La Guyane Française en 1865 (Préface)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre du livre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.
Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur, M Léon RIVIÈRE,  précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)

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La  Préface:

Notre établissement à la Guyane française date de plus de trois siècles, et c’est se tromper que de croire que tout y est encore à créer. Les germes de prospérité qu’elle renferme dans son sein ont été déjà fécondés, et, en 1836, les cultures de la colonie avaient atteint un très grand développement. À partir de cette époque, il est vrai, la cessation de la traite des noirs, l’avilissement du prix des denrées ont amené une crise qu’a précipitée, en 1848, l’émancipation générale des esclaves.
Cependant,
– l’établissement de la transportation.
– l’introduction d’immigrants indiens et chinois. (Compléments d’information suite à d’autres recherches : Les premiers ce sont les Madériens, puis les Africains, les indiens, chinois, cochinchinois ; un travail sur cette immigration, je l’ai fait, il sera publié ultérieurement. Par la suite pour l’or, Sainte Lucien (anglais), Antillais (Martinique, Guadeloupe), des Martiniquais de la Montagne Pelée en 1902).
– l’institution d’une banque locale.
– la fondation de la compagnie agricole et aurifère des mines d’or de l’Approuague.
– et de nombreuses entreprises aurifères particulières.
– l’exploitation de vastes chantiers de bois, soit par des particuliers, soit par le service pénitentiaire, ont rendu à la colonie une partie de l’activité qu’elle avait avant 1848, et lui ont donné une impulsion qui, dirigée avec énergie et persévérance, la conduira, sans incertitude, au but que s’est assigné le Gouvernement.
Notre aptitude à coloniser est vivement contestée. Pour être vrai, on doit dire que l’exécution n’a pas toujours répondu à la pensée. La France a fondé Saint-Domingue, la Louisiane, le Canada, des établissements dans l’Inde ; bien qu’elle ait perdu la plupart de ces possessions, elle n’en a pas moins réussi dans son œuvre de colonisation : ce sont des preuves indiscutables. Elle a fait, il est vrai, d’infructueux tâtonnements à la Guyane, elle y a essuyé des échecs, éprouvé des désastres : mais la malheureuse expédition, tentée en 1763, ne doit être considérée que comme un accident ; la fatale issue en pouvait être prévue.
– Que devait-on attendre d’une immigration qui, avant d’aller au bal ou à la comédie , se promenait sur la plage de Kourou, comme aux Tuileries, en grande toilette et l’épée, au côté?
– Que devait-on espérer de la déportation de thermidor et de fructidor, qui périt, en grande partie, de chagrin, de dénuement et de maladie, dans les déserts de Sinnamary et de Counamama.
– Quelques-uns survécurent et revinrent dans leur patrie : mais leurs sombres récits ne firent que confirmer d’opinion fâcheuse qu’avait déjà établie l’expédition de Kourou. Le nom de Cayenne, sous lequel on désignait alors généralement l’ancienne France équinoxiale, Cayenne, une des localités les plus saines de la colonie, devint, sous leur plume le synonyme d’exil, d’insalubrité et de mort.
Cayenne a tué la Guyane française.
Personne n’ignore cependant que le climat de la Guyane n’a pas été la cause de la mort de ces nombreuses victimes et que leur perte doit être attribuée, comme nous le verrons plus tard, à l’imprévoyance, aux privations, à la nostalgie. Non le climat de la Guyane française n’est pas malsain et sa réputation d’insalubrité tombera avec les causes qui la lui ont faite. On a beaucoup, en général, exagéré a cet égard le bien et le mal. On a dit que son climat était le plus beau de la terre ; on a dit qu’il en était le plus meurtrier : ces deux assertions me paraissent également inexactes.
Quand les défrichements et les dessèchements auront reculé la limite des forêts ou l’étendue des plaines noyées, la Guyane française pourra devenir un séjour aussi habitable que les provinces méridionales de la France. La chaleur, tempérée par une douce brise, qui a traversé l’océan dans un espace de mille lieues, y est à peu près, uniforme en toute saison ; la végétation y est exubérante : les arbres sont constamment chargés de feuilles, de fleurs ou de fruits. Les pluies y sont très fortes pendant six à sept mois, mais elles ne sont pas continues ; les maladies ne sont pas plus fréquentes qu’en Europe et leur invasion et leur marche n’y sont pas plus rapides.
Des trois Guyanes, elle est la plus favorisée de la nature ; sa position au vent des deux autres, ses grands fleuves qui remontent leur cours jusqu’à vingt lieues dans l’intérieur pour le redescendre jusqu’à la mer, ses forêts vierges peuplées d’arbres de toutes espèces, ses terres basses qui peuvent produire toutes les denrées coloniales,  ses terres hautes que lui envient les colonies voisines, ses savanes sèches propres à l’alimentation des bestiaux, l’abondance des poissons qui se trouvent sur ses côtes, ses gisements aurifères qui couvrent la presque totalité de son sol, offrent tous les éléments d’un commercé étendu qui n’attendent, pour se développer, que dès capitaux et des bras.
La colonisation m’a toujours paru une des plus belles applications de l’esprit humain, et la Guyane française un des champs les plus féconds ouverts au génie entreprenant des Français.
L’empereur Napoléon 1er , alors premier consul, avait jeté les yeux sur la Guyane, et en voulait confier la colonisation au général Pichegru  :
« Il y a longtemps, disait-il à M. Réal, que je songe à Cayenne : c’est le plus beau pays de la terre pour y fonder une colonie. Pichegru y a été proscrit, il le connaît, il est de tous nos généraux le plus capable d’y créer un vaste établissement. Allez le trouver dans sa prison, demandez-lui combien il lui faut d’hommes et de millions pour fonder une colonie à Cayenne, je les lui donnerai ».
Le suicide du vainqueur de la Hollande ne permit pas au Premier Consul de réaliser ses généreuses intentions.
Un nouvel essai de colonisation, tenté sur une grande échelle en dehors de là transportation, appuyant ses opérations sur les travaux déjà exécutés dans le pays et tendant à rapprocher les habitations existantes trop disséminées à là Guyane, pourrait utiliser cet immense territoire dont, en quelques années, le , revenu rembourserait le capital employé a son acquisition et procurerait des moyens d’existence à un million d’individus qui végètent, en Europe, dans la misère et l’oisiveté.
En livrant à la publicité cet aperçu sur la situation de la Guyane en 1865, je n’ai eu d’autre but que d’appeler l’attention sur les ressources naturelles de cette vaste contrée et sur le parti qu’on en peut tirer.
Fin de la préface. (à continuer).

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