Une tournée à Approuague

Source: Moniteur de la Guyane Française 1874 N° 33 samedi 15 aout 1874

Le vendredi 7 août, à deux heures de l’après-midi, le vapeur le Serpent, de la station locale, recevait à son bord M. le Gouverneur et Madame Loubère, accompagnés du Directeur de l’intérieur, de M. Couy, Maire de Cayenne, Conseiller privé, du Préfet apostolique, du Président du Tribunal, de plusieurs membres du clergé, de MM. les lieutenants Halley, de l’état-major, et Noirot, de la gendarmerie.

Grâce à un temps magnifique et à sa marche rapide, le Serpent arriva en quelques heures au mouillage de l’Ilet-la-Mère où le Chef de la colonie avait résolu de faire une inspection. Or, le Gouverneur a dû garder de cette visite une impression favorable, si nous en jugeons d’après nos propres appréciations sur le gracieux aspect de cet îlot couvert d’une verdure splendide et sillonné en tous sens de promenades et de routes que ne dédaignerait pas le chef-lieu.

Le lendemain, dès le point du jour, nous quittâmes l’Ilet-la-Mère pour nous rendre dans l’Approuague, et le Serpent mouillait devant Guisanbourg à trois heures de l’après-midi.

Le commissaire-commandant s’empressa de venir complimenter à bord M. le Gouverneur, qui fut ensuite reçu au débarquement par M. le curé Reillier, heureux, comme tous ses paroissiens, de saluer à la fois unis dans un même sentiment de protection pour les populations, les représentants de l’autorité civile et de l’autorité ecclésiastique, dispensant l’une les bienfaits d’une administration prévoyante et forte, l’autre les consolations d’une religion si sympathique et si douce à ceux qui souffrent.

M le Gouverneur saisit cette occasion d’affirmer, de nouveau, ses vues pour le développement des intérêts matériels et moraux de la colonie, comptant, pour leur réalisation, sur le concours de tous et, en particulier, sur l’influence légitime d’un clergé dévoué au bien.

Le lendemain, le Chef de la colonie fut reçu sous le dais à l’église, par M. le Préfet apostolique, au milieu d’une population empressée qu’avait attirée à Guisanbourg l’heureuse coïncidence d’une solennité religieuse et de la visite du Gouverneur.

Après la messe, le R. P. Emonet réunissait au presbytère, dans un splendide banquet, Mme Loubère, M. le Gouverneur et sa suite, MM. le Commandant et les officiers du Serpent, quelques membres du clergé de la Guyane, ainsi que plusieurs habitants notables d’Approuague. Au dessert, M. le Préfet apostolique porta la santé de M. le colonel Loubère, en le remerciant de nouveau de sa présence qui permettait au Chef du clergé de dire : « Ce jour est un jour heureux entre tous pour la population de ce quartier, que viennent fortifier à la fois l’espérance de progrès matériels dus à l’initiative du Gouverneur et les saintes et salutaires émotions d’une double fête religieuse : première communion et confirmation. »

Le R. P. Emonet ajouta à ces expressions celles de sa gratitude pour l’heureuse pensée qui avait amené Mme Loubère à Guisanbourg, où l’avait d’ailleurs devancé le renom d’une bienfaisance inépuisable dans son activité.

M. le Gouverneur remercia à son tour, en termes chaleureux, M. le Préfet apostolique des appréciations qu’il avait si délicatement exprimées sur l’heureuse influence de cette visite. Il se fit un devoir de répéter que rien de ce qui pourrait intéresser les populations ne resterait étranger à ses investigations, et qu’aidé du concours du clergé sur lequel il savait pouvoir compter, et auquel il a déjà donné plus d’une marque de confiance, il ne manquerait pas d’assurer une sanction pratique aux espérances dont il vient d’entendre la manifestation.

Dans l’après-midi, le Gouverneur visita les établissements du bourg et s’entretint longuement avec les habitants des améliorations que pourrait comporter la situation, notamment au point de vue agricole et industriel. La journée du lundi fut ensuite consacrée tout entière à une visite dans le haut Approuague, et, en particulier, sur l’établissement du Mataroni où la société Carnavant, Jalbaud, Isnard et Riamé a placé les dépôts et les hôpitaux de ses divers placers. Partout, sur son passage, M. le Gouverneur fut salué par les populations qui habitent les trop modestes habitations des rives de ce beau fleuve où, nous pouvons l’espérer, la navigation à vapeur va enfin porter bientôt une activité et un mouvement inconnus dans ces pittoresques régions.

L’inspection du Mataroni était l’un des objets principaux du voyage du Gouverneur ; elle y a été longue et approfondie. Le Chef de la colonie y est descendu avec le Directeur de l’intérieur et avec toutes les personnes de sa suite : les infirmeries, et leurs installations, les soins donnés aux malades et leur alimentation, enfin les approvisionnements en vivres et médicaments, rien n’a été omis dans ses sérieuses investigations faites avec l’assistance de M. le médecin Moursou, du vapeur le Serpent. Aussi résultera-t-il sûrement de cet examen, dans lequel aucun détail intéressant n’a pu échapper à l’attention du Gouverneur, les dispositions propres à assurer immédiatement aux malades envoyés des placers de la compagnie, un régime complètement approprié à leurs besoins.

Le retour au chef-lieu s’est effectué le lendemain, et dès mardi, à trois heures de l’après-midi, nous débarquions à Cayenne à la suite du Chef de la colonie, sous l’empire de l’agréable impression laissée à tous par la grâce exquise et prévenante de la compagne du Gouverneur et la parfaite urbanité de M. le capitaine Passemard et de ses officiers.

Ce court voyage aura, nous en avons l’assurance, d’utiles résultats pour les intérêts des populations de l’Approuague ; le Chef de la colonie a pu, à la suite de sa visite, mettre à l’étude de très intéressantes questions, au nombre desquelles se placent en première ligne : l’établissement d’un phare sur le rocher le Grand-Connétable ; l’institution à Guisanbourg d’une école sur le plan de celle de Kourou, le curage du canal de 8 kilomètres qui relie les rivières d’Approuague et de Kaw ; et enfin, ainsi que nous le faisions pressentir plus haut, de notables améliorations dans le régime des immigrants placés en traitement, par la grande compagnie aurifère, sur le plateau du Mataroni.

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