Les routes nouvelles

Source du document : Archives Territoriale de la Guyane.

Document : Moniteur de la Guyane Française année1874 n° 21 du samedi 23 mai 1874

CHRONIQUE LOCALE.

LES ROUTES NOUVELLES.

C’est avec un vif sentiment de satisfaction que nous annonçons à la population de la colonie le complet achèvement de la route empierrée de Cayenne au Dégrad-des-Cannes.

Cette voie importante, dont la construction a été entreprise au mois de septembre 1871, a été terminée le 15 mai courant et a été reçue dès le 16, par M. Barbarin, directeur des ponts et chaussées, accompagné de M. le conducteur principal Roustan.

Du centre de la ville de Cayenne à l’embarcadère du Dégrad-des-Cannes, elle présente un parcours de quinze kilomètres, partout accessible aux voitures les plus fortement chargées ; car les pentes, très-rares d’ailleurs, ont été ménagées de telle sorte qu’aucune n’excède 4 centimètres par mètre.

Nous n’avons pas besoin de faire ressortir ici tous les avantages qu’assure à la colonie l’achèvement d’une route qui relie la rade de Cayenne à l’embouchure du Mahury et met ainsi le port et la ville, en tous temps, en communication facile, prompte et sûre avec les quartiers du vent : le Canal Torcy, si intéressant par sa production sucrière ; Roura et Approuague, dont les nombreux placers constituent une grande part des richesses de la colonie ; Kaw et Oyapock enfin, si utiles à l’alimentation du pays. On sait l’importance de ces quartiers ; on sait aussi quelles difficultés mettaient, jusqu’à ce jour, obstacle au mouvement des voyageurs, souvent effrayés à juste titre par une longue et difficile navigation, et plus effrayés encore à l’idée de suivre une route à peine tracée, peu entretenue, coupée par de dangereuses fondrières, impossible en un mot à parcourir.

Mais ce n’est pas là le plus grand bienfait du travail qui vient de s’achever : le chef-lieu et l’Ile-de-Cayenne, reliés désormais par cette voie magistrale qui divise en deux parties à peu près égales ce magnifique quartier, en recueilleront et ont déjà commencé à en recueillir des avantages très-appréciables ; pour Cayenne, un plus large et moins coûteux approvisionnement ; pour les habitations du quartier, le débouché quotidien, facile et certain des produits indispensables à l’alimentation d’une ville et qu’elles ne pouvaient auparavant y faire parvenir.

On sait déjà, du reste, que, depuis près d’une année, une ligne supplémentaire, se rattachant par ses deux extrémités à la ligne principale, a été livrée à la circulation, traversant dans toute leur profondeur les belles et vastes habitations de Montabo et de Bourda, et assurant ainsi, là, comme sur la route du Dégrad-des-Cannes, une valeur de production et de placement inconnue jusqu’à ce jour. On sait aussi que la construction des routes de la Côte par le Rorota, de Stoupan par la Madeleine, et enfin, de Kourou par Macouria, se poursuit activement et a déjà apporté sur divers points importants de sérieuses améliorations.

La population tout entière sait également que le pays est redevable de ce premier pas dans un immense progrès, à l’initiative et à la persévérance de M. le Gouverneur Loubère ; les principaux habitants de la ville et de l’Ile-de-Cayenne auraient même conçu, croyons-nous, le projet d’en témoigner leur reconnaissance, en offrant au Chef de la colonie une fête de circonstance, à l’occasion de la prochaine inauguration de la voie nouvelle. Mais n’enlevons rien, par une indiscrétion prématurée, aux surprises que nous réserve cette fête ; contentons-nous d’ajouter que toute la population sera heureuse de s’y associer.

Dans cette manifestation de la gratitude publique, le pays n’oubliera pas que, par de nombreux ateliers mis à la disposition du service local, à des conditions exceptionnellement avantageuses, le service pénitentiaire a donné et donne encore à l’œuvre de M. le Gouverneur un concours sans lequel l’entreprise même en eût été impossible. C’est pour nous un agréable devoir d’avoir à le constater.

Nous n’omettrons pas non plus de rendre, en terminant, un témoignage mérité à l’incessante activité que le service des ponts et chaussées a, tout entier, apporté à l’exécution de cette première partie du projet d’ensemble du Chef de la colonie. M. Barbarin, chef de ce service, nouvellement arrivé dans la colonie, a pris cette œuvre à cœur et s’en est occupé avec zèle. Mais elle est due surtout à l’action persévérante et à l’intelligente direction de M. le conducteur principal Roustan que, dès 1871, la confiance du Gouverneur et son titre de conducteur attaché à l’arrondissement, ont appelé à suivre sans relâche l’exécution de ces magnifiques travaux.

C’est ainsi qu’a pu être assuré l’utile emploi d’une partie importante des ressources si libéralement mises à la disposition de l’administration de l’intérieur, depuis 1871, par le concours éclairé de la Chambre d’agriculture et de commerce et du Conseil privé.

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