Voyage en tapouye en 1874

Source : Moniteur de la Guyane Française de 1874 n°41 samedi 10 octobre 1874
Archives Territoriales de la Guyane

Source Manio.org

 

Avez-vous jamais fait un voyage en tapouye ? Vous êtes-vous jamais trouvés entassés sur le pont de ces lourdes barques, com­parables à des caisses à chandelles, sans bancs pour s’étendre ou s’asseoir, sans bastingage pour s’appuyer, inondés par la lame, brûlés par le soleil, mal ou point nourris? Si la tapouye peut avancer, poussée par le vent et la marée, il lui est inter­dit de refouler le courant, elle recule, mouille et met parfois plus de temps pour franchir les 50 milles qui séparent Cayenne de l’Approuague, qu’il n’eu faut au paquebot pour se rendre en France.

Il y a pis encore. Avez-vous fait une excursion dans les fleuves à 40 ou 50 kilomètres, car c’est à peine la distance qu’on atteint dans l’intérieur? Ce voyage au long cours, sur une pirogue armée de pagaïes, exige une patience et un courage surhumains, une santé de fer, quand, assis dans un étroit es­pace, replié sur soi, il faut braver le soleil et la pluie, s’attacher aux arbres qui bordent le fleuve quand la marée refuse, carbeter la nuit en plein air. On arrive enfin au bout de dix, de quinze jours, sans vivres frais, à l’état de moribonds, sur les terrains aurifères qui attendent les explorateurs comme une proie assurée.

Grâce aux voies rapides de communication, ces placers si dis­tants, les hattes des quartiers qui, faute de moyens de transports, ne peuvent écouler leurs produits, se trouvent rapprochés à 24 ou 48 heures. Est-il vraiment nécessaire de faire ressortir que l’absence ou l’imperfection des voies de communication sont la cause de la ruine, de l’abandon des meilleurs établissements. Faut-il mettre en relief les avantages de la navigation à vapeur qui, annulant les distances, mettent les produits des quartiers, les richesses de l’intérieur, à la portée de tous?

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