Source LSG n° 465 du 19 novembre 1992, page 36.
Auteur : Rodolphe Robo Conférencier agréé par le ministère du Tourisme, Ancien Directeur du Service Culturel Départemental de la Guyane.
Reproduction interdite, voir M Alain Chaumet pour demande.
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De quelques musiciens célèbres
La sortie d’une plaquette intitulée « Maximilien Saba 1875-1957 » rédigée par Liliane Mancé et Thérèse Bellony dans le cadre d’un P.A.E., me pousse à parler de quelques autres musiciens guyanais ou des musiciens s’étant manifesté en Guyane.
Albert Camille Tibodo est né à Cayenne en 1882. Elève chez les Frères de Ploërmel, c’est chez eux qu’il apprend le solfège auquel il pourra initier ses camarades musiciens.
Il part pour la France lors de la Première Guerre mondiale. A son retour, il va travailler à la mairie de Cayenne, au service de l’Etat Civil. A l’époque d’ Eugène Gober, il est un ardent partisan de ce maire, au point qu’il sera inquiété et qu’il devra se cacher lors des émeutes de 1928, consécutives à la mort de Jean Galmot.
A l’avènement de Gaston Monnerville sur la scène politique, comme député en 1932 et quand celui-ci devient maire de Cayenne, il trouvera également en Albert Tibodo un partisan dévoué.
Comme musicien, on le voit jouer dans « Harmonie Cayennaise », un orchestre composé essentiellement de francs-maçons qui se manifestait notamment à l’occasion de l’enterrement d’un des leurs. A signaler, dans cette formation, d’autres musiciens jouant sur partition : Halmius, Tullins, le père Fortune, dit « la main batouel » à cause de son infirmité, Aspy, au piston-baryton.
Georges Pindard, d’origine guyanaise, était pianiste. Ses activités de fonctionnaire du Trésor ne l’ont jamais éloigné de la musique.
Il a joué notamment aux « Amis du Livre » et comme pianiste dans l’ensemble de la « Lyre Cayennaise ». Il a déposé à la bibliothèque Alexandre Franconie, en même temps que Maximilien Saba, un recueil de ses partitions.
Occuli Egalgi, né à Saint-Pierre en Martinique, a fait des études de musique qui lui ont permis d’être diplômé du Conservatoire de Musique de Paris (section violoncelle). Il a eu l’occasion de se produire à Berlin. Venu en Guyane, et marié à une Guyanaise, il a exercé plusieurs métiers : celui de cordonnier, mais ce qui est essentiel c’est qu’il donnait des cours de musique, enseignant la pratique de tous les instruments. De plus, il accordait les pianos. Ainsi la Banque et la Douane faisaient régulièrement appel à lui pour ce faire.
Galmotiste, il a perdu son job d’enseignant de la musique au Grand Collège, à la demande, parait-il, d’Eugène Gober, le célèbre président du Conseil Général et maire de Cayenne, et cela malgré le soutien que lui avait ménagé en la circonstance le Docteur Jean Clément, le Chef de Service de l’Instruction Publique.
Un souvenir est resté présent dans la mémoire des Cayennais ayant assisté au mariage d’Eugène Saba, le frère de Maximilien Saba. Occuli Egalgi était l’ami de Maximilien Saba.
Voulant lui faire plaisir, Occuli lui a réservé la surprise suivante, à l’occasion du mariage de son frère. C’était le 28 septembre 1935, à 17 heures.
Au moment où l’on passait l’alliance au doigt d’Eugène Saba à la Cathédrale de Cayenne, les yeux brusquement se retournent car un morceau est joué au violon, accompagné à l’orgue par une religieuse.
Il s’agissait de l’Ave Maria interprété magistralement par Occuli Egalgi, en témoignage de sa grande affection pour son confrère musicien Maximilien Saba.
A noter qu’une rue du quartier de la rénovation urbaine à Cayenne porte le nom d’Occuli Egalgi. Cette initiative est à mettre à l’actif de la municipalité Léopold Heder.
Hector Egalgi est né à Cayenne. Il part pour la France comme volontaire et y reste après la guerre. Il se marie là-bas. Après son passage dans l’armée il fait de la comptabilité aux Forges de Strasbourg, lieu où il est établi. Il a eu l’occasion de venir en Guyane deux fois avant de mourir à Strasbourg le 4 septembre 1978.
Sa composition la plus connue est « Guyane-Guyana »; chanson qu’il a écrite alors qu’il était en stationnement avec des compatriotes au Maroc, pendant la dernière guerre.
Plus près de nous, vers 1958 arrive à Cayenne un musicien originaire des Iles Canaries, Antonio Lucio. Chanteur extraordinaire, Antonio Lucio était, en plus, à même de jouer plusieurs instruments : le violon, le saxo et la clarinette.
En outre, il connaissait parfaitement le solfège qu’il enseignait aux Guyanais pour subvenir à ses besoins tandis que son épouse était installée comme dentiste. Il mit sur pied un orchestre qui porta son nom.
En étaient membres : Loulou et Darivon (aux maracas), Etienne Volmar (à la contrebasse), Poney (aux percussions). L’orchestre Antonio Lucio jouait le dimanche après-midi dans l’immeuble de la rue François Arago, chez Wong où existait un bar tenu par M. Glissant, dans lequel se trouvait d’ailleurs l’un des premiers « Jux box » arrivés en Guyane.
L’orchestre jouait également au « Baldéo » (l’actuel « Pomme d’Amour »), route de Montabo, que tenaient les métropolitains Lassale et Budan.
L’orchestre Antonio Lucio se disloqua lorsque son chef fut expulsé de Guyane.
La musique qu’interprétait l’orchestre Antonio Lucio était variée et l’essentiel de son charme tenait à la présence en son sein du chanteur. On commençait alors à se familiariser avec la voix des chanteurs dans les orchestres.
Fin de l’article.
