour moi exagère l’importance. Ainsi, après avoir parlé des divers travaux publics qui s’exécutent, il rappelle la reprise de l’immigration, la situation de plus en plus satisfaisante de nos finances locales, et faisant intervenir l’exposition de notre lingot à Paris, ainsi que l’installation prochaine de communications télégraphiques avec la Métropole, et enfin, rétablissement de lignes de bateaux à vapeur pour desservir nos côtes et nos rivières, il termine cet exposé en proclamant la régénération de la Guyane française sous mon administration.

« Eh bien, Messieurs, je crois devoir proclamer à mon tour que si la Guyane est effectivement entrée dans une ère de progrès, cela est dû, moins au Gouverneur personnellement, malgré ses bonnes intentions et son dévouement bien connu pour le pays, qu’à l’expérience et aux lumières de la Chambre d’agriculture et de commerce, dont le bienveillant concours a toujours soutenu le Chef de la colonie dans l’accomplissement de son œuvre.

« C’est en effet aux votes éclairés et patriotiques de cette sage assemblée, et à l’intelligente direction de ses débats et de ses délibérations, par l’honorable Président qui en personnifie, au plus haut degré, l’esprit d’ordre, de progrès et de patriotisme local, que l’on est redevable des résultats dont nous nous félicitons aujourd’hui.

« Sans l’autorité morale que les arrêtés et décisions du Gouverneur puisaient dans les votes de la Chambre, jamais les ressources financières indispensables au rétablissement de l’équilibre de nos budgets n’auraient pu être créées. Par suite, il aurait été impossible de doter suffisamment les services publics, surtout en ce qui concerne les travaux ; il aurait été également impossible de reprendre cette immigration, objet de toutes les aspirations, et à laquelle nous devons l’essor actuel, vigoureux et plein d’avenir, de l’industrie aurifère : essor qui a permis d’envoyer récemment à Paris ce lingot qui va peut-être attirer vers la Guyane les capitaux qui lui font encore défaut.

« Aussi, Messieurs, je ne doute pas que si l’heureux accord qui a existé jusqu’à présent entre l’Administration et les représentants des intérêts agricoles, commerciaux et industriels de la colonie, se maintient dans l’avenir comme par le passé, notre situation actuelle, déjà satisfaisante, n’aille toujours en s’améliorant d’année en année, et ne nous conduise à une

prospérité durable. Veuillez être persuadés que, dans ce but, on peut compter sur mes efforts persévérants et mon inaltérable dévouement.

« C’est dans ce sentiment, Messieurs, que j’ai l’honneur de vous proposer un toast à la prospérité de notre chère Guyane. »

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