Source du document : Archives Territoriales de la Guyane
Document : Moniteur de la Guyane Française 1875 N° 7 samedi 13 fév. 1875
Article de Paul Cée (Correspondant maritime)
LA GUYANE.
II y a vingt ans environ, vers 1856, un homme qui avait longtemps habité la Guyane et l’avait parcourue en tous sens, un homme qui tint longtemps le sceptre des échecs après Philidor et Labourdonnaye et qui est mort en Algérie, à son château d’Hydra, où l’un des premiers il acclimata les vignes du Bordelais, M. de Saint-Amant, nous disait en parcourant du doigt le cours des rivières de la Guyane française et surtout celui de l’Approuague :
« L’or a été découvert ici. L’or s’y trouve en pépites déposées sur les fonds de sable ou de vase de l’Approuague et de ses affluents. Avant moi on a signalé ces richesses ; l’an dernier, M. Couy a appelé sur elles l’attention publique ; le moment est venu de constituer une société capable de les exploiter. »
Et M. de Saint-Amant ajoutait:
« Je ne sais si je verrai fructifier une opération dont l’avenir est splendide et qui renouvellera la face de ma Guyane bien-aimée ; mais tenez pour certain que, dans vingt ans, les placers de l’Approuague et de la Guyane seront aussi estimés que ceux de la Californie. »
Ces paroles sont en train de se réaliser.
Dans un de nos premiers numéros nous avons publié une note que l’on peut considérer comme officielle, et qui a renseigné amplement nos lectures (sic), sur la valeur des placers guyanais. Nous avons alors remercié de son intéressante communication la direction de l’Exposition permanente des colonies, toujours prête à aider au développement des notions acquises sur nos possessions d’outre-mer.
Tout Paris a pu voir, boulevard des Italiens, une masse d’or, divisée en petits saumons longs de dix centimètres et large de cinq et dont l’ensemble présentait un total de 650,000 fr.
Ces 650,000 fr., disait la notice, sont le produit de quinze jours de travail.
C’était la constatation exacte de la vérité.
Un mot maintenant, pour nos lecteurs européens, sur le pays dont les richesses minières attirent aujourd’hui l’attention de la France et de l’Europe.
L’Approuague était, avant 1848, le quartier le plus important de la colonie par le nombre de ses sucreries. La mer le bordait au Nord-Est, les forêts vierges au Sud-Est, au Nord-Ouest, le quartier de Kaw et l’Oyapock au Sud-Ouest. Il recevait son nom de l’Approuague, l’une des plus importantes rivières de la colonie, ayant un cours de 190 kilomètres et, fort au loin dans les terres, une largeur variant de 3 à 4 kilomètres.
Parmi ses affluents se trouvent sur sa rive droite le Courrouaïe et les criques Acoupace, Mataroni, Ekeng et Koura; —à gauche les criques Inery, Counamare, Ipoucin et Arataïe.
Ce sont ces criques qui fournissent l’or en abondance, un or natif, pur, qu’il n’y a qu’à faire fondre pour le convertir en lingots.
Les gisements aurifères ont été découverts dans ces parages en 1855 par M. F. Couy, alors commissaire-commandant du quartier, qui, guidé par un Indien du Brésil, s’était rendu, à cet effet, dans la partie élevée de la rivière sur les bords de la crique Arataïe. A son retour, le gouvernement local envoya une expédition officielle chargée d’explorer ces parages.
Les résultats obtenus furent tels qu’une société se forma aussitôt qui, sous le titre de Compagnie aurifère et agricole de l’Approuague, obtint, par décret du 20 mai 1857, la concession, pendant 25 ans, de 200,000 hectares de terrains.
Ce sont ces terrains qui produisent les résultats merveilleux que nous avons fait connaître plus haut.
Avec une prévoyance qui l’honore, ladite Compagnie s’est fait intituler Compagnie aurifère et agricole. Ceux qui l’ont constituée n’ont pas oublié qu’en Californie les cultivateurs gagnaient plus d’argent que les mineurs, et qu’il était bien de joindre à l’exploitation minière la culture du sol dont les produits, d’une richesse extrême, avaient dès lors leurs débouchés sur les marchés coloniaux et européens. C’était parfait.
Dans ce pays de promission, le sucre, le cacao, le café, la vanille, le coton, le roucou, le girofle, rendent cent pour un à qui les veut cultiver.
Et les forêts de la Guyane offraient des ressources inépuisables aux constructions navales, à l’ébénisterie, au charronnage et aux chemins de fer.
En 1825, en 1834, en 1852, notre marine a tenté d’heureux essais avec les bois de l’île : le bois d’Angélique a donné des résultats supérieurs au fameux bois de Teck et comme légèreté, ce qui serait peu de chose, et comme résistance et durée à l’eau.
M. de Lapparent, directeur des constructions navales, a fait sur les qualités exceptionnelles de l’Angélique un rapport qui, en août 1864, a produit une grande impression dans le corps des constructions navales.
À nos ébénistes, à nos charrons, qui, comme tous les Français, hélas ! se piquent de progrès et sont les serviteurs obstinés de la routine, nous dirons : Venez voir dans nos bureaux, allez voir à l’Exposition permanente des colonies, au palais de l’Industrie, les échantillons splendides du Wacapou, du Bois de rose mâle, du Courbaril, du Coupi, du Taoul, du Cèdre noir, et vous songerez peut-être enfin à les employer, créant ainsi un nouveau et surtout abondant débouché pour ces produits si particulièrement remarquables de la Guyane française.
Aux propriétaires des chantiers établis dans la Guyane et y exploitant les forêts, nous dirons : Venez à nous. Envoyez-nous des échantillons des vos essences forestières, et gratuitement nous irons chercher pour vous des débouchés en France et en Europe.
Aux magistrats, aux fonctionnaires de la Guyane, nous adressons la prière de faire parvenir — en dehors de notre service d’abonnés — le Correspondant maritime à tous ceux auxquels leur connaissance du pays suppose que nos ouvertures si désintéressées peuvent aider dans leurs opérations.
Au mois de juillet prochain va s’ouvrir à Paris une importante Exposition internationale des produits nécessaires à la navigation.
Le palais de l’Industrie est affecté à cette Exposition.
À ceux de nos compatriotes d’outre-mer qui voudront nous charger de les représenter, nous offrons le concours de notre publicité.
Les colonies françaises et la Guyane doivent voir grandir encore le renom de leurs produits à la suite de ce concours où toutes les nations seront représentées.
Elles enverront certainement à l’Exposition internationale de 1875, à Paris, des échantillons de leurs richesses.
Eh bien ! Qu’elles sachent qu’à côté de l’Exposition officielle des colonies, et disposé à seconder les efforts des directeurs de cette excellente annexe du ministère de la marine, le Correspondant maritime, qui sera placé à côté du Journal officiel de cette Exposition, se met à leur disposition.
Ce que nous offrons à nos compatriotes de la Guyane, nous l’offrons aussi à nos compatriotes de la Cochinchine, de l’Inde, de la Réunion, de la Nouvelle-Calédonie, des Antilles, de Tahiti et de Saint-Pierre et Miquelon.
Ils nous trouveront dévoués à leur cause, dévoués à leurs intérêts.
Mais il n’y a pas un instant à perdre ; la confection et l’envoi des produits destinés à l’Exposition demanderont quelques mois.
Qu’on se hâte ; que les Français d’outre-mer se maintiennent une fois encore à la tête de nos colonies étrangères !
Article de Paul Cée (Correspondant maritime)
