La Guyane Française en 1865 (chapitre 7)

Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Titre : La Guyane Française en 1865, aperçu géographique, historique, législatif, agricole, industriel et commercial.

Auteur : M Léon RIVIÈRE.
Fonction de l’auteur : Directeur de la Banque de la Guyane Française.
Année de publication : 1866.
Numéro de la dernière page : 359
Impression : Imprimerie du Gouvernement.
(L’auteur,  M Léon RIVIÈRE, précise qu’une publication a été faite dans La Feuille Officielle de la Guyane. Je ne l’ai pas vérifié.)
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Neuvième partie

                                          Chapitre VII

– Circonscriptions Territoriales.
– Habitations existantes, leurs cultures ; bestiaux.
– Comparaison de la situation agricole entre 1836 et 1865.

Nous avons a considérer maintenant les quatorze quartiers de la colonie au point de vue agricole, et à comparer leur état actuel avec leur situation en 1836.
Nous avons choisi cette dernière année, comme terme de comparaison, parce qu’elle clôt la période du développement qu’avait pris la Guyane française en 1817, sous le double rapport, de l’agriculture et du commerce.
Nous allons jeter, d’abord, un coup d’œil rétrospectif sur la production du pays, et retracer les phases diverses par lesquelles elle a passé depuis l’origine de la colonie jusqu’à ce jour.
Nous passerons ensuite en revue les différentes cultures aux- quelles se livrent les habitants.
Nous indiquerons, en troisième lieu, les denrées qui sont cultivées et réussissent le mieux dans chaque quartier.
Nous comparerons alors la situation agricole de la colonie, pendant les deux années 1836 et 1865.
Enfin, nous chercherons à déterminer les causes qui ont amené́ la diminution sensible qui s’est produite, en général, dans la quantité́ et la valeur des diverses denrées du cru de la colonie.
Nous avons dit, dans le chapitre III, que la fertilité des terres cultivées à la Guyane n’est pas en rapport avec la vigueur prodigieuse de sa végétation forestière, et que leur faculté productrice s’épuise rapidement.
Ce fait est incontestable.
Dans les terres hautes de montagne, qui ne sont propres qu’à certains produits, l’humus, entrainé par les pluies, ne laisse souvent à la surface que la roche entièrement dénudée.
Les terres hautes de plaine et les terres basses d’alluvion se trouvent dans d’autres conditions.
Les terres hautes de plaine ont une épaisseur de terreau et d’humus telle que leur fécondité s’épuise, mais seulement après un certain nombre d’années.
Quant aux terres basses, placées au-dessous du niveau des hautes marées et exigeant des travaux dispendieux de canalisation, de fossés, de digues et de coffres a écluse, leur fertilité́ diminue plus rapidement, et n’acquiert un nouveau degré d’énergie, qu’après qu’on les a submergées pendant un certain temps sous l’eau salée, en ouvrant les digues d’entourage.
On voit par ce qui précède, qu’il était tout naturel d’essayer, d’abord, la culture des terres hautes. Les premières cultures de la colonie furent toutes entreprises, en effet, dans les terres hautes de plaine et de montagne, qui constituent une grande partie du sol de l’Ile-de-Cayenne. C’est ainsi que furent successivement naturalisées, à la Guyane les diverses cultures du roucou, du coton, de l’indigo, de la canne à sucre, du café, du cacao et de toutes les épices.
Tant que la culture se borna aux terres hautes, les progrès de la colonie furent très lents, mais sûrs ; en 1775, la valeur totale des denrées exportées pour la France, s’élevait à 488,598 livres tournois (environ 610.000 francs).
En 1777, Malouetenseigna aux habitants l’exploitation des terres basses, tourna toutes leurs vues de ce côte, et créa, par les soins de l’ingénieur suisse Guizan, dans les terres basses d’Approuague, l’habitation le Collège, sur le modèle de celles des Hollandais, dont cet habile administrateur avait étudié le système d’agriculture.
Je suis loin de vouloir faire la critique du nouveau système introduit par Malouet, mais je ne puis m’empêcher de faire remarquer que, par suite d’évènements qu’il ne pouvait, d’ailleurs, prévoir, ce système a été plus nuisible qu’utile à la colonie. Cette modification s’accordait, en effet, parfaitement avec la composition et la manière de travailler des ateliers de son époque ;  mais il faut reconnaître que depuis la cessation de l’immigration africaine les conditions du travail ayant changé, il a été à peu près impossible d’augmenter les nouveaux dessèchements en terres basses. On peut donc regretter, en fait, que la culture des terres basse. On peut donc regretter, en fait, que la culture des terres hautes ait été négligée au profit de celle des basses, qui rendent davantage, il est vrai, mais qui n’ont pu, depuis 1848, être cultivée par les travailleurs moins robustes que l’Inde nous envoie. Les chinois, plus forts que les Indiens, ou des cultivateurs blancs bien choisis auraient pu, peut être, remplacer les Africains ; mais on ne songea pas, d’abord, à la premièrede ces deux immigrations, et la réputation imméritée d’insalubrité́ faite a la Guyane en éloignait la seconde.
Après le départ pour la France de l’Ordonnateur Malouet, ses vues continuèrent à être appliquées. Mais bientôt on les abandonna et l’on ne s’occupa plus qu’à multiplier les arbres à épices dont, quelques années auparavant, Poivre, de concert avec Provost, Trémigon et d’Etchevery, avait doté la Guyane française.(Revue coloniale, août 1855, Jules Duval,Colonies el politique coloniale de la France, page 208.)
Depuis cette époque, toutes les cultures prirent un grand essor. Elles faisaient concevoir les plus belles espérances, lorsque éclata la révolution de 1789, qui vint les renverser.
Il résulte, en effet, de documents officiels, qu’en 1790 les denrées et marchandises exportées de la colonie ne s’enlèvent qu’à 531,853 francs.
La culture de la canne à sucre souffrit surtout des troubles qui suivirent, en 1794, la proclamation à la Guyane de l’affranchissement des noirs. Après le rétablissement de l’ordre, le canal Torcy fut ouvert dans le but de livrer à la culture la plaine alluvionnairé de Kaw, mais l’occupation de la colonie par les Portugais, de 1809 à 1817, vint encore retarder l’accomplissement de ces vues.
Après la reprise de possession, l’industrie agricole prit un grand développement et demeura, jusqu’en 1837, une source féconde de richesses pour la colonie. Le Gouvernement, considérant la partie des terres basses, situées entre la rivière d’Approuague et celle du Mahury, comme le point vers lequel devaient se diriger tous les efforts des planteurs de sucre, y voulut attirer le plus grand nombre possible d’établissements agricoles. C’est dans ce but qu’il leur avait fait, en 1829, des avances sur les fonds de la caisse coloniale, pour l’achat de moulins à vapeurs propres à la fabrication de cette denrée. «Ces avances, m’a dit un habitant notable de la colonie, n’ont été remboursées que par quelques-uns d’entre nous.» On doit avouer que ce n’est pas la le moyen d’engager un gouvernement à en faire de nouvelles.
Déjà, en 1822, deux machines à vapeur, les premières montées dans le pays, avaient été accordées dans les mêmes conditions à deux habitants du quartier de l’Ile-de-Cayenne.
A partir de 1837, la production décroît d’une manièré sensible. L’émancipation de 1848 l’arrête brusquement, et condamne toutes les grandes habitations rurales de la colonie à la stérilité́. Quelques sucreries échappent seules au naufrage.
Le Gouvernement s’est efforcé vainement d’arrêter les progrès de cette ruine générale ; de sages mesures, successivement prises, ont ravivé le crédit et ont pu rendre au pays une partie de son activité, mais ce n’est qu’une activité galvanique, qui renaît ou s’éteint selon que le Gouvernement avance ou retire la main, qui seule soutient encore la colonie.
Nous allons faire maintenant l’énumération rapide des principales denrées du pays en renvoyant, pour les détails, à toutes les notices que l’on a écrites sur la Guyane, et, en particulier, à la notice statistique de M. Jules Itier et à la brochure, si pratique, de M. Chaton. Nous ne donnerons ici que les renseignements qu’on ne trouverait pas dans ces ouvrages et que nous avons puisés à des sources officielles, entre autres, dans la Revue maritime et coloniale.Nous continuerons à compléter ces renseignements par nos informations orales, qui ont toujours un certain caractère de certitude, parce qu’elles ont pour base le témoignage des hommes les plus compétents.
La culture de la canne à sucre (saccharum officinarum) remonte aux premiers temps de la colonie. En 1725, il existait déjà 17 sucreries. En 1836 on comptait 51 ; aujourd’hui il y en a 12.
On ne cultive plus que deux espèces de cannes: la canne jaune et la canne de Taïti.
La canne violette de Batavia vient bien à la Guyane ; on en voit quelques groupes sur les habitations, mais la grande culture ne l’emploie pas.
Le produit moyen annuel d’un hectare planté en cannes dans la colonie est de 3,250 kilogrammes de sucre.

  1. Jules Itier, page 59, cite plusieurs exemples de rendement extraordinaire : quatre hectares de cannes vierges auraient produit 29,500 kilogrammes de sucre, ce qui fait :7,380 kilogrammes par hectare. En 1827, un champ de cannes vierges a produit 9,000 kilogrammes de sucre par hectare. Cette production exceptionnelle est due, sans doute, à un heureux concours de circonstances qu’on n’est pas maître de reproduire à volonté.

La fève du cafier (coffea arabica) a été introduite par des déserteurs de Surinam, à la Guyane française, qui est la première de nos colonies qui se soit adonnée a celle culture.

On ne cultive à la Guyane qu’une seule espèces de cafier, celle de Moka : le cafier nain n’est planté qu’autour des établissements et n’est pas cultivé sur une grande échelle.

Nous verrons tout à l’heure que la production de cette denrée est supérieureen 1865; en quantité et en valeur, à la production de 1836. Cet accroissement ne peut que se fortifier de la primes de 10 centimes par pied de cafier planté, que, depuis 1860, l’administration locale a accordée à cette culture, à titre d’encouragement.

Le café de la Guyane est très recherché sur les marchés métropolitains : le café de montagne surtout réunit les qualités diverses des cafés de la Martinique, de la Réunion et de Moka, c’est-a-dire, la force, la couleur et l’arôme.

Le produit moyen annuel par hectare est de 200 kilogrammes.

La culture du cotonnier (gossypium arboreum) a été longtemps florissante à la Guyane. La moyenne annuelle de la production de 1832 à 1836 a été de 219,607 kilogrammes. En 1836, la colonie a exporté 280,000 kilogrammes de coton pour une valeur de 730,911 francs.

L’année suivante, la récolte était réduite de 100,000 kilogrammes. Quelques années plus tard, cette culture était complètement abandonnée, et de 1848 à 1864, il ne s’est plus exporté une seule balle de coton de la colonie. Le cotonnier ne peut-il donc plus réussir à la Guyane comme il réussit aux Antilles ?  Tout le monde sait qu’il vient bien en terres basses, également bien dans les terres hautes exposées à l’air salin, mais que dans ces dernières la récolte est peu abondante. Quelle est donc la cause de la décadence de cette denrée ? La vilité de son prix sur les marchés métropolitains, depuis le jour où les États-Unis les ont inondés de leur courte-soie à bon marché, et les difficultés de sa culture en terres basses après 1848, par suite du manque de bras.

Une situation aussi regrettable ne pouvait manquer d’attirer l’attention du Département de la marine. Par une dépêche, en date du 17 octobre 1856, S. Exc. le Ministre Invita l’administration de la colonie à prendre les mesures propres à favoriser le rétablissement de la culture du cotonnier à la Guyane, et l’engagea, dans ce but, à acquérir a des prix suffisamment rémunérateurs les cotons de provenance indigène. L’arrêté du 27 décembre l857 réalisa les intentions du Ministre et fixa le prix des cotons en raison de leur qualité.

Un arrêté du 10 février 1863 créa, à Cayenne, une usine centrale pour l’égrainage,  le nettoyage et la mise en balle du coton produit par la colonie. Un second arrêté du 9 janvier 1864 régla l’organisation de l’usine, les conditions d’admission des cotons, de leur remise aux propriétaires après séparation1ou de leur envoi en France, à l’effet d’être vendus, par les soins de l’Administration, pour compte des propriétaire. Dans ce cas, la Direction de l’intérieur se concerte avec la banque locale pour que les producteurs puissent emprunter sur le récépissé à eux délivré par l’Administration, et se livrer ainsi immédiatement à de nouvelles cultures, pendant que la réalisation de leurs produits suit son cours dans la Métropole. Plusieurs de ces lots ont été ainsi vendus et ont laissé un bénéfice notable aux propriétaires,  indépendamment de la prime de 5 centimes qui leur avait été payée par pied de cotonnier planté. Tous les cotons, expédiés sans frais par les soins de la Direction de l’intérieur et promptement réalisés en France, ont été reconnus de bonne qualité, ont soutenu la concurrence des meilleures sortes sur le marché du Havre et ont été, depuis ce temps, l’objet de nouvelles et nombreuses demandes.

  1. Favard, ancien Directeur de l’intérieur, avait compris toute l’importance de cette culture. Il avait fait de l’emploi des diverses races de coton une étude approfondie, et avait planté lui-même, sur son habitation la Caroline, une  espèces herbacée, provenant de la pépinière d ’Alger, connue dans le commerce sous de nom de coton-jumel.Après moins de six mois de culture, il recueillit soixante-trois plombs ou capsules en moyenne, sur une centaine de plants cultivés à quatre-vingts centimètres les uns des autres, dans des conditions atmosphériques très défavorables. Le coton en était très beau malgré les pluies abondantes qui étaient tombées à cette époque.
  2. Favard était convaincu que le coton longue-soie Géorgie dit sea-island(gossypium tricuspidatum) pourrait réussir à la Guyane. Cependant, les essais de plantation de cette espèce faits, sur une grande échelle à Macouria, sous son administration même, ont complètement échoué́. Diverses tentatives faites, depuis cette époque, sur différents points du littoral du même quartier, ont donné, toutefois, quelques résultats avantageux.

Les encouragements qui continuent à être donnés, par l’Administration, à cette culture, permettent d’espérer qu’elle se relèvera et  reprendra un jour le rang qu’elle occupait autrefois parmi les éléments de la richesse coloniale.

Le rendement du cotonnier est de 125 kilogrammes à l’hectare en terres hautes, et de 175 kilogrammes en terres basses.

La culture du roucou (bixa orellana), arbuste indigène, est la plus ancienne de la colonie. Elle s’étendait autrefois sur tout le territoire humide et marécageux compris entre Oyapock et Kourou. Elle peut utiliser tous les bras : ceux des hommes valides comme ceux des enfants et des femmes. Moins exposée que toutes les autres cultures aux ravages des insectes et aux accidents résultant des variations de température, c’est, cependant, la denrée dont le prix éprouve le plus d’alternatives de hausse et de baisse, sur les marchés, métropolitains. Aussi a-t-elle été successivement abandonnée et reprise : on a vu en peu d’années le prix du Kilogramme tomber, à Cayenne, de 2 francs à 30 centimes ; aujourd’hui il est à 2 francs le kilogramme et se place en France à 4 francs, et même à 4 fr. 50cent.

Le roucou contient une matière colorante sui generis, rouge carmin, qui ne se trouve qu’à la surface, de la graine. L’amande contient une partie grasse huileuse, qui se mêle à la pâte du roucou dans la fabrication.

Le producteur de roucou doit s’attacher spécialement a ne pas faire entrer, dans la composition de la pâte, la graine même du roucou, qui ne contient aucune partie colorante. Il doit arrêter sa fabrication aussitôt qu’il reconnait que la graine, n’offre plus que des parties inertes qui; en augmentant la quantité, nuiraient considérablement à la qualité du produit. Cette partie  inepte, connue sous le nom de balle,  doit être impitoyablement rejetée si l’on veut avoir des roucous bien fabriqués.

On a cherché à remédier à la fétidité de ce produit en substituant à la pâte molle et infecte qu’on exporte une pâte dure, qui est l’extrait pur de la matière colorante et qui a reçu les noms de bixine et de demi-bixine. M Chevreul a constaté́, par des expériences, que le pouvoir tinctorial du roucou étant 1, celui de la bixine est de 5,81 (Revue coloniale, novembre 1856, page 503.)

Mais cette innovation n’a pu détrôner l’ancienne pâte de roucou, qui, est restée seule en possession du marché: ce qui donne à penser que la bixine n’est pas le seul élément constitutif du mordant que l’on recherche dans cette matière colorante, mais que la partie huileuse de l’amande y joue un grand rôle et est l’un des principes actifs de ce mordant pour la fixité et la solidité des teintures.

Le produit annule d’un hectare planté en roucouyers est, terme moyen, d’environ 400 kg. Dans le quartier de Kaw, ce produit monte jusqu’à 1,000 et  même 1,500 kilogrammes. De jeunes plantations ont donné, par exception, sur l’habitation le Bon-Père  3,500 kilogrammes à l’hectare.

Dans la moyenne du rendement, il y a,  en général à tenir compte que les vieux roucouyers donnent moins.

Le roucouyer  se sème sur place et quelquefois en pépinière,  pour être replanté au bout de quatre à cinq mois; mais le premier mode de semis est préférable : en général, les roucous provenant de pépinière viennent moins bien.

Le roucouyer commence à produire au bout de quinze à dix huit mois, et est en grand rapport à trois ans. Il donne deux fortes récoltes par an et dure, dans les quartiers de Kaw et d’Approuague, de douze à quinze ans, souvent dix-huit ; partout ailleurs, quatre ou cinq ans.

Le cacaoyer (theobroma cacao) croît spontanément dans les forêts du pays, notamment dans les terres élevées de l’Oyapock et du Camopi. C’est vers l’année 1728 que les habitants commencèrent à le cultiver, principalement dans les terres hautes de l’Ile-de-Cayenne.

Le cacao de la Guyane, séché́ au soleil, présente, par son onctuosité́, des qualités qui le font rechercher dans le but de le mélanger avec les variétés parfumées mais trop sèches de Caracas. Les grandes pluies, à l’époque de la récolte, obligent souvent a le sécher à l’étuve, ce qui lui donne le goût de fumée et le fait repousser des marchés d’Europe ; il n’est alors acheté que par le commerce américain, qui le paye de 70 à 80 centimes le kilogramme.

Le cacaoyer porte ses premières gousses à quatre ans, est en plein rapporta sept ans, et vit cinquante ans au moins.
Son feuillage épais abrite le sol de telle sorte que les herbes y poussent peu  aussi sa culture exige-t-elle moins de soins et de bras que les autres.
Un hectare planté en cacaoyers produit en moyenne 300 kg.
L’Administration accorde une prime de 15 centimes par pied de cacaoyer planté.
Le giroflier (caryophyllus aromaticus) a été apporté de l’Inde à Cayenne en 1779. Les premières plantations eurent lieu sur: l’habitation la Gabrielle.
Depuis ce temps, le giroflier a toujours été cultive avec succès dans le quartier de Roura ; plus abondant dans les terres hautes de plaine, plus aromatique en terres hautes de montagne, il a réussi autrefois dans les terres basses parfaitement desséchées: aujourd’hui il n’en existe plus en terres basses.
La Gabrielle qui avant 1789, avait été la propriété́ du marquis de Lafayette, avec d’autres terrains du même quartier, dans lesquels se trouvaient compris ceux de la Caroline, produisit, en 1821, 50,000 kg de girofle, qui furent vendus 5 francs le kilogramme, soit 250,000 francs.
En 1836, la production totale de la colonie, soit en girofle,  soit en griffes de girofle,  s’élève à 100,321 kilogrammes, pour une valeur de 148,503 francs : on voit qu’en quinze ans le prix de cette denrée avait considérablement baissé.
Depuis 1836, la production va toujours en diminuant. La concurrence de similaires étrangers sur le marché métropolitain fait tomber le prix du girofle à 60 centimes.  Après 1848, cette culture est tout a fait négligée, le prix de ses produits n’étant plus rémunérateur. La Gabrielle  elle-même grève le budget  d’une dépense annuelle, qui varie de 5,000 à 15,000 francs. La mortalité attribuée à la vieillesse des plants, a une maladie appelée coup de soleil, dont l’effet est de sécher subitement l’arbre sur pied, l’invasion des fourmis manioc qui, en une seule nuit, dépouillent un gros giroflier de ses feuilles, la difficulté, avec les nouveaux ateliers, de débarrasser les arbres des branches mortes, avaient anéanti tout espoir de récoltes, lorsqu’en 1864 La Gabrielles’est relevée, par suite des efforts de l’Administration locale, et est parvenue à équilibrer ses dépenses avec ses recettes. L’année 1865 a laissé un excédant de bénéfices d’environ 3,000 francs.
Le rendement du giroflier à l’hectare est de 110 kilogrammes en moyenne.
Les autres arbres à épices sembleraient devoir se plaire dans la colonie, et cependant toutes les tentatives faites, pour les y naturaliser, ont échoué sans qu’on soit parvenu a se rendre compte des causes d’insuccès. Tel plant de poivrier donne 15 kilogrammes de poivre auprès d’un autre qui sèche et laisse tomber ses fruits avant maturité. Le cannellier (laurus cinnamomum) laisse évidemment beaucoup a désirer pour sa culture et dans sa préparation. Il vient cependant partout, sur la cime des montagnes, sur le bord des ruisseaux qui baignent ses pieds, dans les terres d’alluvion bien ou mal desséchées. Le muscadier (myristica aromatica), est devenu presque aussi rare aujourd’hui qu’en 1774, au temps où Noyer, médecin en chef de l’hôpital de Cayenne, grand-père de notre Ordonnateur, faisait garder par un factionnaire les premiers plants introduits dans da colonie.

La vanille (vanilla aromatica), fruit d’une liane grimpante indigène, pourrait, si elle était cultivée sur une  grande échelle, offrir des bénéfices considérables.
La culture du tabac (nicotiana) a presque entièrement disparu. Il suffiraitpeut-être pour la faire renaître d’un encouragement égal à celui que l’Administration accorde à l’industrie  cotonnière, au cafier et au cacaoyer, et de la création  d’une usine centrale pour la préparation des feuille.
Cette plante indigène, qui se reproduit spontanément, est devenue la production du jardinage et de la petite ; propriété; on la rencontre partout : sur les habitations, le long des chemins et jusque dans les rue de Cayenne. Quelques plantations tout récemment faites à Mana, à Approuague et sur les établissements agricoles du Maroni ont donné des résultats satisfaisants.
L’indigofère (indofera tinctoria) existe partout à la Guyane à l’état sauvage. Cette légumineuse qui provient de l’Inde et est propre à la teinture, pourrait être cultivée avec succès à la Guyane. Les hommes les plus compétents pensent que cette contrée est au point de vue du climat dans les conditions les plus favorables à cette culture. Quant à là manipulation des feuilles de cette plante et à la fabrication même de l’indigo, les essais faits jusqu’à ce jour ont été infructueux. Pour produire de l’indigo, au prix auquel l’Inde le livre, il faudrait à la Guyane la population surabondante de cette partie du continent asiatique.
Après les denrées de luxe et les cultures secondaires qui alimentent l’exportation, vient la petite culture qui produit les vivres, les fruits et des légumes. Cette dernière,  destinée à satisfaire aux premiers besoins de la vie,  doit avoir le pas sur la grande culture, source de la richesse coloniale, et la précéder et non la suivre.
C’est un axiome en économie politique que lors  que les petits propriétaires contigus sont intelligents et actifs ils peuvent produire un capital aussi considérable que la grande propriété. La petite propriété est donc  nécessaire et doit subsister simultanément avec la grande, mais le  travail est sa loi et elle ne doit pas, pour s’y soustraire, se livrer à l’oisiveté, au vice, au vagabondage, déguisé sous l’apparence du travail. La petite propriété ne peut être utile qu’autant qu’elle produit, et prête, au besoin, son concours aux grands propriétaires qui l’avoisinent.

Les principales denrées alimentaires du pays sont : le manioc (janipha manihot), fournissant 1e couac en grosse farine, et la cassave en galette, qui tiennent lieu de pain; le maïs (zea maïs) ; le millet (holcus spicatus), ce dernier cultivé en très petite quantité, le riz (oryza sativa), dont les deux espèces blanche et rouge viennent très bien à la Guyane, les ignames, le blanc et le rosé (dioscorea bulbifera) ; l’igname indien (dioscorea sativa); l’igname pays nègre (dioscorea alata) ; la patate douce (hypomea batatos)  ainsi, que la grosse patate introduite de la Barbade ; le calalou, gombo des Antilles, fruit del’hibiscus esculentus ;l’alamant (solanum nigrum) ; les épinards rouges (baselle rubra) ; l’aubergine ou marie-jeanne (solanum melungena) ; le concombre (cucumis) ; la citrouille (cucurbita) ; le giraumon (cucurbita pepe) ; le melon (cucumis pepe); le melon d’eau, pastèque de la Guyane, (cucurbita citrillus), etc., etc.
Tous ces vivres se cultivent également bien en terres hautes et en terres basses.

Les fruits de la Guyane sont, en général; plus savoureux et d’un goût aussi fin, aussi  exquis que les meilleurs fruits de France. La plupart on un goût aromatique assez prononcé auquel on s’habitue. Les arbres qui les produisent se trouvent sur presque toutes les habitations et à Cayenne même, depuis le bananier auquel on a donné le nom: d’arbre du paradis (musa paradisiaca), jusqu’à l’ananas (bromelia ananas), que sa  grosseur a fait surnommer ananas maïpouri, et que Pelleprat appelle le roi des fruits, parce qu’il porte un panache en forme de couronne. Nous ne pouvons citer ici que les principaux fruits tant indigènes que  cultivés,  avec la désignation scientifique de l’arbre qui les produit:  la sapotille (achras sapota) ; la barbadine (passiflora alata); l’orange (citrus aurentium) ; la pomme cannelle (annona squamosa) ; la mangue (mangifera therebinthe) ; la goyave (psidium grandiflorum) ; l’avocat (laurus persea) ;  le balata (achras balata); l’abribas (annona); le coco (cocos nucifera) ; la grenade (punica granatum Linné) ; l’abricot (mammea americana) ; le paripou (gulielma speciosa) ; la papaye ( carica spinosa); la caïmite (chrysophyllum macoucou, Aublet) ; la marie-tambour (passiflora laurifolia ?),etc., etc.

Telles sont, avec un grand nombre de matières oléagineuses et savonneuses, et de textiles de toutes sortes, dont nous parlerons au chapitre de l’industrie,  les principales productions de la Guyane française, qui forment  la partie complémentaire de notre chapitre VI. Nous avons signalé la plupart d’entré elles plutôt comme des souvenirs et des espérances, selon l’heureuse expression de M. Jules Duval, que comme une source actuelle de revenus sérieux. Le reste des forces disponibles du pays en fait d’alimentation, s’applique au bétail.

Le bétail que possède la colonie a toujours été et est encore loin de pouvoir suffire à l’alimentation de la population : aussi toute exportation de bestiaux a-t-elle été interdite, par un arrêté du 30 décembre 1837, qui a en même temps alloué des primes pour favoriser l’importation du bétail de race et des bœufs d’abatage. Un décret colonial du 19 juillet 1836, sanctionné le 21 octobre 1837 et publié en février 1838, a fondé des récompenses en faveur des propriétaires présentant chaque année, à un concours public, les plus beaux animaux ou ayant introduit des  améliorations dans le régime de leurs ménageries.

Bien qu’aucun arrêté ne détermine la quantité de bétail à abattre, bien que l’arrêté du 30 décembre 1836, omis dans le Bulletin officiel de 1837, f° 14, donne la liberté à tout particulier  d’exercer la profession de boucher, bien que depuis cette époque  la boucherie soit libre en principe, l’Administration a été obligée de restreindre l’abatage des bœufs à une ou deux têtes au plus par jour; autrement les ménageries auraient été dépeuplées en quelques années.

On fait un reproche à l’Administration d’avoir interdit rigoureusement l’exportation du bétail, et l’on pense que la faculté de l’exporter serait un encouragement efficace pour sa multiplication. Je crois qu’avant de songer a approvisionner les autres, il faut d’abord pouvoir s’approvisionner soi-même. L’Administration qui ne peut trouver, dans la colonie, les bestiaux nécessaires à la consommation des troupes et des établissements pénitentiaires, est forcené de passer avec des négociants des marchés pour la fourniture des bœufs, qu’on va chercher à l’Orénoque et au Brésil. Ce qu’on peut raisonnablement demander, c’est que les particuliers, qui se livrent a l’élève du bétail, soignent davantage leurs ménageries, leur donnent du développement, imitent l’Administration qui, en les créant sur tous les pénitenciers, a surtout le soin d’y cultiver l’herbe de Guinée et  du Para, qui fournissent un excellent  fourrage, pouvant être consommé à l’étable, a l’époque de l’année où les pâturages viennent à manquer. Ce serait là le moyen, d’abord, de soustraire la colonie à l’obligation de s’approvisionner au dehors et de la mettre en mesure de se livrer, dans l’avenir, à l’exportation du bétail.

Ce qu’il conviendrait de faire avant tout, à mon sens, ce serait d’améliorer les prairies naturelles qui servent de pâturages aux bestiaux. On trouve ces prairies dans les quartiers sous le vent, entre Kourou et Organabo, ou au vent dans les immenses plaines d’Ouassa; quelquefois séparées de la mer par une zone de terres cultivées,  qui s’étendent jusqu’à douze et quinze kilomètres dans l’intérieur des terres, elles se divisent en pâturages salés et ensavanes proprement dites. Les premières forment une  ligne étroite le long des anses des quartiers de Macouria, de Kourou, de Sinnamary et d’Iracoubo, et se divisent en parties élevées et en parties basses et noyées. Les savanes comprennent les immenses terrains découverts, entrecoupés de rivières et de criques, qu’on trouve dans le centre des mêmes quartiers et qui  s’entendent jusqu’à Organabo. C’est dans ces savanes que se trouvent les ménageries actuellement existantes dans la colonie. Il y a là quelques milliers de têtes de bétail; mais ces ménageries sont-elles dirigées avec ordre et méthode? En général, non. Le  bétail est laissé en plein air, sans un hangar pour l’abriter abandonné à une surveillance très problématique, exposé aux vents, à la pluie, aux piqûres des insectes et à la voracité́ des jaguars qui lui font la guerre. Si les savanes sont noyées par les pluies, plus de fourrages; plus de fourrages, si elles sont desséchées par le soleil.

II serait évidemment préférable d’avoir des bestiaux du pays qui,  bien nourris, fourniraient une alimentation substantielle plutôt que de faire venir des bœufs étrangers qui après une longue traversée, arrivent échauffés, malades, et dont quelques-uns, refusés par l’Administration, restent destinés à la consommation publique et sont souvent abattus, pour éviter une perte totale, sans que le repos ait amené une amélioration dans leur état.

Nous allons énumérer maintenant les cultures qui sont pratiquées dans chaque quartier et indiquer, en même temps, celles auxquelles on pourrait se livrer.

On cultive dans le quartier de Mana la canne à sucre, le cafier, le riz et le manioc.

On pourrait y introduire la culture du cotonnier qui réussirait sur le littoral.

L’exploitation des bois de construction et d’ébénisterie s’y fait sur une grande échelle depuis la création des grands établissements pénitentiaires du Maroni.

On pourrait également y exploiter la gomme de balata, les graines oléagineuses, beaucoup d’autres productions naturelles, et l’or même qu’on vient de découvrir dans ses criques.

Il existe deux ménageries en bon état dans les vastes savanes de ce quartier. Celle de la Pointe-Française, dépendant des établissements agricoles du Maroni, prend un grand développement. Nous en parlerons avec plus de détail dans le chapitre des la transportation.

Les sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont à Mana une succursale de l’école primaire de Cayenne ; en dehors des heurs consacrée à l’étude, les jeunes gens se livrent à la cultures de la canne à sucre, du café et des vivres. On fait sur l’établissement un rhum très estimé, l’on commence à fabriquer du sucre.

Outre les ménageries dont nous avons parlé plus haut, on compte encore dans le quartier de Mana, un chantier d’exploitation de bois, indépendamment des chantiers du Maroni, dont nous nous occupons plus spécialement dans  les chapitres consacrés  à la transportation et à l’industrie.

Le quartier d’Iracoubo renferme de vastes prairies naturelles, qui le rendent très propre à l’élève du bétail. C’est, d’ailleurs, la principale industrie de ses habitants. L’administration pénitentiaire avait créé, sur la rive droite de la rivière Organabo, une ménagerie qui a été récemment réunie à ce de la Pointe-Française.

On trouverait en abondance, dans les grands bois qui commencent à quarante kilomètres du bord de la mer, des graines oléagineuses, de la vanille, de la gomme de balata, analogue et supérieure, à la gutta-percha de l’Inde, et d’autres productions naturelles.

Les terrains d’alluvions, qui forment tout le littoral, seraient d’une exploitation facile pour la culture du cotonnier.

Les cultures actuelles du quartier d’Iracoubo sont le roucou, le café et les vivres.

Le quartier de Sinnamary ne possède  que quelques plantations de café et les vivres.

Il vient de s’y fonder une exploitation aurifère après des prospections pleine de promesses.

La cultures de l’indigo, de la sésame, des arachides et surtout du cotonnier pourrait s’y pratiquer avec avantages.

Quelques chantiers d’exploitation de bois expédient au chef-lieu des planches  et des madriers.

Les produits naturels sont les graines de carapa, de ouabé et, en général, toutes les graines oléagineuses, les gommes de balata, de courbaril, de mani, et enfin l’or qui s’y trouve comme sur presque tous les points du territoire de la Guyane française.

Les denrées cultivées dans le quartier de Kourou sont le coton, le roucou et les vivres.

Ses  produits naturels consistent en bois de construction et d’ébénisterie, planches, madrier, piquets de ouapa, graines oléagineuses.

La culture de l’indigo, du cotonnier, de la sésame et des arachides conviennent parfaitement à cette localité. L’établissement pénitentiaire de Kourou se livre à la culture du coton sur une assez grande échelle.

Les produits cultivés dans le quartier de Macouria sont la canne à sucre, le café, le coton, le cacao, le roucou, les vivres et les arbres fruitiers qui y sont en abondance.

Les productions naturelles y sont à peu près nulles, sauf la vanille, qui est cultivée sur toutes les habitations du quartier, mais en plants très peu nombreux.

Les produits exploités du quartier de Montsinéry sont le café, le roucou,  le girofle et les vivres.

Ceux du quartier de l’Ile-de-Cayenne sont la canne à sucre, le roucou, le cacao et le café. Les produits dont la consommation est destinée à la ville de Cayenne sont les vivres, les fruits, les herbes pour les animaux, les légumes et le charbon de bois.

Le cotonnier réussirait sur le littoral, dont les terres salées sont très propres à la culture de cet arbuste.

Les cultures du quartier du Tour-de-l’Ile sont la canne, le café et le roucou.

Les terres alluviales des bords du Mahury et de la rivière de Cayenne sont aussi très favorables à la culture du cotonnier, qui y a été autrefois très florissante.

Le quartier de Tonnégrande produit du café, du cacao, du girofle, du roucou et des vivres. On y fabrique du charbon de bois.

Les productions naturelles sont les bois de construction et d’ébénisterie, les graines oléagineuses, la gomme de balata et d’autres résines.

Il y avait autrefois trois grandes sucreries qui sot aujourd’hui abandonnées.

Les produits du quartier de Roura sont le girofle, le café, le cacao, le roucou, les vivres et l’or natif.

Ses productions naturelles exploitables sont : les bois de construction et d’ébénisterie, la gomme de balata la vanille, les graine oléagineuses et l’or.

Les denrées cultivées, dans le quartier d’Oyapock consistent en canne, café, cacao, roucou et vivres.

On pourrait y exploiter avec avantage les bois de construction et d’ébénisterie, les oléagineux de toutes espèces, le baume de copahu, la salsepareille, le caoutchouc et beaucoup d’autres produits intéressants.

Nous allons comparer maintenant la situation de la colonie en 1836 et 1865 ; le tableau suivant nous fournira tous les éléments de cette comparaison : il indique le nombre d’hectares en cultures, par nature de denrées, dars ces deux années que sépare plus d’un quart de siècle :
Suit le tableau :

tableau

Indépendamment des 1,268 propriétés agricoles, mentionnées dans ce tableau, on compte 202 hattes ou ménageries : il n’y en avait que 104 en 1836. Je présume, toutefois, que les produits, obtenus a cette dernière époque, étaient plus considérables en raison de la plus grande importance de chaque établissement. Les 2 briqueteries qui existaient a cette époque existent encore je ne fais pas état des briqueteries établies sur les habitations pour leur usage, non plus que de celles que la transportation a construites partout où on a fondé des pénitenciers. Il y avait, en outre, en 1836, 13 exploitations de bois: il y en a aujourd’hui 26, y compris celles qu’a créées la colonie pénale enfin, il faut ajouter 26 exploitations aurifères, dont 22 a Roura, 3 à Approuague et 1 à Sinnamary.

En comparant, d’abord, le nombre des habitations qui existaient en 1836 dans les différentes circonscriptions territoriales, soi t 620, avec le nombre de celles qui y existent en 1865, c’est-à-dire 1,268, on serait disposé à conclure que le nombre de ces propriétés ayant plus que doublé, l’agriculture a fait des progrès a la Guyane. Cette conclusion serait loin d’être exacte. La plupart des grandes habitations, qui faisaient du sucre, du girofle et du coton, ont disparu ; elles ont  été morcelées et ont donné naissance à un grand nombre de petites propriétés qui se sont livrées a des cultures qui exigent peu de bras et de capitaux, en d’autres termes, la petite culture s’est développée au détriment de la grande ; de la diminution presque générale dans tous les produits.

Les différences suivantes, entre les chiffres de 1836 et de 1865, accusent vivement la défaillance de la colonie :
Diminution dans le nombre d’hectares cultivés : 6,346 hectares
Diminution dans la quantité de sucre brut produit : 1,967,146 kilo
Diminution dans la quantité de tafia, de sirop de mélasse : 619868 litres.
Diminution dans la production de coton : 275,629 kg.
Diminution dans la production du girofle : 60,502
Diminution dans les épices : 25,225
Diminution dans la production des vivres : 2,012,250

Enfin, pour la valeur brute de la production totale, la différence, entre les deux années, est de 3,339,438 francs, c’est-à-dire une diminution de près des deux tiers.

Hâtons-nous de dire, pour atténuer, autant que possible, l’effet de ces tristes aveux que nous arrache la brutalité des chiffres, que le capital affecté aux cultures, en 1836, était de 36 millions,  et que le capital aujourd’hui employé est à peine de 9 millions, c’est-à-dire le quart du capital de 1836. Le chiffre des esclaves cultivateurs était de près de 14,000 ; aujourd’hui le nombre des travailleurs immigrants ou engagés, en y comprenant les transportés hors pénitenciers, est d’à peu près 6,000 ! Deux de ces natures de produits sont d’ailleurs en progrès: la production du café a augmenté de 27,100 kilogrammes, et celle du cacao de 14,550 kilogrammes, Il y a lieu de noter également que la quantité́ de roucou produite en 1865 est supérieure à la production de 1836 de 23,100 kilogrammes. S’il y a une différence en moins dans la valeur, c’est qu’en 1836 le roucou s’est vendu 2 fr. 75 cent, le kilogramme, tandis que, l’année dernière, son prix moyen n’a pas dépassé́ 1 fr. 70 cent.

Toutes les cultures, dont nous venons de constater la décroissance, peuvent avec, des bras et des capitaux, donner des produits considérables ; d’autres qui  ont été abandonnées ou seulement négligées, n’attendent que la volonté et le travail de l’homme pour se développer.

Il n’échappera d’ailleurs à personne, que l’Administration et les habitants actuels de la colonie sont complètement estrangers à l’écart considérable qui existe entre les chiffres de 1836 et de 1865. Loin de moi la pensée de rejeter sur l’Administration ou sur la population de la Guyane la faute de cette affligeante situation. Le Gouvernement a fait, en faveur de la colonie, tout ce qu’il entait possible de faire pour la relever. Il lui a successivement donné l’indemnité, la banque, la transportation, la compagnie agricole et aurifère de l’Approuague. Une partie de la population actuelle a déployé un courage et une persévérance que l’absence des capitaux, la disette des bras et l’impossibilité de se procurer ces deux éléments de travail, ont pu seuls paralyser. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les statistiques trimestrielles, publiées, depuis 1848, par le Département de la marine dans la Revue coloniale, pour reconnaitre les généreux efforts qui ont été faits de part et d’autre ; on peut y suivre, depuis cette époque, la progression constante de la production. La génération actuelle a donc hérité d’une situation désespérée qu’elle n’a pas faite ; elle a plié sous le poids des fautes de la génération qui l’a précédée et sous le coup d’évènements que cette génération seule aurait pu prévoir et peut-être conjurer.

Bien avant l’émancipation, en effet, des germes dé dissolution reposaient au sein de la société coloniale.

La cessation complète de la traite des noirs, dont l’abolition était, d’ailleurs, à point de vue général, l’un des heureux effets du progrès des  idées modernes, avait porté, en 1830, le coup le plus terrible aux colons en ne leur permettant plus d’alimenter et de renouveler leurs ateliers, diminué par la mortalités que ne compensaient pas les naissances.

Leur luxe exagéré à l’époque même de la suppression de la traite, leurs dépenses folles au moment de l’abandon des grandes cultures, avaient créé cette dette hypothécaire, nombreuses, compliquée, qui grevait la propriété coloniale, et n’a pu être qu’en partie liquidée par l’indemnité que la loi du 30 avril 1849 a allouée à la Guyane.

Le défaut d’unité, de solidarité, se révélait à toute occasion dans les éléments trop diverses de la population. L’intérêt personnel parlait plus haut que l’intérêt général ; lu n’y avait pas alors, comme il n’ a pas encore aujourd’hui, d’esprit public à la Guyane.

La population permanente a quitté le sol aussitôt qu’elle a vu la possibilité d’en sortir. La population commerçante et industrielle n’a jamais été guidée, en général, par l’idée de former, dans le pays, les bases d’un domicile définitif, et de s’y créer une famille légitime. Elle n’a considéré l’exploitation rurale que comme une industrie n’emportant avec elle aucune idée de fixité, et n’a jamais formée qu’un vœu, n’a eu qu’un désir, celui d’aller jouir ailleurs de la fortune qu’elle avait acquise à la Guyane.

Tel a été l’état des choses de 1830 jusqu’à la fin de 1847. L’habitant assistait avec apathie, presque avec indifférence, au spectacle de sa ruine prochaine. Le nuage avançait sombre, silencieux, menaçant : quand le colon, enveloppé dans l’ombre, l’aperçut enfin, il n’était plus temps, le tonnerre avait frappé.

Ce coup de foudre, c’est 1848. Alors, à quelques exceptions près, les habitants, au lieu de se porter sur leurs habitations, de chercher par des concessions à y retenir les nouveaux libres qui manifestaient de l’éloignement pour les travaux de la culture, perdirent tout courage et abandonnèrent à la nature qui reprit ses droits, des terrains qui se couvrirent bientôt d’une végétation sauvage et luxuriante là où croissaient autrefois, comme à l’envie toutes les denrées tropicales.

Tells sont les causes qui me paraissent avoir amené la ruine de la propriété guyanaise. Mais il en est une, qui me semble dominer toutes les autres, qui s’est opposées à toutes les époques et qui s’oppose encore au développement général de la colonie : cette cause, tout le monde la connaît et la signale ; c’est la dissémination, l’éparpillement des habitations rurales sur une surface hors de toute proportion avec la faible population qui l’occupe. Il y a très peu d’habitations contiguës à la Guyane. Chaque colon, dans le principe, s’est établi, à sa guise, au gré de son caprice, à vingt, trente, quarante lieues des centres de population, dans de vastes concessions où il croyait étouffer s’il n’avait pas autour de quelques  hectares incultivables avec ses faibles ressources. Chaque point est dans l’isolement. Chaque colon a travaillé pour soi sans songer qu’un voisin eut pu  lui être utile ; il n’a pas même consulté ses véritables intérêts, car indépendamment du secours qu’il aurait pu attendre de ce voisin, appuyé sur lui, il aurait été évidemment dispensé de bien des travaux d’endiguement  sur ses côtes et sur les derrières de son habitation, réduite à des proportion plus restreintes. Ce n’est pas ainsi qu’ont procédé les Hollandais. On voit partout chez eux l’ordre et l’esprit d’association : chez nous, le défaut d’ensemble a amené  le désordre et une sorte de dislocation. Les établissements agricoles de Surinam se touchent et forment une chaîne continue : les nôtres sont posés par intervalles, de loin  en loin,  comme des jalons. De belles routes bien entretenues conduisent aux habitations hollandaises : nos routes, à quelques exceptions près, sont des chemins où peuvent à peine passer des bêtes de somme. Mais pourquoi l’Administration française n’en a-t-elle pas fait ? Faire une route de vingt, trente, quarante lieues, dépenser deux, trois, quatre millions, pourquoi ? Pour arriver à des habitations isolée et comme perdues au fond d’un quartier éloigné. L’Administration fait des routes dans un intérêt général et non dans un intérêt particulier ; elle ouvrira, à n’en pas douter, une grande voie de communication entre la Pointe-Macouria, où se formera plus tôt peut-être qu’on ne pense un centre de   population, et les établissements pénitentiaires du Maroni , pour faire arriver à Cayenne les denrées et le bétail des concessionnaires de Saint-Laurent et de la pointe-Française, aussi bien que les produits des établissements libres intermédiaires.

Il ne serait peut-être  pas impossible de rectifier cette occupation exagérée, cette appropriation déréglée du sol, de remplir les vides, de relier entre eux les établissement en conservant ce qui est, en créant ce qui n’est pas . Le droit de propriété des concessions primitifs, consacré par le temps, peut paraître à l’abri de toute atteinte, si ce n’est dans les cas prévues parla loi du 5 mai 1841 sur l’exploitation pour cause d’utilité publique.

Or, cette loi fournirait peut être le moyen de forcer les propriétaires actuels à céder, sauf indemnité, les terres vierges et d’une fécondité remarquable qu’ils ne peuvent mettre en culture. Ils devraient se montrer d’autant plus accommodants, je crois, que le Gouvernement a conservé le  droit imprescriptible, consigne dans tous les actes de concession, lois et édits de l’époque , de réunir au domaine les terres non mises en cultures l’expiration de cinq années.

C’est précisément, 1a mon avis parce qu’une vigueur et un luxe incomparables de végétation semblent n’avoir mis aucunes limite à la grandeur des entreprises agricoles à la Guyane, qu’il serait utile de les restreindre dans un rayon déterminé. La  question ne saurait être douteuse, si une nouvelle immigration européenne  venait a se former. Rien ne me paraitrait s’opposer a ce que le Gouvernement lui imposât l’obligation de se grouper dans certains quartiers et lui interdit de s’établir en dehors de leurs limites. L’Administration s’est, je crois, montrée trop libérale, dans le principe, pour les exploitations agricoles, en concédant de si vastes espaces et en laissant les intérêts privés libres de s’y développer à leurs risques et périls, elle est tombée, à cet égard, dans tous les excès de la prodigalité. Un arrêté  récent de 1865 a mis, toutefois, de l’ordre dans les concessions de terre à cultiver : on paye aujourd’hui 10 francs par hectares, et  la concession doit être juxtaposée à une autre concession à un autre établissement, et non pas isolée au milieu des vastes terrains domaniaux. Il est juste d’ajouter aussi que: depuis quelque temps les concessions aurifères, qui, dans l’origine, étaient accordées sans règle et sans mesure, ont été un peu réduites. C’est à l’Administration qu’il appartient d’étudier les moyens d’utiliser ces exploitations au point de vue colonial, d’examiner la question de savoir si elle ne pourrait pas obliger les exploiteurs d’or natif à construire une maison à étage sur leurs concessions, à y fonder une ménagerie, à cultiver un certain nombre d’hectares en vivres et à planter  un hectare par an en denrées d’exportation. Ce serait peut-être un moyen de remédier aux inconvénients que  nous avons signalés à la fin de notre chapitre IV.

Ainsi, c’est a la prise de possession primitive du sol que nous croyons devoir surtout attribuer le peu de progrès qu’a faits la colonie, et non à sa population actuelle. Cette population était a peine adulte que la ruine était déjà consommée. Quelques habitants, nous l’avons dit, ont déployé une rare énergie, et si la masse de la population les eût imités, je ne fais aucun doute que la colonie n’eût reprit son ancienne importance. Mais une  partie de cette population, bonne et résignée d’ailleurs, n’a su que se plaindre et s’épuiser en vains, regrets d’une splendeur qu’elle n’a pas connue ; une autre partie s’est montrée ennemie du travail qui lui rappelait son origine. La colonie, privée des bras des nouveaux libres qui répugnent aux travaux de la culture, manquant de l’instrument nécessaire de la production, c’est-à-dire le capital, est donc impuissante à réparer sa fortune presque entièrement détruite. En outre, ce ne sont pas seulement les bras qui manquent à la Guyane, ce sont les têtes. La plupart des habitations sont tombées et ne peuvent se relever faute de régisseurs. La Garonnea cessé de donner des revenus du moment qu’un des copropriétaires, aussi habile que sage, a cessé de la gérer.Si la Marie et le Bon-Pèreont pu traverser toutes les crises par lesquelles a passé la Guyane, c’est que les hommes énergiques et intelligents qui les dirigent, ont toujours plus pensé à l’avenir qu’au présent.

Dans une telle situation, la colonie ne peut sortir de sa longue défaillance que si le Gouvernement veut bien consentir à faire encore quelques sacrifices en sa faveur, et venir à son aide en y jetant toutes les forces qu’il pourra se procurer au dehors ; d’abord, par continuation, les immigrations indienne et chinoise, qui ont soutenu sinon relevé un certain nombre d’habitations ; ensuite la transportation qu’il faut utiliser à tout prix ; enfin une nouvelle immigration européenne, entreprise sur une grande échelle, si les injustes préventions qu’on a conçues contre le climat de la Guyane peuvent tomber devant l’évidence des faits.

Nous avons dit déjà que nous entendions former la nouvelle immigration européenne dont nous venons de parler, d’éléments pris,,-non pas dans les villes populeuses de la France, mais dans les campagnes. Cette forte immigration réaliserait à la Guyane, avec ordre et méthode, ce qui s’est fait spontanément et comme au hasard au début de toutes les colonies européennes en Amérique.  Elle serait évidemment supérieure à toutes les autres, supérieure même à l’immigration africaine si regrettée, supérieure par ses habitudes de civilisation et surtout par la qualité et peut-être même par la quantité de travail qu’elle pourrait fournir.

Il s’agirait de réaliser tout simplement le plan imaginé par M le baron gouverneur de Laussat et par lui appliqué, sans les précautions nécessaires, à Laussadelphie avec 32 cultivateurs chinois et malais et 20 setlers américains, choisis parmi ces gens robustes et intrépides qui passent leur vie à abattre défricher les forêts vierges. Ce plan était fortement conçu : « Ne transporter que des laboureurs endurcis ou de gros, ouvriers ;  les amener par familles; soigner leur traversée et surtout leur installation ; pourvoir avec régularité́ à leurs premiers besoins mesurer leur tâche et ne les pas faire travailler de 10 heures du matin à 2 heures de l’après-midi ; les accoutumer à un régime sobre en même temps que substantiel. »

M de Laussat terminait l’exposition de ses vues par ces mots pleins de profondeur: « Il s’agit d’atteindre un but inappréciable ; ne reculons pas devant quelques dangers et quelques pertes. »

C’est ainsi que des hommes d’Etat doivent envisager les choses.

On pourrait n’exiger des nouveaux immigrants que six heures de travail, de 5 heures à 9 heures le matin, et de 4 heures à 6 heures le soir ; on  les astreindrait, en outre, à une sorte de discipline militaire, en les soumettant a toutes les précautions et au régime hygiénique que nous avons indiqués dans notre chapitre III.

Avec  50 Indiens, chinois ou engagés du pays, travaillant neuf heures par jour, on pourrait abattre, bruler,  chapuiseren un mois 8 hectares de  terre basses. Avec 75 Européens, travaillant six par jour, on obtiendra évidemment le même résultat : c’est mathématique.

Il restera trois heures de travail à ces hommes robustes et vaillants, trois heures qui pourraient entré utilisées à des travaux à couvert, comme il s’en trouve toujours à faire sur des exploitation rurales.

Comme le Gouverneur ne semble ne réserver, pour l’application de ses vastes desseins sur la transportation, que les terrains qui s’étendent entre Kourou et le Maroni, et que les établissements pénitentiaires au vent de Cayenne ont été retiré, la nouvelle immigration  trouverait ouverte toute la partie de la Guyane qui s’étend entre l’ Oyapock et le Mahury. Cette partie comprend, tout le monde le sait, les meilleures terres de la colonie. Il n’y a pas une rivière entre ces deux points qui n’offre à la culture un développement de 16 kilomètres au moins en profondeur à travers les alluvions. Rien ne s’opposerait donc à ce que les deux immigrations libre et pénale se développassent simultanément,  sans avoir ensemble d’autres points de contact que ceux qu’amèneraient, dans l’avenir les relations industrielles et commerciales. Il est superflu de faire ressortir qu’une réussite complète et  durable ne doit être attendue que si l’on a soin d’introduire dans la nouvelle immigration, l’élément le plus indispensable du succès, la femme, destinées à devenir épouse et mère.

On dirigerait, d’abord, l’activité de ces immigrants vers la culture des vivres et l’élève du bétail. On assurerait ainsi à la nouvelle colonie une alimentation salutaire et  les engrais qui manquent à la Guyane. Il faudrait , nous le répétons , commencer par améliorer  les pâturages naturels, ce qui devrait toujours être pratiquer avant de songer  à placer une seule tête de bétail dans une localité , de manière à se procurer ainsi des fourrages secs destinées  à être consommés à l’étable.

Je laisse à penser quels avantages retirerait une exploitation quelconque d’un semblable personnel bien dirigé. La vente des denrées d’exportation procurerait au propriétaire les moyens d’assurer à ses ouvriers un salaire très élevé et de recueillir lui même de très grands bénéfices de son exploitation. La colonie, au bout d’un certain nombre d’années, n’aurait presque plus besoin de s’approvisionner au dehors. La population s’accroitrait d’un nouvel élément et, en outre, de toutes les naissances qu’amèneraient les mariages. La consommation locale augmenterait également, ce qui est toujours aussi profitable au commerce qu’au budget de la colonie.

Le grand propriétaire nr pourrait-il pas, d’ailleurs, appeler la mécanique au secours de l’industrie agricole ? Ne pourrait-il pas faire venir des Etats-Unis la fameuse machine à vapeur dite Grubber, qui saisit, arrache, abat les plus grands arbres et facilite ainsi les défrichements ? Ne pourrait-il pas demander à Demerara la machine excavatorque j’y ai vue, machine puissante qui fait le travail des tranchées et creuse des fosses de dessèchement.

L’Administration pénitentiaire trouverait peut-être dans l’ensemble de ces deux machines une aide efficace pour le développement de ses établissements agricole du Maroni.

L’émigration européenne nous paraît très praticable dans ces conditions.

Nous croyons  avoir suffisamment démontré, dans notre chapitre III, que l’Européen peut vivre  et travailler à la Guyane. S’il reste encore quelque doute à ceux qui en contestaient la possibilité, nous livrons à leur méditation ces  belles paroles du grand naturaliste Linné, exprimée dans un latin admirable de concision et d’énergie :

« Homo habitat inter tropicos, vescitur palmis ; hospitatur extrà tropicos sub novercante cerere . »

« L’espèce humaine a son habitation naturelle entre les tropiques, où les palmiers lui fournissent une nourriture substantielle ; en dehors des tropiques, l’homme ne reçoit qu’une sorte d’hospitalité, arrachant avec peine à une nature marâtre les céréales nécessaires à son alimentation. »

Fin du chapitre VII

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