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Dans l’histoire de la Guyane française, certaines présences sont discrètes mais profondes. Elles se lisent encore aujourd’hui dans des noms de famille comme Allamelou, Govindin, Ramassamy, Moutoussamy, Abdool, Gopaul ou Behary.
Derrière ces noms se trouve une histoire longtemps restée dans l’ombre : celle des engagés indiens venus en Guyane française au XIXe siècle.
Entre 1856 et 1877, plus de 8 000 hommes, femmes et enfants originaires de Pondichéry, Karikal et Calcutta traversent deux océans pour rejoindre la colonie. Leur venue répond d’abord à la crise de main-d’œuvre provoquée par l’abolition de l’esclavage en 1848. Mais très vite, cette main-d’œuvre est aussi dirigée vers les zones aurifères, notamment dans les bassins de l’Approuague, du Sinnamary, de la Mana et du Haut-Maroni.
Sur le papier, ces migrants arrivent sous contrat pour cinq ans. On leur promet un salaire, un logement, une vie meilleure et la possibilité de rentrer au pays. Dans la réalité, beaucoup ne repartiront jamais. Les conditions de vie sont souvent très dures, les abus nombreux, et la mortalité particulièrement élevée.
Ce travail entend raconter leur histoire au plus près des documents officiels, des archives et des traces qu’ils ont laissées dans la société guyanaise.
Pourquoi ce livre ?
Ce livre prolonge un premier travail publié en 2021 : Les engagés de la Guyane française 1849-1900, aux éditions Ibis Rouge.
Il s’adresse à plusieurs publics. D’abord aux historiens et aux chercheurs, qui y trouveront une base documentaire solide et des sources archivistiques précises. Ensuite aux descendants d’engagés indiens, qui cherchent à comprendre d’où viennent leurs familles, pourquoi leurs ancêtres ont quitté l’Inde et dans quelles conditions ils ont vécu en Guyane. Enfin, il s’adresse à tous les Guyanais et à tous les lecteurs curieux de découvrir une page encore trop peu connue de l’histoire coloniale française.
L’histoire des engagés indiens n’est pas marginale. Elle occupe une place centrale dans l’histoire de la Guyane, mais aussi dans celle d’un vaste espace régional qui comprend le Guyana, le Surinam, Trinidad, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane française. Partout dans cette région, la diaspora issue de l’engagisme indien a laissé une empreinte durable.
Le fil de l’ouvrage
Ce livre suit la chronologie de l’immigration indienne en Guyane française, depuis ses origines jusqu’à son héritage.
La première partie replace cette histoire dans son contexte. Elle revient sur la Guyane après l’abolition de l’esclavage, la crise économique qui s’ensuit, les premières tentatives de recrutement de travailleurs étrangers, puis la mise en place du cadre juridique de l’engagisme.
La deuxième partie s’intéresse au départ depuis l’Inde. Qui étaient ces hommes et ces femmes ? Dans quelles conditions ont-ils été recrutés à Pondichéry, Karikal et Calcutta ? Comment se sont déroulées les traversées à bord des vingt navires qui les ont transportés en Guyane entre 1856 et 1877 ?
La troisième partie entre dans la réalité concrète de l’engagisme. Elle explore la vie sur les habitations agricoles et les placers aurifères, les conditions de travail, les violences, les résistances, la vie quotidienne, les pratiques culturelles et religieuses, ainsi que la suspension de l’immigration en 1876.
La quatrième et dernière partie s’attache au devenir des engagés après la fin des arrivées : les rapatriements, ceux qui restent en Guyane, l’enracinement de familles indo-guyanaises et le long chemin qui mène, en 1946, de l’engagé au citoyen.
Une mémoire à faire vivre
Ce livre est aussi un hommage. Il est dédié à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants qui ont traversé les océans, travaillé dans des conditions difficiles, souvent souffert dans l’anonymat, mais dont la présence a marqué durablement l’histoire de la Guyane et de tout son espace régional.
Leur histoire mérite d’être connue, transmise et pleinement reconnue.
