Définition du Pongol

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Encyclopédie Théologique

Tome 26ème

Chez l’éditeur Aux ateliers catholiques du Petit-Montrouge

Barrière d’enfer de Paris, 1850.

PONGOL ou POUNGAL, grande fête des Hindous ; elle est célébrée avec beaucoup de solennité, principalement dans le sud de l’Inde, et elle a pour objet de fêter l’en­trée du soleil dans le signe du Capricorne, c’est ce qu’on appelle en sanskrit Makara-Sankranti. Le mot Pongol est tamoul ; on en verra tout à l’heure l’origine.

Les Indiens partagent le cours de l’année en deux périodes, chacune de six mois ; la première, qui est le jour des dieux, est déterminée par le cours du soleil vers l’hémisphère septentrional, c’est une période heureuse : les jours croissent graduellement, la chaleur augmente, les plus belles fleurs éclosent, les grains les plus excellents, les fruits les plus délicieux mûrissent ; la seconde période commence à l’entrée du soleil dans le signe du Cancer, et finit au solstice d’hiver ; c’est la nuit des dieux, c’est une époque néfaste : les jours et la chaleur diminuent, les fleurs deviennent rares, la terre ne produit que des grains d’une qualité inférieure, le dieu Vishnou dort ; les noces sont interdites, etc. On a donc hâte de voir s’écouler cette période de tristesse et de douleur, de là la joie que l’on manifeste au moment où le soleil, entrant dans le signe du Capricorne, recommence sa carrière de splendeur et de puissance ; et tel est l’objet de la fêle du Pongol.

Pendant le mois néfaste qui précédé cette solennité, une espèce de Sannyasi va de porte en porte vers les quatre heures du matin ; et frappant sur une plaque de bronze, il réveille ceux qui dorment, les avertit de se tenir sur leurs gardes, et de prendre les précautions nécessaires contre les influences malignes de ce mois maudit, en apaisant, par des adorations et des sacrifices, le dieu Siva qui y préside. Dans celle intention, les femmes vont tous les jours à la porte de la maison, enduire de fiente de vache un espace de trois pieds en carré, sur lequel elles tracent plusieurs raies blanches avec de la farine de riz; elles rangent ensuite dans ce carré, plusieurs boulettes de fiente de vache ornées chacune d’une fleur de citrouille. Chaque soir, on recueille soigneusement ces massules stercoraires avec leur fleur, et on les conserve jusqu’au dernier jour du mois. Ce jour arrivé, les femmes, seules chargées de cette cérémonie, les mettent dans une corbeille neuve ; précédées par des instruments de musique, elles vont toutes avec solennité, en frappant des mains, les porter hors du lieu de leur habitation, et les jeter dans un étang ou dans quel qu’autre endroit écarté, mais propre.

Celle fête dure trois jours, et la cérémonie la plus importante consiste à faire cuire du riz. Le premier jour, en effet, les femmes mariées, après s’être purifiées par des ablutions, qu’elles font sans ôter leurs vêtements, et encore toutes mouillées, font cuire en plein air du riz dans du lait ; dès que l’ébullition se manifeste, elles se mettent à crier toutes ensemble : Pongol o pongol ! Pongol o pongol ! Peu de temps après, on ôte le vase de dessus le feu, et on le porte devant l’idole de Ganésa, à laquelle ou offre une partie du riz ; une autre portion est portée aux vaches, et les gens de la maison mangent le reste. Ce jour-là les Hindous se rendent des visites, et en s’abordant, les premières pa­roles qu’ils s’adressent, sont celles-ci : Le riz a-t-il bouilli ? À quoi on répond : Il a bouilli. De là vient le nom de la fête; car Pongol est dérivé du verbe ponguédi en télinga, et pongradou en tamoul, qui signifie bouillir; métaphoriquement ce mot est pris dans le sens de prospérité ou réjouissance. Suivant un auteur hindou que nous avons sous les yeux, le riz cuit est offert non au dieu Ganésa, ou Vigneswara, mais au soleil, qu’on invoque pour le bien-être public et pour une moisson abondante. On fait encore des libations aux mânes de ses ancêtres.

Le lendemain, de grand matin, les laboureurs répandent de l’eau sur les blés dans les champs, en criant а haute voix Pongol ! pongol ! voulant dire par là, que le blé croisse en abondance par l’influence du soleil glorieux qui a commencé sa course septentrionale, ce qui produit le jour des dieux. Vers midi, on fait cuire ensemble du riz et du lait que l’on offre en l’honneur d’Indra, dieu du ciel, en lui adressant des prières pour qu’il bénisse la terre avec des pluies tombant à propos, qu’il multiplie la race des bestiaux, et qu’il augmente leur pâture. Dans l’après-midi, on lave les vaches et les taureaux, on les nourrit avec une partie de l’oblation faite à Indra, on leur peint les cornes, et on les orne de guirlandes ; alors on les réunit en troupeaux accompagnés d’une bande de musiciens; on les conduit à une place publique de la contrée ou du village, où les vachers préparent de la nourriture, des parfums et des fleurs en l’honneur des vaches ; ils les aspergent d’eau de safran avec des feuilles de manguier, pour les préserver du mal, en criant à haute voix, Pongol ! pongol ! C’est-à-dire, puisse le bétail être favorisé et multiplié par la grâce d’In­dra, aussi bien que de Krichna, qui a fait des miracles, et a mené une vie pastorale.

Après cela les Hindous, se donnant la main, font le tour des vaches et des taureaux, et les Brahmanes se prosternent devant ces animaux. Alors les vachers s’en retournent chez eux avec les troupeaux. L’abbé Dubois dit qu’on force les bœufs et les vaches à s’enfuir de côté et d’autre, en les effarouchant par le bruit confus d’un grand nombre de tambours et d’instruments bruyants. Ce jour-là, ces animaux peuvent paître partout sans gardien; et quelques dégâts qu’ils fassent dans les champs où ils se jettent, il n’est pas permis de les en chasser.

Le même jour, les idoles sont retirées des temples et portées en procession, au son des instruments de musique, au lieu où l’on a de nouveau rassemblé le bétail. Les danseuses des temples marchent à la tête d’une foule de peuple, et font de temps en temps des pauses pour charmer les spectateurs par leurs danses lascives et leurs chansons obscènes. La fête se termine par une cérémonie singulière : la multitude forme un grand cercle, au milieu duquel on lâche un lièvre qui, ne trouvant pas d’issue pour s’échapper, court à droite et à gauche en bondissant au milieu des éclats de rire de tous les spectateurs, et finit bientôt par se laisser prendre. Sonnerat dit qu’on choisit n’importe quelle espèce de quadrupède, depuis le tigre jusqu’au rat, que l’on examine le côté qu’il prend dès qu’il est lâché, pour en tirer des augures, et qu’enfin on le tue. Ce même jour, les Brahmanes jettent les sorts pour connaître les événements de l’année qui commence. Les animaux et les grains sur lesquels ils tombent deviendront, disent-ils, très-rares: si c’est sur les bœufs et le riz, les bœufs péri­ront et le riz sera très-cher ; s’ils tombent sur les chevaux et les éléphants, c’est signe de guerre.

Les brahmanes font accroire au peuple que le dieu Sankranti (personnification de l’entrée du soleil dans un signe du zodiaque) vient tous les ans sur la terre à pareil jour leur découvrir le bien et le mal futurs, et qu’il l’annonce par le grain qu’il mange et l’animal qu’il monte; c’est ce que le sort leur fait connaître. Le soir de ce jour les Hindous se rassemblent en famille, se font réciproquement des présents, et se visitent en cérémonie pour se souhaiter un bon pongol, comme nous faisons le premier jour de l’an ; les visites durent huit jours.

Suivant Sonnerat et l’auteur indien déjà cité, celle fête dure deux jours. Le premier se nomme Peroum-Pongol, premier ou grand Pongol consacré au soleil; et le second Madhou-Pongol, Pongol des vaches. L’abbé Dubois dit qu’elle dure trois jours ; le pre­mier est appelé Bhoga-Pongol, pongol de la joie; ce jour est comme la préparation des deux suivants ; on le passe en visites, en présents mutuels et en divertissements. Le second est le Sourya-Pongol, le Pongol du soleil, et le troisième le Pongol des vaches.

 

 

 

 

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